Des Hommes, par Laurent Mauvignier

index.jpeg « Et puis elle fermera les yeux pour ne plus voir, et elle verra toujours plus« .

Puisqu’il m’est très difficile de présenter ce roman qui m’a vraiment bouleversé, je m’en remets sagement au quatrième de couverture. « Ils ont été appelés en Algérie au moment des « événements », en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d’autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois il suffit de presque rien, d’une journée d’anniversaire en hiver, d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que, quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier »

Voilà un texte fort, un texte extrêmement puissant qui m’a secoué comme rarement. Une lecture coup de poing que je n’oublierai pas de sitôt, si tant est que je puisse l’oublier un jour. Voilà un récit suffocant, de ces récits qui prennent à la gorge et ne vous lâchent plus.

Et pourtant ce n’était pas gagné. Je craignais bien sûr le style. Les premières pages sont obscures, et, décontenancée, j’avance par tâtonnements dans le récit particulier de Laurent Mauvignier. Un parlé enivrant, des phrases parfois versées comme une litanie, tronquées, amputées, comme des mots qui ne sortent pas, trop difficiles à prononcer. Je me demande même à plusieurs reprises, dans les 50 ou 70 premières pages, si je vais pouvoir continuer.

Et puis… le déclic. C’est l’emballement, je ne peux plus m’arrêter. Une fois dompté, le récit devient hypnotique. Une lecture qui devient alors très difficile d’interrompre, une lecture qu’il est urgent de reprendre, en dépit du malaise, du vertige et parfois de l’aversion que les personnages peuvent susciter.

Pour approcher ce roman dont il est finalement très difficile de parler, cette page des éditions de Minuit qui reprend des entretiens avec l’auteur et les premières pages du roman (dans un format PDF que je ne peux malheureusement pas insérer ici) et un petit extrait :

« Je me souviens de comment nous on sillonnait la ville et comment soudain la ville n’était plus la même, tous ces gens qui d’un seul coup laissaient devant nous, sans peur, enfin sans peur, échapper une joie qu’ils avaient sur le coeur et que rien ne retenait plus, un peuple entier debout et fou de liberté, tout à coup, comme si en les regardant on était face à ce que nos parents avaient connu un peu moins de vingt ans avant, quand les Allemands ont quitté la France, ce bonheur, la liesse, le grand bonheur dont est capable la foule quand elle déborde d’elle-même, je me souviens de ça, l’émotion si folle, si belle, des Algériens.« .

Un immense merci à Reka de faire voyager ce livre qui poursuit sa route chez Clara : les avis – enthousiastes – de Plaisirs à cultiver, Caro[line] et Brize, et ainsi que ceux – plus mitigés, notamment en raison du style – de Reka, Sylire et Constance. C’est un coup de coeur pour Gambadou, Val et Aurore ! Et d’autres avis recensés sous le très beau billet d’InColdBlog.

Bonne plock à tous !.

Des Hommes, par Laurent Mauvignier (2009), aux éditions de Minuit (2009), 281 p., ISBN 978-2-7073-2075-9. 



Girl meets boy, par Ali Smith

  En haut de la pile   « C’est à cause des Spice Girls« 

Il en fallait bien une… première déception, au milieu de ces petits bijoux de la rentrée littéraire. Grosse déception même. Ennui, incompréhension et irritation ont tour à tour ponctué ma lecture. Girl meets boy ? Un « conte militant » selon le quatrième de couverture. Voici l’histoire de Midge et d’Anthea, deux soeurs qui cohabitent et travaillent au service  marketing et communication d’une multinationale. Deux soeurs proches donc, jusqu’à ce qu’Anthea rencontre quelqu’un dont elle tombe amoureuse  – car ce quelqu’un, au grand désarroi de Midge, est une fille.

L’écriture est certes rythmée, mais elle est surtout  tendue, décousue et propice à la confusion. Je n’accroche pas, ou du moins pas longtemps. J’ai même peiné pour arriver au terme de ces… 140 pages (ah !), c’est dire. J’espérais un embryon d’enthousiasme qui n’est jamais venu. Parce que loin de cette plume qui se veut moderne, l’histoire m’a semblé vraiment  (et heureusement) dépassée.   

