Mêlée ouverte au Zoulouland, par Tom Sharpe

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Mêlée ouverte au Zoulouland est certainement l’un des livres les plus explosifs qu’il m’ait été donné de lire. 

Tom Sharpe a choisi de dénoncer l’apartheid sur un mode tragi-comique, option trash. Un récit à l’image du système sud-africain que l’auteur a connu dans les années 60-70 : cru, cruel, violent, mais aussi totalement grotesque.

Dans la petite ville de Piemburg, il est des flics médiocres. Tout spécialement le kommandant van Heerden - précieux et ambitieux, certainement le seul boer du pays follement mordu des anglais – et le konstable Els, dit le Tueur-de-Caffre, une brutasse finie, doublé d’une crétinerie très avancée. Et il est aussi une notable d’origine britannique qui vient s’accuser du meurtre de son cuisinier zoulou…

« La loi dit qu’il est criminel de tuer des Caffres hors de chez soi. Mais la loi dit aussi qu’il est tout à fait admis et correct de les tuer à l’intérieur« . Or, impossible de convaincre cette vieille Miss Hazelstone, aussi autoritaire qu’excentrique, de déplacer le corps de l’homme qui gît, en mille morceaux, sur sa pelouse… mais ce ne sera pas l’ultime tocade de l’ancienne qui fera tourner en bourrique la police de la ville jusqu’à plus soif.

« Miss Hazelstone répondait au quart de tour à toutes les provocations. Elle se leva et pointa le fusil vers le parc. Le kommandant n’avait pas prévu qu’elle tirerait. Le konstable Els, pour une fois, fit preuve de plus de perspicacité et se jeta par terre. Que l’endroit qu’il choisit fût déjà occupé par un énorme doberman Pinscher ; que le chien en question choisit de refuser au konstable le droit de se vautrer sur lui (…) ; tout cela échappa au kommandant Van Heerden quand Miss Hazelstone, visant un coup en l’air, puis un coup au sol, appuya sur la gachette (…). La fin du monde n’était plus proche : elle venait d’avoir lieu (…). Au centre de la pelouse, le coup de fusil avait ouvert une tranchée (…) dont les bords en dents de scie laissaient échapper ce que le kommandant espérait de tout coeur n’être que de la vapeur« .

Une mêlée ? Un énorme capharnaüm oui ! Force est de reconnaître qu’il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Mais tout m’a semblé passablement brouillon. Les rebondissements s’enchainent à une vitesse prodigieuse, au point que l’action en soit parfois difficile à suivre. Il m’a parfois fallu revenir en arrière pour retrouver le fil des évènements… Et il est des quiproquos à gogo auxquels j’ai fini pas ne plus croire.

C’est d’autant plus dommage que l’on retrouve finalement tous les ingrédients qui constituent aujourd’hui la Sharpe‘s touch : la dérision loufoque dans le ton, l’imbroglio jouissif dans l’intrigue, la satire violente dans le propos.

« - Vous venez souvent par ici ? demanda-t-il.

- A la prison ?

- En Afrique du Sud. Encore que ce soit presque la même chose« .

Il me reste à espérer que la suite de ce premier roman, Outrage public à la pudeur, soit un peu mieux construite… mais tout aussi débridée !

 

Lu dans le cadre du Challenge Safari littéraire organisé par Tiphanya

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Challenge accompli !

Ce fut mon auteur non-africain pour une intrigue située en Afrique, après avoir chroniqué les Poèmes Perdus de Léopold Sédar Senghor comme auteur africain.

Et pour prolonger le plaisir, j’ai fait un tour le blog tenu par le journaliste Sebastien Hervieu installé dans ce pays : l’Afrique du Sud en couleurs. Vraiment très sympa.

Bonne plock à tous !

Mêlée ouverte au Zoulouland (Riotus Assembly), par Tom Sharpe (1971), traduit de l’anglais par Laurence, aux éditions 10-18, collection « domaine étranger », 310 p., ISBN 2-264-01406-7.



