Juliet, Naked, par Nick Hornby

hornby.jpeg « Si les toilettes pouvaient parler, hein ?« 

Le quatrième de couverture est pertinent, alors profitons-en ! « A Gooleness, petite station balnéaire surannée du nord de l’Angleterre, Annie, la quarantaine sonnante, se demande ce qu’elle a fait des quinze dernières années de sa vie… En couple avec Duncan, dont la passion obsessionnelle pour Tucker Crowe, un ex-chanteur des eighties, commence sérieusement à l’agacer, elle s’apprête à faire sa révolution. Un pèlerinage de trop sur les traces de l’idole et surtout la sortie inattendue d’un nouvel album, Juliet, Naked, mettent le feu aux poudres. Mais se réveiller en colère après quinze ans de somnambulisme n’est pas de tout repos ! Annie est loin de se douter que sa vie, plus que jamais, est liée à celle de Crowe qui, de sa retraite américaine, regarde sa vie partir à vau-l’eau… Reste plus qu’à gérer la crise avec humour et plus si affinités… »

Le sujet originel, c’est donc une banale crise de la quarantaine. Car Annie réalise que depuis 15 ans, elle partage sa vie avec un pauvre type, du genre crétin-fanatique-suffisant et qu’en définitive, elle n’a pas fait grand chose de son existence, largement vécue dans l’attente et la procuration. Mais par-delà ce réveil soudain dans un couple qui bât de l’aile, Nick Hornby entraîne le lecteurs sur un certain nombre de questions existentielles, et touche ainsi du doigt des thèmes contemporains et plus délicats qu’il n’y parait.

Des choses légères, il y en a. Et des choses plus sérieuses, il y en a aussi, mais toujours racontées de manière légère – tout pour faire mon bonheur quoi. L’obsession qui vire à l’idolâtrie, la fin des rêves de jeunesse, les travers d’internet, et la difficulté à refaire sa vie. Mais aussi la question de la parentalité, ratée ou tardive avec les angoisses d’un petit garçon qui anticipe sur la disparition de son père. Et enfin, la légitimité ou l’autorité de la critique d’art – car Duncan va apprendre à ses dépens que « toute opinion est valide« . 

Autres sources de réjouissances, les personnages – courageux et pitoyables, peu importe, ils sont tous attachants dans leur manière d’avoir raté leurs vies – et le cadre : l’ambiance dépeinte par Nick Hornby dans cette petite station balnéaire oubliée sur la côte anglaise est délicieuse ; une bourgade dont l’heure de gloire a sonné depuis longtemps, et donc à l’image des personnages. Sans oublier ce ton, plein de sarcasmes et d’ironie, qui a même suscité une bonne poignée de vrais fous rire – comme ici, lorsque le garçon explique que son lapin mort est enterré dans le jardin :

« - Le lapin est enterré juste là, indiqua Jackson à Lizzie en désignant la croix en bois sur le bord de la pelouse. Papa ira à côté de lui, hein, papa ?

- Ouais, répondit Tucker. Mais pas tout de suite.

- Mais bientôt. Peut-être quand j’aurai sept ans ?

- Plus tard, dit Tucker.

- Bon. Peut-etre, concéda Jackson d’un ton dubitatif, comme si cette conversation avait pour but de réconforter Tucker« .

Bref, ma première rencontre avec Nick Hornby fût franchement réussie ! Une lecture vraiment plaisante, et qui, mine de rien, donne à réfléchir et à s’émouvoir avec une grande fraîcheur et une vraie finesse. Encore un grand merci à Esmeraldae qui m’a permis de gagner ce livre !

Lu dans le cadre d’une lecture commune sur Nick Hornby organisée avec Lou (qui a lu Speaking with the Angel) et à laquelle se sont joint Mango et Hilde (avec Slam) Kikine et DF (avec Juliet, naked), La Nymphette (avec Bonté mode d’emploiet d’autres encore peut-être (j’actualise dans la journée !)

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Les nombreux avis sur Juliet, naked recensés chez BOB !