Ce sont les propos d’un autre âge qui m’ont surtout laissé dans une grande perplexité. Des propos d’une violence et d’une stupidité affligeante, prêtés à Midge lorsqu’elle découvre la relation de sa soeur. Le lecteur est donc invité à suivre cette « réflexion », qui sera  d’ailleurs partagée par d’autres personnages, pendant… trop longtemps. Heureusement, comme dans les contes, le personnage va bien finir par évoluer – ouf, la (contre)morale est sauve. Hum.

Sincèrement, je n’ai pas compris l’intérêt d’insister, lourdement de surcroît, sur l’opinion de ces personnages. S’agissait-il de rendre compte de la persistance des discours réac’ dans la société actuelle ? Ou bien de démontrer que les crétins finis ne sont pas incurables puisqu’ils finissent, du moins certains, par changer ? 

Particulièrement difficile m’a semblé un passage dans lequel sont retranscrites les pensées de Midge faisant son footing – extraits :

« (Je ne peux pas arriver à dire ce mot.)

(Seigneur. C’est pire que le mot cancer.) (…)

(Ma soeur va avoir une vie misérablement triste.) (…)

(Je risque de devoir déménager.)

(Ce n’est pas grave. Pas grave. Si je dois déménager, j’ai assez d’argent pour.)« 

Voyez que je n’exagérais pas… Heureusement, la rentrée littéraire nous réserve d’autres choses bien plus belles !

Spécial Rentrée littéraire

Bonne plock à tous !

Girl meets boy (Girl meets boy), par Ali Smith (2007), traduit de l’anglais par Laetitia Devaux, aux éditions de l’Olivier (2010), 138 p., ISBN 978-2-87929-711-8.



Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, par Mathias Enard

  En haut de la pile « Prends un peu de ma beauté, du parfum de ma peau.« 

Michel-Ange arrive à Constantinople en 1506. Il a été invité par le sultan à concevoir un pont qui doit unir l’Orient et l’Occident en enjambant la Corne d’Or, projet initialement confié à Léonard de Vinci qui l’a abandonné. Il a conscience qu’en se trouvant là, il risque les foudres du pape Jules II, ennemi du sultan et pour lequel il n’a pas terminé l’édification du tombeau qu’il a promis. Et puis, Michel-Ange le sait : il est un sculpteur, un peintre, un artiste déjà reconnu pour son David et pour sa Piéta ; mais il n’est pas un architecte…

Que dire de ce roman, si ce n’est que c’est peut-être, grâce à son écriture, l’un des plus beaux textes qui m’ait jamais été donné de lire ? Et pourtant, l’on ne peut pas dire que le sujet était a priori de ceux que j’affectionne – les peintres de la Renaissance n’ont jamais été mon credo… oui, pfff, je sais je sais – alors imaginez un peu ma surprise de m’être laissée totalement happer par ce récit  – que dis-je – par ce voyage prodigieux !

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants est d’abord une histoire, une belle histoire inspirée de faits réels, qui invite à découvrir un homme et ses tourments : le projet qui l’attend est immense, mais il a heureusement à ses côtés le poète Mesihi, l’ami et l’admirateur, dont l’amour attend d’être partagé. C’est ensuite un tableau magnifique, un témoignage sur Constantinople, une ville bouillonnante à la croisée des mondes et des cultures, en particulier européenne. C’est enfin et surtout un hommage à la création, à l’art et à la beauté, un récit magistral sur la formation du regard et sur la constitution d’un esthète de génie.

Mais ce qui rend ce roman inoubliable, c’est je crois la virtuosité de plume de Mathias Enard : une plume exquise, enivrante, d’une musicalité incroyable, où chaque mot, chaque phrase se lit et se relit par pure gourmandise ; une plume d’une grande sensibilité qui m’a fasciné tout au long de ma lecture et qui a même provoqué de vrais frissons. Choisir un extrait plutôt qu’un autre a été un véritable crève-coeur… si celui-ci a emporté mon adhésion, c’est peut-être qu’il n’est pas loin d’exprimer mon propre sentiment au cours de ma lecture.

« Petit à petit, assis en tailleur sur ses coussins, Michel-Ange se sent envahi par l’émotion. Ses oreilles en oublient la musique, alors que c’est peut-être la musique elle-même qui le plonge dans cet état, lui fait vibrer les yeux et les emplit de larmes qui ne couleront pas ; comme dans l’après-midi à Sainte-Sophie, comme chaque fois qu’il touche la Beauté, ou l’approche, l’artiste frémit de bonheur et de douleur mêlés« . 

