Chéri, par Colette

cheri.jpeg « Pourquoi est-ce que je n’aurai pas un coeur, moi aussi ?« 

Léa est dans la force de l’âge comme on dit – on le dit plutôt des hommes de cet âge, mais l’expression sied bien à la dame. Elle et ses amies n’ont pas eu une vie tellement conventionnelle ; elles ont papillonné sans tellement s’attacher. Et puis Léa passe du temps dans les bras de Chéri, vingt-cinq ans, le fils de Madame Pelloux justement. Tout cela semble ne semble pas bien sérieux… jusqu’à ce que Chéri annonce son mariage arrangé avec une jeune fille bien falote et bien dotée. Tout cela n’était-il vraiment qu’un jeu ? 

En dépit de l’ambiance surannée et mondaine, il y a quelque chose d’incroyablement moderne dans ce récit. Si l’on reçoit ses amies sous la véranda, c’est du gin que l’on sert à l’heure du thé ; si l’on s’éclaire aux candélabres et que l’on sonne les domestiques, l’on s’amuse ouvertement des charmes d’un gigolo et l’on ne se fait aucune illusion sur le mariage. Quant aux faiblesses de l’intrigue elle-même (mon allergie au désespoir amoureux), elles sont largement compensées par la plume de l’auteur.

Le ton est souvent moqueur et impertinent – la dérision semble nécessaire à Léa pour dépasser sa grande lucidité et son amertume. La psychologie des personnages est d’ailleurs sondée avec autant de précision que de concision : Colette va loin, mais sans étirer, sans lasser. Il en ressort des personnages tantôt pathétiques, tantôt attendrissants. Les répliques sonnent juste, les non-dits sont éloquents, et je me suis surprise à relire encore et encore certaines phrases, juste par pur plaisir.

« Elle ne répondit rien. Elle se pencha pour ramasser une fourche d’écaille tombée et l’enfonça dans ses cheveux en chantonnant. Elle prolongea sa chanson avec complaisance devant un miroir, fière de se dompter si aisément, d’escamoter la seule minute émue de leur séparation, fière d’avoir retenu les mots qu’il ne faut pas dire : « Parle… mendie, exige, suspends-toi… tu viens de me rendre heureuse… » « .

Je me disais en refermant ce livre que Colette n’avait certainement rien à envier à ses contemporaines d’outre-manche… et qu’elle plairait probablement beaucoup aux  amoureux des victoriennes ! Il est également une suite (La fin de chéri) et une adaptation ciné (par Stephen Frears), que j’ai désormais très envie de croquer !

Les avis d’Alicia, Kali, Féelodie, Dame-Meli

Lu dans le cadre du Challenge Littérature au féminin, organisé par Littérama

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Bonne plock à tous !

Chéri, par Colette (1920), aux éditions Livre de poche (1959), 190 p. 



Pour vous, par Dominique Mainard

97820704172851.gif « Parce que c’est mon métier de rendre les gens heureux« 

Delphine tient une boutique pas comme les autres. « Pour Vous », l’agence de tous les possibles, offre les prestations les plus incroyables ou les plus indécentes, à la limite du tolérable, borderline avec la loi et l’éthique. Jouer une petite-fille de substitution pour un grand-père sénile, offrir un enfant à la location pour des parents stériles, devenir l’accompagnatrice d’un adolescent autiste – et j’en passe. Peu importe pour Delphine qui ne vit que pour son entreprise, soucieuse avant tout de la satisfaction des clients et obsédée de la facturation. Jusqu’à ce qu’un client vienne perturber cette mécanique bien huilée…

Voilà un personnage comme l’on en rencontre rarement et qui va me hanter encore longtemps : Delphine, la narratrice, n’est ni cruelle, ni gentille, ni même dévouée ou manipulatrice. Elle répond à un besoin au sens économique du terme, atteinte, il est vrai, d’une insensibilité troublante, limite inquiétante. Pas de faux-semblants, pas de rapports tronqués et équivoques. Un personnage certainement dérangeant pour une lecture qui ne m’a pas laissée indifférente !

Une histoire originale servie par une belle écriture. La plume de Dominique Mainard m’a semblé en résonance avec le récit : distante, subtile ou directe à bon escient, elle permet de sonder plus encore les ressorts de ce personnage. Les factures qui viennent parfois clore les chapitres sont particulièrement glaçantes… Une lecture qui m’a inspiré des sentiments multiples, tour à tour admirative, révoltée, émue, et souvent estomaquée par la philosophie de vie – appelons là comme cela – de Delphine.

