Mêlée ouverte au Zoulouland, par Tom Sharpe

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Mêlée ouverte au Zoulouland est certainement l’un des livres les plus explosifs qu’il m’ait été donné de lire. 

Tom Sharpe a choisi de dénoncer l’apartheid sur un mode tragi-comique, option trash. Un récit à l’image du système sud-africain que l’auteur a connu dans les années 60-70 : cru, cruel, violent, mais aussi totalement grotesque.

Dans la petite ville de Piemburg, il est des flics médiocres. Tout spécialement le kommandant van Heerden - précieux et ambitieux, certainement le seul boer du pays follement mordu des anglais – et le konstable Els, dit le Tueur-de-Caffre, une brutasse finie, doublé d’une crétinerie très avancée. Et il est aussi une notable d’origine britannique qui vient s’accuser du meurtre de son cuisinier zoulou…

« La loi dit qu’il est criminel de tuer des Caffres hors de chez soi. Mais la loi dit aussi qu’il est tout à fait admis et correct de les tuer à l’intérieur« . Or, impossible de convaincre cette vieille Miss Hazelstone, aussi autoritaire qu’excentrique, de déplacer le corps de l’homme qui gît, en mille morceaux, sur sa pelouse… mais ce ne sera pas l’ultime tocade de l’ancienne qui fera tourner en bourrique la police de la ville jusqu’à plus soif.

« Miss Hazelstone répondait au quart de tour à toutes les provocations. Elle se leva et pointa le fusil vers le parc. Le kommandant n’avait pas prévu qu’elle tirerait. Le konstable Els, pour une fois, fit preuve de plus de perspicacité et se jeta par terre. Que l’endroit qu’il choisit fût déjà occupé par un énorme doberman Pinscher ; que le chien en question choisit de refuser au konstable le droit de se vautrer sur lui (…) ; tout cela échappa au kommandant Van Heerden quand Miss Hazelstone, visant un coup en l’air, puis un coup au sol, appuya sur la gachette (…). La fin du monde n’était plus proche : elle venait d’avoir lieu (…). Au centre de la pelouse, le coup de fusil avait ouvert une tranchée (…) dont les bords en dents de scie laissaient échapper ce que le kommandant espérait de tout coeur n’être que de la vapeur« .

Une mêlée ? Un énorme capharnaüm oui ! Force est de reconnaître qu’il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Mais tout m’a semblé passablement brouillon. Les rebondissements s’enchainent à une vitesse prodigieuse, au point que l’action en soit parfois difficile à suivre. Il m’a parfois fallu revenir en arrière pour retrouver le fil des évènements… Et il est des quiproquos à gogo auxquels j’ai fini pas ne plus croire.

C’est d’autant plus dommage que l’on retrouve finalement tous les ingrédients qui constituent aujourd’hui la Sharpe‘s touch : la dérision loufoque dans le ton, l’imbroglio jouissif dans l’intrigue, la satire violente dans le propos.

« - Vous venez souvent par ici ? demanda-t-il.

- A la prison ?

- En Afrique du Sud. Encore que ce soit presque la même chose« .

Il me reste à espérer que la suite de ce premier roman, Outrage public à la pudeur, soit un peu mieux construite… mais tout aussi débridée !

 

Lu dans le cadre du Challenge Safari littéraire organisé par Tiphanya

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Challenge accompli !

Ce fut mon auteur non-africain pour une intrigue située en Afrique, après avoir chroniqué les Poèmes Perdus de Léopold Sédar Senghor comme auteur africain.

Et pour prolonger le plaisir, j’ai fait un tour le blog tenu par le journaliste Sebastien Hervieu installé dans ce pays : l’Afrique du Sud en couleurs. Vraiment très sympa.

Bonne plock à tous !

Mêlée ouverte au Zoulouland (Riotus Assembly), par Tom Sharpe (1971), traduit de l’anglais par Laurence, aux éditions 10-18, collection « domaine étranger », 310 p., ISBN 2-264-01406-7.



Amateurs de polar… deux évènements annoncés !

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En pleine période de romans à suspens et d’enquêtes en tout genre, je ne pouvais manquer de faire un petit point actu sur le festival Quais du polar.

Deux évènements dévoilés.

