Robe de marié, par Pierre Lemaitre

  En haut de la pile « Elle a appris à se méfier d’elle-même. C’est peut-être même ce qu’elle fait de mieux« 

Il est des révélations faites par le quatrième de couverture… à éviter donc (même en cours de lecture !).

Sophie semble perdre la tête, perdre la mémoire, perdre pied. Ce sont d’abord des objets disparus ou déplacés, des rendez-vous annulés, des fichiers perdus ; ce sont aussi des absences, une apathie et de mystérieux malaises qu’elle ne s’explique pas ; jusqu’à  l’irréparable : des meurtres, dont tout semble indiquer qu’elle en est l’auteur et dont elle n’a pourtant aucun souvenir. Sophie ne voit alors qu’une issue : disparaître, changer de nom, changer de vie. Mais cela suffira-t-il pour en réchapper ? Rien n’est moins sûr…    

Quelle intrigue, mais quelle intrigue ! Robe de marié repose sur un scénario extrêmement bien pensé et d’une perversité stupéfiante. L’histoire de Sophie n’a pas fini de surprendre :  rebondissements, révélations, retournements de situation… et pourtant, le fil conducteur de ce thriller est parfaitement maîtrisé. Les quelques indices semés par-ci par-là permettent de deviner une partie des événements, tout en réservant de belles surprises – le genre de dosage dont je raffole, lorsque les intuitions se confirment et où les zones d’ombre s’éclaircissent en temps utile.

Une intrigue bigrement bien pensée donc, mais qui, au vu de sa qualité justement,  aurait certainement mérité un meilleur traitement à mon sens… Car pour le reste,  on repassera : l’ambiance est inexistante, le style quelconque et certaines imprécisions dommageables. Il est également des facilités, notamment dans le déroulement de la fuite de Sophie, sur lesquelles il faut rapidement passer pour ne pas tiquer (ici, on est loin du magistral Orages Ordinaires de William Boyd, thriller également construit sur la fuite d’un personnage en zone urbaine).  

« Elle s’est redressée sur un coude. Elle s’essuie les yeux avec le drap en cherchant ses cigarettes à tâtons et ne les trouvant pas, elle réalise brusquement où elle est. Tout lui revient, les événements de la veille, la soirée… Elle se souvient instantanément qu’il faut partir, quitter cette maison. Se lever et partir, mais elle reste là, clouée au lit, incapable du moindre geste. Épuisée« .

Robe de marié reste un thriller d’une ingéniosité époustouflante, mais dont il ne faut pas attendre davantage, en particulier sur le plan littéraire… comme un diamant brut de scénario, malheureusement mal ou insuffisamment taillé.

L’avis de L’Ogresse avec qui nous avons fait lecture commune ! Tout frais également, l’avis d’Amanda. Et un grand merci à Bouma pour m’avoir offert ce polar à l’occasion du Swap Fait moi plaisiiiiir !

Bonne plock à tous !

Robe de marié, par Pierre Lemaitre (2009), aux éditions Livre de poche (2010), 314 p., ISBN 978-2-253-12060-5.



La Mort, entre autres & Une Douce flamme, par Philip Kerr

Après avoir dévoré les trilogies d’Herbjorg Wassmo lors de l’été 2008 et celle de Millenium à l’été 2009, ce sont les polars de Philip Kerr et les péripéties de Bernie Gunther qui auront marqué mon été 2010. A peine La Trilogie Berlinoise terminée, je me suis avidement et littéralement jetée sur la suite de la série, soit La Mort, entre autres puis Une Douce flamme, pour un plaisir de lecture plus grand encore. C’est désormais la traque des nazis en fuite qui est au centre de ces intrigues, toujours aussi stupéfiantes. 

kerr2.jpeg « Je me sentais aussi solitaire qu’un poisson dans la cuvette de toilette« .

En 1949, Bernie Gunther, qui a quitté Berlin et pris brièvement la direction d’un hôtel qui fait faillite, ne tarde pas à reprendre son activité favorite : la recherche de personne disparue. Surtout quand une cliente sexy en diable vient le trouver pour savoir ce qu’il est advenu de son mari depuis la fin de la guerre. Sauf que le mari en question est un ancien SS, et que Bernie Gunther va devoir renouer avec l’univers de ses « vieux camarades » pour retrouver sa trace.

L’intrigue de La Mort, entre autres est certainement la plus aboutie et la plus surprenante ; et le dénouement m’a complètement bluffé, car disons-le clairement, je n’avais rien, mais alors rien, vu venir. Peut-être étais-je trop occupée à découvrir et à comprendre l’Allemagne et l’Autriche d’après-guerre, tiraillée entre devoir de mémoire et droit à l’oubli, entre reconstruction et occupation. Sans oublier les frasques de ce satané détective, qui n’a laissé ni son insolence, ni sa conscience, sur le front russe.

