Swap Star Wars : le dénouement !

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Tintintintiiiiiiiiiin, tiiiiin, tintintintintiiiiiiiiiiiiiiiiiin-tin…

Il y a bien longtemps, dans une lointaine galaxie…

… la Princesse Petite Etoile sadique enregistrait un message dans le cortex d’un droïde à destination d’un dodo : « Han Solo a besoin d’un partenaire dans ses nouvelles missions ! ». Et pour répondre aux besoins de la lutte, la Princesse a pensé à tout ! Elle a fait parvenir « un colis contenant nombre d’informations capitales sur cet homme » ! 

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D’abord, un dossier fort utile pour mieux le connaître – deux titres de la trilogie Han Solo d’A. Crispin – mais aussi un rappel de notre première rencontre – le DVD de l’épisode IV « Un nouvel espoir »…

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La princesse a également joint du ravitaillement en nombre (et ce n’est pas peu dire : des roulés à la cannelle – hummmmm – et près d’une livre de bonbons !), sans oublier une figurine à l’effigie de notre héros du jour ! Enfin, parce qu’elle est certaine que la mission sera menée à bien, la Princesse a d’ores et déjà joint le « cadeau d’encouragement pour les futures missions » : un mug personnalisé !

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A la Princesse Petite étoile sadique : MERCI ! Qu’est-ce que j’ai pu soupirer d’aise à l’ouverture du colis ! Et là encore, à revoir tous ces paquets… Je me suis régalée au sens propre et figuré – sans compter le fait que ce blog a pris au moins twelve points dans le glamour grâce à toi !

Et un immense merci à The Bursar qui a organisé ce voyage intergalactique !   

Bonne plock à tous !

Des Hommes, par Laurent Mauvignier

index.jpeg « Et puis elle fermera les yeux pour ne plus voir, et elle verra toujours plus« .

Puisqu’il m’est très difficile de présenter ce roman qui m’a vraiment bouleversé, je m’en remets sagement au quatrième de couverture. « Ils ont été appelés en Algérie au moment des « événements », en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d’autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois il suffit de presque rien, d’une journée d’anniversaire en hiver, d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que, quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier »

Voilà un texte fort, un texte extrêmement puissant qui m’a secoué comme rarement. Une lecture coup de poing que je n’oublierai pas de sitôt, si tant est que je puisse l’oublier un jour. Voilà un récit suffocant, de ces récits qui prennent à la gorge et ne vous lâchent plus.

Et pourtant ce n’était pas gagné. Je craignais bien sûr le style. Les premières pages sont obscures, et, décontenancée, j’avance par tâtonnements dans le récit particulier de Laurent Mauvignier. Un parlé enivrant, des phrases parfois versées comme une litanie, tronquées, amputées, comme des mots qui ne sortent pas, trop difficiles à prononcer. Je me demande même à plusieurs reprises, dans les 50 ou 70 premières pages, si je vais pouvoir continuer.

Et puis… le déclic. C’est l’emballement, je ne peux plus m’arrêter. Une fois dompté, le récit devient hypnotique. Une lecture qui devient alors très difficile d’interrompre, une lecture qu’il est urgent de reprendre, en dépit du malaise, du vertige et parfois de l’aversion que les personnages peuvent susciter.

Pour approcher ce roman dont il est finalement très difficile de parler, cette page des éditions de Minuit qui reprend des entretiens avec l’auteur et les premières pages du roman (dans un format PDF que je ne peux malheureusement pas insérer ici) et un petit extrait :

« Je me souviens de comment nous on sillonnait la ville et comment soudain la ville n’était plus la même, tous ces gens qui d’un seul coup laissaient devant nous, sans peur, enfin sans peur, échapper une joie qu’ils avaient sur le coeur et que rien ne retenait plus, un peuple entier debout et fou de liberté, tout à coup, comme si en les regardant on était face à ce que nos parents avaient connu un peu moins de vingt ans avant, quand les Allemands ont quitté la France, ce bonheur, la liesse, le grand bonheur dont est capable la foule quand elle déborde d’elle-même, je me souviens de ça, l’émotion si folle, si belle, des Algériens.« .

Un immense merci à Reka de faire voyager ce livre qui poursuit sa route chez Clara : les avis – enthousiastes – de Plaisirs à cultiver, Caro[line] et Brize, et ainsi que ceux – plus mitigés, notamment en raison du style – de Reka, Sylire et Constance. C’est un coup de coeur pour Gambadou, Val et Aurore ! Et d’autres avis recensés sous le très beau billet d’InColdBlog.

