Girl meets boy, par Ali Smith

  En haut de la pile   « C’est à cause des Spice Girls« 

Il en fallait bien une… première déception, au milieu de ces petits bijoux de la rentrée littéraire. Grosse déception même. Ennui, incompréhension et irritation ont tour à tour ponctué ma lecture. Girl meets boy ? Un « conte militant » selon le quatrième de couverture. Voici l’histoire de Midge et d’Anthea, deux soeurs qui cohabitent et travaillent au service  marketing et communication d’une multinationale. Deux soeurs proches donc, jusqu’à ce qu’Anthea rencontre quelqu’un dont elle tombe amoureuse  – car ce quelqu’un, au grand désarroi de Midge, est une fille.

L’écriture est certes rythmée, mais elle est surtout  tendue, décousue et propice à la confusion. Je n’accroche pas, ou du moins pas longtemps. J’ai même peiné pour arriver au terme de ces… 140 pages (ah !), c’est dire. J’espérais un embryon d’enthousiasme qui n’est jamais venu. Parce que loin de cette plume qui se veut moderne, l’histoire m’a semblé vraiment  (et heureusement) dépassée.   

Ce sont les propos d’un autre âge qui m’ont surtout laissé dans une grande perplexité. Des propos d’une violence et d’une stupidité affligeante, prêtés à Midge lorsqu’elle découvre la relation de sa soeur. Le lecteur est donc invité à suivre cette « réflexion », qui sera  d’ailleurs partagée par d’autres personnages, pendant… trop longtemps. Heureusement, comme dans les contes, le personnage va bien finir par évoluer – ouf, la (contre)morale est sauve. Hum.

Sincèrement, je n’ai pas compris l’intérêt d’insister, lourdement de surcroît, sur l’opinion de ces personnages. S’agissait-il de rendre compte de la persistance des discours réac’ dans la société actuelle ? Ou bien de démontrer que les crétins finis ne sont pas incurables puisqu’ils finissent, du moins certains, par changer ? 

Particulièrement difficile m’a semblé un passage dans lequel sont retranscrites les pensées de Midge faisant son footing – extraits :

« (Je ne peux pas arriver à dire ce mot.)

(Seigneur. C’est pire que le mot cancer.) (…)

(Ma soeur va avoir une vie misérablement triste.) (…)

(Je risque de devoir déménager.)

(Ce n’est pas grave. Pas grave. Si je dois déménager, j’ai assez d’argent pour.)« 

Voyez que je n’exagérais pas… Heureusement, la rentrée littéraire nous réserve d’autres choses bien plus belles !

Spécial Rentrée littéraire

Bonne plock à tous !

Girl meets boy (Girl meets boy), par Ali Smith (2007), traduit de l’anglais par Laetitia Devaux, aux éditions de l’Olivier (2010), 138 p., ISBN 978-2-87929-711-8.

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, par Mathias Enard

  En haut de la pile « Prends un peu de ma beauté, du parfum de ma peau.« 

Michel-Ange arrive à Constantinople en 1506. Il a été invité par le sultan à concevoir un pont qui doit unir l’Orient et l’Occident en enjambant la Corne d’Or, projet initialement confié à Léonard de Vinci qui l’a abandonné. Il a conscience qu’en se trouvant là, il risque les foudres du pape Jules II, ennemi du sultan et pour lequel il n’a pas terminé l’édification du tombeau qu’il a promis. Et puis, Michel-Ange le sait : il est un sculpteur, un peintre, un artiste déjà reconnu pour son David et pour sa Piéta ; mais il n’est pas un architecte…

Que dire de ce roman, si ce n’est que c’est peut-être, grâce à son écriture, l’un des plus beaux textes qui m’ait jamais été donné de lire ? Et pourtant, l’on ne peut pas dire que le sujet était a priori de ceux que j’affectionne – les peintres de la Renaissance n’ont jamais été mon credo… oui, pfff, je sais je sais – alors imaginez un peu ma surprise de m’être laissée totalement happer par ce récit  – que dis-je – par ce voyage prodigieux !

