Entretien – Les derniers jours de Stefan Zweig

Parce que j’ai définitivement pris goût à cet auteur (merci infiniment à Caro[line] !), je vous invite à découvrir cet entretien sur « Les derniers jours de Stefan Zweig » signé Laurent Seksik. Vraiment passionnant.

http://www.dailymotion.com/video/xc8ij3 

Bonne plock à tous !

Edit du 22 février : il fallait s’y attendre ! Les derniers jours de Stefan Zweig a été lu et commenté par… Caro[line] ! Elle met d’ailleurs en ligne des extraits du livre et un autre entretien avec Laurent Seksik.



Le brave soldat Chveik, par Jaroslav Hasek

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Le soldat Chvéïk est aujourd’hui célèbrissime en Europe centrale. Il est un peu à la République Tchèque ce que Mr Hulot est à la France, Mr Bean au Royaume Uni ou Pac Man aux jeux vidéo : un personnage emblématique et salutaire.

Prague, 1914. Un archiduc vient d’être assassiné à Sarajevo, et la guerre est inévitable. Le récit commence donc sur des évènements graves qui pourraient laisser augurer d’un roman bien sombre… Que nenni ! C’était sans compter sur ce brave Chvéïk, nigaud patenté et fervent patriote, qui va – à son insu - transformer le funèste épisode de l’entrée en guerre en une superbe bouffonnerie. Ses pérégrinations, dans un monde que Kafka n’aurait certainement pas renié, sont l’occasion de moquer à qui mieux mieux la police, les médecins, l’église et bien sûr l’armée.

Le grotesque et la satire (qui valent à ce personnage d’être éternellement comparé à Don Quichotte) naît certainement du décalage entre le comportement du bonhomme et la situation à laquelle il est confronté. Chvéïk veut à tout prix défendre l’honneur impérial ; pourtant, il va risquer successivement une condamnation pour haute trahison, l’internement, la prison, quand il n’est pas considéré comme un simulateur souhaitant être réformé !

La bêtise de Chvéïk en fait surtout un succulent pince-sans-rire. A l’épouse du cafetier emmené, il répond : « c’est la première fois que je vois condamner un homme innocent à dix ans de prison. Cinq ans passent encore, mais dix, c’est un peu fort de café » (chapitre VI). Et à l’aumônier déprimé par le manque de ferveur religieuse parmi les soldats, « il y avait dans le temps un curé doyen qui, après que sa vieille gouvernante a eu décampé en emportant leur gosse et leur argent, a pris seulement une femme de ménage » (chapitre XII). Un humour très efficace… un temps du moins.

La première partie m’a totalement enthousiasmé. Comme un mélange du Procès (à qui les premiers évènements – les arrestations arbitraires, l’asile, le centre de santé militaire - font indéniablement penser) et du Dîner de cons – sans le dîner.

Arrivé au milieu du récit, une certaine lassitude s’est cependant installée. Le propos de Jaroslav Hasek est toujours aussi acerbe, mais j’ai dû finir par m’accommoder d’un humour un poil redondant. Attention, cette réserve est sommes toute très anecdotique ! J’espère ne vous fera pas renoncer à plonger dans ce livre qui le mérite amplement…

D’ailleurs, une adaptation ciné est visible sur … mais seulement en langue allemande. Après, sans y être familiarisé, j’ai pris grand plaisir à regarder quelques séquences, qui ne sont pas sans rappeler Bourvil ou Charlie Chaplin… avis aux amateurs !

Lu dans le cadre du Challenge Europe Centrale et Orientale

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organisé par La Plume et la Page

Bonne plock à tous !

Edit : je découvre que le récit est dit inachevé sur Wiki (attention au spoiler d’ailleurs). Je rassure, cela ne se sent pas vraiment à la lecture, le dernier chapitre s’intitulant d’ailleurs  »Catastrophe » et constituant, de facto, une très jolie chute !

Le brave soldat Chvéïk (Dobrý voják Švejk), par Jaroslav Hasek (1921-1923), traduit du tchèque par Henry Horejsi, aux éditions Gallimard (1932), 249 p.