Quelques petits bémols toutefois : d’abord, si le récit est bien construit, c’est qu’il est à mon sens trop « centré », au sens où l’auteur a orienté son récit sur certains personnages au détriment d’autres, tout aussi intrigants à mon sens. Ensuite, si l’auteur a fait évoluer ses personnages avec intelligence, c’est finalement dans une direction à laquelle j’ai peu  adhéré (ellipse peu claire… pour ne pas trop en dire ! Mais ceci est très personnel, et la tournure des évènements a plu et plaira encore certainement à d’autres !). Enfin, le dénouement m’a semblé un rien décevant… Mais cela ne m’empêche pas de garder un bon souvenir de cette lecture forte et de suivre de plus près cette auteur à l’avenir !

« Je ne sais pas s’il est vrai que je devrais avoir honte de ce que je fais. Je ne sais pas s’il est vrai que je n’ai pas la moindre idée de ce qu’est la réalité, comme on me l’a reproché parfois ; on m’a traité de marchande de rêve, et c’était indifféremment un compliment ou la pire des injures. Aux yeux de mes clients, je suis quelqu’un qui console et soigne ou qui vend la plus toxique des drogues. Mais la vie m’a appris qu’il n’y a rien de moins réel que ce qu’on nomme la réalité et qu’une mort, une trahison, une souffrance cessent d’exister du moment qu’on arrive à s’en distraire« .

Un grand merci à Clara d’avoir chaudement recommandé ce roman ! Vous pouvez lire son avis ici, ainsi que ceux de L’Ogresse (qui a reproduit l’une de ces fameuses factures !),  Brize, Stephie, Cuné et Cathulu (convaincues), Amanda et Yoshi (plus mitigées). D’autres avis encore recensés chez BOB

Lu dans le cadre du challenge Littérature au féminin organisé par Littérama.

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Bonne plock à tous !

Pour Vous, par Dominique Mainard (2008), aux éditions Folio, Prix des libraires (2009), 306 p., ISBN 978-2-07-041728-5.



Un rêve américain, par Norman Mailer

mailer.jpeg  « Un homme n’a jamais que du vide entre ses certitudes« .

Il était une fois à New-York, au début des années 60, un ancien héros de guerre reconverti en star du talk-show, marié depuis près de huit ans à la jolie fille d’un homme richissime… pour son plus grand malheur. Car ce n’est pas peu dire que Rojack et Déborah sont torturés. Ils ne se supportent plus, s’enivrent, s’insultent, se quittent, se retrouvent, jusqu’à la dispute de trop : Rojack la tue. Puis décide de déguiser son meurtre en suicide et d’appeler la police, avec laquelle il va jouer, non pas au mari éploré, mais au plus malin. Jusqu’à quand ?

Ainsi, Rojack, qui est aussi le narrateur, raconte, tout simplement, la dégénérescence de son mariage jusqu’au passage à l’acte fatal, et les nuits d’errance qui s’en suivent. Sans épargner personne – et surtout pas lui-même – il décrit de manière parfois abjecte sa descente aux enfers et ses tentatives pour se maintenir hors de l’eau, espérant trouver son salut dans les bras d’une chanteuse de Harlem.

Un rêve américain est un roman d’une noirceur extrême, tourmenté, douloureux, brutal. Certaines scènes prennent totalement aux tripes,  tandis que d’autres, plus lentes par comparaison, maintiennent dans un état de forte tension, malgré quelques longueurs. Aux interrogatoires de police se succèdent les mauvaises rencontres, des bas-fonds aux plus hautes tours de New-York, une New-York sombre, mafieuse, angoissante. 

L’écriture est sublime et le récit, aussi paradoxal que cela puisse paraître, aussi réaliste qu’onirique. Norman Mailer parvient à créer une ambiance cauchemardesque, du fait d’une violence quasi-permanente – mais le plus souvent contenue, latente, et toujours prête à exploser. Un monologue dont l’on ressort souvent secoué, et dans lequel je me replongeais avec autant d’appréhension que de plaisir.

« Tu m’aimes mon chou ? demanda-t-elle.

- Oui.

- Ca doit etre affreux. Parce que tu sais que je ne t’aime plus du tout. »

Elle le dit si tranquillement, avec un tel sens de l’irrévocable, que je repensai à la lune et à la promesse d’extinction qui était descendue sur moi. J’avais ouvert un vide – je n’avais désormais plus de centre. Comprenez-vous ? Je ne m’appartenais plus. Déborah avait occupé le centre.

« Oui, tu as de nouveau un air horrible, dit Déborah. Tu t’améliorais, à un moment, mais tu es redevenu affreux.

– Tu ne m’aimes pas.