Un grand merci à Amanda pour m’avoir donné envie de lire ce roman sublime dont un extrait est visible ici et qui, comme elle le suggérait, recevrait un prix que cela ne m’étonnerait pas… Pour Gwenaelle, son seul défaut est d’être trop court (oh que oui ! On aimerait que le voyage ne s’arrête jamais !) et je ne suis pas loin de partager le coup de coeur de La Ruelle bleue !

Spécial Rentrée littéraire

Bonne plock à tous !

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, par Mathias Enard (2010), aux éditions Actes Sud (2010), 154 p., ISBN 978-2-7427-9362-4. 



Purge, par Sofi Oksanen

purge.jpeg « Les souffrances se lavent dans la mémoire« .

Aliide, la vieille Aliide, vit recluse dans la campagne estonienne. Méfiante, elle va pourtant recueillir Zara, jeune femme déguenillée et manifestement violentée, qui a atterri devant sa porte. Et voilà ces deux femmes face à face avec elles-mêmes ; deux femmes liées par des secrets qui les dépassent – mais elles ne le savent pas encore ; deux femmes confrontées aux horreurs de leurs temps – deux temps qu’a priori tout oppose : le temps de l’invasion russe à la fin de la seconde guerre d’une part, le temps de la chute de l’empire et du chaos post-soviétique d’autre part. Deux femmes qui ont fait de petits rêves trop grands pour elles – et qui en payent le prix.

Voilà de la littérature contemporaine comme je l’aime purement et simplement : un roman aux dimensions historiques fortes et aux résonances actuelles plus puissantes encore. Purge est un roman à l’image de la maison qui sera le cadre principal du récit : de construction solide et ferme, mais qui recèle sa part d’ombre, ses souvenirs enfouis, ses portes dérobées qui vont s’ouvrir dans un cri. Un roman de la terre pour un récit fougueux, intense, douloureux, et une lecture prenante – à la gorge, aux tripes même – dont chaque interruption était un déchirement. 

L’écriture est ciselée, pugnace même. Elle fait alterner les faits et les pensées, les gestes, les doutes, les actes, les interrogations, les mouvements et les révélations. Parce que ces deux femmes qui ne veulent pas se souvenir se souviennent quand même, parce qu’on ne peux pas échapper à soi-même, et parce qu’il faut bien réparer ce que l’on a détruit. Tout simplement bouleversant.

« Pour Aliide, la peur était censée appartenir à un monde révolu.Elle l’avait laissé derrière elle et ne s’était pas intéressée le moins du monde aux jets de pierre. Mais maintenant qu’il y avait dans sa cuisine une fille qui dégoulinait de peur par tous les pores sur sa toile cirée, elle était incapable de la chasser de la main comme elle aurait du le faire, elle la laissait s’insinuer entre le papier peint et la vieille colle, dans les fentes laissées par des photos cachées puis retirées. La peur s’installait là, en faisant comme chez soi. Comme si elle ne s’était jamais absentée. Comme si elle était juste allée se promener quelque part et que, le soir venu, elle rentrait à la maison« .

Les avis de La Ruelle Bleue, d’Aifelle et de Bene.

Spécial Rentrée littéraire.  

Bonne plock à tous !

 

Purge (Puhdistus), par Sofi Oksanen (2008), traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, aux éditions Stock (2010), 395 p., ISBN 978-2-234-06240-5.

 



Les Brutes, par Philippe Jaenada

  En haut de la pile « On cherche des armes pour ne pas devenir soldat« 

Les premières lignes d’un récit valent parfois toutes les présentations du monde : « Quand j’étais petit (avant-hier), après m’être succinctement renseigné, auprès de mes bons parents, sur les grandes lignes de l’existence à venir et les étapes importantes qui jalonnaient le chemin jusqu’à la mort, j’ai compris que tout se passerait à peu près bien si je parvenais à franchir trois obstacles redoutables, angoissants, qui m’apparaissaient comme les seuls points noirs d’une vie sinon plutôt fastoche : le catéchisme, le service militaire et le mariage« .