Bonne plock à tous !

Juliet, Naked (Juliet, Naked), par Nick Hornby (2009), traduit de l’anglais par Christine Barbaste, aux éditions 10-18 (2010), 314 p., ISBN 978-2-264-05083-0. 



Catalène Rocca, par Jean-François Delapré

  En haut de la pile « Pour reconnaître, il faut connaître« .

Il était un libraire qui rencontrait de drôles de clients… Catalène Rocca d’abord, une femme à la recherche d’un livre introuvable ; L’homme au manteau de pluie ensuite, un client discret  – et pour cause…

Ce tout petit livre contient deux petites nouvelles qui nous sont racontées avec une grande douceur, et qui sont chacune ponctuées d’une chute vraiment ravissante. La plume  de Jean-François Delapré résonne à merveille. Ainsi lorsque le libraire se dirige vers Catalène Rocca : sans qu’il soit besoin que le narrateur le dise explicitement, on sait, on sent qu’il est en train, là qu’il nous parle, d’aller à la rencontre de cette cliente ; chaque paragraphe semble marquer un pas supplémentaire qui les rapproche un peu plus. C’est surprenant de justesse.

On se laisse embarquer avec grand plaisir dans cette lecture, une lecture apaisante, à la fois délicate et amusante, dont je suis ressortie le sourire aux lèvres. Je n’ai d’ailleurs aucun scrupule à vous donner envie de le lire ! Ce livre est tellement court, il se lit en quelques minutes – à moins que, comme moi, vous ne preniez le temps de le relire encore et encore… par pure gourmandise ! Et ces impressions de libraires parleront certainement à tous les lecteurs…

« Je n’en menais pas large. Tous les jours, nous avions droit à ce genre de demande, des ouvrages dont on avait entendu des bribes à la radio, vu passer la couverture à la télé (une couverture blanche avec le titre en rouge…). La plupart du temps, nous finissions par trouver le livre dont il s’agissait, et si nous ne l’avions pas, nous pouvions le commander. Il suffisait d’un sourire, d’un délai raisonnable« .

Je remercie vivement Clara pour m’avoir fait suivre ce petit livre ! Également les avis de Keisha, Cécile, Lou et Maggie, et d’autres avis encore recensés chez BOB !

Bonne plock à tous !

Catalène Rocca, suivi de L’homme au manteau de pluie, par Jean-François Delapré (2010), aux éditions de la Table Ronde, 45 p., ISBN 978-267103-3170-4.



Made in China, par J.M. Erre

97827578119621.gif « Le vrai héros n’urine pas (Écrire un roman ? Fastoche !, p. 112.)« 

Toussaint Legoupil n’est pas rendu. Enfant adopté, né en Chine mais noir de peau, élevé par des parents impossibles dans un village de Provence entièrement dévoué à une secte grotesque, son destin est peu… conventionnel dirons-nous. Lorsqu’il décide de quitter cette vie (que c’est étonnant !) pour retrouver la trace de sa mère biologique, c’eut été trop beau que tout se passe comme prévu. Aidé par (ou plutôt affublé contre son gré de) son amour de jeunesse, la très spéciale Mimi, ce qu’il découvre en Chine va de pis en pis… bref, non, Toussaint n’est pas rendu.

Ce n’est pas peu dire que j’avais adoré les précédents romans du même auteur, Prenez soin du chien et surtout Série Z pour lequel j’ai eu un gros coup de coeur (et qui repartira en livre-voyageur à la fin de l’été, avis aux amateurs de lecture anti-déprime). J’ai retrouvé dans Made in China ce qui a fait mon bonheur avec ces précédentes lectures, mais j’ai aussi rencontré de (très légers) bémols, jusqu’ici inédits.

Les tribulations de Toussaint sont délicieusement cocasses. L’intrigue est bien déjantée, les personnages vraiment atteints, et les rebondissements, nombreux, plus loufoques les uns que les autres – la tentative de viol par une femelle koala en mal d’amour restera une scène culte, sans oublier cette réplique d’anthologie « c’est boooon, les gauuufres« . Le tout est sympathiquement drôle ; il m’a cependant manqué un chouïa de suspens pour être irrépressiblement embarqué dans cette histoire. Et l’écriture m’a par moment semblé trop travaillée, léger frein à une lecture aisée.