Une parfaite journée parfaite de Martin Page

Devinette : quelle auteur française contemporaine bien connue est classée parmi la littérature chick-lit au Royaume-Uni ? Réponse chez L’Ogresse ! C’est avec un plaisir non dissimulé que je vous invite à découvrir son billet qui interpelle sur la perception d’une certaine littérature française contemporaine à l’étranger.

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Le hasard fait bien les choses donc, puisque L’Ogresse venait de publier ce billet que  j’entamais la lecture d’Une parfaite journée parfaite de Martin Page.

Le narrateur y décrit son quotidien parisien. Un quotidien qu’il ne ressent pas – ou qu’au contraire il ne ressent que trop bien. Un quotidien fait de vacances en ascenseurs, de suicides fantasmés, d’orchestres mexicains et de multiples dysfonctionnements liés à la vacuité des rapports sociaux.

Il est des petites phrases, qui, l’air de rien, au détour d’une page, m’ont touché coulé, et que j’ai lu et relu et noté volontiers. Genre : « Je m’emballe dans mon costume de travail. La cravate est le ruban du paquet cadeau que j’offre chaque jour au capitalisme mondial. C’est très frustrant parce que je suis un cadeau que personne ne déballe. Ils voient l’emballage, ça leur suffit ; qui je suis, ils n’en ont rien à faire« .

Mais j’y ai également trouvé des choses plus convenues, plus faciles, moins séduisantes. Et surtout, surtout, un manque d’intrigue, d’évènements, de ligne conductrice. L’ennui m’a gagné à mi-chemin ; mais il est vrai aussi que l’auteur gardait ses meilleures cartouches pour les derniers chapitres.

Bref, un délirium que ce livre. S’il est parfois difficile à suivre, et s’il n’est pas toujours communicatif, il n’en reste pas moins dérangeant, superbement dérangeant, et poétique avec ça.

En définitive, cette lecture garantit un embarquement immédiat pour des montagnes russes : le très bon succède au moins bon. Mais, ne serait-ce que pour les sommets qu’il peut atteindre, ce livre vaut bien un petit détour. Et laissons à Martin Page le mot de la fin (extrait de la postface) : « Un roman sur le désespoir; mais aussi sur les mécanismes compensatoires à mettre en oeuvre pour ne pas sombrer« .

L’avis de Lou (qui organise un concours avec ce livre à gagner !)

Bonne plock à tous !

Une parfaite journée parfaite, de Martin Page (2002), aux éditions Points (2010 – avec une postface inédite de l’auteur), 112 p., ISBN 978-2-77-81389-8.



Le brave soldat Chveik, par Jaroslav Hasek

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Le soldat Chvéïk est aujourd’hui célèbrissime en Europe centrale. Il est un peu à la République Tchèque ce que Mr Hulot est à la France, Mr Bean au Royaume Uni ou Pac Man aux jeux vidéo : un personnage emblématique et salutaire.

Prague, 1914. Un archiduc vient d’être assassiné à Sarajevo, et la guerre est inévitable. Le récit commence donc sur des évènements graves qui pourraient laisser augurer d’un roman bien sombre… Que nenni ! C’était sans compter sur ce brave Chvéïk, nigaud patenté et fervent patriote, qui va – à son insu - transformer le funèste épisode de l’entrée en guerre en une superbe bouffonnerie. Ses pérégrinations, dans un monde que Kafka n’aurait certainement pas renié, sont l’occasion de moquer à qui mieux mieux la police, les médecins, l’église et bien sûr l’armée.

Le grotesque et la satire (qui valent à ce personnage d’être éternellement comparé à Don Quichotte) naît certainement du décalage entre le comportement du bonhomme et la situation à laquelle il est confronté. Chvéïk veut à tout prix défendre l’honneur impérial ; pourtant, il va risquer successivement une condamnation pour haute trahison, l’internement, la prison, quand il n’est pas considéré comme un simulateur souhaitant être réformé !

La bêtise de Chvéïk en fait surtout un succulent pince-sans-rire. A l’épouse du cafetier emmené, il répond : « c’est la première fois que je vois condamner un homme innocent à dix ans de prison. Cinq ans passent encore, mais dix, c’est un peu fort de café » (chapitre VI). Et à l’aumônier déprimé par le manque de ferveur religieuse parmi les soldats, « il y avait dans le temps un curé doyen qui, après que sa vieille gouvernante a eu décampé en emportant leur gosse et leur argent, a pris seulement une femme de ménage » (chapitre XII). Un humour très efficace… un temps du moins.