Le service militaire : nous y voilà. Enfin, oui mais non. Parce que sous prétexte de nous raconter ses trois jours d’incorporation, Philippe Jaenada nous parle en fait… des moutons. Des moutons dociles, des moutons inquiets, des moutons indomptables, des moutons enragés, et même – et surtout – des béliers (les brutes). Oui, en réalité, dans ce court récit autobiographique, et joliment illustré par ailleurs, Philippe Jaenada nous interpelle sur la résistance. Un texte furieusement impertinent qui comporte une dimension initiatique parfaitement assumée sur l’anti-conformisme, la désobéissance, l’insoumission – ou comment devenir un libre-penseur, et surtout, comment le rester.

Mais c’est aussi un récit complètement jouissif, aux vertus euphorisantes assurées : je ne compte plus les immenses fous rires que ce tout petit texte aura provoqué. Car enfin comment ne pas évoquer le désormais célèbre style Jaenada ? Un style mordant,  bourré de métaphores bien senties et de digressions plus cocasses les unes que les autres. Un style monté sur ressort – les fameux apartés – mais en même temps d’une grande fluidité, et qui provoque un plaisir de lecture incomparable. Bref, c’est fin, intelligent et vraiment tordant !

L’un de mes passages préférés (il rend mieux lorsque l’on a lu tout ce qui précède, mais je ne peux pas m’empêcher de le faire figurer ici malgré tout) : alors qu’il est traîné de force dans une salle remplie d’appelés, Jaenada tombe sur l’un de ses copains d’enfance qui s’écrit : « Ben qu’est-ce qui t’arrive ? Qu’est-ce qui se passe ? 

C’est vrai, ça, qu’est-ce qui peut bien m’arriver ? Qu’est-ce qui peut pousser un garçon parfaitement normal à se comporter de manière insensée pendant ses Trois Jours ? Mystère et boule de gomme. Que faire, que répondre ? (« Rien de spécial, Patrick. J’ai été élevé par des écureuils, je te rappelle »).« 

Une grand merci à L’Ogresse pour m’avoir fait connaître cet auteur ! J’ignore si les Jaenadistes (Cécilequoide9 copyright !) seront convaincus par ce court récit (Erzebeth si tu m’entends), mais il me semble idéal pour aborder la patte de cet écrivain.

Les Brutes, Calepin et Marc en ont également parlé. Et d’autres demain peut-être ? Car ce tout petit livre peut facilement voyager !

Bonne plock à tous !

Les Brutes, par Philippe Jaenada (2006), dessins de Dupuy et Berberian, aux éditions Points (2009), 86 p., ISBN 978-2-7578-0991-4.



Le Bonheur est assis sur un banc et il attend, par Janik Tremblay

  En haut de la pile « Le bout du monde, ça n’existe plus aujourd’hui« .

Voici la version corrigée du quatrième de couverture, puisque, comme pour Les Enfants de la nuit, il est une erreur dans le prénom du jeune disparu, qui se nomme bien Vincent et non pas Laurent. « Montréal. 4370, rue Fabre. Cet immeuble, ils devaient le restaurer ensemble… Mais puisque Vincent, un soir de décembre, a mis fin à ses jours, Philippe, son père, s’en est chargé tout seul. Comme un hommage. Un dernier geste. Pour ne plus penser. Et aujourd’hui la vie semble respirer des vieilles pierres. Ici, tout le monde connaît les Larrivée, leur deuil, cet anniversaire qu’ils célèbrent malgré tout, en présence des locataires. Chaque appartement a sa petite histoire, ses drames, ses bonheurs : Madame Edouard et son chat, Jeanne et Nicolas, les amoureux, Emile et sa mémoire brûlante, Pierre et son problème d’alcool… Tous, plein d’avenir, d’espoirs, se croisent, s’épaulent et donnent un sens, en somme, au chaos dont la mort de Vincent a baptisé les lieux. La vie, mode d’emploi…« 

Difficile de ne pas penser aux Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin en entamant la lecture de Le Bonheur est assis sur un banc et il attend. Il est en effet quelque chose de Barbary Lane dans cet immeuble où se croisent ces locataires hétéroclites et dont les liens semblent finalement bien plus forts que ce qu’ils avaient imaginé. Mais la ressemblance s’arrête là ; le roman de Janik Tremblay n’a pas vocation à sonder le coeur underground de Montréal et le récit qu’il propose ne parvient pas toujours à dépasser les individualités qui le compose.

