La Mort, entre autres & Une Douce flamme, par Philip Kerr

Après avoir dévoré les trilogies d’Herbjorg Wassmo lors de l’été 2008 et celle de Millenium à l’été 2009, ce sont les polars de Philip Kerr et les péripéties de Bernie Gunther qui auront marqué mon été 2010. A peine La Trilogie Berlinoise terminée, je me suis avidement et littéralement jetée sur la suite de la série, soit La Mort, entre autres puis Une Douce flamme, pour un plaisir de lecture plus grand encore. C’est désormais la traque des nazis en fuite qui est au centre de ces intrigues, toujours aussi stupéfiantes. 

kerr2.jpeg « Je me sentais aussi solitaire qu’un poisson dans la cuvette de toilette« .

En 1949, Bernie Gunther, qui a quitté Berlin et pris brièvement la direction d’un hôtel qui fait faillite, ne tarde pas à reprendre son activité favorite : la recherche de personne disparue. Surtout quand une cliente sexy en diable vient le trouver pour savoir ce qu’il est advenu de son mari depuis la fin de la guerre. Sauf que le mari en question est un ancien SS, et que Bernie Gunther va devoir renouer avec l’univers de ses « vieux camarades » pour retrouver sa trace.

L’intrigue de La Mort, entre autres est certainement la plus aboutie et la plus surprenante ; et le dénouement m’a complètement bluffé, car disons-le clairement, je n’avais rien, mais alors rien, vu venir. Peut-être étais-je trop occupée à découvrir et à comprendre l’Allemagne et l’Autriche d’après-guerre, tiraillée entre devoir de mémoire et droit à l’oubli, entre reconstruction et occupation. Sans oublier les frasques de ce satané détective, qui n’a laissé ni son insolence, ni sa conscience, sur le front russe.

« Nous étions peut-être tous devenus odieux. Nous tous, les Allemands. Les Américains nous regardaient tous avec un mépris silencieux, à l’exception peut-être des fêtards et des putes. Et vous n’aviez pas besoin d’être Hanussen, le voyant extra-lucide de Hitler, pour lire dans les pensées de nos nouveaux protecteurs et amis. Comment avez-vous pu permettre une chose pareille ? nous demandaient-ils. Comment avez-vous pu faire ce que vous avez fait ? C’est une question que je me suis souvent posée. Je n’ai jamais trouvé de réponse. Quelle réponse acceptable pourrait-il jamais y avoir ? C’est juste arrivé un jour en Allemagne, il y a de cela environ mille ans« .

Les avis de La Ruelle Bleue (un coup de coeur !) et de Miss Alfie

  En haut de la pile « Vous avez toujours été aussi cynique ? – Non. Avant, j’étais dans le ventre de ma mère« .

L’entrée en matière de Une douce flamme est plus classique, mais non moins efficace. Nous voilà en Argentine, sous la dictature des Perón, si accueillants avec les nazis en fuite. Le détective va reprendre du service contre son gré pour enquêter sur la disparition d’une jeune fille de bonne famille allemande. Une enquête qui aura de fortes résonances avec une affaire non résolue par Bernie Gunther à l’époque où il était encore flic – un excellent procédé pour faire alterner le récit entre Buenos Aires, 1950, et Berlin, 1932, et ainsi évoquer la montée du nazisme dans la moribonde République de Weimar.

Cette intrigue n’est peut-être pas la plus réussie sur le plan de l’enquête stricto sensu – quoi qu’elle prenne une tournure assez inattendue. Mais il s’agit clairement de la plus poignante à mon sens, celle qui fait le plus froid dans le dos et celle que l’on oublie pas. Car Philip Kerr développe ici une thèse des plus originales – mais certainement des plus crédibles. L’auteur semble d’ailleurs avoir voulu devancer les esprits chagrins en indiquant expressément ses sources – pertinentes – en postface. Ainsi, tout ne se serait pas terminé en avril 1945 et il est des raisons aussi vraisemblables que, pardon, puantes, à « l’épanouissement » des anciens SS en Argentine.