- Oh ! Pas le moins du monde. ».

J’ai adoré cette lecture coup de poing, un bad trip à mi-chemin entre Blade Runner et Gang of New-York. Un Rêve américain, un livre (enfin !) exhumé de ma PAL grâce à une lecture commune avec Ingannmic !

Idéal pour préparer le Swap’in Follies de Manu et Amanda !

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Bonne plock à tous !

Un rêve américain (An American Dream), par Norman Mailer (1965), traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Alien, aux éditions Livre de poche (1967), 314 p., ISBN 2-253-01646-2. 



Premier Amour – Un conte gothique, par Joyce Carol Oates

97827427628661.gif  « Il est bon d’avoir peur, il est normal d’avoir peur. La peur te sauvera la vie« .

A force de grincer contre certains quatrième de couverture, j’en oubliais presque qu’ils sont parfois salvateurs. Car à m’en tenir à ma seule impression de lecture, j’éprouve le besoin de respirer un grand coup – en me disant qu’un peu de recul fait parfois le plus grand bien.

« Pour une raison qui demeure obscure à Josie, sa mère a précipitamment abandonné le domicile conjugal et l’a emmenée vivre dans la maison de sa grand tante. C’est là qu’elle fait la connaissance de Jared, un cousin nettement plus âgé qu’elle. (…). Jared exerce sur Josie la plus grande fascination. Par un capiteux après-midi d’été, elle le rencontre sur le bord de la rivière… (…) Ce livre inquiétant, immoral ou onirique, qui ne dit rien sur le s*xe et tout sur les vertiges des fant*smes, est sans doute l’un des plus érot*ques qui soient« .

J’avais adoré Délicieuses Pourritures. C’est donc avec entrain que je me suis jetée sur ce très court roman de Joyce Carol Oates (moins de cent pages)… et dont je ressors terriblement confuse.

D’abord, en raison de l’opacité du discours. L’auteur a choisi de faire parler Josie se parlant à elle-même (!). Un procédé narratif qui lui permet de multiplier les zones d’ombre. Le « non-dit » est ici déployé à l’infini… Car Josie ne peut – ou ne veut – mettre des mots sur les évènements qui se produisent. Sa mère qui disparait des heures, des jours entiers. Le comportement de Jared Jr., taciturne et dévot, dont la santé mentale prête à caution.   Leurs rencontres dans les marais. Cette lecture requiert en définitive un effort d’interprétation soutenu – et ne se lit donc pas rapidement malgré sa petitesse.

Ensuite, pour l’arrière-goût nauséeux que le récit provoque plus encore sur le fond. Le quatrième de couverture qui évoque fant*smes et érot*sme me laisse songeuse. Car l’on suit là le trouble d’une toute jeune fille – 11 ans ? 12 peut-être ? – fascinée par un homme  pour le moins perturbé. Le serpent rôde, il se fait même violent.  Et l’auteur nous conduit sur une pente terriblement sombre – pour ne pas dire carrément lugubre.  

Attention, ce n’est pas l’évocation d’une s*xualité pré-adolescente qui (me) dérange. Ni même les questions malsaines que la situation inspire (où s’arrête le consentement et où commence la soumission ? Le désir peut-il survivre à l’angoisse ? Etc.). Mais  l’idée même que l’on puisse voir dans ce récit une quelconque note d’érot*sme. Je préfère penser que l’auteur de cette présentation n’ai pas lu le livre jusqu’à son terme – car, dans le cas contraire, voilà qui me parait très inquiétant. 

« Avec brutalité, à présent, Jared t’oblige à te lever. Tu panique en te demandant où il t’emmène mais tu ne parviens pas à te dégager de son emprise. Entre les tiges de bambou, tu distingues la haute maison de bardeaux couleur d’étain qui se dresse à des centaines de mètres au dessus de toi, à l’autre bout du marais – fenêtres opaques, aveuglées par le soleil. Tu te dis, Et si mère regardait ! Et si mère regardait ! Mais c’est un après-midi de la semaine. Mère est ailleurs. Personne n’est là« .

Ce n’est certainement pas le titre que je conseillerai pour découvrir l’auteur, une auteur qui ne me laisse décidément pas indifférente – et c’est un euphémisme.

Et donc pour laquelle je plongerai encore les yeux fermés – mais l’estomac bien accroché. 

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Lu dans le cadre du Challenge Oates organisé par George.

Bonne plock à tous !

 

 

Premier Amour – Un conte gothique (First Love – A Gothic Tale), par Joyce Carol Oates (1996), traduit de l’anglais (américain) par Sabine Porte, aux éditions Babel (2006), illustré par Barry Moser, 90 p., ISBN 2-7427-6286-8.