D’abord, l’enquête entre jeu de piste et jeu de rôle dans la ville. Retrouver l’assassin de Simon Lepic, telle sera notre mission, armé pour cela d’un livret contenant les pièces à conviction… l’intrigue et les infos pour participer. J’ai hâte, et pas seulement pour les livres à gagner !

Ensuite, le streewars dont je vous laisse découvrir le site… J’ai moins hâte, parce que je sais déjà qu’à ce petit jeu là, je ne vais pas faire long feu !

Histoire de patienter avant l’annonce du programme, j’ai glané ici et là quelques billets sur les auteurs – français pour cette fois – qui seront présents au festival (juste, cette liste n’est pas exhaustive, donc si vous n’apparaissez pas, ne tapez pas, merci - ou alors si, mais juste sur votre clavier pour le signaler en commentaire).

- Maxime Chattam qui a semble-t-il conquis Madame Chalotte qui a publié de nombreux avis sur ses polars.

- Fabrice Humbert dont L’origine de la violence a reçu un bon accueil chez Papillon, Clarabel et Cécile, tandis que L’Ogresse a un avis plus mitigé.

- Jérôme Bucy, avec La Maison des enfants rouges (un « ovni » pour Fabien) ou La chambre d’ambre (un thriller très efficace pour Lily).

- Franck Thilliez, dont L’Anneau de Moebius a suscité l’enthousiasme de Calypso et d’aBeiLLe.

- Dominique Manotti, et son Bien connu des services de police, lu par Emeraude. Choco a un avis mitigé sur Nos fantastiques années fric.

- Antonin Varenne, auteur de Fakirs, lu par Flora.

- Et Bob Garcia, dont le Duel en enfer n’a certes pas du tout convaincu Matilda, mais plu à Alicia, à La liseuse et à votre serviteur.

Bonne plock à tous !

Edit du 9 mars : je n’avais pas évoqué Lalie Walker, pensant initialement faire un billet à part sur les lamentables poursuites judiciaires dont elle fait l’objet. Mais cette histoire consternante est très bien résumée par Mango notamment. J’espère que ses fans seront nombreux à lui apporter son soutien ! Je n’ai malheureusement jamais lu cet auteur… et je ne peux que vous encourager à jeter un oeil aux billets d’Eloah (qui a aimé Pour toutes les fois) et d’Anne-Sophie Demonchy (qui a eu un coup de coeur pour A l’ombre des humains).

  



Duel en enfer – Sherlock Holmes contre Jack l’Eventreur, par Bob Garcia

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Ce fut un plaisir de recevoir le dernier livre de Bob Garcia, Duel en enfer, Sherlock Holmes contre Jack l’éventreur, pour mon premier partenariat organisé par Livraddict. Et ce fut également un plaisir à la lecture !

Comme le veut l’usage, d’abord le résumé fourni par le quatrième de couverture : « Londres, été 1888. Sous le poids d’une chaleur suffocante, la ville est saisie d’horreur par les premiers meurtres de celui qu’on nommera bientôt « Jack l’Éventreur ». Pourtant, aucune enquête du célèbre Sherlock Holmes ne mentionne le plus fameuse affaire criminelle qui a agité ses contemporains. Bien des années plus tard, le docteur Watson confia à son éditeur le journal de l’investigation qu’il mena aux côtés du détective sur l’insaisissable tueur en série. Une terrible plongé dans l’enfer des bas-fonds londoniens, sur les pas du meurtrier le plus sanguinaire et le plus énigmatique que l’Angleterre ait connu« .

Ce n’est pas peu dire que j’attendais l’auteur au tournant. Mettre ses pas dans les pas de Conan Doyle, rien que ça ! D’autant que Bob Garcia reprend toutes les ficelles originelles, à commencer par le point de vue, puisque l’histoire nous est contée par ce fidèle Docteur Watson. L’entrée en matière est plutôt classique - un journal inédit concédé à un éditeur à la mort du détective - but why not ? Plus largement, l’auteur reprend l’essentiel des clés qui ont fait le succès de Sherlock Holmes. Si ce n’est pas toujours finement amené, je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’il ne pouvait que difficilement faire autrement…

J’avais donc placé haut mon degré d’exigence ; or, malgré certaines réserves, j’ai plongé dans l’intrigue sans me retourner et avalé ce polar d’une traite. Impossible de m’en décrocher avant de l’avoir terminé. Et de me demander alors : y’a-t-il un meilleur signe pour reconnaître un bon polar ?