Heureusement, Bernie Gunther manie toujours aussi bien l’humour à froid, pour une lecture toujours aussi plaisante. « J’ai eu l’occasion d’observer de près les femmes qui pleurent. Dans ma branche, cela va de pair avec la matraque et les menottes (…). Sherlock Holmes a étudié la cendre de cigare et écrit une monographie sur le sujet. Moi, je m’y connaissais en pleurs. Je savais que, quand une femme sanglote, il vaut mieux qu’elle ne soit pas trop près de votre épaule. Ça peut vous coûter une chemise propre« .

Les avis de La Ruelle Bleue (un coup de coeur encore !) et de Miss Alfie.

Et dire qu’il va falloir attendre 2011 pour découvrir la suite des aventures de Bernie Gunther…

Bonne plock à tous !.

La Mort, entre autre (The One from the Other), par Philip Kerr (2006), traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj, aux éditions du Masque (2009), 406 p., ISBN 978-2-7024-3314-0.

Une douce flamme (A Quiet flame), par Philip Kerr (2008), traduit de l’anglais par Philippe Bonnet, aux éditions du Masque (2010), 427 p., ISBN 978-2-7024-3433-8.

La Trilogie Berlinoise, par Philip Kerr

kerr.jpeg « N’est-ce pas exactement comme ça que Hitler a été élu ? A cause de gens qui se fichait de savoir par qui serait dirigé le pays ?« 

« Publiés pour la première fois entre 1989 et 1991, L’Eté de cristal, La Pâle figure et Un requiem allemand ont pour toile de fond le IIIe Reich à son apogée et, après la défaite, l’Allemagne en ruine de 1947. Bernie Gunther, ex-commissaire de la police berlinoise, est devenu détective privé. Désabusé et courageux, perspicace et insolent, Bernie est à l’Allemagne nazie ce que Philip Marlowe est à la Californie de la fin des années 30 : un homme solitaire, témoin de son époque. Des rues de Berlin « nettoyées » pour offrir une image idyllique aux visiteurs des Jeux olympiques à celle de Vienne la corrompue, Bernie enquête au milieu d’actrices et de prostituées, de psychiatres et de banquiers, de producteurs de cinéma et de publicitaires. La différence avec un film noir d’Hollywood, c’est que les principaux protagonistes s’appellent Heydrich, Himmler et Goering… »

Un polar historico-humoristique sur fond de nazisme, il fallait oser… Philip Kerr l’a fait – et diablement bien fait en plus ! Certes, non pas sans petits défauts, mais compte-tenu de l’ambition de l’exercice, je passe outre volontiers. Cela faisait bien longtemps qu’un polar ne m’avait autant aspiré, questionné, secoué et, pour cela, je sais que cette série fera date dans mes lectures.

Ce sont pourtant des émotions bien paradoxales que ce polar propose : d’un côté, le cadre, soit l’Allemagne nazie d’avant guerre (pour les deux premiers opus) et d’après guerre (pour le troisième), le cadre donc, fait froid dans le dos – mais je vais y revenir. De l’autre, le personnage principal, un détective effronté, impertinent, à la répartie percutante, qui rend la lecture particulièrement jouissive. Et avec lui la qualité des intrigues, car les enquêtes dans lesquelles il progresse sont toutes très bien ficelées, pleines de suspens et de rebondissements – certes un poil complexes mais toujours intelligibles. 

La cadre est donc omniprésent car il fait partie intégrante des intrigues : les nazis, mais aussi plus tard les russes et les américains, sont le plus souvent parties prenantes à l’enquête. Ils servent ou se servent du détective, le gênent, le traquent, quand ils ne sont pas eux-mêmes mêlés aux crimes qu’il est chargé d’élucider. Un excellent procédé pour ancrer le récit dans son contexte, faire intervenir des personnages historiques et mêler les faits réels à la fiction.

Il est des aspects qui parfois dérangent : d’abord, l’indifférence – initiale – du détective au sort des Juifs à la fin des années 30 ; mais n’est-ce pas l’incarnation de l’allemand moyen ? Ensuite, la violence, les personnages féminins sulfureux et certains passages un peu crus – mais c’est un polar ou roman noir avant tout, et ce Bernie Gunther est un homme à femme qui boit beaucoup, qui fume tout autant, et qui répond ainsi à tous les codes du genre – difficile alors de s’en formaliser.

