Les Brutes, par Philippe Jaenada

  En haut de la pile « On cherche des armes pour ne pas devenir soldat« 

Les premières lignes d’un récit valent parfois toutes les présentations du monde : « Quand j’étais petit (avant-hier), après m’être succinctement renseigné, auprès de mes bons parents, sur les grandes lignes de l’existence à venir et les étapes importantes qui jalonnaient le chemin jusqu’à la mort, j’ai compris que tout se passerait à peu près bien si je parvenais à franchir trois obstacles redoutables, angoissants, qui m’apparaissaient comme les seuls points noirs d’une vie sinon plutôt fastoche : le catéchisme, le service militaire et le mariage« .

Le service militaire : nous y voilà. Enfin, oui mais non. Parce que sous prétexte de nous raconter ses trois jours d’incorporation, Philippe Jaenada nous parle en fait… des moutons. Des moutons dociles, des moutons inquiets, des moutons indomptables, des moutons enragés, et même – et surtout – des béliers (les brutes). Oui, en réalité, dans ce court récit autobiographique, et joliment illustré par ailleurs, Philippe Jaenada nous interpelle sur la résistance. Un texte furieusement impertinent qui comporte une dimension initiatique parfaitement assumée sur l’anti-conformisme, la désobéissance, l’insoumission – ou comment devenir un libre-penseur, et surtout, comment le rester.

Mais c’est aussi un récit complètement jouissif, aux vertus euphorisantes assurées : je ne compte plus les immenses fous rires que ce tout petit texte aura provoqué. Car enfin comment ne pas évoquer le désormais célèbre style Jaenada ? Un style mordant,  bourré de métaphores bien senties et de digressions plus cocasses les unes que les autres. Un style monté sur ressort – les fameux apartés – mais en même temps d’une grande fluidité, et qui provoque un plaisir de lecture incomparable. Bref, c’est fin, intelligent et vraiment tordant !

L’un de mes passages préférés (il rend mieux lorsque l’on a lu tout ce qui précède, mais je ne peux pas m’empêcher de le faire figurer ici malgré tout) : alors qu’il est traîné de force dans une salle remplie d’appelés, Jaenada tombe sur l’un de ses copains d’enfance qui s’écrit : « Ben qu’est-ce qui t’arrive ? Qu’est-ce qui se passe ? 

C’est vrai, ça, qu’est-ce qui peut bien m’arriver ? Qu’est-ce qui peut pousser un garçon parfaitement normal à se comporter de manière insensée pendant ses Trois Jours ? Mystère et boule de gomme. Que faire, que répondre ? (« Rien de spécial, Patrick. J’ai été élevé par des écureuils, je te rappelle »).« 

Une grand merci à L’Ogresse pour m’avoir fait connaître cet auteur ! J’ignore si les Jaenadistes (Cécilequoide9 copyright !) seront convaincus par ce court récit (Erzebeth si tu m’entends), mais il me semble idéal pour aborder la patte de cet écrivain.

Les Brutes, Calepin et Marc en ont également parlé. Et d’autres demain peut-être ? Car ce tout petit livre peut facilement voyager !

Bonne plock à tous !

Les Brutes, par Philippe Jaenada (2006), dessins de Dupuy et Berberian, aux éditions Points (2009), 86 p., ISBN 978-2-7578-0991-4.



Winter, par Rick Bass

010674208511.gif « Il y a des gens qui veulent du fric, d’autres qui veulent des caribous« .

« Winter est le récit de l’installation de Rick Bass et de sa femme dans un coin reculé du Montana en plein hiver. Pas d’électricité, pas de téléphone, juste un saloon à une demi-heure de route. Mais une vallée comme au début du monde, une nature splendide et cruelle. Par moins trente-neuf degrés, le rêve se fait parfois souffrance. Dans une prose lumineuse, le défenseur de l’environnement Rick Bass redécouvre, au terme d’un progressif dépouillement, l’essentiel. »

Le récit de Rick Bass est authentique. Et c’est sous la forme d’un journal qu’il nous livre le projet qu’il a réalisé au début des années 1990 : s’installer dans Yaak Valley avec sa compagne Elizabeth, au fin fond du Montana, pour prendre ses distances avec la société moderne. Pour s’intégrer dans ce coin de nature  hostile, être crédible aux yeux des rares habitants, mais surtout pour s’assurer à lui-même qu’il a fait le bon choix, il veut à tout prix réussir son « examen de passage » : « passer l’hiver » et supporter les conditions climatiques extrêmes de ce coin (presque) coupé du reste du monde.