Alors, soyons tout à fait honnête, il est certaines choses qui m’ont un peu dérangé. D’abord, le glauque à outrance : les bas fonds de Londres, la prostitution, la misère humaine… tout cela m’a semblé très racoleur. Ensuite, les angoisses existentielles et autres déboires sentimentaux de Watson, qui n’apportent pas grand chose au récit - voire qui le parasitent parfois.

Et surtout, l’impression d’une construction un poil bancale : l’enquête n’avance pas des masses pendant une bonne partie du récit, pour se précipiter ensuite. Les maigres indices et les pistes vagues ne permettaient pas de se faire la moindre idée du dénouement. Certains apprécieront peut-être… j’ai pour ma part vraiment regretté de ne pas pouvoir échaffauder le moindre début de commencement d’une petite hypothèse, ce que j’aime par dessus tout avec les polars !

Malgré tout, ça a bigrement bien marché. Pourquoi, comment ? Je me l’explique mal… A la réflexion, je crois que mon léger agacement a été très largement compensé. D’une part, par l’action : si l’enquête s’enlise, ce n’est pas faute, pour Holmes et Watson, de se démener. Les interrogatoires, les filatures, les poursuites, les confrontations… tout cela donne énormément de rythme au récit. D’autre part, par l’ambiance : Bob Garcia a su dépeindre une atmosphère et offre un récit très imagé. J’ai voyagé en fiacre, foulé le pavé humide, erré dans le brouillard londonien à la nuit tombée… 

Enfin, j’ai totalement adhéré au dénouement, surprenant mais convaincant. Et, cerise sur le gâteau : la postface de l’auteur, entre fiction et réalité, qui pourrait ne pas plaire à tout le monde… et c’est justement ce qui m’a plu !

Je remercie donc les éditions jailu.jpget la Team de 47286519 pour cette lecture très plaisante !

Alicia a partagé mon enthousiasme, La liseuse également, mais Matilda et Soukee beaucoup, beaucoup, moins !

A noter : Bob Garcia sera présent au festival Quais du polar !

Bonne plock à tous !

Duel en enfer – Sherlock Holmes contre Jack L’Eventreur, par Bob Garcia (2008), aux éditions J’ai Lu, 667 p., ISBN : 978-2-290-01888-0.



Balzac, le roman de sa vie, par Stefan Zweig

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En voilà un bouquin passionnant.

N’étant pas addict des classiques français du XIXe (et c’est le moins que l’on puisse dire), je l’ai choisi, avant tout, pour l’auteur. Restait le sujet. Alors, un partout, balle au centre ? Non non non ! Croyez-le, ce livre, c’est un plaisir deux-en-un, une double ration, un oeuf en chocolat avec une jolie surprise à l’intérieur. On gagne au grattage et au tirage - démonstration.

Bien sûr, d’abord, c’est Zweig. Est-il encore besoin d’évoquer son écriture fluide et moderne ? Elle se révèle également ici doublée d’une redoutable finesse d’esprit. Démêlant et expliquant à sa manière les comportements et les écrits, publics ou privés, de Balzac, il en fait un récit, sans grande atmosphère certes, mais certainement facile d’accès. Comme s’il avait totalement percé le bonhomme – et même si cela ne se sent pas à la lecture, l’on comprend, rétrospectivement, que ce n’était pas une mince affaire.

Mais ensuite, c’est aussi Balzac, et sa vie faite de coups de force et de coups du sort. Ce « gras plébéien » pour qui rien ne compte plus que la réussite, puis la gloire, puis l’élévation sociale au plus haut rang. A n’importe quel prix. J’ai été littéralement scotché par tant de puissance, d’abnégation et d’ambition réunies en un seul homme. 

Non, Zweig ne s’est pas trompé de sujet ! Balzac ? Un écrivain prodigieux, un homme « trop grand pour haïr« , un personnage dont « les folies (…) ont une particularité typique : en leurs débuts elles sont parfaitement raisonnables« …  

Et plus que tout, chose dingue : je n’ai pas résisté aux « étranges épousailles » entre Balzac et Eva Hanska. Oui, j’avoue, j’ai trouvé tout cela sublime, et sublimement raconté.