En revanche, il ne m’a pas dérangé que l’auteur développe certaines thèses a priori marginales. Par exemple, il ne me semble pas plus paradoxal de considérer que les nazis, homophobes, aient pu compter dans leurs rangs des homosexuels, que de songer que ces partisans de l’élimination des infirmes aient été parfois eux-mêmes atteints d’un pied-bot ou convaincus de la supériorité d’un peuple aryen en étant eux mêmes petits, bruns et mal fichus.

« - Connerie de Jeux Olympiques, grogna-t-il. Comme si on avait de l’argent à foutre en l’air (…) A quoi ça rime, j’aimerai bien le savoir ? Nous sommes ce que nous sommes, alors pourquoi prétendre le contraire [*] ? Toute cette mascarade me fout en rogne. Est-ce que vous réalisez qu’on est en train de rafler des putes à Munich et à Hambourg pour renflouer le marché berlinois qui avait été nettoyé à la suite du décret des Pouvoirs d’urgence ? Savez-vous qu’on a à nouveau légalisé le jazz nègre ? Que dites-vous de ça, Gunther ?

- Dire une chose et en faire une autre, c’est typique de notre gouvernement.

- A votre place, je ne crierais pas ce genre de choses sur les toits, fit-il.

- Reinacker, vous le savez très bien : ce que je dis n’a aucune espèce d’importance tant que je peux être utile à votre patron. J’aurai beau être Karl Marx et Moïse personnifiés, il s’en battrait l’oeil si je pouvais lui rendre service« .

[* l'auteur explique par ailleurs comment les nazis "préparèrent" l'arrivée des touristes occidentaux pour les J.O. de 1936, par exemple en nettoyant les rues des discours ouvertement antisémites et en autorisant de nouveau la vente de certains livres alors mis à l'index comme art dégénéré et subversif].

Une lecture tellement mémorable que je n’ai pas pu m’empêcher de foncer sur la suite – La mort entre autres et Une douce flamme, dévorés en quelques jours ! (billet à venir). A compléter peut-être avec d’autres lectures, par exemple sur le sort des victimes, pour les moins avertis.

Un grand merci à l’équipe de 49799387p1.png et aux éditions Livre de poche pour ce partenariat !

Bonne plock à tous !

La Trilogie Berlinoise : L’Eté de cristal – La Pâle figure – Un requiem allemand (Berlin noir : March Violets – The Pale criminal – A German requiem), par Philip Kerr (1989-1990-1991), traduit de l’anglais par Gilles Berton, aux éditions Le Livre de poche (nouvelle édition révisée – 2010), 1016 p., ISBN 978-2-253-12843-4.

Un Swap Scandinavia ! (et résultats du concours)

Un Swap Scandinavia est organisé par Isleene ! J’avais décidé de freiner les swaps, mais c’était sans compter avec ce thème de rêve. Avis aux amoureux de l’Europe du Nord, des fjords, des rennes, et tout spécialement de la littérature scandinave… inscription jusqu’au 31 juillet, toutes les infos et renseignements ici.

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C’est également l’heure des résultats du concours organisé à l’occasion du deminiversaire de ce blog ! Voici le podium des billets les plus visités, dans l’ordre : Sukkwan Island, 3e avec 211 visites (au jour du concours : eh oui, ce billet est trop récent pour avoir fait exploser les compteurs !), La lamentation du prépuce, 2e avec 279 visites, et enfin, Orages Ordinaires, 1er avec 288 visites ! Ce titre vient juste de sortir en France, ce billet est le plus anciens des trois et fût un temps recensé par Alapage, ceci expliquant certainement cela…

Vous avez été très nombreux à participer et je en vous remercie vivement ! Mais les résultats ne donneront même pas lieu à un tirage au sort.. car seule Kathel a donné la bonne réponse ! Bravo à toi – je te contacte pour te faire parvenir un petit colis au plus vite !