« Nous étions peut-être tous devenus odieux. Nous tous, les Allemands. Les Américains nous regardaient tous avec un mépris silencieux, à l’exception peut-être des fêtards et des putes. Et vous n’aviez pas besoin d’être Hanussen, le voyant extra-lucide de Hitler, pour lire dans les pensées de nos nouveaux protecteurs et amis. Comment avez-vous pu permettre une chose pareille ? nous demandaient-ils. Comment avez-vous pu faire ce que vous avez fait ? C’est une question que je me suis souvent posée. Je n’ai jamais trouvé de réponse. Quelle réponse acceptable pourrait-il jamais y avoir ? C’est juste arrivé un jour en Allemagne, il y a de cela environ mille ans« .

Les avis de La Ruelle Bleue (un coup de coeur !) et de Miss Alfie

  En haut de la pile « Vous avez toujours été aussi cynique ? – Non. Avant, j’étais dans le ventre de ma mère« .

L’entrée en matière de Une douce flamme est plus classique, mais non moins efficace. Nous voilà en Argentine, sous la dictature des Perón, si accueillants avec les nazis en fuite. Le détective va reprendre du service contre son gré pour enquêter sur la disparition d’une jeune fille de bonne famille allemande. Une enquête qui aura de fortes résonances avec une affaire non résolue par Bernie Gunther à l’époque où il était encore flic – un excellent procédé pour faire alterner le récit entre Buenos Aires, 1950, et Berlin, 1932, et ainsi évoquer la montée du nazisme dans la moribonde République de Weimar.

Cette intrigue n’est peut-être pas la plus réussie sur le plan de l’enquête stricto sensu – quoi qu’elle prenne une tournure assez inattendue. Mais il s’agit clairement de la plus poignante à mon sens, celle qui fait le plus froid dans le dos et celle que l’on oublie pas. Car Philip Kerr développe ici une thèse des plus originales – mais certainement des plus crédibles. L’auteur semble d’ailleurs avoir voulu devancer les esprits chagrins en indiquant expressément ses sources – pertinentes – en postface. Ainsi, tout ne se serait pas terminé en avril 1945 et il est des raisons aussi vraisemblables que, pardon, puantes, à « l’épanouissement » des anciens SS en Argentine.

Heureusement, Bernie Gunther manie toujours aussi bien l’humour à froid, pour une lecture toujours aussi plaisante. « J’ai eu l’occasion d’observer de près les femmes qui pleurent. Dans ma branche, cela va de pair avec la matraque et les menottes (…). Sherlock Holmes a étudié la cendre de cigare et écrit une monographie sur le sujet. Moi, je m’y connaissais en pleurs. Je savais que, quand une femme sanglote, il vaut mieux qu’elle ne soit pas trop près de votre épaule. Ça peut vous coûter une chemise propre« .

Les avis de La Ruelle Bleue (un coup de coeur encore !) et de Miss Alfie.

Et dire qu’il va falloir attendre 2011 pour découvrir la suite des aventures de Bernie Gunther…

Bonne plock à tous !.

La Mort, entre autre (The One from the Other), par Philip Kerr (2006), traduit de l’anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj, aux éditions du Masque (2009), 406 p., ISBN 978-2-7024-3314-0.

Une douce flamme (A Quiet flame), par Philip Kerr (2008), traduit de l’anglais par Philippe Bonnet, aux éditions du Masque (2010), 427 p., ISBN 978-2-7024-3433-8.



La Trilogie Berlinoise, par Philip Kerr

kerr.jpeg « N’est-ce pas exactement comme ça que Hitler a été élu ? A cause de gens qui se fichait de savoir par qui serait dirigé le pays ?« 

« Publiés pour la première fois entre 1989 et 1991, L’Eté de cristal, La Pâle figure et Un requiem allemand ont pour toile de fond le IIIe Reich à son apogée et, après la défaite, l’Allemagne en ruine de 1947. Bernie Gunther, ex-commissaire de la police berlinoise, est devenu détective privé. Désabusé et courageux, perspicace et insolent, Bernie est à l’Allemagne nazie ce que Philip Marlowe est à la Californie de la fin des années 30 : un homme solitaire, témoin de son époque. Des rues de Berlin « nettoyées » pour offrir une image idyllique aux visiteurs des Jeux olympiques à celle de Vienne la corrompue, Bernie enquête au milieu d’actrices et de prostituées, de psychiatres et de banquiers, de producteurs de cinéma et de publicitaires. La différence avec un film noir d’Hollywood, c’est que les principaux protagonistes s’appellent Heydrich, Himmler et Goering… »

Un polar historico-humoristique sur fond de nazisme, il fallait oser… Philip Kerr l’a fait – et diablement bien fait en plus ! Certes, non pas sans petits défauts, mais compte-tenu de l’ambition de l’exercice, je passe outre volontiers. Cela faisait bien longtemps qu’un polar ne m’avait autant aspiré, questionné, secoué et, pour cela, je sais que cette série fera date dans mes lectures.