Certes, il est des répétitions dans le texte. Mais force est de constater qu’elles sont, le plus souvent, le fait de Balzac lui-même. Ses échecs et ses conquêtes se ressemblent. Le cercle vicieux dans lequel il s’engouffre devient finalement une trame passionnante. Va-t-il en sortir, va-t-il se faire manger, lui, le  »Rabelais moderne » ? 

Puis vient la mort – tout va très vite, trop vite, comme si Zweig ne s’était pas remis de cette fin précipitée, la cinquantaine à peine passée. Et de me dire : déjà ? C’est déjà la fin ? Mince alors ! Heureusement, il me reste à lire du Zweig… et, oui, peut-être, certainement même, du Balzac.

L’avis de Keisha !

Lu dans le cadre du challenge Ich liebe Zweig organisé par Caro[line] et Karine:)

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Je finis ainsi mon premier challenge ! Et même que je ne serai pas contre un peu de rab’ !

Bonne plock à tous !

Balzac, Le roman de sa vie, par Stefan Zweig (1946 – publication posthume), traduit de l’allemand par Fernand Delmas, aux éditions Albin Michel, collection Livre de poche, 495 p., ISBN 978-2-253-13925-6.



Les 15 for ever

Casa Nova l’a imaginé, La plume et la page l’a relayé, et Pickwick s’est lancé.

Mes 15 for ever, ils sont bien au chaud dans cette page à part, parce qu’ils le valent bien.

Y’a … laviedevantsoi.jpg 

… et puis…   oeuvrededieu.gif 

… et puis aussi… alestdeden.jpg 

         … ou encore … leproces.gif 

                 … et même … lasorciere.jpg

La suite est  !

Bonne plock à tous !

 



Dimanche blogueux, dimanche heureux

Un dimanche… en photo : l’aventure de Liyah m’a beaucoup tentée. Elle consiste à mettre en ligne l’une de ses plus jolies images le temps d’un dimanche. Je salue cette belle initiative et vous invite vivement à la rejoindre !

Mais je crains fort que cette idée ne se limite pour moi… à un dimanche, justement ! Tout simplement parce qu’en fouillant dans mes fichiers endormis pour préparer ce billet, je me suis vite rendue compte que ce n’est pas avec mes piètres photos que j’allais mettre en joie d’éventuels visiteurs…

Voici donc la seule photo de mon album digne d’être publiée. Voyez donc, je ne vous mentais pas.

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Librairie, Passage Jouffroy, Paris (9e), décembre 2009

Prise avec mon portable lors d’une escapade parisienne, en pleine course aux achats de Noël, dans un passage non loin des grands boulevards (et d’un excellent salon de thé, qui fait un chocolat chaud du tonnerre). La vitrine de la Librairie du Passage était tout bonnement irrésistible.

Mais je ne pouvais rester sans réagir sur ce semi-échec – ce n’est définitivement pas mon genre. Je me décidais donc, par ce week-end venteux (« le temps des fous » disait ma grand-mère… que j’aurai du écouter plus souvent ma grand-mère), je me décidais donc, disais-je, à créer une nouvelle rubrique du type ’le dimanche c’est carte blanche’, ouverte aux coups de coeurs ou aux découvertes du moment.

Pas de thématique prédéfinie. Un film, une bonne adresse, un dessin rigolo, une actualité littéraire, un challenge, un billet qui m’aura marqué, un blog entier même - littéraire ou non  d’ailleurs - qui m’aura tapé dans l’oeil (un peu comme le font Géraldine ou Catherine, sauf qu’elles le font mieux que moi !)… sans oublier, à l’occasion, de mettre un lien vers une photo ou un poème mis en ligne dans le cadre des « dimanches en photo » de Liyah ou des « dimanches poétiques » de Celsmoon et sur lequel j’aurai craqué…

Bref, pas de thématique prédéfinie, si ce n’est tout ce qui relève des plaisirs fugaces et des idées loufoques. L’idée étant de mettre en lumière les jolies choses de la blogosphère, avec, évidemment, tous les liens correspondants vers leurs auteurs, puisque sans cela, ça n’aurait pas grand intérêt pour les visiteurs.