La première partie m’a totalement enthousiasmé. Comme un mélange du Procès (à qui les premiers évènements – les arrestations arbitraires, l’asile, le centre de santé militaire - font indéniablement penser) et du Dîner de cons – sans le dîner.

Arrivé au milieu du récit, une certaine lassitude s’est cependant installée. Le propos de Jaroslav Hasek est toujours aussi acerbe, mais j’ai dû finir par m’accommoder d’un humour un poil redondant. Attention, cette réserve est sommes toute très anecdotique ! J’espère ne vous fera pas renoncer à plonger dans ce livre qui le mérite amplement…

D’ailleurs, une adaptation ciné est visible sur … mais seulement en langue allemande. Après, sans y être familiarisé, j’ai pris grand plaisir à regarder quelques séquences, qui ne sont pas sans rappeler Bourvil ou Charlie Chaplin… avis aux amateurs !

Lu dans le cadre du Challenge Europe Centrale et Orientale

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organisé par La Plume et la Page

Bonne plock à tous !

Edit : je découvre que le récit est dit inachevé sur Wiki (attention au spoiler d’ailleurs). Je rassure, cela ne se sent pas vraiment à la lecture, le dernier chapitre s’intitulant d’ailleurs  »Catastrophe » et constituant, de facto, une très jolie chute !

Le brave soldat Chvéïk (Dobrý voják Švejk), par Jaroslav Hasek (1921-1923), traduit du tchèque par Henry Horejsi, aux éditions Gallimard (1932), 249 p.



Madame Marguerite, par Roberto Athayde

Quitte à passer pour un bécasson (ça, c’est fait), je le dis tout net : je ne comprend pas l’intérêt de lire les pièces de théâtre sur papier. D’ailleurs, si l’auteur avait voulu que l’on lise son histoire, il aurait opté pour le mode de la prose, non ?

Mais voilà, l’ouverture de ce blog me fera décidément faire n’importe quoi, comme accepter le Défi de lire un livre que je n’imaginais pas lire lancé par Lexounet. Va pour lire du théâtre donc, et va donc pour Mme Marguerite qui m’a été proposé par Heclea pour ce challenge.

 agirardot.jpg  Annie Girardot ayant interprété Madame Marguerite (1975)

A l’ouverture de ma commande, je commence à compter les bons points : la pièce est courte, de un ; il s’agit essentiellement d’un monologue, donc pas de dialogues et d’échanges interminables qui rendent la lecture acrobatique, de deux.

J’ai dit monologue ? Oui, mais attention. Ici, monologue ne rime ni avec monotone ni avec monocorde. L’auteur a eu la brillante idée de faire des spectateurs la classe de Madame Marguerite, une enseignante hystérique aux propos totalement inconvenants. 

« Il y a trois grands principes en biologie (…). Le début, vous êtes tous nés, un jour ou l’autre sans qu’on vous demande si vous étiez volontaires (…).

Le milieu, c’est maintenant (…) c’est l’école, l’examen d’entrée en sixième, les devoirs, les leçons, la discipline, enfin tout ce qui compose le bonheur d’un enfant.

Le troisième principe, c’est le plus grave (…). Il est de mon devoir, en tant qu’éducateur, de vous annoncer une chose que vous ignorez puisque vous n’êtes que des enfants (…). Vous allez tous mourir. Tous sans exception. Madame Marguerite va vous l’écrire au tableau pour que vous ne risquiez pas de l’oublier.

Elle écrit : VOUS ALLEZ TOUS MOURIR.

Elle se retourne :

Demain, comme nous avons français, Madame Marguerite vous fera faire une petite rédaction : chaque élève devra décrire son propre enterrement avec ses petits mots à lui« .

C‘est drôle, vraiment drôle, incroyablement rythmé, parfois cru, et très vivant. D’où le hic. Mes démons me rattrapent rapidement. C’est dynamique, mais c’est une lecture qui ne  fait naître en mon petit esprit aucune image, aucune vision. Et comment le lui reprocher puisqu’elle n’a pas été écrite pour cela ?