Bonne plock à tous !.

Des Hommes, par Laurent Mauvignier (2009), aux éditions de Minuit (2009), 281 p., ISBN 978-2-7073-2075-9. 

Pichnique !

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C’est en montant dans le train me ramenant au bercail que j’ai réalisé le drame dans toute son ampleur : je n’ai pas pris la moindre de photo lors du pichnique, toute absorbée que j’étais dans des papotages intensifs et des dégustations sans fin ! Argh. Mais que cela ne m’empêche pas de faire un petit compte-rendu afin de remercier tout le monde les gens, sans oublier, dans ma grande mansuétude, seigneur météo qui nous a – presque – épargné. Car pour qui aime les tentations tant culinaires que littéraires, le pique-nique de la blogo, c’est juste the rendez-vous parfait. En vrac, j’ai :

- souffert quand même au réveil parce que 6h30, c’est tôt quand même et commencé ma journée en lisant Voici dans le train.

- été adorablement accueillie par l’organisatrice en chef et ses complices

- joué au foot avec un vaillant p’tit gars (dis comme ça, c’est rien, mais quand on sait la sportive de canapé de haut vol – oui madame – que je suis, mais aussi je suis un dodo à qui on a greffé des talons en toutes circonstances, là, ça impressionne déjà plus, non ? Ah.)

- rencontré plein du monde des gens (recensés ici !)

- admiré une descente d’escalier sous les hourras de la foule en délire.

- papoté autour d’un cake aux olives (mais qui a fait cette petite merveille ? Qu’elle se dénonce !).

- entendu des couinements pour de vrai. Wouah.

- vu un dalek pour de vrai. Brrr.

- été affreusement tentée.

- réalisé que, comme on me l’a fait remarqué, deux mains, bah, c’est pas toujours assez

- papoté autour d’un gâteau *mazette* au yaourt de choses et d’autres

- rencontré ma *youhhhhhh* coupine de challenge !!!!

- été complètement dépassée dans mes connaissances starwarsiennes pourtant non négligeables (du moins le croyais-je) par un petit bout de fille qui rentre en CM2 et que je ne sais pas encore si je vais pouvoir m’en remettre un jour.

- papoté autour d’un café qu’on était bien au chaud n’est-ce pas les filles et constaté que quand on veut parler anglais, ben, il faut savoir parler anglais sinon on est juste so ridiculous my dear.

- rencontré une collègue qui partage les mêmes souffrances joies professionnelles que moi et que allez, on s’encourage bien fort !

- cédé à la tentation (parce que vendre des titres de la rentrée littéraire dans une gare quand on sort tout juste d’un pique-nique de la blogo, ça ne devrait pas être permis, moi j’vous l’dis)

- dormi dans le train du retour et rêvé à la prochaine rencontre bloguesque parce que ce sont décidément de magnifiques moments, même quand de courtes heures de sommeil dans les pattes ! Et encore un immense merci à tou(te)s pour votre accueil !

Bonne plock à tous !

Oh ! Des cadeaux !

Un dodo gâté est un dodo ravi… alors un dodo doublement gâté…

Un premier colis, je reconnais l’adresse de Clara mais me demande bien késsessé… Oh ! Des cadeaux !

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Merci à Clara ! Clara qui m’a choisi deux titres sur mesure :

- Croco-Deal, par Carl Hiaasen, un polar avec une héroïne déjantée qui traverse les États-Unis !

- Une brève histoire du tracteur en Ukraine, par Marina Lewycka, un premier roman bourré d’humour !

Sans oublier le petit carnet estampillé Bretagne – j’adore le clin d’oeil ! – idéal pour noter des impressions de lecture ! 

***

Un second colis quelques jours plus tard, cette fois-ci je ne reconnais pas l’adresse, mais Liyah m’avait annoncé l’envoi des sachets trouvés à Dubaï… double késsessé…. Oh ! Des cadeaux !

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Merci à Liyah ! Plein de choses plus jolies les unes que les autres : des petites pochettes, un port-clé tout mimi, un marque-page, un sac juste vraiment beau (j’adore les couleurs !) et un pashmina à tomber  ! Je suis soufflée à quel point c’est beau.

Sans oublier bien sûr les sachets estampillés « Pickwick » from Dubaï ! Héhé !