Je profite enfin de ce billet pour remercier…

Stephanie, qui m’a vraiment bien conseillé dans le choix d’un titre pour ma première participation aux Harlequinades 2010 : Brûlantes retrouvailles, un titre à la fois coquinou et pathétique à souhait, parfait quoi, en tout cas dans ce que j’ai pu lire jusqu’à maintenant. C’est – pffff ! – c’est quelque chose oui. Je me recoiffe et je vous dis quoi tout bientôt.

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… et Liliba chez qui j’ai gagné un sac de lecture – et qui organise une deuxième session – sac que j’ai reçu hier ! Foncez, il est vraiment sympa et solide, de quoi transporter de bons kilos de bouquins !

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Bonne plock à tous !

Prenez soin du chien, par J.M. Erre

erre.jpeg « J’ai tout de suite remarqué que quelque chose clochait chez lui…« 

Il se passe de drôles de choses aux 5 et 6 de la rue Doulce-Belette. Il faut dire que la folie semble contagieuse dans ces deux immeubles mitoyens… Par exemple, entre les voisins Max Corneloup et Eugène Fluche, rien ne va plus. Le premier, auteur de romans-feuilletons, et le second, peintre sur coquille d’oeuf, se persuadent à qui mieux-mieux que l’autre n’a  d’autres préoccupations que de l’espionner. Mais plus l’on fait connaissance avec les autres résidents, plus ces deux là nous paraissent relativement sains d’esprit. Et lorsqu’un meurtre est commis, la santé mentale déjà fragile des locataires semblent défaillir pour de bon.

Quelle histoire, mais quelle histoire ! Après avoir eu un gros coup de coeur pour Série Z, je n’ai pas pu attendre : Prenez soin du chien est venu coiffer ma PAL en un rien de temps. Et là encore, quelle poilade, mais quelle poilade ! 

Avec ses personnages plus psychotiques les uns que les autres, J.M. Erre nous embarque, l’air de rien, au doux pays des barges. Parce qu’il faut voir le tableau : une concierge indiscrète, une autre sexy en diable, un chienchien  à sa mémère folle-dingue, un auteur de romans cochons, un collectionneur de gerbilles, un adolescent attardé, un cinéaste taciturne – et j’en passe. Ce n’est plus un quartier résidentiel ordinaire ; c’est un asile qui s’ignore.

J’en oublierai presque que ce roman est aussi un polar. Construite sur un compte à rebours, l’intrigue est prenante et surprenante, riche de rebondissements plus cocasses les uns que les autres. Et le dénouement se fait urgemment attendre ! Le récit est aussi servi par une écriture loufoque, hilarante, un brin canaille, et – cerise sur le gâteau – entrecoupé de réflexions sur le travail de l’écrivain, les ressorts de la fiction, l’inspiration…

Une histoire déjantée, foisonnante, et pourtant bien maitrisée : du grand art !

Extrait du journal de Max Corneloup : « Aucun signe d’activité chez Fluche depuis mercredi. Pas de lumière, pas de mouvement. Je n’ose espérer qu’il ait enfin débarrassé le plancher (…). Ce matin, il m’est venu à l’esprit une idée assez délectable : et si le maniaque était mort ? Je l’imagine, vautré au milieu de ses oeufs, paré pour le voyage… Vers le paradis des poules si cela lui fait plaisir ! Crise cardiaque ? Rupture d’anévrisme ? A moins qu’une vilaine chute… (…) Ouais, une chute, c’est pas mal ça… A demi trépané sur le lino, on fait nettement moins le malin… Et les huit mètres du salon, ça devient vite une trotte, quand vous n’avez plus que le petit doigt pour vous tracter…« .

Si Prenez soin du chien m’a semblé un léger chouïa en dessous de Série Z – il faut préciser qu’il s’agit du premier roman de J. M. Erre -, il en reste un immense plaisir de lecture, jubilatoire, rapide (trop rapide même !) et vivement recommandée !

Les avis de Keisha, Papillon, Choupynette, Fashion, Emeraude, Jules… et d’autres encore recensés chez BOB !