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants est d’abord une histoire, une belle histoire inspirée de faits réels, qui invite à découvrir un homme et ses tourments : le projet qui l’attend est immense, mais il a heureusement à ses côtés le poète Mesihi, l’ami et l’admirateur, dont l’amour attend d’être partagé. C’est ensuite un tableau magnifique, un témoignage sur Constantinople, une ville bouillonnante à la croisée des mondes et des cultures, en particulier européenne. C’est enfin et surtout un hommage à la création, à l’art et à la beauté, un récit magistral sur la formation du regard et sur la constitution d’un esthète de génie.

Mais ce qui rend ce roman inoubliable, c’est je crois la virtuosité de plume de Mathias Enard : une plume exquise, enivrante, d’une musicalité incroyable, où chaque mot, chaque phrase se lit et se relit par pure gourmandise ; une plume d’une grande sensibilité qui m’a fasciné tout au long de ma lecture et qui a même provoqué de vrais frissons. Choisir un extrait plutôt qu’un autre a été un véritable crève-coeur… si celui-ci a emporté mon adhésion, c’est peut-être qu’il n’est pas loin d’exprimer mon propre sentiment au cours de ma lecture.

« Petit à petit, assis en tailleur sur ses coussins, Michel-Ange se sent envahi par l’émotion. Ses oreilles en oublient la musique, alors que c’est peut-être la musique elle-même qui le plonge dans cet état, lui fait vibrer les yeux et les emplit de larmes qui ne couleront pas ; comme dans l’après-midi à Sainte-Sophie, comme chaque fois qu’il touche la Beauté, ou l’approche, l’artiste frémit de bonheur et de douleur mêlés« . 

Un grand merci à Amanda pour m’avoir donné envie de lire ce roman sublime dont un extrait est visible ici et qui, comme elle le suggérait, recevrait un prix que cela ne m’étonnerait pas… Pour Gwenaelle, son seul défaut est d’être trop court (oh que oui ! On aimerait que le voyage ne s’arrête jamais !) et je ne suis pas loin de partager le coup de coeur de La Ruelle bleue !

Spécial Rentrée littéraire

Bonne plock à tous !

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, par Mathias Enard (2010), aux éditions Actes Sud (2010), 154 p., ISBN 978-2-7427-9362-4. 

Pichnique !

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C’est en montant dans le train me ramenant au bercail que j’ai réalisé le drame dans toute son ampleur : je n’ai pas pris la moindre de photo lors du pichnique, toute absorbée que j’étais dans des papotages intensifs et des dégustations sans fin ! Argh. Mais que cela ne m’empêche pas de faire un petit compte-rendu afin de remercier tout le monde les gens, sans oublier, dans ma grande mansuétude, seigneur météo qui nous a – presque – épargné. Car pour qui aime les tentations tant culinaires que littéraires, le pique-nique de la blogo, c’est juste the rendez-vous parfait. En vrac, j’ai :

- souffert quand même au réveil parce que 6h30, c’est tôt quand même et commencé ma journée en lisant Voici dans le train.

- été adorablement accueillie par l’organisatrice en chef et ses complices

- joué au foot avec un vaillant p’tit gars (dis comme ça, c’est rien, mais quand on sait la sportive de canapé de haut vol – oui madame – que je suis, mais aussi je suis un dodo à qui on a greffé des talons en toutes circonstances, là, ça impressionne déjà plus, non ? Ah.)

- rencontré plein du monde des gens (recensés ici !)

- admiré une descente d’escalier sous les hourras de la foule en délire.

- papoté autour d’un cake aux olives (mais qui a fait cette petite merveille ? Qu’elle se dénonce !).

- entendu des couinements pour de vrai. Wouah.

- vu un dalek pour de vrai. Brrr.

- été affreusement tentée.

- réalisé que, comme on me l’a fait remarqué, deux mains, bah, c’est pas toujours assez

- papoté autour d’un gâteau *mazette* au yaourt de choses et d’autres

- rencontré ma *youhhhhhh* coupine de challenge !!!!

- été complètement dépassée dans mes connaissances starwarsiennes pourtant non négligeables (du moins le croyais-je) par un petit bout de fille qui rentre en CM2 et que je ne sais pas encore si je vais pouvoir m’en remettre un jour.