Le journal de Rick Bass alterne faits et ressenti, description et introspection. D’abord, il observe et retranscrit son quotidien. Ce qu’il a vu et ce qu’il a fait, tout simplement. Il est des passages superbes : les rencontres avec des animaux sauvages, les paysages qu’il a surprit, les us et coutumes de la vallée… Mais il en est d’autres bien plus ennuyeux. Par exemple lorsque le journal se fait manuel d’utilisation d’une tronçonneuse. Le temps ralentit avec l’arrivée de l’hiver et sa mono-manie – couper du bois, encore du bois, toujours du bois – a fini par me lasser. 

En revanche, lorsque Rick Bass se tourne vers lui-même, s’interroge sur ses motivations et sur son moi profond à l’approche de l’hiver, le récit est passionnant. C’est d’ailleurs dans ces moments que son style est le meilleur et que les petites phrases sublimes s’alignent comme des perles. Parfois, l’homme se renferme et s’enorgueillit de sa situation ; avec l’extrémisme du converti, il devient plus sauvage que les habitants de la vallée. Heureusement, son bien-être est communicatif et cette lecture apaise à défaut de surprendre.  Car ici, comme me le faisait judicieusement remarquer Titine, point de page 113 !

« Je peux m’imaginer devenu si accro à cette vallée, dépendant d’elle à tel point pour ma paix intérieure, qu’elle est serai l’otage. Et quelque fois, Elizabeth et moi, n’étant après tout que des êtres humains, sommes obligés de nous demander : Qu’est-ce qui nous manque ? D’ordinaire la réponse facile, celle qui fuse, c’est : Rien du tout, bordel. Pourtant, il y a des jours – ici comme partout ailleurs j’imagine – où une espèce de nostalgie balaie la vallée comme une brume impalpable. Mais nous sommes incapables de la définir, de l’épingler au passage – et elle disparaît bien assez vite« .

Même s’il me laisse sur une impression mitigée, ce livre reste un compagnon idéal de la torpeur caniculaire : en tant que récit contemplatif et rafraîchissant bien sûr, mais aussi en tant qu’il interpelle sur la sauvegarde de l’environnement à un moment où le réchauffement climatique est particulièrement criant.

Tous mes remerciement à l’équipe de 49799387p1.png et aux éditions Folio pour ce partenariat !

Les avis de Papillon, Titine, Cathulu… (j’ai bien vu passer d’autres billets mais je ne parviens pas à les retrouver ; faites moi signe !) et pour les amateurs : le site de Yaak Valley... et le blog du Saloon où se rend régulièrement Rick Bass !

Bonne plock à tous !

Winter (Winter, notes from Montana), par Rick Bass (1991), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Béatrice Vierne, aux éditions Folio (2010), 261 p., ISBN 978-2-07-041405-5.



La lamentation du prépuce, par Shalom Auslander

auslander1.jpeg  « Dieu est ici, Dieu est là, Dieu est partout. Un point c’est tout. Alors, fais gaffe petit« .

Shalom est du genre très très angoissé. Élevé dans la plus stricte orthodoxie juive, il a développé une paranoïa pas possible envers un certain grand bonhomme tout la haut… Et à l’heure de devenir père lui-même, voilà que cette éducation lui joue encore des tours.  Il faut dire qu’entre l’école hébraïque ultra sévère et les travers de sa famille, la rupture avec les préceptes rigoristes de son éducation n’est pas des plus aisée. Shalom revient  ainsi sur les séquelles qu’il garde de son éducation extrêmement religieuse en expliquant les interdits, les contraintes, et surtout son rapport très personnel avec le Tout-puissant, ce Dieu revanchard et cruel avec qui il compte les points.