Il est pourtant dans ce titres de meilleures trouvailles encore que dans les deux précédemment cités. Mention spéciale aux « bonus » que l’on trouve à la fin du roman, à la manière d’un collector.

« IV – Le bêtisier (…). Voici un des passages les plus intenses de cette histoire : J’ai couché avec ma mère. Comme mon copain OEdidfo aeiyrdfjaphepqdhdfqsdkihfq^g^fg sdiofqsufdoa qdiofqusdo Là c’est mon chat qui a marché sur le clavier de l’ordinateur. On s’est bien marré« .

Ben moi aussi tiens. Parce que ce n’est peut-être pas le meilleur roman de J.M. Erre, mais cela reste un livre truculent, distrayant, au fort pouvoir gloussant. Et dire qu’il va me falloir attendre des mois, voire des années, pour lire un nouveau titre de J. M. Erre – ses trois romans ont été précédemment publiés à une intervalle régulière de deux années… ce qui nous reporte le suivant à 2012… Dur !

Merci à Clara et à Keisha de m’avoir accompagné dans cette lecture !

Bonne plock à tous !

Made in China, par J.M. Erre (2008), aux éditions Points, 221 p., ISBN 978-2-7578-1196-2.



Le testament des siècles, par Henri Loevenbruck

photo0320.jpg« Je n’étais qu’un prétexte de plus pour les féministes du monde entier«  

Damien Louvel s’est expatrié à New York où il vit le rêve américain, jusqu’à ce que la mort brutale de son père, avec qui il est en froid depuis des années, ne le contraigne à rentrer en France. Ce qu’il découvre alors ne va cesser de le surprendre. Ce père qu’il a connu si cartésien, si parisien, si prévisible a vendu sa collection de livres anciens pour s’acheter une maison en Provence, maison dans laquelle il a entassé des choses bien étranges… et maison dans laquelle Damien se fait agresser dès sa première visite. Aidé de Sophie, il poursuit bon gré mal gré les recherches de son père, sur les traces d’Albrecht Dürer et du « vrai » message de Jésus.     

Les thrillers ésotériques, c’est ma lecture facile par excellence, mon pêché mignon, ma chick-lit à moi. Et – ne riez pas – mais n’ayant reçu aucune instruction religieuse, j’ai appris par ces lectures un tas de truc sur la vie de Jésus, Pierre, Paul, Jacques, les Templiers et  l’Opus Dei. Re-belote avec Le Testament des siècles, qui répond agréablement à tous les codes du genre.

Évidemment, Damien va rencontrer une belle nana pour l’aider dans ses recherches. Mais ce personnage féminin n’est pas un simple faire-valoir, loin de là ! Débrouillarde, courageuse, intelligente – du moins autant que lui est couard, hésitant, empoté – et comme son orientation sexuelle n’est pas clairement tournée vers les garçons, ces deux-là forment  en définitive un couple bien sympatoche.

Gros point fort : l’aspect thriller est traité à la perfection. C’est bourré d’action, de courses poursuites, de rebondissements. Le rythme est rapide et la traque bien construite. Un livre qui se dévore très facilement, j’avais du mal à le lâcher et hâte de m’y replonger. Et le dénouement est vraiment bon.

Point plus discutable : l’aspect ésotérique est quasiment absent pendant la première moitié du livre. Et quand il investit enfin le récit, c’est trop en force. Il est alors des pages entières consacrées à des explications historico-mystiques… j’ai regretté qu’elles ne soient pas distillées de manière plus subtile tout au long de l’intrigue. Davantage de nuance n’aurait pas été de refus.