Challenge, quand tu nous tiens…

Bonjour, je m’appelle Pickwick et je suis challengolique. Je suis aujourd’hui devant vous car, pas plus tard qu’hier, j‘ai encore craqué… Ben vi, qu’est-ce que vous voulez, je dis non avec ma tête (enfin, plutôt devant ma PAL qui montre les crocs) mais je dis oui avec mon coeur.

Sur ce, je me suis dis qu’il était grand temps de publier un billet sous forme d’hommage, pour saluer ces très chouettes initiatives et remercier tous ceux qui m’ont embarqué dans ces folles aventures (avec mon consentement libre et éclairé, du moins autant que faire se peut). 

Donc, avant de vous réveler la teneur de ce dernier challenge, et pour vous faire saliver un peu, permettez-moi de vous raconter toute l’histoire.

Parce qu’il faut toujours commencer en douceur, il y eu d’abord un Bébé-Challenge : Ich liebe Zweig organisé par Karine:) et Caro[line]. Avec d’abord Le Joueur d’échec (mon premier billet dans un challenge ! Notez la séquence émotion). Avec ensuite la biographie de Balzac (que je viens de recevoir d’ailleurs, merci facteur !).

Ensuite, c’est le Challenge Safari de Tiphanya qui m’a tapé dans l’oeil. J’ai déjà lu les Poèmes perdus de Léopold Sédar Senghor (un billet sur un recueil de poèmes ? Tu es bien plus attaqué que ce que je pensais mon bon Pickwick !). Et il me reste à lire Le Lion de Joseph Kessel… si je retrouve le bouquin ! Je me lançais l’esprit léger à sa recherche dans mes étagères quand arriva le drame : plus de Kessel, pfff, disparu. Remarquez mon chat y serait pour quelque chose que cela ne m’étonnerai pas, jaloux comme il est, un lion, pas de ça chez lui, pensez donc.

Et puis ce fut l’engrenage… oui, je l’avoue, j’ai cédé devant le super défi de Lexounet : « Lire des livres que l’on imaginait pas lire » : en voilà une idée qu’elle est bonne ! Un défi bien tordu, un rien pervers même, mais sur fond de partage et de découverte… il avait tout pour me plaire celui là ! Au programme, du théâtre (Madame Marguerite) et un classique français du XIXe (Nana d’Emile Zola). Quel courage quand même.

Enfin, totalement grisée par ces nouvelles expériences, je me lançais comme un bienheureux dans le Challenge Europe Centrale et Orientale. Comment La plume et la page, comment aurai-je pu résister alors que la trilogie d’Agota Kristof (Le grand cahierLa PreuveLe Troisième mensonge) est dans ma bibliothèque ? Et que l’on vient de me prêter Le brave soldat Chveik ? Hein, comment ?

Alors alors ? Et ce nouveau challenge ? Ben il s’appelle Bienvenue en Inde, il est organisé par Hilde et Soukee, et il consiste à se plonger dans la littérature… indienne of course. Un livre minimum… allez, c’est à notre portée, viendez viendez ! Et si on accompagne tout cela de cuisine et de films indiens, c’est encore mieux. Pour l’instant, j’hésite encore sur le premier titre ; tous les conseils sont donc évidemment les bienvenus !

Et pour finir de vous convaincre, regardez moi ce beau logo !

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Bonne plock à tous !

 



Les Amours Singulières de W.Somerset Maugham

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Un livre avec le mot « amours » dans le titre ? Non, vous ne rêvez pas, vous êtes bien chez Pickwick ! Mais profitez-en quand même, parce qu’il en aura fallu, des arguments, pour me convaincre…

Tout d’abord, l‘adjectif  »singulières », amateur comme je le suis des choses un peu décalées, il n’en fallait pas moins. Ensuite, le quatrième de couverture, mentionnant que Somerset Maugham a été loué en son temps par ses pairs - George Orwell, Graham Greene ou Raymond Chandler… quand même.