 



Turpitudes, par Olivier Bocquet

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Rencontré à l’occasion du festival Quais du polar, Olivier Bocquet avait su m’intéresser. J’avais donc acheté son premier livre ; c’était moins l’intrigue qui m’avait tenté que notre goût commun pour Tom Sharpe et Jasper Fforde.

Et j’en avais presqu’oublié Turpitudes… quelle erreur ! Ce polar a été primé par des internautes plein de sagacités. Et dispose d’un quatrième de couverture digne de ce nom.

« Décembre 2003. Fontainebleau fait la une des journaux à trois reprises : un meurtre particulièrement barbare trouble la quiétude des habitants ; une émeute sanglante secoue la ville ; et, pour la première fois en France depuis le XIXe siècle, une épidémie de dysentrie se répand dans les rues comme une traînée de poudre. Ce que la presse ignore, c’est que ces trois évènements sont liés… ».

La question qui se pose (et à laquelle répondra parfaitement l’auteur !) est  »comment en est-on arrivé là ? » … et j’aimerai beaucoup en dire davantage, mais la découverte de l’intrigue fait partie intégrante du plaisir de lecture ! Je m’abstiens pour le laisser intact…

Mais tout de même : Turpitudes est construit sur une narration alternée particulièrement habile. Des chapitres courts, qui croisent les voix de personnages liés entre eux d’une manière ou d’une autre. Des personnages bien foutus, pas toujours crédibles dans leurs actes, mais qui ne laissent pas indifférents. Tour à tour, on les soutiens, on les moque, on les conspue… et surtout, on décolle progressivement les étiquettes que leurs diverses origines sociales leur avaient imprimé.

Voilà une intrigue vraiment bien construite - et j’en veux pour preuve ce signe qui ne trompe pas : les pages se tournent à une vitesse prodigieuse. Parce que c’est fluide, très bien écrit, totalement captivant.  Mais aussi très réaliste, dérangeant, amer et, en même temps, bourré d’humour.

Bref, un polar bigrement intelligent que je recommande très volontiers.

Bonne plock à tous !

PS : comme il s’agit d’un premier roman, petite présentation de l’auteur    photo03111.jpg

« Olivier Bocquet est né à une époque où l’on considérait sans rire qu’il était possible d’aménager son salon avec des meubles gonflables. Il ne s’en est jamais vraiment remis. Issu du croisement entre un french lover et une correspondante anglaise, il babille bilingue très tôt : sa première question est : « pourquoi not ? » (…). L’apprentissage de la lecture lui est fatal : depuis lors, il vit dans la fiction. C’est pourquoi, de manière générale, il vaut mieux se méfier de ce qu’il raconte« . 

Turpitudes, par Olivier Bocquet (2010), aux éditions Pocket, 338 p., ISBN 978-2-266-20071-4.



Un mariage poids moyen, par John Irving

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Un mariage poids moyen, c’est essentiellement le récit d’un drôle de ménage à quatre. Le narrateur est marié à Utch, laquelle est attirée par Severin, lui-même marié à Edith, qui préfère la compagnie du narrateur. Des couples donc, mais qui ne sont peut-être pas ceux que l’on croit – et l’on est rapidement fixé sur la teneur de ces aléas conjugaux. Une idée de départ interessante sur les rapports entre altérité et singularité. « Nous sommes quatre. Il y a quatre versions de ce que nous sommes – et cela ne changera jamais« . 

Chic chic, un Irving ! J’ai ouvert ce livre avec enthousiasme, oui, mais aussi avec circonspection. L’auteur m’a habitué au très très bon (Le Monde selon Garp bien sûr, L’Hôtel New Hampshire, Une prière pour Owen et - mon gros chouchou - L’Oeuvre de Dieu, la part du diable) ou au pas terrible moins bon (Une veuve de papier, L’épopée du buveur d’eau et La quatrième main). 

Un mariage poids moyen vient salutairement bousculer mon manque de nuance. Un livre poids moyen (au sens propre et figuré), une lecture agréable, sans regret – mais non sans bémols.

Un mariage poids moyen, c’est du Irving pur jus sur nombre d’aspects : un campus américain, du sport (la lutte bien sûr), Vienne, et ces petites remarques bien senties sur les travers du genre humain ou du quotidien, dont je me suis régalée.

Mais ce sont surtout des familles étranges et des parcours hors-normes. Irving s’est encore décarcassé… mais ne s’est pas surpassé. Et c’est là mon premier bémol – je n’ai pas trouvé ces figures particulièrement réussies. Des personnages singuliers, mais sur qui il aurait pu tomber les 7 plaies d’Égypte que cela ne m’aurait fait ni chaud ni froid. Pas d’attaches, pas d’émotions.