- papoté autour d’un café qu’on était bien au chaud n’est-ce pas les filles et constaté que quand on veut parler anglais, ben, il faut savoir parler anglais sinon on est juste so ridiculous my dear.

- rencontré une collègue qui partage les mêmes souffrances joies professionnelles que moi et que allez, on s’encourage bien fort !

- cédé à la tentation (parce que vendre des titres de la rentrée littéraire dans une gare quand on sort tout juste d’un pique-nique de la blogo, ça ne devrait pas être permis, moi j’vous l’dis)

- dormi dans le train du retour et rêvé à la prochaine rencontre bloguesque parce que ce sont décidément de magnifiques moments, même quand de courtes heures de sommeil dans les pattes ! Et encore un immense merci à tou(te)s pour votre accueil !

Bonne plock à tous !

Les Soldats de l’aube, par Deon Meyer

meyer.jpeg« Dans sa tête c’était la danse sans rythme de ceux qui ne dorment pas« 

Attention : si le quatrième de couverture (ici reproduit) est très bien fait, le résumé « intérieur » en première page en dit beaucoup trop (à éviter) : « Alors qu’il sombrait dans la déchéance, l’ex-policier « Zet » van Heerden se voit confier la tâche, apparemment simple, de retrouver un testament sans lequel une certaine Wilna van As ne pourra hériter de son ami décédé. Celui-ci a été retrouvé mort chez lui, tué d’une balle de M16 dans la nuque après avoir été torturé à la lampe à souder. Van Heerden comprend qu’il y a anguille sous roche lorsqu’il s’aperçoit que le coffre-fort du défunt a été vidé et qu’il aurait contenu une fortune en dollars. Un fusil d’assaut ? Des dollars US ? Tout semble indiquer un crime mafieux. Et pourtant... »

Suite à ma déconvenue australienne, j’ai préféré jouer la valeur sûre pour mon périple sud-africain : Deon Meyer est réputé pour la qualité de ses romans policiers – et j’ai pu en faire l’expérience avec un réel plaisir de lecture.

Les Soldats de l’aube est d’abord et avant tout un polar costaud, rythmé et bourré de testostérones. Le récit démarre vite et le suspens ne retombera jamais vraiment. L’intrigue est également très bien construite et, point intéressant, l’enquête est menée à travers les réflexions, les déductions, les doutes de van Heerden*. Le lecteur suit le cheminement de sa pensée, les pistes qu’il exploite, qu’il rejette, qu’il néglige. Rien de révolutionnaire, simplement une progression très bien ficelée.

Le personnage principal, cet « ancien flic de quarante ans incapable de fonctionner correctement« , est finalement très attachant. Car en parallèle de l’enquête, se met en place un récit secondaire tout aussi passionnant. En alternance avec l’intrigue principale, il est des chapitres introspectifs dans lesquels un homme – dont on devine rapidement qu’il s’agit de van Heerden lui-même – remonte le temps, en retraçant son parcours et en tentant d’exorciser ses démons.

Enfin, ce polar donne aussi à voir l’Afrique du Sud et son sombre passé. Non pas le régime de l’Apartheid – étonnamment peu présent ici en toile de fond – mais un aspect moins connu, dont il est difficile d’en parler ici sans déflorer l’intrigue plus que de raison… (pour ne pas spoiler, tout en pensant aux intarissables curieux ;) un indice ici). 

Les Soldats de l’aube est finalement un polar complet, satisfaisant sur tous les plans et dont les pages se tournent toutes seules. Attention cependant, il ne faut pas craindre les ambiances glauques, les scènes d’action parfois violentes et les détails sordides… pour les amateurs en revanche, aucun souci, c’est du bon !

Lu dans le cadre du challenge Destination… Afrique du Sud, organisé par Evertkhorus !

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Lu dans le cadre du challenge Littérature policière sur les 5 continents organisé par Catherine !

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Bonne plock à tous !

* Le personnage principal porte le même patronyme que celui du polar humoristique de Tom Sharpe, Mêlée ouverte au Zoulouland (situé également en Afrique du Sud où l’auteur britannique passera une partie de sa vie). Mais les ressemblances s’arrêtent là !