Enfin et surtout les swats auxquels je suis convié  – mes premiers Swats ! Le Swat Holmes et le Lady Swat - pour lesquels j’ai décidé de me préparer comme il faut en me plongeant dans la littérature britannique « classique » (en tout cas, plus classique que Jasper Fforde ou Tom Sharpe, allons bon !). Autant dire que je reviens de loin, et que ce petit recueil de nouvelles, sept au total, est vraiment tombé à pic.

Somerset Maugham nous confie ici, sur le réjouissant mode de l’anecdote, les petits drames qui ont bousculé la haute société britannique au début du XXe siècle. 

Les personnages sont gentiment moqués pour leurs nostalgies des grandes heures victoriennes (Un chiffre rond, Le facteur humain) et leur hypocrisie sans faille (Jane, Vertu, Le pain de l’exil). L’auteur – et narrateur - semble tant railler que regretter cette époque révolue des salons rococos, des hôtels avec chasseurs et du respect des convenances à toute épreuve – ou presque.

L’écriture est travaillée. Dans le style d’abord : élégant, même un chouïa précieux ; dans le récit ensuite : la trame est finement tricotée et les « chutes » – nouvelle oblige – sont souvent savoureuses. 

Mon coup de coeur ? Les sublimes descriptions, des lieux, des personnages, des atmosphères… l’auteur a un vrai don pour faire naître une foultitude d’images ou de tableaux. J’ai été transporté, vraiment.

Mon coup de colère ? J‘ai parfois été exaspéré par le côté rétrograde, pour ne pas dire archaïque, du bonhomme. Les passages sur « le manque de réserve dont les femmes font preuve dans leur affaires de coeur » ou sur le fait que ce sont « en général les épouses qui créent les difficultés«  feront au mieux rire jaune… bien jaune.

Du charme donc, mais du charme désuet assurément. De quoi réjouir les amateurs du genre donc, mais pourquoi pas au-delà ?

Bonne plock à tous !

Amours singulières (First Person Singular) par W. Somerset Maugham, recueil de nouvelles comprenant : Jane (Jane), Un Chiffre rond (The Round Dozen), L’élan créateur (The Creative Impulse), Le Facteur humain (The Human Element), Vertu (Virtue), Le pain de l’exil (The Alien Corn), L’occasion manquée (The Door of Opportunity), traduites de l’anglais par Jean-Claude Amalric, Joseph Dobrinsky et Jacky Martin, aux éditions 10-18, 316 p., ISBN 2-264-02192-6.

 



Amateurs de polars… Rendez-vous à noter !

Qu’on se le dise, Pickwick est du genre prévoyant.

Il est peut-être un peu tôt pour en parler, mais… pour que vous puissiez bloquer vos agendas et éventuellement réserver vos billets de train, il n’est jamais trop tôt !

Le festival international QUAIS DU POLAR (6e édition)

se tient à Lyon les 9-10-11 avril 2010.

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Site internet du festival

 

Le programme n’est certes pas encore définitif, mais nombre d’auteurs ont déjà confirmé leur venue ! Parmi eux, comment ne pas citer Jasper Fforde… mais aussi Leif Davidsen, Antonin Varenne, Ian Rankin, Franck Thilliez, Boris Akounine, j’en passe et des tout aussi bons.

Le festival est avant tout un RDV littéraire, mais il y a aussi des événements ciné, théatre, jeunesse, etc. et même une enquête grandeur nature dans la ville, avec pour les gagnants… des livres évidemment ! 

A noter également la remise du Prix BD-Polar en partenariat avec Evene.

Et je ne manquerais pas de faire un point d’actualité quand le programme définitif sera en ligne.

PS : Si certains souhaitent des infos pour préparer au mieux leur passage à Lyon (bonnes adresses pour se loger ou se restaurer par exemple), surtout n’hésitez pas (leromandepickwick@hotmail.fr), si je peux me rendre utile…

P.P.-S. : J’avais idée de mentionner des commentaires de blogueurs/blogueuses sur des polars signés des auteurs invités au festival… n’hésitez donc pas à vous manifester dans les commentaires pour apparaître dans le prochain billet sur le festival !