L’auteur joue pourtant sur l’émotion avec beaucoup de fraîcheur et de sensibilité. L’on sent bien qu’elle ne traficote pas avec les sentiments, et que les ressentis de ses personnages ne sont ni faux, ni forcés. Pour autant, elle n’évite pas toujours l’écueil du récit sentimental et, derrière la sincérité, tout cela semble parfois vraiment trop naïf. Il est vrai que les thèmes du roman, la solidarité mais surtout le deuil, sont assez casse-gueule. Mais il n’a pas suffit du drame qui survient au milieu du récit pour réveiller le dodo au coeur de pierre que je suis… tsss. 

Mais ce qui aura vraiment marqué ma lecture, ce n’est pas tant le fond que la forme. La plume est sèche, saccadée, faites de phrases presque enfantines, réduites le plus souvent à l’essentiel et rythmées par une ponctuation abondante. Ce style assez particulier m’aura fait emprunter des montagnes russes : tantôt je me réjouissais des moments authentiques captés par ces enchaînements poétiques, tantôt je m’irritais devant un réalisme béat et des arrêts sur image plutôt incongrus.

Ces deux extraits permettront je l’espère d’illustrer mon propos. C’est donc à mon sens parfois très beau… « Elle n’avait jamais ressenti une telle douleur. Plutôt un malaise. Une détresse peut-être. Le terme juste, elle ne le connaissait pas. Elle ressentait un immense vide » ; et parfois… beaucoup moins : « Florence sonna au 4366, la porte voisine de la sienne. Une jeune fille ouvrit. Florence reconnut Julie, qu’elle avait croisé à quelques reprises. Cette dernière lui demanda ce qu’elle voulait. Florence Lajoie se présenta. Les deux femmes se saluèrent« .

Une lecture qui ne me laissera pas un souvenir impérissable, comme s’il manquait un je-ne-sais-quoi pour être vraiment saisissant. Idéal en revanche pour ceux qui recherchent une lecture toute en douceur et en simplicité.

Tous mes remerciements à l’équipe de 51410427p.jpg et aux éditions Pocket pour ce partenariat !

Des avis très enthousiastes chez Lalou, Lucie, Penelope, et celui plus mitigé de Canel. Également le billet de Marielle qui n’est certes pas tendre mais impeccablement argumenté !

Bonne plock à tous !

Le Bonheur est assis sur un banc et il attend, par Janik Tremblay (2009), aux éditions Pocket (2010), collection Nouvelles voix, 251 p., ISBN 978-2-266-19668-0.



La Reine des pommes, par Chester Himes

  En haut de la pile« On pouvait se faire égorger sans crainte d’être dérangé »

Jackson est tellement naïf… Il n’a pas réalisé que cette histoire de billets qui font miraculeusement « des petits » est une belle arnaque dont il était le parfait pigeon. Et il ne voit pas davantage que sa petite amie Imabelle est de mèche avec les escrocs. Convaincu que la bande avec qui elle s’est enfuie la retient contre son gré, il n’a qu’une idée en tête : délivrer sa bien-aimée de leurs sales pattes. Il demande alors de l’aide à son frère Goldy, personnage haut en couleur qui sillonne Harlem déguisé en bonne soeur, vendant des tickets d’entrée au paradis pour se payer sa dose, et ne voit pas davantage que celui-ci cherche à le doubler, avant tout motivé par l’appât du gain.   

La Reine des pommes est un récit vif, bourré d’action et d’humour, où l’on ne s’ennuie pas un instant. Quel rythme ! Et quels personnages aussi ! Jackson évolue dans un monde d’escrocs, de toxico, de joueurs, de prostituées, d’assassins – voir tout cela à la fois – particulièrement cruels dans leur volonté de s’en sortir à tout prix au détriment des autres. Et les deux flics, délicieusement surnommés Fossoyeur et Cercueil – dont c’est ici la première apparition sous la plume de l’auteur – ne vont franchement pas relever le niveau des crapules auxquels ils ont affaire.