Mais Le Testament des siècles reste une lecture qui fleure bon les vacances, et que j’ai  vraiment apprécié dans la mesure où j’y mettais peu d’attentes. Alors oui, ce n’est qu’un thriller ésotérique, mais c’est un « bon » dans ce genre. Un mélange de Da Vinci code (en bien mieux écrit – et d’ailleurs écrit antérieurement !) et de Millenium (pour le hacking (?) et le personnage féminin qui écrase tous les autres) plutôt réussi.

Ravie d’avoir gagné ce livre lors du festival Quais du polar ! L’avis de Kikine qui avait brillamment gagné l’exemplaire mis en jeu et avec qui j’ai fait cette lecture commune très sympathique !

9782290001516.gif (L’édition vendue dans le commerce !)

Bonne plock à tous !

Le testament des siècles, par Henri Loevenbruck (2003), aux éditions J’ai Lu, 381 p., ISBN 978-2-277-00458-5.



Prenez soin du chien, par J.M. Erre

erre.jpeg « J’ai tout de suite remarqué que quelque chose clochait chez lui…« 

Il se passe de drôles de choses aux 5 et 6 de la rue Doulce-Belette. Il faut dire que la folie semble contagieuse dans ces deux immeubles mitoyens… Par exemple, entre les voisins Max Corneloup et Eugène Fluche, rien ne va plus. Le premier, auteur de romans-feuilletons, et le second, peintre sur coquille d’oeuf, se persuadent à qui mieux-mieux que l’autre n’a  d’autres préoccupations que de l’espionner. Mais plus l’on fait connaissance avec les autres résidents, plus ces deux là nous paraissent relativement sains d’esprit. Et lorsqu’un meurtre est commis, la santé mentale déjà fragile des locataires semblent défaillir pour de bon.

Quelle histoire, mais quelle histoire ! Après avoir eu un gros coup de coeur pour Série Z, je n’ai pas pu attendre : Prenez soin du chien est venu coiffer ma PAL en un rien de temps. Et là encore, quelle poilade, mais quelle poilade ! 

Avec ses personnages plus psychotiques les uns que les autres, J.M. Erre nous embarque, l’air de rien, au doux pays des barges. Parce qu’il faut voir le tableau : une concierge indiscrète, une autre sexy en diable, un chienchien  à sa mémère folle-dingue, un auteur de romans cochons, un collectionneur de gerbilles, un adolescent attardé, un cinéaste taciturne – et j’en passe. Ce n’est plus un quartier résidentiel ordinaire ; c’est un asile qui s’ignore.

J’en oublierai presque que ce roman est aussi un polar. Construite sur un compte à rebours, l’intrigue est prenante et surprenante, riche de rebondissements plus cocasses les uns que les autres. Et le dénouement se fait urgemment attendre ! Le récit est aussi servi par une écriture loufoque, hilarante, un brin canaille, et – cerise sur le gâteau – entrecoupé de réflexions sur le travail de l’écrivain, les ressorts de la fiction, l’inspiration…

Une histoire déjantée, foisonnante, et pourtant bien maitrisée : du grand art !

Extrait du journal de Max Corneloup : « Aucun signe d’activité chez Fluche depuis mercredi. Pas de lumière, pas de mouvement. Je n’ose espérer qu’il ait enfin débarrassé le plancher (…). Ce matin, il m’est venu à l’esprit une idée assez délectable : et si le maniaque était mort ? Je l’imagine, vautré au milieu de ses oeufs, paré pour le voyage… Vers le paradis des poules si cela lui fait plaisir ! Crise cardiaque ? Rupture d’anévrisme ? A moins qu’une vilaine chute… (…) Ouais, une chute, c’est pas mal ça… A demi trépané sur le lino, on fait nettement moins le malin… Et les huit mètres du salon, ça devient vite une trotte, quand vous n’avez plus que le petit doigt pour vous tracter…« .

Si Prenez soin du chien m’a semblé un léger chouïa en dessous de Série Z – il faut préciser qu’il s’agit du premier roman de J. M. Erre -, il en reste un immense plaisir de lecture, jubilatoire, rapide (trop rapide même !) et vivement recommandée !