 



Madame Marguerite, par Roberto Athayde

Quitte à passer pour un bécasson (ça, c’est fait), je le dis tout net : je ne comprend pas l’intérêt de lire les pièces de théâtre sur papier. D’ailleurs, si l’auteur avait voulu que l’on lise son histoire, il aurait opté pour le mode de la prose, non ?

Mais voilà, l’ouverture de ce blog me fera décidément faire n’importe quoi, comme accepter le Défi de lire un livre que je n’imaginais pas lire lancé par Lexounet. Va pour lire du théâtre donc, et va donc pour Mme Marguerite qui m’a été proposé par Heclea pour ce challenge.

 agirardot.jpg  Annie Girardot ayant interprété Madame Marguerite (1975)

A l’ouverture de ma commande, je commence à compter les bons points : la pièce est courte, de un ; il s’agit essentiellement d’un monologue, donc pas de dialogues et d’échanges interminables qui rendent la lecture acrobatique, de deux.

J’ai dit monologue ? Oui, mais attention. Ici, monologue ne rime ni avec monotone ni avec monocorde. L’auteur a eu la brillante idée de faire des spectateurs la classe de Madame Marguerite, une enseignante hystérique aux propos totalement inconvenants. 

« Il y a trois grands principes en biologie (…). Le début, vous êtes tous nés, un jour ou l’autre sans qu’on vous demande si vous étiez volontaires (…).

Le milieu, c’est maintenant (…) c’est l’école, l’examen d’entrée en sixième, les devoirs, les leçons, la discipline, enfin tout ce qui compose le bonheur d’un enfant.

Le troisième principe, c’est le plus grave (…). Il est de mon devoir, en tant qu’éducateur, de vous annoncer une chose que vous ignorez puisque vous n’êtes que des enfants (…). Vous allez tous mourir. Tous sans exception. Madame Marguerite va vous l’écrire au tableau pour que vous ne risquiez pas de l’oublier.

Elle écrit : VOUS ALLEZ TOUS MOURIR.

Elle se retourne :

Demain, comme nous avons français, Madame Marguerite vous fera faire une petite rédaction : chaque élève devra décrire son propre enterrement avec ses petits mots à lui« .

C‘est drôle, vraiment drôle, incroyablement rythmé, parfois cru, et très vivant. D’où le hic. Mes démons me rattrapent rapidement. C’est dynamique, mais c’est une lecture qui ne  fait naître en mon petit esprit aucune image, aucune vision. Et comment le lui reprocher puisqu’elle n’a pas été écrite pour cela ?

En dépit des réelles qualités de l’oeuvre, la frustration prend le pas sur le plaisir. Que c’est rageant de ne pas se laisser conter la pièce ! Le discours ne fait plus effet, la lecture devient longuette, je fini par me lasser… et de me dire : la pièce sera certainement montée, un jour, non loin de chez moi. Ou de chez vous. Alors ce jour, courrez-y. Moi, j’en serai, soyez en sûrs !

Bonne plock à tous !

Madame Marguerite, par Roberto Athayde dans Derangeant llqyszoagk

Madame Marguerite (Apareceu a Margarida), Monologue tragi-comique, par Roberto Athayde, adapté par Jean-Loup Dabadie, Librairie théatrale, 1975, 43 p. (livret).



Un enfant du Pays, par Richard Wright

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Qu’il est difficile de parler de ce livre terminé il y a quelques jours déjà : ce roman est poignant – on croirait le mot inventé pour lui. La boule au ventre qui s’est formée à la lecture me reprend furieusement lorsqu’il s’agit de l’évoquer.

Et qu’il est difficile également d’en parler sans vendre l’intrigue ! Contentons nous d’une mise en bouche : Bigger a une vingtaine d’année dans les années 30, il est extrêmement pauvre, il vit à Chicago – à Bronzeville dans le South Side, quartier réservé de facto aux afro-américains - avec sa mère, sa petite soeur, son petit frère, dans une seule pièce infestée de rats à 8 $ la semaine.