Un polar ? La Reine des pommes en prend parfois le chemin et dégage un vrai suspens, en particulier dans sa dernière partie. Mais c’est aussi – et peut-être même avant tout – un récit qui oscille entre farce et roman noir, plongeant le lecteur dans une atmosphère parfois très glauque. Car Chester Himes porte un regard sans concession sur Harlem. Il dépeint une société violente où la bêtise des uns n’a d’égale que la méchanceté des autres, offrant un récit drôle et brutal de Candide au pays du banditisme.

Mais c’est surtout le style de Chester Himes qui donne toute sa saveur à ce récit. Une plume inventive, fluide, truffée d’expressions loufoques. Lorsque Jackson sursaute, il manque de « sortir de sa propre peau » et lorsqu’il est assommé, c’est « sous la caresse d’une crosse de pistolet« . Et plus que tout, c’est le « parlé vrai », le langage argotique et parfois grossier des dialogues qui donne tout son réalisme à cette histoire, somme toute assez déjantée.

« - Écoute-moi gars. Les mirontons qui t’ont empilé, eh bien, ils sont recherchés par la police du Mississipi, pour avoir rectifié un Blanc. Ces mecs-là sont dangereux. Si tu sors avec un pistolet, t’es sûr de te faire descendre. C’est tout ce que tu vas y gagner. Et ça l’avancerait à quoi, ta femme, si t’es buté ?

- Je vais les feinter, moi, ces mecs, déclara Jackson rageur.

- T’es fou à lier, mon gars. Tu sais même pas où ils se planquent.

- Je les trouverai, même si je dois sonder toutes les caves de Harlem.

- Mec, saint Pierre lui-même, il connaît pas toutes les caves de Harlem« .

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Une excellente lecture et un grand merci à Manu qui a vraiment fait un très bon choix en m’offrant ce livre à l’occasion du Swap’in Follies ! J’ai désormais très envie de découvrir plus en avant cet auteur au parcours atypique.

Bonne plock à tous !

La Reine des pommes (The Five Cornered Square), par Chester Himes (1958),  traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Minnie Danzas, aux éditions Folio (2009), 282 p., ISBN 978-2-07-040811-5.



Made in China, par J.M. Erre

97827578119621.gif « Le vrai héros n’urine pas (Écrire un roman ? Fastoche !, p. 112.)« 

Toussaint Legoupil n’est pas rendu. Enfant adopté, né en Chine mais noir de peau, élevé par des parents impossibles dans un village de Provence entièrement dévoué à une secte grotesque, son destin est peu… conventionnel dirons-nous. Lorsqu’il décide de quitter cette vie (que c’est étonnant !) pour retrouver la trace de sa mère biologique, c’eut été trop beau que tout se passe comme prévu. Aidé par (ou plutôt affublé contre son gré de) son amour de jeunesse, la très spéciale Mimi, ce qu’il découvre en Chine va de pis en pis… bref, non, Toussaint n’est pas rendu.

Ce n’est pas peu dire que j’avais adoré les précédents romans du même auteur, Prenez soin du chien et surtout Série Z pour lequel j’ai eu un gros coup de coeur (et qui repartira en livre-voyageur à la fin de l’été, avis aux amateurs de lecture anti-déprime). J’ai retrouvé dans Made in China ce qui a fait mon bonheur avec ces précédentes lectures, mais j’ai aussi rencontré de (très légers) bémols, jusqu’ici inédits.

Les tribulations de Toussaint sont délicieusement cocasses. L’intrigue est bien déjantée, les personnages vraiment atteints, et les rebondissements, nombreux, plus loufoques les uns que les autres – la tentative de viol par une femelle koala en mal d’amour restera une scène culte, sans oublier cette réplique d’anthologie « c’est boooon, les gauuufres« . Le tout est sympathiquement drôle ; il m’a cependant manqué un chouïa de suspens pour être irrépressiblement embarqué dans cette histoire. Et l’écriture m’a par moment semblé trop travaillée, léger frein à une lecture aisée.

Il est pourtant dans ce titres de meilleures trouvailles encore que dans les deux précédemment cités. Mention spéciale aux « bonus » que l’on trouve à la fin du roman, à la manière d’un collector.

« IV – Le bêtisier (…). Voici un des passages les plus intenses de cette histoire : J’ai couché avec ma mère. Comme mon copain OEdidfo aeiyrdfjaphepqdhdfqsdkihfq^g^fg sdiofqsufdoa qdiofqusdo Là c’est mon chat qui a marché sur le clavier de l’ordinateur. On s’est bien marré« .