Bonne plock à tous !

Prenez soin du chien, par J.M. Erre (2006), aux éditions Points (2007), 304 p., 978-2-757-80124-6. 

Voyage dans les ténèbres, par Jean Rhys

97820707736951.gif  « A chacun sa ration d’espoir« 

Anne est une jeune femme paumée (encore ! C’est décidément un thème récurrent ici, il va falloir y remédier fissa ! Bref). A la mort de son père, déjà veuf, cette fille de colons quitte ses Antilles natales pour l’Angleterre. Ce « retour au pays » est un déchirement dont elle ne parvient pas à se départir. Lâchée par sa belle-mère et sans grandes ressources, elle vit désormais au jour le jour, pension après pension, verre après verre, mauvaise rencontre après mauvaise rencontre.

Voyage dans les ténèbres m’a fait l’impression d’un anti-conte de fée. Voyez : une jolie petite nana, orpheline bien sûr, affublée d’une marâtre évidemment, qui vit dans le souvenir de son enfance – son âge d’or – et qui cherche un prince charmant… Et patatras. La vie – la vraie quoi ! – la rattrape rapidement.

Anne s’enfonce alors un peu plus chaque jour. Car elle se laisse en grande partie porter par les événements… comme lors de sa première nuit avec Walter – son premier amant, sa première passe.

« Il revint dans la chambre et je l’observai dans la glace. Mon sac était sur la table. Il le prit et mis de l’argent dedans. Avant de le faire, il regarda dans ma direction, mais crut que je ne pouvais le voir. Je me levai dans l’intention de dire « Qu’est-ce que vous êtes en train de faire ? », mais arrivée près de lui, au lieu de dire : « Ne faites pas cela », je dis : « Très bien, si vous voulez – tout ce que vous voudrez, comme vous voudrez » et lui baisai la main.«  

Un sombre roman initiatique qui se déguste rapidement – c’est court – et aisément – quel style ! Une écriture simple (qui dit pourtant beaucoup de choses), froide, distante, mais sans prétention aucune : je suis complètement sous le charme de la plume de Jean Rhys.

Pourtant, il a manqué quelque chose pour totalement me convaincre – et ce quelque chose est certainement de l’ordre de l’intrigue. L’auteur nous invite à investir l’esprit d’une jeune femme introvertie, passive, mélancolique, et qui sombre irrémédiablement dans une forme de dépression. Fatalement, elle finit par ne plus rien pouvoir faire, à peine tirée de sa torpeur par des rencontres hasardeuses et des frénésies d’achat grâce à l’argent de son amant.

La qualité de l’écriture m’a sauvé de l’ennui, mais pas du sentiment d’inachevé – sentiment qui se fait particulièrement criant à la fin du roman. Je ne voulais quitter ni l’auteur, ni son personnage… Il y avait là une belle matière, un style des plus savoureux, un sujet des plus prometteur, mais qui n’a pas été, me semble-t-il, suffisamment exploité ; un peu frustrant finalement ! 

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Un grand merci à Cécile qui m’a offert ce roman à l’occasion du Lady Swap organisé par Lou et Titine ! Et comme j’ai également offert ce roman à ma swappée, nous avions programmé une lecture commune pour ce Voyage dans les ténèbres : ici l’avis d’Emma.

Au passage, d’autres avis sur Jean Rhys : le billet de Malice sur ce titre (le seul trouvé à ce jour – y’en a-t-il d’autres ?), mais  aussi de Choupynette sur le recueil A septembre, Petronnella, et de Titine sur La Prisonnière des Sargasses (que désormais j’ai très envie de lire, car il semble bien plus consistant !).

Et pour celles et ceux qui aimeraient lire une histoire parallèle (certaines similitudes sont frappantes) mais dans laquelle l’héroïne prend, elle, son destin en main (et ce n’est pas peu dire !), j’ai très envie de suggérer la lecture de Dirty Week-end, d’Helen Zahavi. Une Anne prise de folie furieuse et qui accomplit violemment son destin… ça vaut le détour !

Bonne plock à tous !