Ce sont pourtant des émotions bien paradoxales que ce polar propose : d’un côté, le cadre, soit l’Allemagne nazie d’avant guerre (pour les deux premiers opus) et d’après guerre (pour le troisième), le cadre donc, fait froid dans le dos – mais je vais y revenir. De l’autre, le personnage principal, un détective effronté, impertinent, à la répartie percutante, qui rend la lecture particulièrement jouissive. Et avec lui la qualité des intrigues, car les enquêtes dans lesquelles il progresse sont toutes très bien ficelées, pleines de suspens et de rebondissements – certes un poil complexes mais toujours intelligibles. 

La cadre est donc omniprésent car il fait partie intégrante des intrigues : les nazis, mais aussi plus tard les russes et les américains, sont le plus souvent parties prenantes à l’enquête. Ils servent ou se servent du détective, le gênent, le traquent, quand ils ne sont pas eux-mêmes mêlés aux crimes qu’il est chargé d’élucider. Un excellent procédé pour ancrer le récit dans son contexte, faire intervenir des personnages historiques et mêler les faits réels à la fiction.

Il est des aspects qui parfois dérangent : d’abord, l’indifférence – initiale – du détective au sort des Juifs à la fin des années 30 ; mais n’est-ce pas l’incarnation de l’allemand moyen ? Ensuite, la violence, les personnages féminins sulfureux et certains passages un peu crus – mais c’est un polar ou roman noir avant tout, et ce Bernie Gunther est un homme à femme qui boit beaucoup, qui fume tout autant, et qui répond ainsi à tous les codes du genre – difficile alors de s’en formaliser.

En revanche, il ne m’a pas dérangé que l’auteur développe certaines thèses a priori marginales. Par exemple, il ne me semble pas plus paradoxal de considérer que les nazis, homophobes, aient pu compter dans leurs rangs des homosexuels, que de songer que ces partisans de l’élimination des infirmes aient été parfois eux-mêmes atteints d’un pied-bot ou convaincus de la supériorité d’un peuple aryen en étant eux mêmes petits, bruns et mal fichus.

« - Connerie de Jeux Olympiques, grogna-t-il. Comme si on avait de l’argent à foutre en l’air (…) A quoi ça rime, j’aimerai bien le savoir ? Nous sommes ce que nous sommes, alors pourquoi prétendre le contraire [*] ? Toute cette mascarade me fout en rogne. Est-ce que vous réalisez qu’on est en train de rafler des putes à Munich et à Hambourg pour renflouer le marché berlinois qui avait été nettoyé à la suite du décret des Pouvoirs d’urgence ? Savez-vous qu’on a à nouveau légalisé le jazz nègre ? Que dites-vous de ça, Gunther ?

- Dire une chose et en faire une autre, c’est typique de notre gouvernement.

- A votre place, je ne crierais pas ce genre de choses sur les toits, fit-il.

- Reinacker, vous le savez très bien : ce que je dis n’a aucune espèce d’importance tant que je peux être utile à votre patron. J’aurai beau être Karl Marx et Moïse personnifiés, il s’en battrait l’oeil si je pouvais lui rendre service« .

[* l'auteur explique par ailleurs comment les nazis "préparèrent" l'arrivée des touristes occidentaux pour les J.O. de 1936, par exemple en nettoyant les rues des discours ouvertement antisémites et en autorisant de nouveau la vente de certains livres alors mis à l'index comme art dégénéré et subversif].

Une lecture tellement mémorable que je n’ai pas pu m’empêcher de foncer sur la suite – La mort entre autres et Une douce flamme, dévorés en quelques jours ! (billet à venir). A compléter peut-être avec d’autres lectures, par exemple sur le sort des victimes, pour les moins avertis.

Un grand merci à l’équipe de 49799387p1.png et aux éditions Livre de poche pour ce partenariat !

Bonne plock à tous !

La Trilogie Berlinoise : L’Eté de cristal – La Pâle figure – Un requiem allemand (Berlin noir : March Violets – The Pale criminal – A German requiem), par Philip Kerr (1989-1990-1991), traduit de l’anglais par Gilles Berton, aux éditions Le Livre de poche (nouvelle édition révisée – 2010), 1016 p., ISBN 978-2-253-12843-4.