Les avis de Keisha, Papillon, Choupynette, Fashion, Emeraude, Jules… et d’autres encore recensés chez BOB !

Bonne plock à tous !

Prenez soin du chien, par J.M. Erre (2006), aux éditions Points (2007), 304 p., 978-2-757-80124-6. 



Comment j’ai fêté la fin du monde, par Catalin Mitulescu

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Roumanie, 1989. Dans la banlieue de Bucarest, Eva devient adulte. Elle a 17 ans – mais tant l’actrice que le personnage en paraissent bien davantage. Elle vit avec ses parents et Lalalilu, son frère de 7 ans ; mais surtout, elle fréquente Alex, « fils de flic », fils de l’officier du parti du quartier. Un jour, alors qu’ils traînent dans les couloirs du lycée, ils renversent par accident un buste de Ceausescu. Et c’est Eva qui trinque, lâchée par Alex, lui-même protégé par son statut. Renvoyée, elle intègre un établissement entre lycée professionnel et maison de redressement. Et fait la connaissance d’Andreï, fils de dissident, qui rêve de quitter le pays.

L’intrigue du film deviendra vite secondaire. Elle ressemble davantage à un prétexte pour donner à voir des tranches de vie sous un régime autoritaire qui vit ses dernières heures.

D’où l’impression d’un film brouillon et qui traîne en longueur… mais qui reste plaisant à voir.

D’abord et avant tout pour la qualité de l’image. Angle de vue, lumière, la caméra s’attarde, s’immisce, saisit de très belles choses et crée une atmosphère à la fois douillette et brutale.

Ensuite, pour les chroniques de vie dans un quartier de Bucarest. Un coin de banlieue qui s’apparente à un petit village, dans lequel il faut composer avec la résignation, la méfiance et les petits délires de chacun. Et un film rythmé par des scènettes souvent drôles, de cet humour du dernier recours, fragile et amer. 

Enfin et surtout, pour ses acteurs. Eva – Dorotheea Petre, prix d’interprétation féminine au festival de Cannes 2006 – qui, avec ses faux airs de Fanny Ardant, porte le film. Mais aussi Lalalilu – Timotei Duma – et même si je suis loin d’être la première à m’attendrir béatement devant la petite bouille du premier gosse qui passe, force est de reconnaître qu’il est juste sublime.

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Un extrait ici (impossible d’insérer la vidéo… vous ai-je déjà dit que j’étais une bille en informatique ?) ou ici  Comment J’Ai Fêté La Fin Du Monde.

Un film tragi-comique à l’esthétique tout simplement très belle, mais peut-être à réserver aux soirées d’humeur nostalgique et contemplative

Bonne plock à tous !

 

Comment j’ai fêté la fin du monde (2005), réalisé par Catalin Mitulescu, avec Dorotheea Petre, Timoti Duma… Sélection officielle Un certain regard – Festival de Cannes 2006 ; Prix d’interprétation féminine, 101 min.



Saga, par Tonino Benacquista

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« Si une chaîne réunit dans une même pièce un jeune scénariste fringant prêt à travailler gratuitement, une pisse-copie du roman rose, un SDF fatigué et un vieil has-been, c’est qu’il y a certainement un couille dans le potage ! ». En voilà un beau résumé.

Une idée sympatoche au départ. Quatre personnes réunies pour pondre une daube télévisuelle, de la saga comme on n’en fait plus. Le hic ? Le sit-com en question a vocation à n’être diffusée qu’à 4h du mat’.

Pourtant, entre Marco, le narrateur (« devenir scénariste, c’est ma seule ambition dans l’existence« ), Mathilde, la « midinette professionnelle« , Jérôme, qui tient du génie spoilé et incompris, et Louis, le « vieux cheval de labour qu’on garde en vie parce qu’il connaît bien la route« , tout fonctionne vite et bien. 

On leur permet de faire n’importe quoi, et ils ne vont pas se gêner.