Ce matin là, c’est l’ordinaire, il mange peu, il erre avec deux-trois compères, ils projettent un énième braquage de magasin, Bigger est mort de trouille, à tel point qu’il manque de battre à mort l’un de ses comparses.

Ce soir là, il doit accepter un emploi de chauffeur dans une riche famille blanche de la ville, sur l’insistance de sa mère puisque l’expulsion les menace…

Le point de vue est terriblement intrusif : le roman n’est pas écrit à la première personne, mais le récit nous est livré à travers le regard de Bigger – et le procédé est diablement efficace. Un enfant du Pays peut d’ailleurs s’entendre d’un témoignage. Il n’est pas autobiographique (à la différence de Black Boy du même auteur), bien qu’il soit évident que l’auteur se soit inspiré de son vécu (le parcours de Richard Wright mérite certainement que l’on s’y arrête un instant, par exemple ici).

Ce n’est pas davantage un roman à thèse, ce n’est pas un manifeste, et pourtant il nous interpelle furieusement. Dans quelle mesure Bigger est-il responsable de ses actes ? Quelle est donc la part du déterminisme, et celle du libre arbitre, dans son terrible parcours ?

Bigger, un garçon « exclu de notre société et non assimilé par elle, aspirant cependant à satisfaire des impulsions similaires aux nôtres, mais privées de ces objectifs et des moyens d’y parvenir (…) chaque mouvement de son corps est une protestation inconsciente (…) chacun de ses regards est une menace« …

Voilà donc une histoire qui a de fortes résonances aujourd’hui encore… Certainement la marque d’un très grand livre.

Bonne plock à tous !

 

Un enfant du Pays (Native Son), par Richard Wright (1940), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Hélène Bokanowski et Marcel Duhamel, éditions Albin Michel, Livre de Poche, 499 p., ISBN 2-07-037855-1.

 



Michael Tolliver…, par Armistead Maupin

Que dire sur les Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin en général ?

Voilà une série pour ceux qui aiment les petites histoires qui font la grande. Ce qui s’est passé à San Francisco des années 1970 à nos jours, sa culture gay, son refus des convenances, ses petits drames et ses grandes convictions, bref, tout un pan de la société américaine underground, le tout enrobé dans une écriture agréable, délicate même, parfois trop fleur bleue pour moi, mais toujours élégante et passionnée.

Michael Tolliver est vivant, le dernier épisode, voilà donc un livre que j’ai attendu… J’aurai pu, j’aurai dû, vous conter l’ultime opus des Chroniques de San Francisco. Mais il est quelque chose de plus fort encore qui m’anime car il m’a gâché la lecture. Je veux parler du quatrième de couverture.

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Attention, ce qui suit révèle l’intrigue. C’est tout le problème que je vous soumets d’ailleurs. Pour les besoins de la démonstration, je n’ai d’autre choix que de reprendre le diabolique procédé que je tiens à dénoncer.

Accusé quatrième de couverture du livre « Michael Tolliver est vivant » (aux éditions « Points »), vous êtes coupable d’avoir gâché la lecture de ce brave Pickwick (et certainement de plein d’autres lecteurs), du dernier tome des Chroniques de San Francisco. L’arme du crime ? Je cite :  »La maladie ressurgit, et Michael doit choisir entre les deux femmes de sa vie : ira-t-il au chevet de sa mère biologique (…) ou choisira-t-il San Francisco et Anna, sa mère spirituelle (…) ?« .