    

Voyage dans les ténèbres (Voyage in the Dark), par Jean Rhys (1934), traduit de l’anglais par René Daillié, aux éditions Gallimard – Denoel, collection L’imaginaire (2005), 207 p., ISBN 2-07-077369-8.

 

Un mariage poids moyen, par John Irving

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Un mariage poids moyen, c’est essentiellement le récit d’un drôle de ménage à quatre. Le narrateur est marié à Utch, laquelle est attirée par Severin, lui-même marié à Edith, qui préfère la compagnie du narrateur. Des couples donc, mais qui ne sont peut-être pas ceux que l’on croit – et l’on est rapidement fixé sur la teneur de ces aléas conjugaux. Une idée de départ interessante sur les rapports entre altérité et singularité. « Nous sommes quatre. Il y a quatre versions de ce que nous sommes – et cela ne changera jamais« . 

Chic chic, un Irving ! J’ai ouvert ce livre avec enthousiasme, oui, mais aussi avec circonspection. L’auteur m’a habitué au très très bon (Le Monde selon Garp bien sûr, L’Hôtel New Hampshire, Une prière pour Owen et - mon gros chouchou - L’Oeuvre de Dieu, la part du diable) ou au pas terrible moins bon (Une veuve de papier, L’épopée du buveur d’eau et La quatrième main). 

Un mariage poids moyen vient salutairement bousculer mon manque de nuance. Un livre poids moyen (au sens propre et figuré), une lecture agréable, sans regret – mais non sans bémols.

Un mariage poids moyen, c’est du Irving pur jus sur nombre d’aspects : un campus américain, du sport (la lutte bien sûr), Vienne, et ces petites remarques bien senties sur les travers du genre humain ou du quotidien, dont je me suis régalée.

Mais ce sont surtout des familles étranges et des parcours hors-normes. Irving s’est encore décarcassé… mais ne s’est pas surpassé. Et c’est là mon premier bémol – je n’ai pas trouvé ces figures particulièrement réussies. Des personnages singuliers, mais sur qui il aurait pu tomber les 7 plaies d’Égypte que cela ne m’aurait fait ni chaud ni froid. Pas d’attaches, pas d’émotions.

Un mariage poids moyen, ce sont aussi des choses plus étonnantes ou dérangeantes, c’est selon. Pas de « bondieuseries », et, bien au contraire, du s*xe presque cru. Pas d’intrigue loufoque et rocambolesque non plus ; plutôt une trame dont l’auteur ne s’est pas départi, sans vrais rebondissements. Le récit finit même par s’enliser par instants… et les flash-back sont distillés à un rythme dissonant, sublimes au départ, presque parasites à la fin. 

judith20gustav20klimt.jpg Etrange coïncidence : il est beaucoup question de peinture, et notamment de la Judith de Klimt présentée ici il y a peu ! (p. 130)

En définitive, un récit intéressant sur de nombreux aspects, mais un plaisir de lecture aléatoire. Bon, cela ne m’empêchera pas de me jeter sur d’autres titres d’Irving avec enthousiasme… mais encore et toujours avec circonspection !

C’était une lecture commune avec Kikine (qui elle l’a lu en VO ! Wow !).

Bonne plock à tous !

PS : je me targue de bien connaitre Irving et j’en prends pour mon grade : je découvre en préparant ce billet que ce roman est l’un de ses premiers, écrit bien avant Garp ! Outch’ !

Un mariage poids moyen (The 158-Pound Marriage), par John Irving (1973), traduit de l’américain par Françoise et Guy Casaril (1984), aux éditions Points (1995), 283 p., ISBN 2-02-0257777-7.

Concours – Nos amis les marque-ta-page – Le final !

A la mi-course, 15 participantes.

Au final, vous êtes 34 à avoir joué le jeu… wouah et merci à

aBeiLLeAcro, Alice, Alicia Aproposdeslivres, Cachou, CanelCaro[line], CatherineChaplum, ChiffonnetteChoupynette, DominiqueErzébeth, Evertkhorus, FashionGabrielleHérisson, HildeKikine,L’OgresseLa Plume et la page, LilibookLyra SullivanLiyahLoulou, Mélopée,  Mirianne, OfeliaSophie des bonheursSoukee,Titine et Tortoise.