En dépit des réelles qualités de l’oeuvre, la frustration prend le pas sur le plaisir. Que c’est rageant de ne pas se laisser conter la pièce ! Le discours ne fait plus effet, la lecture devient longuette, je fini par me lasser… et de me dire : la pièce sera certainement montée, un jour, non loin de chez moi. Ou de chez vous. Alors ce jour, courrez-y. Moi, j’en serai, soyez en sûrs !

Bonne plock à tous !

Madame Marguerite, par Roberto Athayde dans Derangeant llqyszoagk

Madame Marguerite (Apareceu a Margarida), Monologue tragi-comique, par Roberto Athayde, adapté par Jean-Loup Dabadie, Librairie théatrale, 1975, 43 p. (livret).



Wilt par Tom Sharpe, ou la loi des titres

Tom Sharpe étant jubilatoire à souhait, il a trouvé tout naturellement sa place dans le merveilleux monde de Pickwick. Une énorme farce sur fond de critique sociale, voilà qui ne pouvait mieux tomber.

Wilt est assez détestable comme type, à la base. Alors bien évidemment, on ne peux s’empêcher de l’apprécier. Pensez-vous, un anti-héros de premier choix : dégonflé, dépassé, un peu minable et totalement dévoué à sa sacro-sainte bibine. Doux-dingue donc, mais pas dénué de qualités ; non-conformiste, acerbe, flegmatique… et pas bête avec ça. Ou si peu.

Le style et surtout les évènements sont heureusement à la hauteur du personnage. Wilt est embarqué dans des histoires totalement improbables ? Tant mieux : plus c’est gros, plus on jubile. Mais où l’auteur est-il allé chercher des histoires pareilles ? Ce n’est plus de la trouvaille, c’est de la prospection de haut vol.

On pourra bien me souffler que je m’arrête à des détails… mais, une fois encore, les titres (oui bon sous-titres que ça chipote) en disent long sur ce qui vous attend ! La preuve par quatre.

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Wilt 1 : Comment se sortir d’une poupée gonflable et de beaucoup d’autres ennuis encore. Attention, génie (de la poilade au moins). Wilt décide de tuer sa femme. Il faut dire que l’on a vu des envies de meurtre pour moins que ça. Pour répéter le crime parfait, une poupée gonflable fera bien l’affaire… Impossible d’en dire plus entre deux crises de rire.

Wlt 2 : Comment se débarrasser d’un crocodile, de terroristes et d’une jeune fille au pair.  Comme si cela ne suffisait pas que Wilt soit affublé d’un boulot impossible et d’une bonne femme ingérable, il hérite de quadruplés et d’une prise d’otage. Toujours très drôle, mais je reste un chouïa sur ma faim. Peut-être en attendais-je trop de ce bon Sharpe ?

Wilt 3 : Wilt prend son pied. Mouais…. auteur en légère panne d’inspiration ? Ce n’est pourtant pas faute d’intrigues totalement rocambolesques, à la limite de l’indigestion. Certes, je ne boude pas mon plaisir, les militaires en prennent pour leur grade, les « militants-moutons » aussi, les flics encore et toujours et mieux encore. Mais bon, comment dire… « pas inoubliable » fera l’affaire. 

Wilt 4 : Comment échapper à sa femme et à ses quadruplés en épousant une théorie marxiste. Toujours aussi loufoque. Le transport de l’intrigue dans l’Angleterre profonde et aux États-Unis a du bon. Notre non-héros remonte la pente… mais je n’atteindrais jamais le niveau de fous rires provoqué par le premier tome. Cela dit, la barre était placée très haut !

Oh, avant d’oublier : jetez un oeil sur Photo-folle, qui non seulement a écrit un excellent billet sur Wilt (1), mais qui nous offre en prime une superbe photo !

Bonne plock à tous !

 

Wilt 1 (Wilt), par Tom Sharpe (1976), traduit de l’anglais par François Dupuigrenet-Desroussilles, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 289 p., ISBN 2-264-04243-5.