Les Soldats de l’aube, par Deon Meyer

meyer.jpeg« Dans sa tête c’était la danse sans rythme de ceux qui ne dorment pas« 

Attention : si le quatrième de couverture (ici reproduit) est très bien fait, le résumé « intérieur » en première page en dit beaucoup trop (à éviter) : « Alors qu’il sombrait dans la déchéance, l’ex-policier « Zet » van Heerden se voit confier la tâche, apparemment simple, de retrouver un testament sans lequel une certaine Wilna van As ne pourra hériter de son ami décédé. Celui-ci a été retrouvé mort chez lui, tué d’une balle de M16 dans la nuque après avoir été torturé à la lampe à souder. Van Heerden comprend qu’il y a anguille sous roche lorsqu’il s’aperçoit que le coffre-fort du défunt a été vidé et qu’il aurait contenu une fortune en dollars. Un fusil d’assaut ? Des dollars US ? Tout semble indiquer un crime mafieux. Et pourtant... »

Suite à ma déconvenue australienne, j’ai préféré jouer la valeur sûre pour mon périple sud-africain : Deon Meyer est réputé pour la qualité de ses romans policiers – et j’ai pu en faire l’expérience avec un réel plaisir de lecture.

Les Soldats de l’aube est d’abord et avant tout un polar costaud, rythmé et bourré de testostérones. Le récit démarre vite et le suspens ne retombera jamais vraiment. L’intrigue est également très bien construite et, point intéressant, l’enquête est menée à travers les réflexions, les déductions, les doutes de van Heerden*. Le lecteur suit le cheminement de sa pensée, les pistes qu’il exploite, qu’il rejette, qu’il néglige. Rien de révolutionnaire, simplement une progression très bien ficelée.

Le personnage principal, cet « ancien flic de quarante ans incapable de fonctionner correctement« , est finalement très attachant. Car en parallèle de l’enquête, se met en place un récit secondaire tout aussi passionnant. En alternance avec l’intrigue principale, il est des chapitres introspectifs dans lesquels un homme – dont on devine rapidement qu’il s’agit de van Heerden lui-même – remonte le temps, en retraçant son parcours et en tentant d’exorciser ses démons.

Enfin, ce polar donne aussi à voir l’Afrique du Sud et son sombre passé. Non pas le régime de l’Apartheid – étonnamment peu présent ici en toile de fond – mais un aspect moins connu, dont il est difficile d’en parler ici sans déflorer l’intrigue plus que de raison… (pour ne pas spoiler, tout en pensant aux intarissables curieux ;) un indice ici). 

Les Soldats de l’aube est finalement un polar complet, satisfaisant sur tous les plans et dont les pages se tournent toutes seules. Attention cependant, il ne faut pas craindre les ambiances glauques, les scènes d’action parfois violentes et les détails sordides… pour les amateurs en revanche, aucun souci, c’est du bon !

Lu dans le cadre du challenge Destination… Afrique du Sud, organisé par Evertkhorus !

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Lu dans le cadre du challenge Littérature policière sur les 5 continents organisé par Catherine !

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Bonne plock à tous !

* Le personnage principal porte le même patronyme que celui du polar humoristique de Tom Sharpe, Mêlée ouverte au Zoulouland (situé également en Afrique du Sud où l’auteur britannique passera une partie de sa vie). Mais les ressemblances s’arrêtent là !

Edit du 23 août : j’ai eu le plaisir d’apprendre que cette chronique a été sélectionnée par les éditions Points pour figurer dans la rubrique La Toile en parle sur le site Le Cercle Points ! J’y ai par ailleurs trouvé un entretien passionnant avec Deon Meyer, à l’occasion duquel il évoque la naissance de sa vocation, le métier d’écrivain, le rapport avec les lecteurs… à voir ici.

Les soldats de l’aube (Dead at Daybreak), par Deon Meyer (2000), traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Robert Pépin, aux éditions Points (2004), 520 p., ISBN 2-02-063124-5.



Le testament des siècles, par Henri Loevenbruck

photo0320.jpg« Je n’étais qu’un prétexte de plus pour les féministes du monde entier«  

Damien Louvel s’est expatrié à New York où il vit le rêve américain, jusqu’à ce que la mort brutale de son père, avec qui il est en froid depuis des années, ne le contraigne à rentrer en France. Ce qu’il découvre alors ne va cesser de le surprendre. Ce père qu’il a connu si cartésien, si parisien, si prévisible a vendu sa collection de livres anciens pour s’acheter une maison en Provence, maison dans laquelle il a entassé des choses bien étranges… et maison dans laquelle Damien se fait agresser dès sa première visite. Aidé de Sophie, il poursuit bon gré mal gré les recherches de son père, sur les traces d’Albrecht Dürer et du « vrai » message de Jésus.     