Le sujet est grave, mais le ton est léger, léger ! Une lecture facile donc, mais aussi une lecture intéressante en ce qu’elle donne à voir le tiraillement d’un jeune homme élevé dans un milieu austère et confronté à une culture occidentale permissive. Un récit sans concession, mais extrêmement divertissant du fait de son traitement complètement loufoque. 

Shalom Auslander oscille entre farce et émotion avec une habileté déconcertante. Il est tour à tour drôle, désespéré, corrosif, lubrique, inquiétant – mais drôle avant tout. Pour le dire autrement, La Lamentation du prépuce m’a fait l’effet d’un numéro d’équilibriste parfaitement exécuté. Hautement recommandé à ceux qui aiment rire utile !

« Mes professeurs m’ont appris qu’il est faux de dire que Dieu a provoqué l’Holocauste : en 1938, Il a simplement détourné la tête. Il a regardé ailleurs. « Hein, comment ? Géno quoi ? Vraiment ? Merde, j’étais au petit coin… ». Pas un meurtrier, non. Juste un complice par omission (…). Mes professeurs m’ont enseigné qu’un juif qui met la honte à ses coreligionnaires commet un péché que la mort venue d’en haut punira, et j’ai bien peur que ce récit entre dans ce cas de figure. Mais je respire un grand coup, et je me dis qu’Aaron Spelling va très bien, et si lui n’est pas un sujet d’embarras pour son peuple, je me demande qui peut bien l’être…« . 

Un grand plaisir de lecture pour lequel je remercie vivement Mango, qui a fait de La lamentation du prépuce un livre-voyageur ! Vous pouvez lire son avis ici, ainsi que ceux (enthousiastes, voire très enthousiastes) de Keisha, Liliba, Dasola, Miss Rose, Mazel, Plume, et ceux (plus, voire beaucoup plus mitigé) d’Emmyne, d’Elizabeth, de CécileSBlog.

Un récit qui m’en a rappelé un autre : Fuck America, d’Edgar Hilsenrath, les tribulations d’un juif new-yorkais rescapé de la Shoah, un sujet grave pour un traitement complètement déjanté.

Bonne plock à tous !

La Lamentation du prépuce (Foreskin’s Lament), par Shalom Auslander (2007), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Bernard Cohen, aux éditions 10-18 (2009), 306 p., ISBN 978-2-264-04835-6 .



Un train pour Trieste, de Domnica Radulescu

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Un train pour Trieste, ou la vie de Mona, née à Bucarest sous la dictature, des années 60-70 jusqu’à nos jours. Bien que l’auteur s’en défende, difficile de ne pas y voir un fort caractère autobiographique, tant le récit respire le vécu et les parallèles sont nombreux.

Adolescente, Mona tombe dans les bras de Mihai ; il faut dire qu’elle a terriblement besoin de légèreté. Parce que Mona vit de plein fouet la chape qui plombe la Roumanie et qui s’accentue lorsque Ceaucescu arrive au pouvoir. Parce son quotidien, c’est parfois la faim et très souvent la peur – en particulier pour son père, intellectuel et résistant de l’ombre. Et puisqu’il faut se méfier de tout le monde, pourquoi pas de Mihai ?

Un jour qu’elle se moque du « Guide bien aimé », il la rabroue. « Dois-je l’embrasser ou le gifler ? Il plaisante, me dis-je avec fermeté. La preuve ? Il écoute Ella Fitzgerald et les Beatles. Je peux lui faire confiance. Je peux l’aimer. J’entends un train siffler« .

Il est question d’une histoire d’amour certes : mais elle est surtout (me semble-t-il) un prétexte. Pour raconter la terreur, l’angoisse, les démons qui nous poursuivent s’ils ne sont pas affrontés un jour ou l’autre. La romance est aussi ce par quoi la véritable trame du roman prend corps : le train pour Trieste, celui qui permettra de fuir, fuir la faim, fuir la peur, fuir les blousons noirs qui viennent tabasser votre famille à l’heure du coucher. Et de construire enfin sa vie, qui sait… mais sur quelles bases ?