Wilt 2 (Wilt Alternative), par Tom Sharpe (1979), traduit de l’anglais par Christine Guérin, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 317 p., ISBN 2-264-04244-3.

Wilt 3 (Wilt on High), par Tom Sharpe (1984), traduit de l’anglais par Henri Loing, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 381 p., ISBN 2-264-04245-1.

Wilt 4 (Wilt in Nowhere), par Tom Sharpe (2004), traduit de l’anglais par Christiane et David Ellis, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 256 p., ISBN 2-264-04368-9.



Un p’tit gars de Géorgie (et Le petit arpent du bon Dieu aussi), par Caldwell

Tout bon dodo connaît la chanson : on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments, et vlan, et vlan, petit chenapan… A ce petit jeu, voilà, mesdames-mesdemoiselles-messieurs, de la bonne, mais alors, de la très très bonne, littérature.

Caldwell, Erskine de son doux prénom, vous fait avaler ses bouquins comme du petit lait. C’est limpide, bien écrit, bien traduit*. Mais ça vous laisse ensuite avec un sale goût en bouche… parce que c’est glauque, mais glauque, comme vous n’avez pas idée. A la fois délicieux et infect ; ça force le respect.

Illustration avec ces deux romans situés dans le fin fond des États-Unis des années 30, nourris de la misère, la bétise, du racisme,du sexe crade… deux farces tragiques qui se lisent vite mais vous restent sur l’estomac longtemps après.

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Un p’tit gars de Géorgie plaira certainement aux amateurs  d’histoires brèves mais intenses. Le roman est construit par chapitres quasi-indépendants, comme des tranches de vie de la famille Stroup.

L’une de mes scènes préférées est tirée du chapitre VIII. Le p’tit gars et ce qui lui tient lieu de père se rendent au cirque de passage en ville. Devant la tente annonçant des filles nues, le dit père n’y tient plus : il lui faut les dix cents que son gamin avait économisé pour voir du rodéo. Il finit par l’avoir en lui serrant le bras et en « tirant dessus de toute ses forces« … sans oublier bien sûr de garder la monnaie, le bougre.

Le Petit arpent du bon Dieu fut quant à lui poursuivi pour obscénité au moment de sa publication américaine. Le livre est construit comme une bouffonnerie, risible si elle n’était si cruelle. A ceux qui ont lu Les raisins de la colère : vous êtes vous déjà imaginé ce qu’aurait été la vie des Joad s’ils n’avaient point quitté la côte est ? Alors vous y êtes.

* Pour ne rien gâcher, regardez donc qui se cache derrière la traduction de ce dernier roman : un certain Maurice Coindreau, rien que ça. Vous qui pestez tant et bien sur les mauvaises VF (oui vous ! Et moi ! Et on a bien raison !), attendez de lire ce qu’en dit André Maurois dans sa préface : « Jamais transposition plus exacte d’un texte étranger ne fut donnée au lecteur français« . Ça vous pose un homme dites !

Bonne plock à tous !

 

Un p’tit gars de Géorgie (Georgia Boy), par Caldwell (1949), traduit de l’anglais (américain) par Louis-Marcel Raymond, aux éditions Gallimard, collection Folio, 183 p.

Le petit arpent du bon Dieu (God’s Little Acre), par Caldwell (1936), préface André Maurois, traduit de l’anglais (américain) par Maurice Coindreau, aux éditions Gallimard, collection Folio, 270 p.



Le croque-mort a la vie dure

 

Ce n’est plus la peine de le cacher : j’ai un faible pour les titres. Un titre, c’est un peu comme un prénom : ça résonne, ça créé un trouble, ça vous pose une personnalité… 

Et c’est-y-pas un super titre, ça, Le croque-mort a la vie dure ? Forcément, Pickwick s’est emballé… sans regret !

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Croque-mort donc, Hitch Sewell a un boulot folichon, une vie insipide à Baltimore, un gros baveux répondant au doux nom d’Alcatraz… et au premier jupon qui passe, pfff ! Oublié les bonheurs simples d’une existence si morne. 