Dans ce quasi huis-clos, les autres, c’est surtout l’émulation. Dedans, les rapports humains sont fait d’amitiés, de complicité, de complémentarité. Dehors en revanche, tout n’est qu’incompréhension. Avec Séguret, le directeur des programmes que l’on fait tourner en bourrique, avec Charlotte aussi, la compagne de Marco, dont l’histoire de couple constitue une trame secondaire plutôt intéressante.

Une première partie qui fonctionne donc très bien ! Je ressens une agréable montée en puissance dans toute la première moitié du roman. L’écriture est fluide, légère, l’entrée en matière immédiatement séduisante.  

Tout allait bien donc…. jusqu’au milieu du roman. Mon plaisir de lecture initial n’a pas survécu à la fin du huis-clos. Lorsque le quatuor explose, c’est tout le liant de la trame qui s’est effondré sous mes yeux. Le début d’une longue dégringolade : plus d’adhérance, plus d’engouement, plus beaucoup de sens… rien de désagrable, mais le charme est rompu.

C’est ce qui s’appelle un avis mitigé ! Tant que les personnages ont des choses à faire, on les regarde, on se distrait, on prend partie ; dès lors qu’ils sont lâchés dans le tout et rien, l’ennui gagne sournoisement. 

Et pourtant, je ne regrette pas du tout cette lecture ! Étrange ? Oui et non. Disons que c’est sans prise de tête aucune. Un vrai moment de détente malgré tout, pas le moindre soupçon d’agacement ou d’irritation malgré ma déception : ça reste léger et divertissant. Donc pourquoi pas ?

D’ailleurs, de nombreux avis enthousiastes sur la blogo : Keisha, Karine:), La plume et la page (plus mitigé chez Marie ; et plein d’autres commentaires chez BOB).

Bonne plock à tous !

Saga, par Tonino Benaquista (1997), aux éditions Folio, 439 p., ISBN 2-07-040845-0.



Mort à la Fenice, par Donna Leon

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C’est Chocolatée (SBF) qui m’a proposé cette lecture dans le cadre du Challenge Caprice et je l’en remercie ! Pas de (mauvaise) surprise dans son choix. Mort à la Fenice est un polar de bonne facture qui correspondait parfaitement à mes attentes du moment.

Une lecture vraiment sympa, en particulier grâce au cadre de l’intrigue - Venise, son brouillard impossible, ses  maisons introuvables dans ses ruelles étroites, ses bateaux-bus sur ses légendaires canaux (et sa non moins légendaire corruption), une belle matière dont Donna Leon a su tirer parti. De quoi entrevoir la Sérénissime sans s’ennuyer un instant.

Dès les premières pages, j’ai plongé très facilement. Nous sommes donc à la Fenice de Venise, et la représentation de La Traviata doit reprendre après l’entracte sur son troisième et dernier acte. Mais le chef d’orchestre ne réapparaîtra jamais : il est retrouvé mort dans sa loge.

L’enquête commence alors de manière presque trop conventionnelle. Elle est même un poil mécanique dans les 50 ou 60 premières pages. On suit, jour par jour, heure par heure, le commissaire Brunetti explorant les premières pistes, se penchant sur le noir passé du chef d’orchestre, temporisant la presse et sa hiérarchie.

Les interrogatoires sont même rendus par le détail : le moindre regard fuyant, la moindre hésitation dans une réponse, l’étonnement ou l’agacement du suspect, tout cela nous apparait avec précision, rendant le récit très « visuel ». Je ne serai pas étonnée de voir ce polar adapté à l’écran, tout est déjà présent !

Puis, passé la centaine de pages, Mort à la Fenice prend défintivement son envol. Les personnages prennent enfin de l’épaisseur : les suspects d’abord, le mort ensuite, le commissaire Brunetti enfin. Lui, qui m’apparaissait presque insipide jusqu’ici, gagne en profondeur à mesure que son enquête avance. Sa réserve, sa sobriété, sa perspicacité dans l’analyse des comportements humains en font un personnage bigrement intéressant.