Edit du 23 août : j’ai eu le plaisir d’apprendre que cette chronique a été sélectionnée par les éditions Points pour figurer dans la rubrique La Toile en parle sur le site Le Cercle Points ! J’y ai par ailleurs trouvé un entretien passionnant avec Deon Meyer, à l’occasion duquel il évoque la naissance de sa vocation, le métier d’écrivain, le rapport avec les lecteurs… à voir ici.

Les soldats de l’aube (Dead at Daybreak), par Deon Meyer (2000), traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Robert Pépin, aux éditions Points (2004), 520 p., ISBN 2-02-063124-5.

Chéri, par Colette

cheri.jpeg « Pourquoi est-ce que je n’aurai pas un coeur, moi aussi ?« 

Léa est dans la force de l’âge comme on dit – on le dit plutôt des hommes de cet âge, mais l’expression sied bien à la dame. Elle et ses amies n’ont pas eu une vie tellement conventionnelle ; elles ont papillonné sans tellement s’attacher. Et puis Léa passe du temps dans les bras de Chéri, vingt-cinq ans, le fils de Madame Pelloux justement. Tout cela semble ne semble pas bien sérieux… jusqu’à ce que Chéri annonce son mariage arrangé avec une jeune fille bien falote et bien dotée. Tout cela n’était-il vraiment qu’un jeu ? 

En dépit de l’ambiance surannée et mondaine, il y a quelque chose d’incroyablement moderne dans ce récit. Si l’on reçoit ses amies sous la véranda, c’est du gin que l’on sert à l’heure du thé ; si l’on s’éclaire aux candélabres et que l’on sonne les domestiques, l’on s’amuse ouvertement des charmes d’un gigolo et l’on ne se fait aucune illusion sur le mariage. Quant aux faiblesses de l’intrigue elle-même (mon allergie au désespoir amoureux), elles sont largement compensées par la plume de l’auteur.

Le ton est souvent moqueur et impertinent – la dérision semble nécessaire à Léa pour dépasser sa grande lucidité et son amertume. La psychologie des personnages est d’ailleurs sondée avec autant de précision que de concision : Colette va loin, mais sans étirer, sans lasser. Il en ressort des personnages tantôt pathétiques, tantôt attendrissants. Les répliques sonnent juste, les non-dits sont éloquents, et je me suis surprise à relire encore et encore certaines phrases, juste par pur plaisir.

« Elle ne répondit rien. Elle se pencha pour ramasser une fourche d’écaille tombée et l’enfonça dans ses cheveux en chantonnant. Elle prolongea sa chanson avec complaisance devant un miroir, fière de se dompter si aisément, d’escamoter la seule minute émue de leur séparation, fière d’avoir retenu les mots qu’il ne faut pas dire : « Parle… mendie, exige, suspends-toi… tu viens de me rendre heureuse… » « .

Je me disais en refermant ce livre que Colette n’avait certainement rien à envier à ses contemporaines d’outre-manche… et qu’elle plairait probablement beaucoup aux  amoureux des victoriennes ! Il est également une suite (La fin de chéri) et une adaptation ciné (par Stephen Frears), que j’ai désormais très envie de croquer !

Les avis d’Alicia, Kali, Féelodie, Dame-Meli

Lu dans le cadre du Challenge Littérature au féminin, organisé par Littérama

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Bonne plock à tous !

Chéri, par Colette (1920), aux éditions Livre de poche (1959), 190 p. 

Marie-Antoinette, par Stefan Zweig et par Sofia Coppola

487129769s.jpg« C’est dans le malheur que l’on sent davantage ce que l’on est« 

Stefan Zweig m’avait déjà conquise avec la biographie de Balzac ; il m’a ici totalement subjugué avec celle de Marie-Antoinette. Et pourtant, ce n’était pas gagné d’avance ! Le sujet n’était pas de celui pour lequel je porte un réel intérêt a priori ; ce n’est pas davantage un sujet admirable comme peut l’être la dame de Nohant.  Mon sentiment est donc  totalement inversé par rapport à la biographie de George Sand. Car quel plaisir de lecture !