Il poursuit la belle dans une affaire assez complexe. Une belle intrigue même, tortueuse à souhait - juste assez pour ne pas perdre le lecteur sans pour autant le laisser entrevoir le pot-aux-roses. Qu’on ne se méprenne pas, la trame n’a rien de révolutionnaire ; c’est même peut-être un poil classique pour les adeptes du genre. Mais l’histoire se tient, et prend une belle ampleur. 

Voilà en fait un polar qui ne néglige rien. 

Ni le scénario, bien ficelé, et doté de quelques trouvailles qui méritent vraiment le détour.

Ni l’ambiance, ni le style, ni l’humour et les scènes cocasses. 

Ni surtout les personnages qui donnent définitivement au roman toute sa saveur (mention spéciale à Julia « somptueuse, semi-nymphomane, quasi-bouddhiste et éternellement charmante ex-femme » de Hitch).

Ajoutez-y quelques réflexions bien senties (« Les chemises d’homme ont été créées pour les femmes. Il n’y a pas à tortiller. L’inverse ne fonctionne pas« ), emballé c’est pesé.

Quand à la suite des aventures, comment ne pas se laisser tenter ? Le croque-mort préfère la bière, Le croque-mort à tombeau ouvert… des titres pareils, ça ne devrait pas être permis.

Bonne plock à tous !

 

Le croque-mort à la vie dure (The Hearse you came in on), par Tim Cockey (2000), traduit de l’anglais (américain) par Claire Breton, aux éditions Alvick (Seuil), série Policiers, 402 p., ISBN 2-02-078814-4.



Délivrez-moi ! et autres aventures de Thursday Next

 

Oui, quand on aime, on aime vraiment.

Vous qui vous êtes à peine remis L’affaire Jane Eyre, souvenez-vous de cette dernière phrase :  

 » - Non, répliquai-je avec un sourire. A vrai dire, je ne fais que commencer… ! « 

Sur ce, Jasper Fforde a eu la brillante idée de poursuivre Thursday Next et son adorable dodo (plock plock !) dans leurs aventures.

Il y eu d’abord Délivrez-moi ! qui, soyons désespérément honnête, n’est certainement pas le meilleur de la série. Il n’est pas mauvais, loin de là. C’est peut-être même le plus barré de la série, parce qu’après lui… Comprenez : il est un peu ce que L’Empire contre-attaque est à Star Wars, Google aux moteurs de recherche, ou le bâtonnet de bois au rollmops : pas des plus savoureux, mais incontournable. Le Portail de la Prose s’ouvre, et l’on sait désormais ce qu’a ressenti Alice lorsqu’elle a plongé dans le tunnel à vouloir suivre un certain Monsieur Lapin blanc.

Il y eu ensuite Le Puits des Histoires perdues. Mon préféré. On en ressort pas indemne, car plus jamais, jamais, jamais, vous ne lirez un livre de la même manière. Ce troisième opus, c’est… tenez, regardez :

 » - Vous vous rappelez cet engouement, il y a quelques années de ça, pour les chaînes de lettres ? Vous receviez une lettre et vous deviez la renvoyer à dix de vos amis ? Eh bien, quelqu’un a du forcer sur la lettre « U ». J’ai ici le rapport de l’agence de protection de l’environnement de la Mer de Texte me signalant que les réserves de la lettre « U » ont atteint un niveau dangereusement bas : il va falloir restreindre la consommation jusqu’à ce que les stocks soient renfloués. Des suggestions ?

- On pourrait utiliser le n de bas de casse à l’envers« .

Il y eu aussi Sauvez Hamelet !, peut-être le plus riche en intrigue et en croquet (ce dernier point n’étant pas discutable). Thursday retrouve son homme et le Minotaure, fait la connaissance de son biographe, n’oublie pas de sauver le monde, et l’honneur des danois par la même occasion, malgré le contrat qu’on a mis sur sa tête. Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous, et vous aurez raison : il s’agit probablement du moins novateur de la série, mais pas le moins jouissif.

Il y eu enfin Le début de la fin. Une quinzaine d’années plus tard, Thursday a 52 ans, deux ou trois enfants, un dodo toujours, pose de la moquette, travaille à couvert pour les OpSpec en partie démantelés mais reconstitués en secret, alors même qu’en réalité exerce encore et toujours ses talents au sein de la Jurifiction…  toujours aussi intrépide. Malgré quelques longueurs, l’amateur d’intrigue burlesque se régale !