Celui ou celle qui s’amuse à compter le nombre de marque-ta-page présenté mériterait de tous les gagner. Enfin, j’dis ça, j’dis rien. Lâche le marque-page, mais lâche j’te dis.

Hem. Reprenons.

Il y a les lectrices organisées que ça m’épate. Les petits papiers de Canel, le panier de Caro[line], le coffre aux trésor d’aBeiLLe, la joulie boite de Soukee… Et pis il y a les autres – dont je fais humblement partie – qui perdent et retrouvent des trésors enfouis. Genre.

Il y a des marque-ta-page actifs, très actifs, très très actifs même. Et puis il y a les autres, ceux qui resteront pour le plaisir des yeux, par exemple chez Mirianne, ou ceux qui jouissent d’une retraite bien méritée, chez L’Ogresse et chez aBeiLLe encore.

Il y a les marque-ta-page que l’on s’offre, un peu partout, comme chez Loulou pour n’en citer qu’une. Et puis il y a les autres – trouvés ici ou , ou encore  - ou même chipés. La maison décline toute responsabilité, vous vous en doutiez.

Il y a les marque-ta-page beaux pas pratiques qui perdent la page. Dommage.

Il y a des artistes confirmés du marque-ta-page (ceux de Liyah, d’Evertkhorus ou de Hilde, entre autres !) et les artistes en puissance, comme la nièce de Sophie, que l’on encourage bien fort.

Il y en a pour tous les goûts, comme chez Cachou, Acro ou Lilibook, qui présentent des collections bien variées. Et puis il y a du mono-maniaque que ce n’est même plus la peine de se demander à quoi elles peuvent bien rêver la nuit.

Il y a du boire et du manger. Ou du manger donc disais-je.

Il y a même du non marque-ta-page et du marque-ta-page immatériel. C’est de ma faute aussi, je n’ai pas bien expliqué le principe du concours.

Et puis, il y a du grand n’importe quoi. C’est beau, la lecture, c’est sain pour l’esprit – croit-on. La lime à ongle chez (oui, je ne me gêne pas pour dénoncer) Kikine, le couteau chez Chiffonnette, la moustache de chat chez Alice, le marque-ta-porte chez Ofelia, la peluche-qu’on-dirait-une-chaussette chez Soukee, le billet de banque chez Erzébeth, le mouchoir chez Erzébeth encore. A un moment, je dois bien avouer que j’ai même eu peur de trouver un rat crevé dans un futur billet. Deux jours de plus et on y avait droit, c’est certain (voir l’édit du 16/04 ; mais pourquoi diable n’ai-je pas ouvert les paris ?!).

Hem hem. Résultats.

Dans la catégorie mais qu’il est mignon, ce fût beau, très beau. Plein les yeux. Les finalistes ? Le Mucha de Choupynette, le cuir de La Plume et la page, le Tiffany de Titine.

Et la grande gagnante est… le Mucha  de Choupynette ! Gros coup de coeur de dernière minute. Je veux le même, c’est dit.

Dans la catégorie on se marre plus en regardant le marque-ta-page (oui, c’est une catégorie dont je ne suis pas peu fière, et je fais ce que je veux d’abord), sont sur la photo-finish Cachou (« Lao Tseu a dit : quand le nain de jardin grandit, il met son bonnet« , campagne pour les Kpotes) et Erzébeth pour l’ensemble de son oeuvre (avec l’aide d’Ofelia, le handicap n’est donc pas des moindres).

Et la gagnante est… Cachou et Erzébeth ex-aequo ! Impossible de trancher, vraiment, mettez vous à ma place (Erzébeth, tu vois bien que rien n’est truqué. Pour les 5€, comment on s’arrange au fait ?).

Voilà.

A ceux qui se demandaient comment j’allais m’en sortir : je ne m’en suis pas encore totalement remise. Ce fût vraiment un grand moment, 15 jours de rire, de découverte de bonheur. Merci à toutes pour votre participation.