Stefan Zweig a choisi, de manière fort judicieuse, de raconter l’histoire de Marie-Antoinette par épisodes, par chapitres thématisés, tout en suivant globalement la chronologie des événements. On est loin d’un passif enchaînement de faits. On est  également loin de la simple description : le niveau d’analyse psychologique dans lequel se situe le biographe est impressionnant. Jamais dans la compassion ou le dénigrement : tout est dans l’explication. Ou pourquoi et comment Marie-Antoinette est passée de la timide dauphine à la reine frivole, puis à la mère assagie, et enfin à la femme digne sur la fin de sa vie. 

Mais surtout, Stefan Zweig réussi un tour de force incroyable, en particulier lorsqu’il aborde la décadence de Marie-Antoinette : accroître l’intérêt du lecteur à mesure que ce destin s’emballe et introduire ainsi un véritable suspens. Fou, puisque je savais évidemment ce que la suite lui réserve ! L’épisode de la fuite et de l’arrestation à Varennes par exemple prend des airs de thriller. C’est impressionnant – et on a vu des polars bien moins haletants ! 

Un immense plaisir de lecture pour une biographie que je n’ai pas pu lâcher en cours de route. Alors que je pensais la lire sur plusieurs semaines, et l’entrecouper d’autres lectures, je l’ai dévoré en quelques jours et il m’était impossible d’ouvrir un autre livre. Rarement une biographie m’aura autant passionné.

Edit du 30/07 : ah les grands esprits… un billet sur cette même bio a été déposée le même jour par une blogueuse québécoise que je découvre par la même occasion : l’avis de Suzan, mais aussi de Karine:) qui m’avait donné une vraie envie de le lire ! 

Lu dans le cadre du Challenge Ich Liebe Zweig, organisé par Karine:) et Caro[line] ! Je boucle ainsi un deuxième tour de la version baby !

Ich Liebe Zweig

*****

coppola.jpeg« - Tout cela est ridicule » ; « - Tout cela, madame, est Versailles« . 

A peine le livre terminé, j’ai souhaité visionner le Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Contrairement à ce que j’imaginais – je ne sais pas pourquoi, on se fait des idées parfois… bref – son parti pris est sensiblement le même que celui de Stefan Zweig : mettre en évidence la grandeur et la décadence de Marie-Antoinette.

Certes, pour la réalisatrice, l’accent est mis essentiellement sur le tourbillon de fêtes que fût un moment de sa vie, bien plus ciné-génique. Le récit s’interrompt d’ailleurs en 1789 (tandis que la fin de la royauté occupe plus du dernier tiers de la bio de Stefan Zweig), pour lier définitivement son destin à Versailles.

Mais l’abdication et la chute sont magnifiquement suggérées. Au final, il ne m’est pas apparu de  véritable différence de nature dans les points de vue, simplement une différence de degré : dans le film, certains événements sont mis en lumière tandis que d’autres sont simplement évoqués, mais bien présents – à l’exception de la fameuse affaire du collier, totalement occultée. 

Il n’est qu’un seul point de divergence évident : pour Zweig, la relation entre Marie-Antoinette et Fersen fut largement platonique (selon lui, elle n’aurait commis l’adultère qu’après la naissance de ses enfants, voire sur la toute fin de sa vie) ; pour Coppola en revanche, ils furent rapidement amants et le film n’exclue pas l’idée, évoquée parfois, que Fersen soit le véritable géniteur de Louis XVII, son deuxième fils.

Inutile d’insister sur le côté rock’n roll – la musique, les anachronismes volontaires, les costumes et les coiffures – qui donne toute sa saveur au film. J’ai vraiment tout apprécié… sauf peut-être Kirsten Dunst. Je me suis surprise à penser qu’une actrice plus charismatique aurait pu donner plus de force au personnage. Elle m’a même semblé éteinte par moment et surtout trop fragile dans la dernière partie : lorsqu’il est démontré que Marie-Antoinette gagne en maturité, elle n’est selon moi plus crédible… Bref, elle ne m’a pas semblé porter le film jusqu’au bout. Dommage, car mis à part l’actrice fétiche de Sofia Coppola, j’ai trouvé le reste du casting parfait ! 

Je ne suis pas inscrite, mais pour les amateurs d’adaptations, un petit renvoi vers le challenge Lunettes noires sur Pages blanches, organisé par Fashion !