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Un immense merci à vous deux, Clara et Liyah ! Vos colis so personnalisés m’ont fait tellement plaisir ! Un dodo doublement gâté, c’est un dodo doublement ému…

***

 

La blogosphère est vraiment une magnifique tribu… alors vivement demain et les rencontres in real life du pique-nique de la blogo organisé par Caro[line] !

Bonne plock à tous !   

Les Brutes, par Philippe Jaenada

  En haut de la pile « On cherche des armes pour ne pas devenir soldat« 

Les premières lignes d’un récit valent parfois toutes les présentations du monde : « Quand j’étais petit (avant-hier), après m’être succinctement renseigné, auprès de mes bons parents, sur les grandes lignes de l’existence à venir et les étapes importantes qui jalonnaient le chemin jusqu’à la mort, j’ai compris que tout se passerait à peu près bien si je parvenais à franchir trois obstacles redoutables, angoissants, qui m’apparaissaient comme les seuls points noirs d’une vie sinon plutôt fastoche : le catéchisme, le service militaire et le mariage« .

Le service militaire : nous y voilà. Enfin, oui mais non. Parce que sous prétexte de nous raconter ses trois jours d’incorporation, Philippe Jaenada nous parle en fait… des moutons. Des moutons dociles, des moutons inquiets, des moutons indomptables, des moutons enragés, et même – et surtout – des béliers (les brutes). Oui, en réalité, dans ce court récit autobiographique, et joliment illustré par ailleurs, Philippe Jaenada nous interpelle sur la résistance. Un texte furieusement impertinent qui comporte une dimension initiatique parfaitement assumée sur l’anti-conformisme, la désobéissance, l’insoumission – ou comment devenir un libre-penseur, et surtout, comment le rester.

Mais c’est aussi un récit complètement jouissif, aux vertus euphorisantes assurées : je ne compte plus les immenses fous rires que ce tout petit texte aura provoqué. Car enfin comment ne pas évoquer le désormais célèbre style Jaenada ? Un style mordant,  bourré de métaphores bien senties et de digressions plus cocasses les unes que les autres. Un style monté sur ressort – les fameux apartés – mais en même temps d’une grande fluidité, et qui provoque un plaisir de lecture incomparable. Bref, c’est fin, intelligent et vraiment tordant !

L’un de mes passages préférés (il rend mieux lorsque l’on a lu tout ce qui précède, mais je ne peux pas m’empêcher de le faire figurer ici malgré tout) : alors qu’il est traîné de force dans une salle remplie d’appelés, Jaenada tombe sur l’un de ses copains d’enfance qui s’écrit : « Ben qu’est-ce qui t’arrive ? Qu’est-ce qui se passe ? 

C’est vrai, ça, qu’est-ce qui peut bien m’arriver ? Qu’est-ce qui peut pousser un garçon parfaitement normal à se comporter de manière insensée pendant ses Trois Jours ? Mystère et boule de gomme. Que faire, que répondre ? (« Rien de spécial, Patrick. J’ai été élevé par des écureuils, je te rappelle »).« 

Une grand merci à L’Ogresse pour m’avoir fait connaître cet auteur ! J’ignore si les Jaenadistes (Cécilequoide9 copyright !) seront convaincus par ce court récit (Erzebeth si tu m’entends), mais il me semble idéal pour aborder la patte de cet écrivain.

Les Brutes, Calepin et Marc en ont également parlé. Et d’autres demain peut-être ? Car ce tout petit livre peut facilement voyager !

Bonne plock à tous !

Les Brutes, par Philippe Jaenada (2006), dessins de Dupuy et Berberian, aux éditions Points (2009), 86 p., ISBN 978-2-7578-0991-4.

Le Bonheur est assis sur un banc et il attend, par Janik Tremblay

  En haut de la pile « Le bout du monde, ça n’existe plus aujourd’hui« .

Voici la version corrigée du quatrième de couverture, puisque, comme pour Les Enfants de la nuit, il est une erreur dans le prénom du jeune disparu, qui se nomme bien Vincent et non pas Laurent. « Montréal. 4370, rue Fabre. Cet immeuble, ils devaient le restaurer ensemble… Mais puisque Vincent, un soir de décembre, a mis fin à ses jours, Philippe, son père, s’en est chargé tout seul. Comme un hommage. Un dernier geste. Pour ne plus penser. Et aujourd’hui la vie semble respirer des vieilles pierres. Ici, tout le monde connaît les Larrivée, leur deuil, cet anniversaire qu’ils célèbrent malgré tout, en présence des locataires. Chaque appartement a sa petite histoire, ses drames, ses bonheurs : Madame Edouard et son chat, Jeanne et Nicolas, les amoureux, Emile et sa mémoire brûlante, Pierre et son problème d’alcool… Tous, plein d’avenir, d’espoirs, se croisent, s’épaulent et donnent un sens, en somme, au chaos dont la mort de Vincent a baptisé les lieux. La vie, mode d’emploi…« 