Et surtout, les pistes, jusqu’ici savamment distillées, vont progressivement se resserrer. Pas de courses poursuites effrenées, tout est question d’observation, de déduction et de recoupement. Et le dénouement est juste parfait, convaincant et même si pas très surprenant pour qui a lu entre les lignes !

Encore une fois, un polar de bonne facture ; et il y a de fortes chances de me voir tourner de nouveau autour d’une enquête signée Donna Leon pour une lecture de détente !

Lu dans le cadre du challenge Caprice organisé par Cocola’s

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Bonne plock à tous !

Mort à la Fenice (Death at La Fenice), par Donna Leon (1992), traduit de l’anglais par William Olivier Desmond, aux éditions Points, 284 p., ISBN 2-02-034037-2. 



Duel en enfer – Sherlock Holmes contre Jack l’Eventreur, par Bob Garcia

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Ce fut un plaisir de recevoir le dernier livre de Bob Garcia, Duel en enfer, Sherlock Holmes contre Jack l’éventreur, pour mon premier partenariat organisé par Livraddict. Et ce fut également un plaisir à la lecture !

Comme le veut l’usage, d’abord le résumé fourni par le quatrième de couverture : « Londres, été 1888. Sous le poids d’une chaleur suffocante, la ville est saisie d’horreur par les premiers meurtres de celui qu’on nommera bientôt « Jack l’Éventreur ». Pourtant, aucune enquête du célèbre Sherlock Holmes ne mentionne le plus fameuse affaire criminelle qui a agité ses contemporains. Bien des années plus tard, le docteur Watson confia à son éditeur le journal de l’investigation qu’il mena aux côtés du détective sur l’insaisissable tueur en série. Une terrible plongé dans l’enfer des bas-fonds londoniens, sur les pas du meurtrier le plus sanguinaire et le plus énigmatique que l’Angleterre ait connu« .

Ce n’est pas peu dire que j’attendais l’auteur au tournant. Mettre ses pas dans les pas de Conan Doyle, rien que ça ! D’autant que Bob Garcia reprend toutes les ficelles originelles, à commencer par le point de vue, puisque l’histoire nous est contée par ce fidèle Docteur Watson. L’entrée en matière est plutôt classique - un journal inédit concédé à un éditeur à la mort du détective - but why not ? Plus largement, l’auteur reprend l’essentiel des clés qui ont fait le succès de Sherlock Holmes. Si ce n’est pas toujours finement amené, je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’il ne pouvait que difficilement faire autrement…

J’avais donc placé haut mon degré d’exigence ; or, malgré certaines réserves, j’ai plongé dans l’intrigue sans me retourner et avalé ce polar d’une traite. Impossible de m’en décrocher avant de l’avoir terminé. Et de me demander alors : y’a-t-il un meilleur signe pour reconnaître un bon polar ?

Alors, soyons tout à fait honnête, il est certaines choses qui m’ont un peu dérangé. D’abord, le glauque à outrance : les bas fonds de Londres, la prostitution, la misère humaine… tout cela m’a semblé très racoleur. Ensuite, les angoisses existentielles et autres déboires sentimentaux de Watson, qui n’apportent pas grand chose au récit - voire qui le parasitent parfois.

Et surtout, l’impression d’une construction un poil bancale : l’enquête n’avance pas des masses pendant une bonne partie du récit, pour se précipiter ensuite. Les maigres indices et les pistes vagues ne permettaient pas de se faire la moindre idée du dénouement. Certains apprécieront peut-être… j’ai pour ma part vraiment regretté de ne pas pouvoir échaffauder le moindre début de commencement d’une petite hypothèse, ce que j’aime par dessus tout avec les polars !

Malgré tout, ça a bigrement bien marché. Pourquoi, comment ? Je me l’explique mal… A la réflexion, je crois que mon léger agacement a été très largement compensé. D’une part, par l’action : si l’enquête s’enlise, ce n’est pas faute, pour Holmes et Watson, de se démener. Les interrogatoires, les filatures, les poursuites, les confrontations… tout cela donne énormément de rythme au récit. D’autre part, par l’ambiance : Bob Garcia a su dépeindre une atmosphère et offre un récit très imagé. J’ai voyagé en fiacre, foulé le pavé humide, erré dans le brouillard londonien à la nuit tombée… 

Enfin, j’ai totalement adhéré au dénouement, surprenant mais convaincant. Et, cerise sur le gâteau : la postface de l’auteur, entre fiction et réalité, qui pourrait ne pas plaire à tout le monde… et c’est justement ce qui m’a plu !