Bien. Voilà qui peut sembler bien inoffensif de prime abord. Il s’agit d’un exposé du dilemme que devra traverser le personnage principal. Sauf que : le dit dilemme intervient à… la page 259. Sur 291 qu’en compte le récit. Je répète, 259e page sur 291. Là. vous avez bien lu : le dit dilemme constitue, à la vérité, la trame FINALE du roman. Arrrrgh…

Voilà donc une lecture gâchée. Pendant 258 pages sur 291, on sait que l’état de santé d’Anna Madrigal va s’effondrer, alors qu’elle se porte jusqu’ici comme un charme. Pendant 258 pages sur 291, on sait que la mère de Michael, certes très malade, ne va pas encore mourir, puisque la dite Anna se porte toujours comme un charme. Pendant 258 pages sur 291, on est surtout dans une attente que l’auteur n’a pas voulu, puisqu’il amène, doucement, le digne au-revoir d’Anna…

Ce quatrième de couverture ne m’a pas permis d’apprécier le récit à sa juste valeur – quelle qu’elle soit d’ailleurs. La révélation d’une trame finale n’a ainsi rien à voir avec une simple amorce de l’intrigue. N’est pas Titanic qui veut ! C’est un crime de lèse-majesté pour les amateurs d’histoires, petites ou grandes, que nous sommes… et le préjudice est grand pour les amoureux des livres.

Bonne plock à tous !

 

Michael Tolliver est vivant (Michael Tolliver Lives), Chroniques de San Francisco, Episode 7, par Armistead Maupin (2007), aux éditions Points, 291 p., ISBN 978-2-7578-1295-2.



Wilt par Tom Sharpe, ou la loi des titres

Tom Sharpe étant jubilatoire à souhait, il a trouvé tout naturellement sa place dans le merveilleux monde de Pickwick. Une énorme farce sur fond de critique sociale, voilà qui ne pouvait mieux tomber.

Wilt est assez détestable comme type, à la base. Alors bien évidemment, on ne peux s’empêcher de l’apprécier. Pensez-vous, un anti-héros de premier choix : dégonflé, dépassé, un peu minable et totalement dévoué à sa sacro-sainte bibine. Doux-dingue donc, mais pas dénué de qualités ; non-conformiste, acerbe, flegmatique… et pas bête avec ça. Ou si peu.

Le style et surtout les évènements sont heureusement à la hauteur du personnage. Wilt est embarqué dans des histoires totalement improbables ? Tant mieux : plus c’est gros, plus on jubile. Mais où l’auteur est-il allé chercher des histoires pareilles ? Ce n’est plus de la trouvaille, c’est de la prospection de haut vol.

On pourra bien me souffler que je m’arrête à des détails… mais, une fois encore, les titres (oui bon sous-titres que ça chipote) en disent long sur ce qui vous attend ! La preuve par quatre.

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Wilt 1 : Comment se sortir d’une poupée gonflable et de beaucoup d’autres ennuis encore. Attention, génie (de la poilade au moins). Wilt décide de tuer sa femme. Il faut dire que l’on a vu des envies de meurtre pour moins que ça. Pour répéter le crime parfait, une poupée gonflable fera bien l’affaire… Impossible d’en dire plus entre deux crises de rire.

Wlt 2 : Comment se débarrasser d’un crocodile, de terroristes et d’une jeune fille au pair.  Comme si cela ne suffisait pas que Wilt soit affublé d’un boulot impossible et d’une bonne femme ingérable, il hérite de quadruplés et d’une prise d’otage. Toujours très drôle, mais je reste un chouïa sur ma faim. Peut-être en attendais-je trop de ce bon Sharpe ?

Wilt 3 : Wilt prend son pied. Mouais…. auteur en légère panne d’inspiration ? Ce n’est pourtant pas faute d’intrigues totalement rocambolesques, à la limite de l’indigestion. Certes, je ne boude pas mon plaisir, les militaires en prennent pour leur grade, les « militants-moutons » aussi, les flics encore et toujours et mieux encore. Mais bon, comment dire… « pas inoubliable » fera l’affaire. 

Wilt 4 : Comment échapper à sa femme et à ses quadruplés en épousant une théorie marxiste. Toujours aussi loufoque. Le transport de l’intrigue dans l’Angleterre profonde et aux États-Unis a du bon. Notre non-héros remonte la pente… mais je n’atteindrais jamais le niveau de fous rires provoqué par le premier tome. Cela dit, la barre était placée très haut !