A ceux qui se demandaient comment j’allais choisir : mon (mauvais) goût est seul en cause… excusez-le. Ou pas.

A ceux qui ont gagné, ben… bravo (on se contacte par mail pour les envois).

Enfin, à celles qui n’ont pas gagné mais qui le méritaient amplement, un grand merci et un lot de consolation : on l’attendait, on le réclamait, voici le plus grand sketch que la lecture aura jamais produit.

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« Vous pouvez mettre n’importe quoi, évitez quand même tout ce qui est alimentaire« .

S’il fallait une morale à cette histoire, elle est toute trouvée.

Bonne plock à tous !

PS : Si quelqu’un a envie de relancer ce p’tit concours un de ces jours, je transmets le flambeau avec grand plaisir. En plus, je pourrai participer, et donc gagner. Chouette.

Edit du 15/04 : mon petit colis est arrivé chez Choupy… heureusement que vous ne m’avez pas vu sourire bêtement en lisant son billet, je suis juste aux anges.

Edit du 16/04 : un  autre petit colis est aussi arrivé chez Cachou ! Toujours le même sourire bêta en lisant son billet… Offrez des livres ! Ca rend heureux. Très heureux même !!

Edit du 16/04 encore  : je vous annonçais qu’avec quelques jours de concours supplémentaires, je craignais fort de voir arriver un mulot écrasé ou une p’tite culotte… j’aurai vraiment du parier, parce que je n’étais pas tombée bien loin ! Si vous ne me croyez pas, allez faire un tour chez Emma !!

Un enfant du Pays, par Richard Wright

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Qu’il est difficile de parler de ce livre terminé il y a quelques jours déjà : ce roman est poignant – on croirait le mot inventé pour lui. La boule au ventre qui s’est formée à la lecture me reprend furieusement lorsqu’il s’agit de l’évoquer.

Et qu’il est difficile également d’en parler sans vendre l’intrigue ! Contentons nous d’une mise en bouche : Bigger a une vingtaine d’année dans les années 30, il est extrêmement pauvre, il vit à Chicago – à Bronzeville dans le South Side, quartier réservé de facto aux afro-américains - avec sa mère, sa petite soeur, son petit frère, dans une seule pièce infestée de rats à 8 $ la semaine.

Ce matin là, c’est l’ordinaire, il mange peu, il erre avec deux-trois compères, ils projettent un énième braquage de magasin, Bigger est mort de trouille, à tel point qu’il manque de battre à mort l’un de ses comparses.

Ce soir là, il doit accepter un emploi de chauffeur dans une riche famille blanche de la ville, sur l’insistance de sa mère puisque l’expulsion les menace…

Le point de vue est terriblement intrusif : le roman n’est pas écrit à la première personne, mais le récit nous est livré à travers le regard de Bigger – et le procédé est diablement efficace. Un enfant du Pays peut d’ailleurs s’entendre d’un témoignage. Il n’est pas autobiographique (à la différence de Black Boy du même auteur), bien qu’il soit évident que l’auteur se soit inspiré de son vécu (le parcours de Richard Wright mérite certainement que l’on s’y arrête un instant, par exemple ici).

Ce n’est pas davantage un roman à thèse, ce n’est pas un manifeste, et pourtant il nous interpelle furieusement. Dans quelle mesure Bigger est-il responsable de ses actes ? Quelle est donc la part du déterminisme, et celle du libre arbitre, dans son terrible parcours ?

Bigger, un garçon « exclu de notre société et non assimilé par elle, aspirant cependant à satisfaire des impulsions similaires aux nôtres, mais privées de ces objectifs et des moyens d’y parvenir (…) chaque mouvement de son corps est une protestation inconsciente (…) chacun de ses regards est une menace« …

Voilà donc une histoire qui a de fortes résonances aujourd’hui encore… Certainement la marque d’un très grand livre.

Bonne plock à tous !

 

Un enfant du Pays (Native Son), par Richard Wright (1940), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Hélène Bokanowski et Marcel Duhamel, éditions Albin Michel, Livre de Poche, 499 p., ISBN 2-07-037855-1.

 

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