Bonne plock à tous !

Délivrez moi ! (Lost in a good book), par Jasper Fforde (2002), traduit de l’anglais par Roxane Azimi, aux éditions 10-18, collection Fleuve Noir, « Domaine étranger », 444 p., ISBN 2-264-04390-3.

Le Puit des Histoires perdues (The Well of Lost Plots), par Jasper Fforde (2003), traduit de l’anglais par Roxane Azimi, aux éditions 10-18, collection Fleuve Noir, « Domaine étranger », 446 p., ISBN 978-2-264-04536-2.

Sauvez Hamelet ! (Something Rotten), par Jasper Fforde (2004), traduit de l’anglais par Roxane Azimi, aux éditions 10-18, collection Fleuve Noir, « Domaine étranger », 472 p., ISBN 978-2-264-04862-2.

Le début de la fin (First Among Sequels), par  Jasper Fforde (2007), traduit de l’anglais par Jean-François Merle, aux éditions 10-18, collection Fleuve Noir, « Domaine étranger », 499 p., ISBN 978-2-264-04993-3.



L’affaire Jane Eyre

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En voilà un titre pas bien affriolant. Car pour certains, dont moi !, Jane Eyre, ça sent la naphtaline et le mièvre comme on n’en fait plus… Heureusement que je n’avais rien d’autre à lire ce soir là. Sans la forte dose de résignation qui m’a alors envahi et conduit à me saisir du livre (tout en me maudissant d’avoir mis 1€ là-dedans et de l’avoir transporté pendant tout un après-midi de brocante), ce blog n’existerai pas. Vous tremblez ? Moi aussi. 

D’abord, L’affaire Jane Eyre, ça n’est pas Jane Eyre. D’ailleurs, on peut lire le premier sans avoir lu le second (ce qui est bien mon cas… aïe, pas sûr qu’avec cet aveu, vous me jugiez encore digne de tenir un blog littéraire ; mais j’ai lu – et aimé – Bel  Ami, alors, un partout balle au centre). Bon, du roman de l’aînée des soeurs Brontë, il est évidemment question, et je ne dis pas que parfois, on ne s’imagine pas qu’on rate certainement un truc. Mais ça reste extra-ordinairement savoureux. Foi de Pickwick, et avec ou sans l’aide de Charlotte, vous allez vous régaler.

Ensuite, dodo ne saurait mentir, il faut vous accrocher pendant, disons, les 10 premières pages.  10 pages, peut-être 15, pendant lesquelles on se demande franchement ce qu’on fait là nom de nom, s’il n’y a pas un autre roman qui nous attend patiemment sur l’étagère, et surtout mais quelle est donc cette nouvelle drogue dont l’auteur fait discrètement mais indiscutablement l’apologie.

Passé ce flottement, bref mais probable, c’est la révélation : ce bouquin est tout simplement épatant. 

C’est qu’il faut se faire à l’idée que ce roman n’est pas tout à fait comme les autres. Le Conseil des genres a d’ailleurs longuement hésité entre « thriller littéraire » et « conte fantastique ». J’ai moi-même suggéré la catégorie des romans d’enquètes littéraires dans un monde absurde – à moins que ce ne soit l’inverse - mais passons.

Thursday Next, c’est un peu la fille cachée de Lewis Caroll et d’Orson Wells. Pour employer une technique éculée, mais non moins efficace, imaginez la recette suivante : transportez le Pays des Merveilles en 1984 ; invitez Terry Gilliam, les 4 Fantastiques, et bien sur, une certaine Jane ; ajoutez un adorable dodo de compagnie (plock !), remuez, humez, dégustez, et vous comprendrez mon engouement pour le plus formidable des romans qui m’ait été donné d’ouvrir dernièrement.

Bonne plock à tous !

 

L’affaire Jane Eyre (The Eyre Affair), par Jasper Fforde (2001), traduit de l’anglais par Roxane Azimi, aux éditions 10-18, collection Fleuve Noir, « Domaine étranger », 410 p., ISBN 2-264-04207-9).



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