Difficile de ne pas penser aux Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin en entamant la lecture de Le Bonheur est assis sur un banc et il attend. Il est en effet quelque chose de Barbary Lane dans cet immeuble où se croisent ces locataires hétéroclites et dont les liens semblent finalement bien plus forts que ce qu’ils avaient imaginé. Mais la ressemblance s’arrête là ; le roman de Janik Tremblay n’a pas vocation à sonder le coeur underground de Montréal et le récit qu’il propose ne parvient pas toujours à dépasser les individualités qui le compose.

L’auteur joue pourtant sur l’émotion avec beaucoup de fraîcheur et de sensibilité. L’on sent bien qu’elle ne traficote pas avec les sentiments, et que les ressentis de ses personnages ne sont ni faux, ni forcés. Pour autant, elle n’évite pas toujours l’écueil du récit sentimental et, derrière la sincérité, tout cela semble parfois vraiment trop naïf. Il est vrai que les thèmes du roman, la solidarité mais surtout le deuil, sont assez casse-gueule. Mais il n’a pas suffit du drame qui survient au milieu du récit pour réveiller le dodo au coeur de pierre que je suis… tsss. 

Mais ce qui aura vraiment marqué ma lecture, ce n’est pas tant le fond que la forme. La plume est sèche, saccadée, faites de phrases presque enfantines, réduites le plus souvent à l’essentiel et rythmées par une ponctuation abondante. Ce style assez particulier m’aura fait emprunter des montagnes russes : tantôt je me réjouissais des moments authentiques captés par ces enchaînements poétiques, tantôt je m’irritais devant un réalisme béat et des arrêts sur image plutôt incongrus.

Ces deux extraits permettront je l’espère d’illustrer mon propos. C’est donc à mon sens parfois très beau… « Elle n’avait jamais ressenti une telle douleur. Plutôt un malaise. Une détresse peut-être. Le terme juste, elle ne le connaissait pas. Elle ressentait un immense vide » ; et parfois… beaucoup moins : « Florence sonna au 4366, la porte voisine de la sienne. Une jeune fille ouvrit. Florence reconnut Julie, qu’elle avait croisé à quelques reprises. Cette dernière lui demanda ce qu’elle voulait. Florence Lajoie se présenta. Les deux femmes se saluèrent« .

Une lecture qui ne me laissera pas un souvenir impérissable, comme s’il manquait un je-ne-sais-quoi pour être vraiment saisissant. Idéal en revanche pour ceux qui recherchent une lecture toute en douceur et en simplicité.

Tous mes remerciements à l’équipe de 51410427p.jpg et aux éditions Pocket pour ce partenariat !

Des avis très enthousiastes chez Lalou, Lucie, Penelope, et celui plus mitigé de Canel. Également le billet de Marielle qui n’est certes pas tendre mais impeccablement argumenté !

Bonne plock à tous !

Le Bonheur est assis sur un banc et il attend, par Janik Tremblay (2009), aux éditions Pocket (2010), collection Nouvelles voix, 251 p., ISBN 978-2-266-19668-0.

La Mort, entre autres & Une Douce flamme, par Philip Kerr

Après avoir dévoré les trilogies d’Herbjorg Wassmo lors de l’été 2008 et celle de Millenium à l’été 2009, ce sont les polars de Philip Kerr et les péripéties de Bernie Gunther qui auront marqué mon été 2010. A peine La Trilogie Berlinoise terminée, je me suis avidement et littéralement jetée sur la suite de la série, soit La Mort, entre autres puis Une Douce flamme, pour un plaisir de lecture plus grand encore. C’est désormais la traque des nazis en fuite qui est au centre de ces intrigues, toujours aussi stupéfiantes. 

kerr2.jpeg « Je me sentais aussi solitaire qu’un poisson dans la cuvette de toilette« .

En 1949, Bernie Gunther, qui a quitté Berlin et pris brièvement la direction d’un hôtel qui fait faillite, ne tarde pas à reprendre son activité favorite : la recherche de personne disparue. Surtout quand une cliente sexy en diable vient le trouver pour savoir ce qu’il est advenu de son mari depuis la fin de la guerre. Sauf que le mari en question est un ancien SS, et que Bernie Gunther va devoir renouer avec l’univers de ses « vieux camarades » pour retrouver sa trace.