En vérité, il y a longtemps que j’aurai du vous parler du récit de Domnica Radulescu. Mais ce livre a vraiment quelque chose de particulier. Il n’est même pas passé par la salle d’attente de ma bibliothèque : à peine ouvert pour le feuilleter que j’avais déjà avalé une cinquantaine de pages. C’est dire son pouvoir d’attraction et l’interêt que j’ai porté à cette histoire. Sans oublier la clarté de son style, simple et sans prétention.

Je m’aperçois que ma présentation n’est certainement pas des plus alléchantes – et pourtant ! Ce fut un immense plaisir de lecture. Et l’aveu me coûte, mais je tiens à être sincère jusqu’au bout : j’ai même versé quelques larmes sur la fin. Et je suis bien embêtée de ne pas pouvoir expliquer plus en avant ce moment d’égarement.

Une lecture recommandée les yeux fermés à ceux qui aiment les destins de femme, l’Histoire - en particulier des pays de l’Est -, les histoires d’amour impossible, les histoires de famille (un quasi-témoignage passionant pour ceux qui s’interessent à la psycho-généalogie), les bios même romancées, les récits de clandestinité ou de déracinés… bref, à tout le monde en fait !

Juste une chose : heureusement que je n’ai pas pris le temps de regarder le quatrième de couverture, qui révèle trop de choses selon moi. Ce n’est certes pas un livre à suspens, mais il mérite vraiment d’être approché au rythme voulu par l’auteur, ou du moins à sa manière.

L’avis de Catherine que je remercie vivement pour m’avoir donné envie de lire ce livre.

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Lu dans le cadre du challenge Europe Centrale et Orientale organisé par La Plume et la page - La Roumanie est donc la deuxième étape de mon voyage après la République Tchèque.

Bonne plock à tous !

Un train pour Trieste (Train to Trieste), par Domnica Radulecu (2008), traduit de l’anglais par Karine Reignier, aux éditions Belfond (2010), 360 p., ISBN 978-2-7144-4460-8. 

 



Fuck America, par Edgar Hilsenrath

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Âmes sensibles s’abstenir. Amateurs d’histoires fortes, d’histoires inspirées d’un vécu et d’histoires dans l’Histoire, ne surtout pas faire l’impasse !

Voilà un livre très difficile à résumer. Je m’en remets exceptionnellement au quatrième de couverture de mon édition (Points) qui est particulièrement bien fait. « Tout juste débarqué aux États-Unis, Jacob Bronsky erre dans le New York miteux des années 1950, parmi les clodos et les putes. L’American Way of Life ? Comprend pas. Le rêve américain ? Encore moins. Enchaînant les jobs minables, Jacob Bronsky n’a que deux obsessions : soulager son s*xe et écrire un roman sur son expérience des ghettos juifs. Un futur best-seller à coup sûr !« . Quant à l’auteur, Edgar Hilsenrath, il « a connu les ghettos pendant la guerre, avant de s’exiler à New York. Ses livres connaissent d’abord le succès aux États-Unis, avant de devenir des best-sellers en Allemagne« …

Voilà un livre très difficile à cerner. Trash, dérangeant, politiquement incorrect comme j’ai rarement vu. Bronsky avoue tout : les petits boulots qu’il méprise, et le système à travers eux ; le s*xe crade et les fantasmes de vi*l ; les minables escroqueries réalisées pour écrire en paix son livre, un livre sur les ghettos et la fuite d’Allemagne dont il n’arrive pas à se souvenir – ou à se départir ? 

Voilà un livre très difficile à raconter. Un livre trempé dans le glauque, rien ne nous est épargné. La plume est vive, tendue, dérangeante. Extraits.

« T’as un job ? - Non. - Pourquoi non ? - Parce que non. - T’as pas envie de bosser, hein ? - Pour une fois, t’as raison. - Pourquoi non ? - Parce que non. » (Chapitre 1)

« J’ai besoin d’un nouveau crayon. J’ai aussi besoin d’une femme. Plus j’écris, plus ma b*te me démange (…). Malheureusement, les putains s’en fichent pas mal, et les jeunes filles « privées » encore plus. Jacob Bronsky ne compte pas » (Chapitre 9)

Voilà un livre très difficile à oublier. Bronsky ne m’a finalement inspiré ni compassion, ni haine, ni pitié, ni même de la peine. Je lui ai simplement souhaité de parvenir à exorciser ses démons – et ce jusqu’à la fin, terrible, dans une dernière partie magistrale. 