Ben moi aussi tiens. Parce que ce n’est peut-être pas le meilleur roman de J.M. Erre, mais cela reste un livre truculent, distrayant, au fort pouvoir gloussant. Et dire qu’il va me falloir attendre des mois, voire des années, pour lire un nouveau titre de J. M. Erre – ses trois romans ont été précédemment publiés à une intervalle régulière de deux années… ce qui nous reporte le suivant à 2012… Dur !

Merci à Clara et à Keisha de m’avoir accompagné dans cette lecture !

Bonne plock à tous !

Made in China, par J.M. Erre (2008), aux éditions Points, 221 p., ISBN 978-2-7578-1196-2.



Pour vous, par Dominique Mainard

97820704172851.gif « Parce que c’est mon métier de rendre les gens heureux« 

Delphine tient une boutique pas comme les autres. « Pour Vous », l’agence de tous les possibles, offre les prestations les plus incroyables ou les plus indécentes, à la limite du tolérable, borderline avec la loi et l’éthique. Jouer une petite-fille de substitution pour un grand-père sénile, offrir un enfant à la location pour des parents stériles, devenir l’accompagnatrice d’un adolescent autiste – et j’en passe. Peu importe pour Delphine qui ne vit que pour son entreprise, soucieuse avant tout de la satisfaction des clients et obsédée de la facturation. Jusqu’à ce qu’un client vienne perturber cette mécanique bien huilée…

Voilà un personnage comme l’on en rencontre rarement et qui va me hanter encore longtemps : Delphine, la narratrice, n’est ni cruelle, ni gentille, ni même dévouée ou manipulatrice. Elle répond à un besoin au sens économique du terme, atteinte, il est vrai, d’une insensibilité troublante, limite inquiétante. Pas de faux-semblants, pas de rapports tronqués et équivoques. Un personnage certainement dérangeant pour une lecture qui ne m’a pas laissée indifférente !

Une histoire originale servie par une belle écriture. La plume de Dominique Mainard m’a semblé en résonance avec le récit : distante, subtile ou directe à bon escient, elle permet de sonder plus encore les ressorts de ce personnage. Les factures qui viennent parfois clore les chapitres sont particulièrement glaçantes… Une lecture qui m’a inspiré des sentiments multiples, tour à tour admirative, révoltée, émue, et souvent estomaquée par la philosophie de vie – appelons là comme cela – de Delphine.

Quelques petits bémols toutefois : d’abord, si le récit est bien construit, c’est qu’il est à mon sens trop « centré », au sens où l’auteur a orienté son récit sur certains personnages au détriment d’autres, tout aussi intrigants à mon sens. Ensuite, si l’auteur a fait évoluer ses personnages avec intelligence, c’est finalement dans une direction à laquelle j’ai peu  adhéré (ellipse peu claire… pour ne pas trop en dire ! Mais ceci est très personnel, et la tournure des évènements a plu et plaira encore certainement à d’autres !). Enfin, le dénouement m’a semblé un rien décevant… Mais cela ne m’empêche pas de garder un bon souvenir de cette lecture forte et de suivre de plus près cette auteur à l’avenir !

« Je ne sais pas s’il est vrai que je devrais avoir honte de ce que je fais. Je ne sais pas s’il est vrai que je n’ai pas la moindre idée de ce qu’est la réalité, comme on me l’a reproché parfois ; on m’a traité de marchande de rêve, et c’était indifféremment un compliment ou la pire des injures. Aux yeux de mes clients, je suis quelqu’un qui console et soigne ou qui vend la plus toxique des drogues. Mais la vie m’a appris qu’il n’y a rien de moins réel que ce qu’on nomme la réalité et qu’une mort, une trahison, une souffrance cessent d’exister du moment qu’on arrive à s’en distraire« .

Un grand merci à Clara d’avoir chaudement recommandé ce roman ! Vous pouvez lire son avis ici, ainsi que ceux de L’Ogresse (qui a reproduit l’une de ces fameuses factures !),  Brize, Stephie, Cuné et Cathulu (convaincues), Amanda et Yoshi (plus mitigées). D’autres avis encore recensés chez BOB

Lu dans le cadre du challenge Littérature au féminin organisé par Littérama.