L’intrigue de La Mort, entre autres est certainement la plus aboutie et la plus surprenante ; et le dénouement m’a complètement bluffé, car disons-le clairement, je n’avais rien, mais alors rien, vu venir. Peut-être étais-je trop occupée à découvrir et à comprendre l’Allemagne et l’Autriche d’après-guerre, tiraillée entre devoir de mémoire et droit à l’oubli, entre reconstruction et occupation. Sans oublier les frasques de ce satané détective, qui n’a laissé ni son insolence, ni sa conscience, sur le front russe.

« Nous étions peut-être tous devenus odieux. Nous tous, les Allemands. Les Américains nous regardaient tous avec un mépris silencieux, à l’exception peut-être des fêtards et des putes. Et vous n’aviez pas besoin d’être Hanussen, le voyant extra-lucide de Hitler, pour lire dans les pensées de nos nouveaux protecteurs et amis. Comment avez-vous pu permettre une chose pareille ? nous demandaient-ils. Comment avez-vous pu faire ce que vous avez fait ? C’est une question que je me suis souvent posée. Je n’ai jamais trouvé de réponse. Quelle réponse acceptable pourrait-il jamais y avoir ? C’est juste arrivé un jour en Allemagne, il y a de cela environ mille ans« .

Les avis de La Ruelle Bleue (un coup de coeur !) et de Miss Alfie

  En haut de la pile « Vous avez toujours été aussi cynique ? – Non. Avant, j’étais dans le ventre de ma mère« .

L’entrée en matière de Une douce flamme est plus classique, mais non moins efficace. Nous voilà en Argentine, sous la dictature des Perón, si accueillants avec les nazis en fuite. Le détective va reprendre du service contre son gré pour enquêter sur la disparition d’une jeune fille de bonne famille allemande. Une enquête qui aura de fortes résonances avec une affaire non résolue par Bernie Gunther à l’époque où il était encore flic – un excellent procédé pour faire alterner le récit entre Buenos Aires, 1950, et Berlin, 1932, et ainsi évoquer la montée du nazisme dans la moribonde République de Weimar.

Cette intrigue n’est peut-être pas la plus réussie sur le plan de l’enquête stricto sensu – quoi qu’elle prenne une tournure assez inattendue. Mais il s’agit clairement de la plus poignante à mon sens, celle qui fait le plus froid dans le dos et celle que l’on oublie pas. Car Philip Kerr développe ici une thèse des plus originales – mais certainement des plus crédibles. L’auteur semble d’ailleurs avoir voulu devancer les esprits chagrins en indiquant expressément ses sources – pertinentes – en postface. Ainsi, tout ne se serait pas terminé en avril 1945 et il est des raisons aussi vraisemblables que, pardon, puantes, à « l’épanouissement » des anciens SS en Argentine.

Heureusement, Bernie Gunther manie toujours aussi bien l’humour à froid, pour une lecture toujours aussi plaisante. « J’ai eu l’occasion d’observer de près les femmes qui pleurent. Dans ma branche, cela va de pair avec la matraque et les menottes (…). Sherlock Holmes a étudié la cendre de cigare et écrit une monographie sur le sujet. Moi, je m’y connaissais en pleurs. Je savais que, quand une femme sanglote, il vaut mieux qu’elle ne soit pas trop près de votre épaule. Ça peut vous coûter une chemise propre« .

Les avis de La Ruelle Bleue (un coup de coeur encore !) et de Miss Alfie.

Et dire qu’il va falloir attendre 2011 pour découvrir la suite des aventures de Bernie Gunther…

Bonne plock à tous !.

La Mort, entre autre (The One from the Other), par Philip Kerr (2006), traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj, aux éditions du Masque (2009), 406 p., ISBN 978-2-7024-3314-0.

Une douce flamme (A Quiet flame), par Philip Kerr (2008), traduit de l’anglais par Philippe Bonnet, aux éditions du Masque (2010), 427 p., ISBN 978-2-7024-3433-8.