Les thrillers ésotériques, c’est ma lecture facile par excellence, mon pêché mignon, ma chick-lit à moi. Et – ne riez pas – mais n’ayant reçu aucune instruction religieuse, j’ai appris par ces lectures un tas de truc sur la vie de Jésus, Pierre, Paul, Jacques, les Templiers et  l’Opus Dei. Re-belote avec Le Testament des siècles, qui répond agréablement à tous les codes du genre.

Évidemment, Damien va rencontrer une belle nana pour l’aider dans ses recherches. Mais ce personnage féminin n’est pas un simple faire-valoir, loin de là ! Débrouillarde, courageuse, intelligente – du moins autant que lui est couard, hésitant, empoté – et comme son orientation sexuelle n’est pas clairement tournée vers les garçons, ces deux-là forment  en définitive un couple bien sympatoche.

Gros point fort : l’aspect thriller est traité à la perfection. C’est bourré d’action, de courses poursuites, de rebondissements. Le rythme est rapide et la traque bien construite. Un livre qui se dévore très facilement, j’avais du mal à le lâcher et hâte de m’y replonger. Et le dénouement est vraiment bon.

Point plus discutable : l’aspect ésotérique est quasiment absent pendant la première moitié du livre. Et quand il investit enfin le récit, c’est trop en force. Il est alors des pages entières consacrées à des explications historico-mystiques… j’ai regretté qu’elles ne soient pas distillées de manière plus subtile tout au long de l’intrigue. Davantage de nuance n’aurait pas été de refus.

Mais Le Testament des siècles reste une lecture qui fleure bon les vacances, et que j’ai  vraiment apprécié dans la mesure où j’y mettais peu d’attentes. Alors oui, ce n’est qu’un thriller ésotérique, mais c’est un « bon » dans ce genre. Un mélange de Da Vinci code (en bien mieux écrit – et d’ailleurs écrit antérieurement !) et de Millenium (pour le hacking (?) et le personnage féminin qui écrase tous les autres) plutôt réussi.

Ravie d’avoir gagné ce livre lors du festival Quais du polar ! L’avis de Kikine qui avait brillamment gagné l’exemplaire mis en jeu et avec qui j’ai fait cette lecture commune très sympathique !

9782290001516.gif (L’édition vendue dans le commerce !)

Bonne plock à tous !

Le testament des siècles, par Henri Loevenbruck (2003), aux éditions J’ai Lu, 381 p., ISBN 978-2-277-00458-5.



40 ans, 6 morts et quelques jours…, par Victor Rizman

9782953346107.gif « La situation n’a pas changé, mais je la vois littéralement sous un autre jour et je l’accepte« .

Pour présenter ce roman, on peut bien sûr faire dans le classique, en reprenant la présentation de l’éditeur : « un publicitaire, père de famille sans histoire, décide de changer de vie au seuil de ses quarante ans et pour s’interdire tout retour en arrière, commet l’irréparable en devenant serial killer. La mise en scène commence, entraînant un journaliste de second plan mais à l’univers pour le moins étrange et un flic revenu de tout. 3 hommes, 3 histoires, un seul et même tourbillon qui les entraîne dans le sillon de la vie. Le temps de compter jusqu’à 6, et leur vie aura changé. Au-delà de l’intrigue policière, un roman au coeur de la communication, explorant les limites de la manipulation. Une histoire d’hommes qui doutent et qui cherchent mais qui ne s’épargnent pas leur introspection« .

Mais on peut aussi faire dans le moderne, en insérant la vidéo, à l’image du roman et vraiment bien foutue.

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Le narrateur est un type ordinaire, qui, un beau matin – ou plutôt un soir en sortant les poubelles – réalise qu’il n’en peut plus. Sa carrière, sa famille, tout cela n’a plus beaucoup de sens. Commence alors une double vie, une nouvelle vie même, qui va lui permettre d’exprimer sa profonde misanthropie.

L’ensemble des personnages qui gravitent autour du narrateur sont d’une justesse épatante : sa famille, ses relations professionnelles… les personnages de Sanglar – le journaliste – et de Schmitt – le flic – m’ont pourtant semblé plus lointains. Ces chapitres alternatifs sont moins convaincants, plus confus, j’avais hâte (vraiment hâte, et c’est certainement bon signe !) de retrouver le narrateur.

L’autre source de réjouissance, c’est l’écriture de Victor Rizman : un beau phrasé, percutant, d’une grande finesse. L’auteur est capable de mettre en lumière le moindre travers, de sublimer les petites choses du quotidien – ou plutôt  d’en  montrer le côté abject – et de saisir littéralement le lecteur avec le carrelage d’une cuisine, une réunion clientèle ou une cafétéria de troisième zone.