Je remercie donc les éditions jailu.jpget la Team de 47286519 pour cette lecture très plaisante !

Alicia a partagé mon enthousiasme, La liseuse également, mais Matilda et Soukee beaucoup, beaucoup, moins !

A noter : Bob Garcia sera présent au festival Quais du polar !

Bonne plock à tous !

Duel en enfer – Sherlock Holmes contre Jack L’Eventreur, par Bob Garcia (2008), aux éditions J’ai Lu, 667 p., ISBN : 978-2-290-01888-0.



Les Amours Singulières de W.Somerset Maugham

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Un livre avec le mot « amours » dans le titre ? Non, vous ne rêvez pas, vous êtes bien chez Pickwick ! Mais profitez-en quand même, parce qu’il en aura fallu, des arguments, pour me convaincre…

Tout d’abord, l‘adjectif  »singulières », amateur comme je le suis des choses un peu décalées, il n’en fallait pas moins. Ensuite, le quatrième de couverture, mentionnant que Somerset Maugham a été loué en son temps par ses pairs - George Orwell, Graham Greene ou Raymond Chandler… quand même.

Enfin et surtout les swats auxquels je suis convié  – mes premiers Swats ! Le Swat Holmes et le Lady Swat - pour lesquels j’ai décidé de me préparer comme il faut en me plongeant dans la littérature britannique « classique » (en tout cas, plus classique que Jasper Fforde ou Tom Sharpe, allons bon !). Autant dire que je reviens de loin, et que ce petit recueil de nouvelles, sept au total, est vraiment tombé à pic.

Somerset Maugham nous confie ici, sur le réjouissant mode de l’anecdote, les petits drames qui ont bousculé la haute société britannique au début du XXe siècle. 

Les personnages sont gentiment moqués pour leurs nostalgies des grandes heures victoriennes (Un chiffre rond, Le facteur humain) et leur hypocrisie sans faille (Jane, Vertu, Le pain de l’exil). L’auteur – et narrateur - semble tant railler que regretter cette époque révolue des salons rococos, des hôtels avec chasseurs et du respect des convenances à toute épreuve – ou presque.

L’écriture est travaillée. Dans le style d’abord : élégant, même un chouïa précieux ; dans le récit ensuite : la trame est finement tricotée et les « chutes » – nouvelle oblige – sont souvent savoureuses. 

Mon coup de coeur ? Les sublimes descriptions, des lieux, des personnages, des atmosphères… l’auteur a un vrai don pour faire naître une foultitude d’images ou de tableaux. J’ai été transporté, vraiment.

Mon coup de colère ? J‘ai parfois été exaspéré par le côté rétrograde, pour ne pas dire archaïque, du bonhomme. Les passages sur « le manque de réserve dont les femmes font preuve dans leur affaires de coeur » ou sur le fait que ce sont « en général les épouses qui créent les difficultés«  feront au mieux rire jaune… bien jaune.

Du charme donc, mais du charme désuet assurément. De quoi réjouir les amateurs du genre donc, mais pourquoi pas au-delà ?

Bonne plock à tous !

Amours singulières (First Person Singular) par W. Somerset Maugham, recueil de nouvelles comprenant : Jane (Jane), Un Chiffre rond (The Round Dozen), L’élan créateur (The Creative Impulse), Le Facteur humain (The Human Element), Vertu (Virtue), Le pain de l’exil (The Alien Corn), L’occasion manquée (The Door of Opportunity), traduites de l’anglais par Jean-Claude Amalric, Joseph Dobrinsky et Jacky Martin, aux éditions 10-18, 316 p., ISBN 2-264-02192-6.

 



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