La Trilogie Berlinoise, par Philip Kerr

kerr.jpeg « N’est-ce pas exactement comme ça que Hitler a été élu ? A cause de gens qui se fichait de savoir par qui serait dirigé le pays ?« 

« Publiés pour la première fois entre 1989 et 1991, L’Eté de cristal, La Pâle figure et Un requiem allemand ont pour toile de fond le IIIe Reich à son apogée et, après la défaite, l’Allemagne en ruine de 1947. Bernie Gunther, ex-commissaire de la police berlinoise, est devenu détective privé. Désabusé et courageux, perspicace et insolent, Bernie est à l’Allemagne nazie ce que Philip Marlowe est à la Californie de la fin des années 30 : un homme solitaire, témoin de son époque. Des rues de Berlin « nettoyées » pour offrir une image idyllique aux visiteurs des Jeux olympiques à celle de Vienne la corrompue, Bernie enquête au milieu d’actrices et de prostituées, de psychiatres et de banquiers, de producteurs de cinéma et de publicitaires. La différence avec un film noir d’Hollywood, c’est que les principaux protagonistes s’appellent Heydrich, Himmler et Goering… »

Un polar historico-humoristique sur fond de nazisme, il fallait oser… Philip Kerr l’a fait – et diablement bien fait en plus ! Certes, non pas sans petits défauts, mais compte-tenu de l’ambition de l’exercice, je passe outre volontiers. Cela faisait bien longtemps qu’un polar ne m’avait autant aspiré, questionné, secoué et, pour cela, je sais que cette série fera date dans mes lectures.

Ce sont pourtant des émotions bien paradoxales que ce polar propose : d’un côté, le cadre, soit l’Allemagne nazie d’avant guerre (pour les deux premiers opus) et d’après guerre (pour le troisième), le cadre donc, fait froid dans le dos – mais je vais y revenir. De l’autre, le personnage principal, un détective effronté, impertinent, à la répartie percutante, qui rend la lecture particulièrement jouissive. Et avec lui la qualité des intrigues, car les enquêtes dans lesquelles il progresse sont toutes très bien ficelées, pleines de suspens et de rebondissements – certes un poil complexes mais toujours intelligibles. 

La cadre est donc omniprésent car il fait partie intégrante des intrigues : les nazis, mais aussi plus tard les russes et les américains, sont le plus souvent parties prenantes à l’enquête. Ils servent ou se servent du détective, le gênent, le traquent, quand ils ne sont pas eux-mêmes mêlés aux crimes qu’il est chargé d’élucider. Un excellent procédé pour ancrer le récit dans son contexte, faire intervenir des personnages historiques et mêler les faits réels à la fiction.

Il est des aspects qui parfois dérangent : d’abord, l’indifférence – initiale – du détective au sort des Juifs à la fin des années 30 ; mais n’est-ce pas l’incarnation de l’allemand moyen ? Ensuite, la violence, les personnages féminins sulfureux et certains passages un peu crus – mais c’est un polar ou roman noir avant tout, et ce Bernie Gunther est un homme à femme qui boit beaucoup, qui fume tout autant, et qui répond ainsi à tous les codes du genre – difficile alors de s’en formaliser.

En revanche, il ne m’a pas dérangé que l’auteur développe certaines thèses a priori marginales. Par exemple, il ne me semble pas plus paradoxal de considérer que les nazis, homophobes, aient pu compter dans leurs rangs des homosexuels, que de songer que ces partisans de l’élimination des infirmes aient été parfois eux-mêmes atteints d’un pied-bot ou convaincus de la supériorité d’un peuple aryen en étant eux mêmes petits, bruns et mal fichus.

« - Connerie de Jeux Olympiques, grogna-t-il. Comme si on avait de l’argent à foutre en l’air (…) A quoi ça rime, j’aimerai bien le savoir ? Nous sommes ce que nous sommes, alors pourquoi prétendre le contraire [*] ? Toute cette mascarade me fout en rogne. Est-ce que vous réalisez qu’on est en train de rafler des putes à Munich et à Hambourg pour renflouer le marché berlinois qui avait été nettoyé à la suite du décret des Pouvoirs d’urgence ? Savez-vous qu’on a à nouveau légalisé le jazz nègre ? Que dites-vous de ça, Gunther ?

- Dire une chose et en faire une autre, c’est typique de notre gouvernement.

- A votre place, je ne crierais pas ce genre de choses sur les toits, fit-il.

- Reinacker, vous le savez très bien : ce que je dis n’a aucune espèce d’importance tant que je peux être utile à votre patron. J’aurai beau être Karl Marx et Moïse personnifiés, il s’en battrait l’oeil si je pouvais lui rendre service« .