Voilà enfin un roman qui m’a bluffé par la qualité de son intrigue. Après des débuts un rien poussifs, la trame devient palpitante. Et surtout, quel dénouement ! Tout simplement époustouflante, la fin m’a scotchée comme rarement. Un polar non conventionnel, loin du pur divertissement. Largement de quoi séduire les amateurs du genre, mais aussi, certainement, bien au-delà. Car il est question de meurtres et de leur traque journalitistico-policière, mais il est aussi une vraie chronique sociale, un regard fort sur la folie ordinaire et une réflexion amère sur la société de l’internet.

Bonus avec le site de l’auteur, qui précise que 40 ans, 6 morts et quelques jours… est composé de 68% de curiosité, 80% de cynisme, 67% d’humour noir, 72% de suspens, 100% de remise en question et 0,7% de femme à poil… et il n’y a pas tromperie sur la marchandise !

Bref, un grand merci aux éditions Emotion-works pour cette découverte, et à Cynthia pour avoir attiré mon attention sur ce livre ! Egalement les avis de Mango, Clara, Sandrine, Saxaoul… 

Bonne plock à tous !

40 ans, 6 morts et quelques jours…, par Victor Rizman (2009), aux éditions Emotion-Works, 290 p., ISBN 978-2-9533461-0-7. 



Prenez soin du chien, par J.M. Erre

erre.jpeg « J’ai tout de suite remarqué que quelque chose clochait chez lui…« 

Il se passe de drôles de choses aux 5 et 6 de la rue Doulce-Belette. Il faut dire que la folie semble contagieuse dans ces deux immeubles mitoyens… Par exemple, entre les voisins Max Corneloup et Eugène Fluche, rien ne va plus. Le premier, auteur de romans-feuilletons, et le second, peintre sur coquille d’oeuf, se persuadent à qui mieux-mieux que l’autre n’a  d’autres préoccupations que de l’espionner. Mais plus l’on fait connaissance avec les autres résidents, plus ces deux là nous paraissent relativement sains d’esprit. Et lorsqu’un meurtre est commis, la santé mentale déjà fragile des locataires semblent défaillir pour de bon.

Quelle histoire, mais quelle histoire ! Après avoir eu un gros coup de coeur pour Série Z, je n’ai pas pu attendre : Prenez soin du chien est venu coiffer ma PAL en un rien de temps. Et là encore, quelle poilade, mais quelle poilade ! 

Avec ses personnages plus psychotiques les uns que les autres, J.M. Erre nous embarque, l’air de rien, au doux pays des barges. Parce qu’il faut voir le tableau : une concierge indiscrète, une autre sexy en diable, un chienchien  à sa mémère folle-dingue, un auteur de romans cochons, un collectionneur de gerbilles, un adolescent attardé, un cinéaste taciturne – et j’en passe. Ce n’est plus un quartier résidentiel ordinaire ; c’est un asile qui s’ignore.

J’en oublierai presque que ce roman est aussi un polar. Construite sur un compte à rebours, l’intrigue est prenante et surprenante, riche de rebondissements plus cocasses les uns que les autres. Et le dénouement se fait urgemment attendre ! Le récit est aussi servi par une écriture loufoque, hilarante, un brin canaille, et – cerise sur le gâteau – entrecoupé de réflexions sur le travail de l’écrivain, les ressorts de la fiction, l’inspiration…

Une histoire déjantée, foisonnante, et pourtant bien maitrisée : du grand art !

Extrait du journal de Max Corneloup : « Aucun signe d’activité chez Fluche depuis mercredi. Pas de lumière, pas de mouvement. Je n’ose espérer qu’il ait enfin débarrassé le plancher (…). Ce matin, il m’est venu à l’esprit une idée assez délectable : et si le maniaque était mort ? Je l’imagine, vautré au milieu de ses oeufs, paré pour le voyage… Vers le paradis des poules si cela lui fait plaisir ! Crise cardiaque ? Rupture d’anévrisme ? A moins qu’une vilaine chute… (…) Ouais, une chute, c’est pas mal ça… A demi trépané sur le lino, on fait nettement moins le malin… Et les huit mètres du salon, ça devient vite une trotte, quand vous n’avez plus que le petit doigt pour vous tracter…« .

Si Prenez soin du chien m’a semblé un léger chouïa en dessous de Série Z – il faut préciser qu’il s’agit du premier roman de J. M. Erre -, il en reste un immense plaisir de lecture, jubilatoire, rapide (trop rapide même !) et vivement recommandée !

Les avis de Keisha, Papillon, Choupynette, Fashion, Emeraude, Jules… et d’autres encore recensés chez BOB !

Bonne plock à tous !

Prenez soin du chien, par J.M. Erre (2006), aux éditions Points (2007), 304 p., 978-2-757-80124-6. 



Hush, par Kate White

9782501066525.jpg « Contente-toi d’en venir au fait, eut-elle envie de hurler« .