Ah oui, j’allais oublier : je pensais intituler cette rubrique Les plocks du dimanche. Ben oui, c’est tout que j’ai pu trouver à cette heure tardive et imbibée (et encore, je vous épargne bien des appellations à 3 francs six sous ; ce petit nom est sorti vainqueur à l’unanimité d’une délibération avec moi-même. C’est la République bananière selon Pickwick, j’aime assez).

Volô, vous savez tout. Si, reste à souhaiter sincèrement que cette initiative vous plaise !

Bon plock du dimanche à tous !



Les ballades du Haldur, par Jorn Riel

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Deux coups de coeur quasiment coup sur coup ! Après La solitude lumineuse de Pablo Neruda, voilà que j’ai totalement craqué sur Les ballades de Haldur et autres racontars de Jorn Riel.

Le livre m’a totalement séduit, et totalement surpris aussi : il est tout sauf ce qu’il parait de prime abord.

Le récit est situé dans le nord du Groenland, où tout – le temps, les distances, la force de la nature – est démesuré. Lorsque l’on rend visite à son voisin, ce sont non pas des heures, mais des jours de voyage ; il est un bateau qui vient à la rencontre des habitants peut-être deux fois par an ; la moindre chute (Le Corbeau), le moindre caprice du temps (Monsieur Gustavsen) peuvent être fatals. 

Tout est démesuré, et pourtant, dans ce cadre polaire, Jorn Riel nous offre des histoires, des « racontars«  chaleureux et intimistes. Il est question de l’oiseau recueilli par Lodvig (Le Corbeau) ou de l’escapade solitaire de Pedersen (Le grand Petit Pedersen). Une petite touche d’humour par-ci, un soupçon d’émotion par-là : l’écriture est douce, sans effet de manche, sans détours. 

C’est un recueil de nouvelles, mais qui fait davantage penser à des chroniques, avec ces personnages qui se croisent ou se retrouvent (Le Procès). Des personnages attachants et  accueillants, lorsque vient le croyant (Le Musulman), lorsque vient l’étudiant (L’imprévu), lorsque survient  l’amante qui éloigne l’ami (Cap Rumpel). Des hommes non pas renfermés sur eux-mêmes, mais profondément humanistes et tolérants.

C’est très réaliste, terre à terre. Voilà, par exemple, ce que nous donne à lire Jorn Riel :  »La veine d’un poète, c’est rien d’autre qu’une espèce d’intestin spirituel qui a besoin d’être bien rempli avant de pouvoir se vider. Anton est parti faire le plein, et tu verras, tôt ou tard, tout ressortira, sauf s’il nous fait une occlusion » (Les ballades de Haldur).

Et pourtant, c’est un véritable conte, avec sa part de magie, d’image et de poésie.

Une lecture toute simple, et tout simplement apaisante.

Bonne plock à tous !

PS : le premier chapitre est disponible en téléchargement libre sur le site de l’éditeur 10-18 (ici).

Les ballades de Haldur (Haldurs ballader og ander skroner), de Jorn Riel, traduit du danois par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet, aux éditions 10-18, 182 p., ISBN 978-2-264-04059-6.



Une parfaite journée parfaite de Martin Page

Devinette : quelle auteur française contemporaine bien connue est classée parmi la littérature chick-lit au Royaume-Uni ? Réponse chez L’Ogresse ! C’est avec un plaisir non dissimulé que je vous invite à découvrir son billet qui interpelle sur la perception d’une certaine littérature française contemporaine à l’étranger.

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Le hasard fait bien les choses donc, puisque L’Ogresse venait de publier ce billet que  j’entamais la lecture d’Une parfaite journée parfaite de Martin Page.

Le narrateur y décrit son quotidien parisien. Un quotidien qu’il ne ressent pas – ou qu’au contraire il ne ressent que trop bien. Un quotidien fait de vacances en ascenseurs, de suicides fantasmés, d’orchestres mexicains et de multiples dysfonctionnements liés à la vacuité des rapports sociaux.

Il est des petites phrases, qui, l’air de rien, au détour d’une page, m’ont touché coulé, et que j’ai lu et relu et noté volontiers. Genre : « Je m’emballe dans mon costume de travail. La cravate est le ruban du paquet cadeau que j’offre chaque jour au capitalisme mondial. C’est très frustrant parce que je suis un cadeau que personne ne déballe. Ils voient l’emballage, ça leur suffit ; qui je suis, ils n’en ont rien à faire« .