Une lecture coup de poing, qui n’est pas passée loin du coup de coeur, et que je recommande donc vivement – en renouvellement mon avertissement.

D’autres avis chez Plaisir à cultiver, Papillon, Renaud, Aurélie, Aurore, Clara et Ingannnmic !

Bonne plock à tous !

A noter : mon édition contient également le premier chapitre de Le nazi et le Barbier, le dernier roman d’Edgar Hilsenrath, à paraître. Un premier chapitre troublant. Évidemment, ce titre est déjà noté sur mon petit carnet de lectures…

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Fuck America, les aveux de Bronsky (Fuck America, Bronsky Gestandnis), par Edgar Hilsenrath (1980), traduit de l’allemand par Jorg Stickan, aux éditions Points (2009), 281 p., ISBN 978-2-7578-1802-2.



La solitude lumineuse de Pablo Neruda

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Pablo Neruda s’est rappelé à mon bon souvenir grâce à aBeiLLe qui a eu la vraie bonne idée de choisir l’un de ses plus beaux poèmes le temps d’un dimanche poétique.

J’ai donc cherché à retrouver l’un de ses textes (assez court pour ne pas accabler ma PAL qui a bien dû entamer sa troisième boîte de prozac – à ma décharge, il était déjà sur mes étagères). La solitude Lumineuse s’est alors imposée comme une évidence.

Il s’agit d’un court récit écrit par un Neruda déjà célèbre – extrait de J’avoue que j’ai vécu, ses mémoires publiées à titre posthume. Le poète chilien se souvient ici de ses premières années d’écriture : jeune consul entre 1929 et 1932, il est installé, chichement, aux Indes, à Ceylan, en Indonésie. 

Il est seul. De cette solitude « dure comme le mur du prisonnier, contre lequel on peut s’ouvrir la tête sans que personne accoure, même si on crie, même si on pleure« .

Il est seul, notamment parce qu’il côtoie difficilement les occidentaux installés en Asie. Son propos sur le système colonial est particulièrement incisif. Comme à travers cet épisode dans lequel Neruda, se rendant à un dîner mondain, s’arrête un instant pour écouter une voix qui s’élève dans la rue. Il s’explique sur son retard devant ses hôtes anglais.  »Eux qui avaient vécu vingt-cinq ans à Ceylan montrèrent une surprise élégante. De la musique ? Ainsi les gens d’ici avaient leur musique ? Ils l’ignoraient. C’était la première nouvelle.«  

Il s’installe alors dans une « contemplation solitaire (…) [et] douloureuse« . Il la sait nécessaire, car « l’écrivain jeune ne peut écrire sans ce frisson de solitude« . Mais cette époque est, oui, incroyablement lumineuse. L’Asie, c’est un peu sa caverne, dont il sortira notamment par la musique et surtout en achevant son recueil Résidence sur la terre.

L’écrivain n’épargne personne, et surtout pas lui-même. Le regard de l’homme alors vieillissant n’est pas tendre avec le jeune homme qu’il était, et notamment sur son attitude envers les natives de ces pays.

Le récit s’achève sur un dialogue qui, rétrospectivement, fait froid dans le dos. Et c’est en définitive (et en dépit de scènes difficiles comme la chasse à l’éléphant), mon coup de coeur de ce début d’année 2010. Et je n’ai désormais qu’une envie, lire J’avoue que j’ai vécu dans son intégralité.

 

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C’était une superbe manière de préparer le voyage du challenge Bienvenue en Inde.  Ce n’était pas au programme – comme je l’explique plus haut. Mais ces généreux organisateurs que sont Soukee et Hilde m’ont permis de l’y intégrer puisqu’une partie du récit est situé en Inde.

Lu également par Soukee !

Bonne plock à tous !

La solitude Lumineuse, par Pablo Neruda (1973), extrait de J’avoue que j’ai vécu (Confesio que he vivido), aux éditions Gallimard, collection Folio (2€), 81 p., ISBN 978-2-070-31702-8.



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