C’est ce qui s’appelle un quatrième de couverture emphatique. « Au matin de sa première nuit avec le Dr Keaton, avec qui elle travaille dans une clinique d’insémination artificielle, Lake Warren s’éveille au côté d’un cadavre. C’est le début de sa descente aux enfers. Pour ne pas risquer de perdre la garde de ses enfants, elle doit se taire, mentir à la police et découvrir elle-même la vérité. Bientôt, d’inquiétants indices viennent – littéralement – s’amonceler devant sa porte. Lake comprend alors qu’elle dangereusement proche des secrets sordides de la clinique et de Keaton. Mais peut-elle encore faire machine arrière ?« .

Pourquoi cette lecture ? Parce que c’est désormais acquis : je suis crédule. A la vue du quatrième de couverture, j’y ai cru. Et quand il m’a fallu choisir un livre  (un seul, vu la taille des bagages à main autorisés par EasyJ*t), j’ai suivi les recommandations « il te faut un polar facile pour ton premier voyage en avion ». Le conseil était judicieux, mon choix beaucoup moins.

Bon, je vais étayer mon (res)sentiment. Et de commencer par le point positif : l’intrigue. Qui dit positif ne dit pas parfait – c’est somme toute très relatif, comparé aux nombreux écueils de ce thriller… Mais je ne suis pas dupe du fait que Kate White a exploité – sans grande subtilité pour que je m’en aperçoive ! – le fameux système du page-turner : des chapitres courts, se terminant sur un embryon de rebondissement ou un début d’éclaircissement, qui donnent envie de savoir, eh oui, mais qu’est-ce qu’y va-t-y donc se passer ensuite, on se le demande. L’enquête avance vite et c’est tant mieux.

Car venons-en aux choses qui fâchent – soit tout le reste. L’ambiance ? Inexistante.  Le  style ? Insipide. Les personnages ? Caricaturaux (les médecins sont arrogants, les infirmières bécasses, les flics méchants, et son héros plus beau en vrai qu’en photo). Le dénouement ? L’histoire est moche, mais de là à la qualifier de « sordide »… Mais Kate White n’a pas oublié une bonne dose de discours réac’ sous des airs de ne pas y toucher et une happy end facile.

Et puis, et puis, le personnage central : une new-yorkaise chicosse, la quarantaine bien fraîche malgré son divorce (ça nous change des trentenaires célibataires… enfin, si peu), car son mari l’a quitté brusquement – l’affreux jojo. Mais rassurez-vous, Lake nous fait régulièrement part des sentiments qu’elle a pour lui – ou pas – ou plus. Ouf. En fait, rien ne manque au tableau : deux enfants en camp de vacances à qui elle écrit tous les jours (comme c’est mignon), un chat dont elle prend grand soin (bref, la mère parfaite), une garde-robe que l’on finit par connaître dans le détail et une meilleure copine pot-de-colle mais un peu garce sur les bords quand même.

Une lecture somme toute pas si désagréable, mais vraiment plate, qui aura eu au moins un mérite : me conforter dans l’idée que la chick-lit n’est définitivement pas ma tasse de thé, même enrobée d’un suspens grossier. Et ce thriller à l’eau-de-rose de se terminer sur cette phrase toute en profondeur : « Ses yeux rencontrèrent les siens et elle lui sourit« . Voilà voilà…

Je remercie quand même la Team de 49799387p.png et les éditions Marabout pour ce partenariat ! Ce roman, qui trouvera certainement son public, peut s’avérer idéal pour une lecture de plage, mais je me suis clairement méprise dans mon choix.

Bonne plock à tous !

Edit du 23/06 et + : les avis sont partagés… positif pour Sybille et Mango, ce fut même un coup de coeur pour  Lily et MyaRosa. En revanche, June, Mélo, Lecoinlittéraire et Jostein sont plus mitigés, tandis que Valérie, Emiloutre et Celsmoon partagent ma déception (ouf, je me sens moins seule !). D’autres avis chez BOB

Hush – Ce que vous ne dites pas peut vous tuer (Hush), par Kate White (2010), traduit de l’anglais (États-Unis) par Armelle Santamans, aux éditions Marabout, collection Girls in the City (2010), 381 p., ISBN 978-2-501-06652-5.



Le livre virtuel : un test peu concluant !

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La presse en avait parlé ici ou . Ce vendredi, je n’ai donc pas été surprise de trouver dans la newsletter du Monde… un polar. Plus précisément un feuilleton, car Muti, de Caryl Férey, est un court récit découpé en différents « épisodes »- et non chapitres, le vocabulaire choisi est déjà un révélateur.

En quelques mots, il est ici questions deux collègues, flics et amants, chargés d’enquêter sur la disparition du joueur vedette des Bafana Bafana, à quelques jours de l’ouverture de la Coupe du Monde. Mais assez parlé du fond, sur lequel je ne peux pas me prononcer : mon test fut de courte durée – et voilà pourquoi.