Bonne plock à tous !

 

Marie-Antoinette, par Stefan Zweig (1933), traduit de l’allemand par Alzir Hella, aux éditions Livre de poche (1963), 497 p.

Marie-Antoinette, film réalisé par Sofia Coppola (2005), avec Kirsten Dunst, Asia Argento, Marianne Faithfull…

George Sand, ou Le scandale de la liberté, par Jospeh Barry

images1.jpeg « Il fallut du temps à Aurore pour se créer. Mais George Sand fut son chef d’oeuvre »

Tout le monde n’a pas le talent de biographe de Stefan Zweig. Voilà une entrée en matière un peu dure, mais après avoir savouré les bios de Balzac et de Marie-Antoinette (billet à venir), force est de constater que le plaisir de lecture n’était pas toujours au rendez-vous avec celle de George Sand.

Le sujet est pourtant passionnant… une femme si peu conventionnelle, déjà avant-gardiste à son époque et qui l’est encore largement au XXIe siècle. Adepte de l’amour libre, toujours bien entourée, claire-voyante et combative… Une personnalité follement riche, qui réunit en un tout ce triptyque improbable de l’être à la fois maternel, sensuel et intellectuel. Bigre. II est évidemment impossible de résumer sa vie en quelques lignes…  il est essentiellement des constantes – l’amour, l’amitié, Nohant – mais toujours vécues avec passion. Bref, le sujet est admirable, mais je ne peux pas en dire autant de son traitement.

Certes, le biographe a fait un travail quantitativement remarquable. Le texte est d’abord factuel, documenté à l’extrême, mais n’est pas non plus avare d’analyses. Le sujet est hors-norme et l’auteur a su le mettre en évidence. Et le lecteur n’est jamais perdu : il est de nombreuses précisions chronologiques et contextuelles qui donnent de la hauteur à la lecture. Autre point remarquable : Joseph Barry donne à voir l’influence des écrits de George Sand sur ses contemporains ou sur les générations suivantes, mais aussi un aperçu du milieu intellectuel de l’époque, puisque l’on croise Musset et Chopin bien sûr, mais aussi Balzac, Flaubert, Mérimée, Litz…  une formidable chronique du Paris des artistes au XIXe apparaît en filigranes.

Mais le biographe semble avoir eu davantage le souci de l’exhaustivité que celui de la synthèse. Et tout ça au détriment de l’essentiel, souvent noyé au milieu d’événements sans grand intérêt. Jospeh Barry donne parfois l’impression de suivre ses trouvailles, dans la correspondance de l’écrivain ou dans les écrits de ceux qui l’ont connu, sans se soucier de leur pertinence. Il faut dire qu’il est beaucoup de romances dans la vie de George Sand, et que je finissais par me lasser d’une énième lettre de rupture qui ressemblaient à s’y méprendre aux précédentes… Les amateurs du genre épistolaire apprécieront certainement davantage.

Il reste tout de même une belle mise en valeur de l’écrivain, dans son quotidien et dans sa postérité, dans ses faiblesses – Jospeh Barry n’est pas toujours tendre avec George Sand, notamment dans ses rapports avec sa fille – mais surtout dans ce qui fait sa force et sa particularité.

« George Sand comprenait clairement que la grande illusion romantique était « la grande passion », avec le déclin qui s’ensuivait de l’amitié entre les hommes et les femmes, de la tendresse et du respect. Si bien que les femmes qui voulaient s’élever au dessus de l’idée qu’on se faisait d’elles – la mère-épouse ou la prostituée-maîtresse – se comportaient en homme. Autrement dit, elles-mêmes se percevaient et se comportaient comme le faisait les hommes de leur époque pour parvenir à la seule égalité et accomplissement de soi alors possible« .

Les quelques longueurs n’ont tout de même pas gâché ma lecture. De quoi découvrir en profondeur cette écrivaine qui m’a paru fondamentalement humaniste avant d’être féministe ou romantique. Une personnalité incomparable pour une lecture vraiment enrichissante !

Lu dans le cadre du Challenge George Sand, organisé par George Sand !

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Bonne plock à tous !