Mais j’y ai également trouvé des choses plus convenues, plus faciles, moins séduisantes. Et surtout, surtout, un manque d’intrigue, d’évènements, de ligne conductrice. L’ennui m’a gagné à mi-chemin ; mais il est vrai aussi que l’auteur gardait ses meilleures cartouches pour les derniers chapitres.

Bref, un délirium que ce livre. S’il est parfois difficile à suivre, et s’il n’est pas toujours communicatif, il n’en reste pas moins dérangeant, superbement dérangeant, et poétique avec ça.

En définitive, cette lecture garantit un embarquement immédiat pour des montagnes russes : le très bon succède au moins bon. Mais, ne serait-ce que pour les sommets qu’il peut atteindre, ce livre vaut bien un petit détour. Et laissons à Martin Page le mot de la fin (extrait de la postface) : « Un roman sur le désespoir; mais aussi sur les mécanismes compensatoires à mettre en oeuvre pour ne pas sombrer« .

L’avis de Lou (qui organise un concours avec ce livre à gagner !)

Bonne plock à tous !

Une parfaite journée parfaite, de Martin Page (2002), aux éditions Points (2010 – avec une postface inédite de l’auteur), 112 p., ISBN 978-2-77-81389-8.



Challenge, quand tu nous tiens… tu nous tiens !

Noter pour plus tard : se souvenir qu’un billet sur les challenges en appelle d’autres.

D’autres billets (ce qui devait être un édit du précédent s’est transformé en nouveau billet parce qu’au delà de 10 lignes… bref) et d’autres challenges. Oui, j’ai encore craqué, c’est promis demain j’arrête. En attendant, j’ai toujours les 5 bons numéros, et voici donc les 2 étoiles de la chance (oui, oui, je n’oublie pas de retrouver la foi le vendredi soir parfois).

D’abord, je n’ai pas pu m’empêcher de jeter un oeil au Challenge Oates organisé par George Sand (merci à Keisha la tentatrice !). Et il est arrivé ce qui devait arriver. Je commence en douceur avec Délicieuses Pourritures – un titre affriolant s’il en est, qui m’a fait du gringue, j’vous raconte pas (enfin si, j’vous raconterai, mais plus tard).

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Ensuite, le dénouement du challenge Caprice organisé  par Cocola’s est arrivé ! Et Chocolatée (sans blog) qui m’a réservé un polar rien que pour moi… comment a-t-elle pu deviner que ça commençait tout juste à me manquer ? Ce sera donc Mort à la Fenice, par Donna Leon. Quoi, des patchs et gommes anti-challenge ? Malheur ! Et pourquoi pas anti-lecture pendant qu’vous y êtes ?!

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Allez, puisque j’ai commencé à saouler la blogosphère entière avé mes défis perso, autant tout déballer.

D’abord dire que mes lectures sont décidées pour le challenge Bienvenue en Inde. Ce sera donc Un enfant de la balle, par John Irving (un Irving que je n’ai pas lu ! Je salive déjà) et Un nom pour un autre de Jhumpa Lahiri. Il y a aussi eu pour commencer du NerudaSoit des écrivains du continent américain pour une intrigue située en Inde… et vice-versa. Donc on devrait peut-être ré-intituler le challenge « Bienvenue en Inde… en passant par les Amériques » juste pour moi. Sorry Soukee ! Sorry Hilde ! Pickwick a parfois des raisons que la raison a justement renié. 

Ensuite, avouer qu’encouragée par la lecture du Brave Soldat Chvéïk, je ne vais pas lésiner pour le challenge Europe centrale et Orientale. Bon, j’ai effectivement cédé devant un auteur roumain, Panaït Istrati, un tout petit livre tout petit tout petit… Et p’tet aussi un titre d’Andrei Kourkov, parce que j’avais adoré Le Pinguin en son temps et que le billet de La plume et la page m’a rappelé à ces bons souvenir… Et p’tet aussi du Kafka parce que ça fait longtemps… ah ! Retenez moi, mais retenez moi, j’vous dis !