Premier problème : pour défiler à l’écran, le texte est découpé à l’extrême.  Une phrase, deux phrases, trois ou quatre dans le meilleur des cas… c’est bien court pour se plonger littéralement dans l’histoire.

Certes, l’on peut accélérer le rythme de façon manuelle, ou opter pour la « version texte » (qui affiche la page à l’écran dans son intégralité). Mais, dans le premier cas, le procédé devient fastidieux (imaginer devoir tourner la page toutes les deux phrases…), et dans le second, le « visuel » perd tout son intérêt : la page envahit l’écran – et fait disparaître une grande partie du décor – et l’on retombe dans une lecture linéaire. Bref, je ne vois pas de quelconque plus-value. 

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Deuxième problème : il est beaucoup de suppléments, d’applications, de bonus – je ne sais comment les dénommer. Plus précisément, le « lecteur » ou le « visonneur » est invité à cliquer sur des petites boules blanches qui scintillent un peu partout sur l’écran. Chacune d’elle s’ouvre sur un « complément » : un article de presse, le passé d’un personnage, un historique des lieux…  difficile de ne pas cliquer, ces éléments clignotent en permanence.

Or, plutôt que d’enrichir la lecture, ils se sont rapidement révélés comme de véritables parasites. Ils m’ont tout simplement fait perdre le fil, m’ont distrait et fait décroché de la trame elle-même. Non pas que ces éléments soient superflus sur le fond, mais ils m’ont semblé tout simplement gênants et contre-productifs.

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Conclusion : cette expérience m’a fait penser à la naissance d’un genre nouveau : le polar entre livre et série TV. J’aime autant les premier que les seconds, et pourtant… pas de plus-value, et, bien au contraire, une lecture brouillée. J’ai abandonnée dès la fin du 2e épisode, je n’étais tout simplement plus dedans. Le test est donc peu concluant, pour ne pas dire frustrant : j’ai désormais hâte de pouvoir lire ce polar (qui m’a l’air glauque comme je les aime en plus !)

L’avis d’In Cold Blog.  

« Muti », un polar de Caryl Férey à Cape Town
LEMONDE.FR | 20.05.10

© Le Monde.fr

Bonne plock à tous !



Echo Park, par Michael Connelly

connelly1.jpeg « Va falloir rester coolos« 

On ne présente plus l’inspecteur Bosch : flic à Los Angeles depuis de nombreuses années, il s’est toujours distingué par une ténacité à toute épreuve. La preuve encore avec le dossier Gesto. Voilà 13 ans que cette jeune femme a disparu, et 13 ans qu’il rouvre régulièrement le dossier de cette affaire non résolue… Et voilà-t-y pas qu’un serial killer jusqu’ici totalement inconnu s’accuse du crime ! Il faut dire que le procureur, en pleine période de réélection, lui propose un accord pour éviter la chaise électrique en échange d’aveux complets…

Michael Connelly est présenté comme un « maître incontesté du polar américain » – et ce n’est pas moi qui dirait le contraire ! J’avais dévoré Les Égouts de Los Angeles et La Blonde en béton quasiment en apnée, la mine déconfite au petit matin tant il m’était impossible de refermer le livre à des heures pourtant indécentes.

Totalement éprise d’Harry Bosch, je constate avec plaisir que Michael Connelly a eu l’intelligence de laisser mûrir son personnage avec les années (précisons que j’ai loupé quelques épisodes de la série) : moins taciturne, – un peu – moins alcoolisé, mais toujours aussi tête-brûlé ! Quant à l’enquête, elle est à la hauteur du personnage. Pour résoudre l’affaire Gesto, il va lui falloir déjouer les évidences et agir en électron libre, avec la bonne dose de pugnacité qui le caractérise.

Echo Park répond à tous les codes du genre : une intrigue claire et efficace, du parlé vrai, un rien de profilage, quelques bisbilles entre les services et des scènes d’action rondement menées, crédibles, réalistes – rien à dire.

Bref, Echo Park est un bon cru : Connelly connaît sa partition et déroule sans fioritures. Alors, oui, c’est assez formaté, oui, il n’y a rien de follement original dans cette enquête, mais oui, ce polar a parfaitement répondu à mes attentes : réduire les 4h de train Bruxelles-Lyon à peau de chagrin. Une lecture-détente et un brin sanguinolente de tout premier choix.


Lu dans le cadre du Défi Littérature policière sur les cinq continents organisé par Catherine.

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Lu également pour le Challenge Serial Killer organisé par Alcapone

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Bonne plock à tous !

Echo Park (Echo Park), par Michael Connelly (2006), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Robert Pépin, aux éditions Points (2008), 429 p., ISBN 978-2-7578-0915-0 .


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