[* l'auteur explique par ailleurs comment les nazis "préparèrent" l'arrivée des touristes occidentaux pour les J.O. de 1936, par exemple en nettoyant les rues des discours ouvertement antisémites et en autorisant de nouveau la vente de certains livres alors mis à l'index comme art dégénéré et subversif].

Une lecture tellement mémorable que je n’ai pas pu m’empêcher de foncer sur la suite – La mort entre autres et Une douce flamme, dévorés en quelques jours ! (billet à venir). A compléter peut-être avec d’autres lectures, par exemple sur le sort des victimes, pour les moins avertis.

Un grand merci à l’équipe de 49799387p1.png et aux éditions Livre de poche pour ce partenariat !

Bonne plock à tous !

La Trilogie Berlinoise : L’Eté de cristal – La Pâle figure – Un requiem allemand (Berlin noir : March Violets – The Pale criminal – A German requiem), par Philip Kerr (1989-1990-1991), traduit de l’anglais par Gilles Berton, aux éditions Le Livre de poche (nouvelle édition révisée – 2010), 1016 p., ISBN 978-2-253-12843-4.

La septième rencontre, par Herbjorg Wassmo

  En haut de la pile « Il faut être couché à la dure et veiller un chien en bord de mer pour entendre l’univers » .

Profitons d’une bonne série de quatrième de couverture : « Rut et Gorm sont des enfants du Grand Nord norvégien, un pays de mer, de travail et de silence. Issus de milieux différents, solitaires par obligation et victimes de la rigueur morale de leurs familles respectives, leurs rencontres ne pouvaient être que fortuites et éphémères. La première eut lieu alors qu’ils n’avaient que neuf ans. Elle les a marqué pour toujours. Depuis, ils ne se sont croisés que cinq fois et jamais ils n’ont pu approfondir cette relation distante et pourtant réconfortante. Ils ont désormais la trentaine. Rut est devenue une artiste réputée, Gorm un homme d’affaires respectable. C’est leur septième rencontre. Peut-être leur dernière chance… »

Quel bonheur de retrouver Herbjorg Wassmo ! Je dois pourtant bien avouer que les premières pages m’ont fait un peu peur – j’ai cru un instant retrouver les mêmes difficultés que celles rencontrées lors de la lecture de La Fugitive. Mais finalement, je retrouve assez vite l’ambiance, le cadre, le style qui ont fait mon bonheur à la lecture des trilogies de Tora, de Dina et de Karna (que je ne recommanderai jamais assez !) et qui font cette auteur norvégienne l’un de mes écrivains préférés.

A la fin de ma lecture, je constate également qu’elle ne s’est pas départie des thèmes qui lui sont chers : la différence, la résistance, la passion – et la solitude qu’elles entraînent face au groupe et aux conventions. Car contrairement à ce que le titre aurait pu laisser entendre, le sujet de ce roman n’est pas tellement l’amour. Il est davantage question du destin : destin au sens quasi-mystique d’abord (ces rencontres, ces étranges coïncidences qui lient les deux personnages) ; destin au sens social ensuite, car les personnages rencontrent toutes les difficultés du monde à sortir d’un chemin tout tracé par leurs origines et à s’accomplir envers et contre tout.  

Une ambiance sombre, un récit terriblement réaliste, à peine quelques lenteurs ou langueurs, c’est selon. Herbjorg Wassmo crée surtout une vraie intimité avec ses personnages : en racontant leurs vies sur plusieurs décennies de manière alternée, l’auteur leur donne une vraie épaisseur. On s’attache, mais l’on s’émeut difficilement, car elle garde aussi une grande distance avec son écriture froide et épurée. Il manque cependant un rien d’intensité pour être totalement bouleversé. Cela reste une magnifique lecture, qui ne m’a pas tant secoué – mais superbement transporté.

« Toutes les femmes de l’île ne faisaient qu’attendre, à partir de leur confirmation. Elles attendaient l’été et les fêtes locales, attendaient qu’on les raccompagne à la maison, attendaient le mariage, attendaient des enfants. Attendaient des paquets ou des lettres. Ensuite elles attendaient que les fêtes de Noël se passent, ou que le vent tombe« .

Un immense merci à Lady Scar qui m’a offert ce magnifique roman à l’occasion du Swap Happy Face !

A voir également les avis de Cécile, Choco, Plume, Tulisquoi, Keisha, Mango

Bonne plock à tous !

La Septième rencontre (Det Sjuende mote), par Herjorg Wassmo (2000), traduit du norvégien par Luce Hinsch, aux éditions 10-18 (2009), 570 p., ISBN 978-2-264-04321-4.