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Bonne plock à tous !

Pour Vous, par Dominique Mainard (2008), aux éditions Folio, Prix des libraires (2009), 306 p., ISBN 978-2-07-041728-5.



Winter, par Rick Bass

010674208511.gif « Il y a des gens qui veulent du fric, d’autres qui veulent des caribous« .

« Winter est le récit de l’installation de Rick Bass et de sa femme dans un coin reculé du Montana en plein hiver. Pas d’électricité, pas de téléphone, juste un saloon à une demi-heure de route. Mais une vallée comme au début du monde, une nature splendide et cruelle. Par moins trente-neuf degrés, le rêve se fait parfois souffrance. Dans une prose lumineuse, le défenseur de l’environnement Rick Bass redécouvre, au terme d’un progressif dépouillement, l’essentiel. »

Le récit de Rick Bass est authentique. Et c’est sous la forme d’un journal qu’il nous livre le projet qu’il a réalisé au début des années 1990 : s’installer dans Yaak Valley avec sa compagne Elizabeth, au fin fond du Montana, pour prendre ses distances avec la société moderne. Pour s’intégrer dans ce coin de nature  hostile, être crédible aux yeux des rares habitants, mais surtout pour s’assurer à lui-même qu’il a fait le bon choix, il veut à tout prix réussir son « examen de passage » : « passer l’hiver » et supporter les conditions climatiques extrêmes de ce coin (presque) coupé du reste du monde.

Le journal de Rick Bass alterne faits et ressenti, description et introspection. D’abord, il observe et retranscrit son quotidien. Ce qu’il a vu et ce qu’il a fait, tout simplement. Il est des passages superbes : les rencontres avec des animaux sauvages, les paysages qu’il a surprit, les us et coutumes de la vallée… Mais il en est d’autres bien plus ennuyeux. Par exemple lorsque le journal se fait manuel d’utilisation d’une tronçonneuse. Le temps ralentit avec l’arrivée de l’hiver et sa mono-manie – couper du bois, encore du bois, toujours du bois – a fini par me lasser. 

En revanche, lorsque Rick Bass se tourne vers lui-même, s’interroge sur ses motivations et sur son moi profond à l’approche de l’hiver, le récit est passionnant. C’est d’ailleurs dans ces moments que son style est le meilleur et que les petites phrases sublimes s’alignent comme des perles. Parfois, l’homme se renferme et s’enorgueillit de sa situation ; avec l’extrémisme du converti, il devient plus sauvage que les habitants de la vallée. Heureusement, son bien-être est communicatif et cette lecture apaise à défaut de surprendre.  Car ici, comme me le faisait judicieusement remarquer Titine, point de page 113 !

« Je peux m’imaginer devenu si accro à cette vallée, dépendant d’elle à tel point pour ma paix intérieure, qu’elle est serai l’otage. Et quelque fois, Elizabeth et moi, n’étant après tout que des êtres humains, sommes obligés de nous demander : Qu’est-ce qui nous manque ? D’ordinaire la réponse facile, celle qui fuse, c’est : Rien du tout, bordel. Pourtant, il y a des jours – ici comme partout ailleurs j’imagine – où une espèce de nostalgie balaie la vallée comme une brume impalpable. Mais nous sommes incapables de la définir, de l’épingler au passage – et elle disparaît bien assez vite« .

Même s’il me laisse sur une impression mitigée, ce livre reste un compagnon idéal de la torpeur caniculaire : en tant que récit contemplatif et rafraîchissant bien sûr, mais aussi en tant qu’il interpelle sur la sauvegarde de l’environnement à un moment où le réchauffement climatique est particulièrement criant.

Tous mes remerciement à l’équipe de 49799387p1.png et aux éditions Folio pour ce partenariat !

Les avis de Papillon, Titine, Cathulu… (j’ai bien vu passer d’autres billets mais je ne parviens pas à les retrouver ; faites moi signe !) et pour les amateurs : le site de Yaak Valley... et le blog du Saloon où se rend régulièrement Rick Bass !

Bonne plock à tous !

Winter (Winter, notes from Montana), par Rick Bass (1991), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Béatrice Vierne, aux éditions Folio (2010), 261 p., ISBN 978-2-07-041405-5.



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