George Sand, ou Le scandale de la liberté (Infamous Woman – The life of George Sand), par Jospeh Barry (1977), traduit de l’anglais (américain) par Marie-France de Paloméra, aux éditions Points (1982), 511 p., ISBN 2-02-006733-1. 

Bloganniversaire (avec concours) !

Dans quelques jours, dans quelques heures mêmes, ce petit blog fêtera son demi-n’anniversaire… Loin des années d’expériences blogosphériques, je voulais tout de même dire un petit mot pour marquer le coup des 6 mois de création de ce blog !

6 mois de blogs, soit 63 titres chroniqués, dont 5 coups de coeurs, 3 concours organisés et 2 livres gagnés, 4 swaps (plus 2 en cours), 1 très beau cadeau venu de l’autre côté de l’atlantique, 8 livres-voyageurs, 2 salons du livre, 18 challenges (dont 3 accomplis et 1 co-organisé ici !), 8 blogueurs et blogueuses rencontrés in real life, moult tags, et bien sûr, bien sûr, l’apparition d’une PAL à mes yeux gigantesque…

6 mois de blogs, c’est aussi 115 articles, 27906 « hits » et 14301 « visites » à ce jour (ne me demandez pas à quoi cela correspond exactement) et 1779 commentaires (-438 signés bibi) à ce jour, soit… je n’ai pas compté, mais merci à tous pour vos messages !

6 mois de blogs, c’est aussi et surtout, 1 tonne 5 de bonheur (à la louche), 712428 fous rire (ou quelque chose de cet ordre là), 1 grosse frayeur, et même quelques moments d’émotion pure (grandes folles que vous êtes). Impossible de résumer en quelques mots la joie qui est la mienne d’être de cette belle aventure, sauf à dire que j’aime la blogo du fond de mon petit coeur. Une pensée particulière à celles qui m’ont aidé à démarrer sur la toile et aux blogueuses qui m’accompagnent régulièrement, et un grand merci à tous !

Et justement, pour vous remercier, je propose un petit concours… 

Quel titre chroniqué sur ce blog a suscité le plus grand nombre de visites ?

- La lamentation du prépuce, de Shalom Auslander

- Orages ordinaires, de William Boyd,

- Sukkwan Island, de David Vann

Participation ouverte à tous ceux ayant déjà laissé un commentaire sur ce blog et ce jusqu’au samedi 24 juillet (20h). Un tirage au sort parmi les bonnes réponses.

Quant à ce blog, il a déjà reçu son cadeau : une nouvelle bannière signée Petite étoile sadique que je remercie infiniment ! You’re great !

Bonne block à tous ! 

Au bord du Gange et autres nouvelles, par Rabindranath Tagore

9782070406043.gif « N’est-il pas intolérable que l’animal traqué se retourne et attaque le chasseur ?« 

Il est d’abord un spectre qui raconte à un jeune garçon sa triste histoire  (Le squelette). Il est ensuite un homme qui ne peut oublier l’amour de sa vie (La nuit suprême). Il est aussi un  vieil homme qui perd l’amour de son fils (Le gardien de l’héritage). Ou un fils égoïste qui refuse la générosité de son père (La clé de l’énigme). Ou encore une femme, qui porte un amour exclusif à son frère handicapé au point de mettre à mal son mariage (La soeur aînée). Ou cette autre jeune femme, devenue veuve à huit ans, et qui devient une ombre (Au bord du Gange).Voilà l’Inde traditionnelle, immuable, où rares sont ceux qui se révoltent contre la fatalité.

Il est tant de charme dans ce recueil qu’il m’est en vérité difficile de dire s’il s’agit bien de courtes nouvelles plutôt que de longs poèmes en prose. Ce n’est pourtant pas faute d’un grand respect du genre : de brèves histoires où des destins anecdotiques s’élèvent avec une intensité rare et se brisent dans des chutes parfois effroyables. Mais le récit se pare de tant de magie, de mystère, de grâce, qu’il m’a littéralement envoûte en dépit de sa cruauté.

Délicate, savoureuse, acidulée, les adjectifs me manquent pour qualifier la plume de Rabindranath Tagore. Le fait que la traductrice ait choisi de laisser certains mots dans la langue d’origine – tout en donnant le sens ou l’explication en bas de page – est particulièrement appréciable. Des phrases simples, qui coulent avec une grande douceur ; et c’est peut-être ce qui rend ce texte plus tragique encore.