Un jour en mai, par George Pelecanos

pelecanos.jpeg « Bon, enfin, on peut tous monter dans la voiture qu’il faut pas« 

Le quatrième de couverture était pourtant très tentant… « Ça se passe un jour en mai. En 1972. Alex Pappas, 16 ans, décide de suivre ses acolytes pour une virée dans le quartier noir, histoire de semer un peu la pagaille. Forcément, l’affaire tourne mal. Trente-cinq ans plus tard, le souvenir de « l’incident » est toujours vivace. Certains cherchent à se racheter, d’autres veulent toujours en découdre. Tous ont la rage au ventre« .

Avant d’aller plus loin, il faut préciser une chose : sur la couverture, on peut également lire que ce titre est un « policier ». Alors, je suis loin d’être une spécialiste ès-classement par genre littéraire, mais tout de même, il m’avait toujours semblé que la catégorie polar supposait une intrigue forte, une énigme quelque part, un semblant d’enquête, de suspens et/ou de tension… Donc si y’a bon, y’a comme un souci, parce que de « policier », ce récit n’en point la queue d’un.

Attention, ce n’est pas de cette erreur d’étiquetage que provient ma déception. Simplement, à défaut d’intrigue énergique, le récit s’apparente davantage à une chronique de vies, et à défaut d’intensité, sa lecture est parfois laborieuse. Quant à la question de savoir ce qu’il s’est  réellement passé il y a trente cinq ans, le lecteur aura vite fait de lever le voile avant que l’auteur ne se décide à en dire plus ; et les révélations, surprises et rebondissement se réduisent finalement à peau de chagrin.

Il y a bien quelque chose qui se veut dans la grande tradition américaine du roman noir, mais ça n’a pas davantage fonctionné, loin de là. D’abord parce que je n’ai franchement pas été transcendée, ni par l’ambiance, ni par le style. Mais surtout parce que la critique sociale m’a semblé grossière, en particulier cette façon de porter aux nues cette brave middle-class et sa valeur travail. L’auteur prend de gros sabots pour essayer de démontrer que l’ascenseur social fonctionne aux États-Unis, et qu’il suffit d’appuyer sur un bouton, comme les Moneroe, ou d’être de ces travailleurs qui se lèvent tôt, comme les Pappas et leurs employés, pour mener sa vie « dans l’ordre des choses ». La réussite, c’est simple comme un coup de pied au c*l, non ? Non ?

Non, décidément, tout cela m’a semblé très simpliste, et cette vision bas de plafond m’a contrarié tout du long. Avec en point d’orgue, la happy end par laquelle cet état d’esprit  bisounours, dégoulinant de bons sentiments et de paresse intellectuelle est enfin clairement démasqué. (Edit : l’auteur porte certes un regard très sombre sur la société américaine ; et rares sont ceux qui expient leurs fautes et obtiennent le pardon qui apparaît dans le dénouement. Mais je n’ai pas adhéré à cette vision rédemptrice et bien-pensante, toute en facilité à mon sens dans ce roman).

A défaut d’avoir relevé un passage en particulier, l’incipit : « Pappas et Fils, c’est comme ça qu’il avait appelé le coffee shop. Quand il avait ouvert, en 1964, ses fils n’avaient que huit et six ans, mais il escomptait que lorsqu’il vieillirait, l’un des deux reprendrait le flambeau. Comme tous les pères qui n’étaient pas des malakas, il avait envie que les fistons s’en sortent mieux que lui. Ils voulait qu’ils fassent des études. Mais bon, on ne sait jamais ce qui va se passer« .

Malgré cette déception, j’adresse bien sûr mes remerciements à l’équipe de 51410427p.jpg et aux éditions Points pour ce partenariat !

Je m’empresse d’ailleurs de signaler que j’ai trouvé des avis positifs sur ce roman, comme ceux de Yann, de Patrick, de Kathel. Hérisson est plus mitigée et Mimi très déçue.

Et en jetant un oeil aux avis publiés sur le site du Prix des meilleurs polars de Points lui-même (qui propose également de lire le premier chapitre d’Un jour en mai – un format PDF que je ne peux malheureusement pas insérer ici), je découvre aussi des avis très négatifs… le « stop la guimauve » m’a même semblé un peu fort… quoi que !

Bonne plock à tous !.

Un jour en mai (The Turnaround), par George Pelecanos (2008), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Etienne Menanteau, aux éditions Points (2010), 376 p., ISBN 978-2-7578-1764-3.

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