Enfin, annoncer une bonne et une mauvaise nouvelle. Le Lion est mort ce soir. Non, je ne l’ai pas retrouvé dans la jungle de ma bibliothèque pour le challenge Safari littéraire de Tiphanya… mais je sais par quoi le remplacer ! J’ai dans ma PAL – oui, ma PAL, ma chère PAL, vous vous souvenez ? - du Tom Sharpe situé en Afrique du Sud, soit Mêlée ouverte au Zoulouland et Outrage public à la Pudeur. En plein désarroi, au moins, j’ai eu un éclair – comme quoi tout finit par arriver. Mais pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt ?

Noter pour plus tard : se souvenir de penser plus tôt.

Bonne plock à tous !

PS : je n’oublie pas les jolis logos chers organisateurs ! Comme vous pouvez le voir avec les Swaps (là juste à droite… non l’autre droite… sont-y pas beaux Sir Holmes and Lady Swat ?), je commence à me familiariser avec l’autre côté du miroir du blog. Mais certains logos présentent pour moi un problème de taille… leur taille justement. Dès que je parviens à régler ça, ils viendront illuminer les coins obscurs de ce blog. Et là, ce sera Noël à Pâques !



La solitude lumineuse de Pablo Neruda

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Pablo Neruda s’est rappelé à mon bon souvenir grâce à aBeiLLe qui a eu la vraie bonne idée de choisir l’un de ses plus beaux poèmes le temps d’un dimanche poétique.

J’ai donc cherché à retrouver l’un de ses textes (assez court pour ne pas accabler ma PAL qui a bien dû entamer sa troisième boîte de prozac – à ma décharge, il était déjà sur mes étagères). La solitude Lumineuse s’est alors imposée comme une évidence.

Il s’agit d’un court récit écrit par un Neruda déjà célèbre – extrait de J’avoue que j’ai vécu, ses mémoires publiées à titre posthume. Le poète chilien se souvient ici de ses premières années d’écriture : jeune consul entre 1929 et 1932, il est installé, chichement, aux Indes, à Ceylan, en Indonésie. 

Il est seul. De cette solitude « dure comme le mur du prisonnier, contre lequel on peut s’ouvrir la tête sans que personne accoure, même si on crie, même si on pleure« .

Il est seul, notamment parce qu’il côtoie difficilement les occidentaux installés en Asie. Son propos sur le système colonial est particulièrement incisif. Comme à travers cet épisode dans lequel Neruda, se rendant à un dîner mondain, s’arrête un instant pour écouter une voix qui s’élève dans la rue. Il s’explique sur son retard devant ses hôtes anglais.  »Eux qui avaient vécu vingt-cinq ans à Ceylan montrèrent une surprise élégante. De la musique ? Ainsi les gens d’ici avaient leur musique ? Ils l’ignoraient. C’était la première nouvelle.«  

Il s’installe alors dans une « contemplation solitaire (…) [et] douloureuse« . Il la sait nécessaire, car « l’écrivain jeune ne peut écrire sans ce frisson de solitude« . Mais cette époque est, oui, incroyablement lumineuse. L’Asie, c’est un peu sa caverne, dont il sortira notamment par la musique et surtout en achevant son recueil Résidence sur la terre.

L’écrivain n’épargne personne, et surtout pas lui-même. Le regard de l’homme alors vieillissant n’est pas tendre avec le jeune homme qu’il était, et notamment sur son attitude envers les natives de ces pays.

Le récit s’achève sur un dialogue qui, rétrospectivement, fait froid dans le dos. Et c’est en définitive (et en dépit de scènes difficiles comme la chasse à l’éléphant), mon coup de coeur de ce début d’année 2010. Et je n’ai désormais qu’une envie, lire J’avoue que j’ai vécu dans son intégralité.

 

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C’était une superbe manière de préparer le voyage du challenge Bienvenue en Inde.  Ce n’était pas au programme – comme je l’explique plus haut. Mais ces généreux organisateurs que sont Soukee et Hilde m’ont permis de l’y intégrer puisqu’une partie du récit est situé en Inde.

Lu également par Soukee !

Bonne plock à tous !

La solitude Lumineuse, par Pablo Neruda (1973), extrait de J’avoue que j’ai vécu (Confesio que he vivido), aux éditions Gallimard, collection Folio (2€), 81 p., ISBN 978-2-070-31702-8.



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