Oh, avant d’oublier : jetez un oeil sur Photo-folle, qui non seulement a écrit un excellent billet sur Wilt (1), mais qui nous offre en prime une superbe photo !

Bonne plock à tous !

 

Wilt 1 (Wilt), par Tom Sharpe (1976), traduit de l’anglais par François Dupuigrenet-Desroussilles, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 289 p., ISBN 2-264-04243-5.

Wilt 2 (Wilt Alternative), par Tom Sharpe (1979), traduit de l’anglais par Christine Guérin, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 317 p., ISBN 2-264-04244-3.

Wilt 3 (Wilt on High), par Tom Sharpe (1984), traduit de l’anglais par Henri Loing, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 381 p., ISBN 2-264-04245-1.

Wilt 4 (Wilt in Nowhere), par Tom Sharpe (2004), traduit de l’anglais par Christiane et David Ellis, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 256 p., ISBN 2-264-04368-9.



Poèmes Perdus (et fort heureusement retrouvés), de Léopold Sédar Senghor

 

Quelle idée saugrenue j’ai eu ! Écrire un billet sur un recueil de poèmes, j’vous jure, faudrait sérieusement que je pense à me réactiver la tête un jour en passant.

« La poésie n’a pas d’autre but qu’elle même » qu’a dit un certain Baudelaire (bon mais qu’est-ce qu’il y connaissait, lui, en poésie, hein, d’abord ?). Allez, j’avoue, j’ai repris la citation sur la Toile, c’est lamentable… mais, parole à la défense, c’est parce que je n’arrivais pas à retrouver une satané phrase entendue un jour qui disait quelque chose du genre : quand le poète s’exprime, il n’y a plus rien à dire, on écoute, on se tait. Et pis c’est tout.

Alors, je ne vais pas vous parler de ces Poèmes Perdus de Senghor… Et on a même failli ne jamais en entendre parler d’ailleurs : il voulait les déchirer. Il le révèle dans l’introduction de ses Oeuvres Poétiques. Sa femme les a conservé, les lui a fait relire… et la suite, vous la connaissez, il a fallut que ça retombe sur Pickwick.

Donc, non, je ne vais pas vous parler des Poèmes Perdus. Il y en a quand même une bonne vingtaine, ça ferait un commentaire beaucoup trop long, il est tard, et n’oublie pas de dormir un peu, Pickwick, c’est bon pour ce que tu as. Sauf à les regrouper, parce qu’ils tournent autour de thèmes récurrents. Et pas joyeux avec ça. Blues, Spleen, Regrets, Nostalgie, Tristesse en mai… il était pas un tout petit peu dépressif, ce Léopold, dites donc ? Tenez, Blues, par exemple, commence ainsi :

Je suis envahi de brume

Et de solitude

Aujourd’hui,

Et je fuis.

Vous vouliez que je vous parle des Poèmes Perdus ? Impossible, je ne suis plus là… tant ils me donnent envie de m’évader : 

Je suis parti

Parti pour toujours

Sans pensée de retour

Vendez tous mes troupeaux

Mais pas les bergers avec.

Allons bon, n’insistez pas C’est trop difficile de vous parler de Poèmes Perdus.

J’en suis bien incapable.

Pourtant, j’aurai tellement aimé. Vous les donner, vous les glisser, vous les rendre, ces poèmes, heureusement retrouvés.

Parce que ce sont des regards. Parce que c’est empli de magie, de figures, de rythme, de langueurs et de soubresauts, d’amour et d’érotisme… Parce qu’ils sont beaux, très beaux – et pis c’est tout.

 

Lu dans le cadre du challenge Safari Littéraire organisé par Tiphanya

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Bonne plock à tous !

 

Poèmes Perdus, septième recueil des Oeuvres Poétiques, par Léopold Sédar Senghor (1990), aux éditions du Seuil, Essai, collection Points, ISBN 2-02-012106-9.



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