Car la beauté de l’écriture n’a d’égale que la cruauté des histoires. Tagore dépeint le poids des traditions, le statut des femmes dans une société patriarcale (La soeur aînée, Au bord du Gange), les comportements les plus vils (Le gardien de l’héritage, La clé de l’énigme) et les amours impossibles (Le squelette, La nuit suprême), avec la même langueur et le même sentiment d’impuissance dans des fables sans morale.

« Le même soir, à l’autre extrémité du village, une ombre de mort planait sur l’humble demeure de la veuve, dénuée de pain et privée de fils. D’autres pouvaient oublier les incidents de la journée à la faveur d’un bon repas et d’une bonne nuit, mais pour elle, un tel événement dépassait en importance tout ce qui lui était donné de concevoir en ce vaste monde. Hélas ! Que pouvait-elle opposer à sa destinée ? Un corps décharné et las, et un coeur de mère sans aucun appui et à demi mort de frayeur« .

Difficile de ne pas recommander ce petit livre. Une très belle lecture, commune avec Soukee et Delphine. Egalement l’avis de Kathel.

Lu dans le cadre du challenge Bienvenue en Inde organisé par Hilde et Soukee.

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Bonne plock à tous !

 

Au bord du Gange et autres nouvelles, extraites du recueil Mashi, par Rabindranath Tagore (1925), traduit de l’anglais (Inde) par Hélène du Pasquier, aux éditions Folio (2010), 105 p., ISBN 978-2-07-040604-3.

 

Echo Park, par Michael Connelly

connelly1.jpeg « Va falloir rester coolos« 

On ne présente plus l’inspecteur Bosch : flic à Los Angeles depuis de nombreuses années, il s’est toujours distingué par une ténacité à toute épreuve. La preuve encore avec le dossier Gesto. Voilà 13 ans que cette jeune femme a disparu, et 13 ans qu’il rouvre régulièrement le dossier de cette affaire non résolue… Et voilà-t-y pas qu’un serial killer jusqu’ici totalement inconnu s’accuse du crime ! Il faut dire que le procureur, en pleine période de réélection, lui propose un accord pour éviter la chaise électrique en échange d’aveux complets…

Michael Connelly est présenté comme un « maître incontesté du polar américain » – et ce n’est pas moi qui dirait le contraire ! J’avais dévoré Les Égouts de Los Angeles et La Blonde en béton quasiment en apnée, la mine déconfite au petit matin tant il m’était impossible de refermer le livre à des heures pourtant indécentes.

Totalement éprise d’Harry Bosch, je constate avec plaisir que Michael Connelly a eu l’intelligence de laisser mûrir son personnage avec les années (précisons que j’ai loupé quelques épisodes de la série) : moins taciturne, – un peu – moins alcoolisé, mais toujours aussi tête-brûlé ! Quant à l’enquête, elle est à la hauteur du personnage. Pour résoudre l’affaire Gesto, il va lui falloir déjouer les évidences et agir en électron libre, avec la bonne dose de pugnacité qui le caractérise.

Echo Park répond à tous les codes du genre : une intrigue claire et efficace, du parlé vrai, un rien de profilage, quelques bisbilles entre les services et des scènes d’action rondement menées, crédibles, réalistes – rien à dire.

Bref, Echo Park est un bon cru : Connelly connaît sa partition et déroule sans fioritures. Alors, oui, c’est assez formaté, oui, il n’y a rien de follement original dans cette enquête, mais oui, ce polar a parfaitement répondu à mes attentes : réduire les 4h de train Bruxelles-Lyon à peau de chagrin. Une lecture-détente et un brin sanguinolente de tout premier choix.


Lu dans le cadre du Défi Littérature policière sur les cinq continents organisé par Catherine.

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Lu également pour le Challenge Serial Killer organisé par Alcapone

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Bonne plock à tous !

Echo Park (Echo Park), par Michael Connelly (2006), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin, aux éditions Points (2008), 429 p., ISBN 978-2-7578-0915-0 .


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