Un mariage poids moyen, ce sont aussi des choses plus étonnantes ou dérangeantes, c’est selon. Pas de « bondieuseries », et, bien au contraire, du s*xe presque cru. Pas d’intrigue loufoque et rocambolesque non plus ; plutôt une trame dont l’auteur ne s’est pas départi, sans vrais rebondissements. Le récit finit même par s’enliser par instants… et les flash-back sont distillés à un rythme dissonant, sublimes au départ, presque parasites à la fin. 

judith20gustav20klimt.jpg Etrange coïncidence : il est beaucoup question de peinture, et notamment de la Judith de Klimt présentée ici il y a peu ! (p. 130)

En définitive, un récit intéressant sur de nombreux aspects, mais un plaisir de lecture aléatoire. Bon, cela ne m’empêchera pas de me jeter sur d’autres titres d’Irving avec enthousiasme… mais encore et toujours avec circonspection !

C’était une lecture commune avec Kikine (qui elle l’a lu en VO ! Wow !).

Bonne plock à tous !

PS : je me targue de bien connaitre Irving et j’en prends pour mon grade : je découvre en préparant ce billet que ce roman est l’un de ses premiers, écrit bien avant Garp ! Outch’ !

Un mariage poids moyen (The 158-Pound Marriage), par John Irving (1973), traduit de l’américain par Françoise et Guy Casaril (1984), aux éditions Points (1995), 283 p., ISBN 2-02-0257777-7.



Junk, par Melvin Burgess

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« C’est le problème de la plupart des gens. Ils rêvent d’être éternels. Alors, quand on leur annonce qu’on veut juste vivre sa vie, et que si ça signifie mourir dans trois ans, ce n’est pas grave, ça les rend fous. A partir du moment où on décide que ça n’a aucune importance de ne jamais avoir vingt ans, il n’y a plus rien à dire contre l’héroïne, non ?« . 

Nico et Gemma sont ados, amis, amants et fugueurs. Lui vit la fureur de ses parents alcooliques et violents, elle a la fureur de vivre loin de ses parents. Il fuit par désespoir, elle le rejoint par choix – et les voilà errant dans Bristol. Un premier squat, un peu d’aventure, un second squat, un peu d’héroïne - et les voilà junkies parmi les junkies.  

Junk n’est pas un livre prétentieux. Ni dans la forme - accessible – ni le fond – factuel. Il se lit donc très vite et sans s’ennuyer un instant. Les situations et les personnages sont crédibles à défaut d’être réels. Ce n’est pas un essai, ce n’est même pas un manifeste – Junk ressemble davantage à un témoignage-fiction non moralisateur.

Les chapitre sont des bribes de récit, vu à tour de rôle par les protagonistes, Nico, Gemma, les junkies et les non junkies qui les entourent. Et c’est cette alternance des points de vue qui a rendu cette lecture intéressante. Là où certains s’y seraient cassés la binette, Melvin Burgess a parfaitement réussi cet exercice du genre périlleux. La descente aux enfers apparaît tant dans sa dimension collective – l’effet de groupe – que dans sa dimension personnelle – le parcours individuel. Le tableau est à la fois général(isable) et intimiste, et là je me dis : chapeau.

Soyons honnête, c’est une lecture qui ne m’a pas procuré une foultitude d’émotions. Loin du « bouleversant » annoncé par le quatrième de couverture. Peut-être faut-il y voir la marque de mon insensibilité chronique, mais… je crois que c’est essentiellement lié à son caractère factuel. Et puis, finalement, il n’est pas certain que je le regrette. 

En revanche, il est un point sur lequel je mets un bémol sans concession : le dénouement. Il est peut-être peu crédible par certains aspects, mais il me semble surtout angélique et dangereux. Difficile d’en dire davantage sans vendre l’intrigue, mais le fait qu’aucun des personnages principaux… (je dois m’arrêter là, mais grrr). Difficile de ne pas penser au livre Christiane F. (spoiler - qui termine sur une fin heureuse, sans post-face pour indiquer que la jeune fille est décédée d’overdose quelques années plus tard – fin du spoiler).

J’allais oublier : c’est bien sûr un livre qui s’inscrit parfaitement dans le challenge On veut de l’héroïne ! L’héro n’est pas une addiction comme les autres… l’enthousiasme naïf des premiers temps cède vite la place à la détresse et à la rage. L’amour s’étiole, les coups bas se multiplient, la folie devient furieuse. Là où certaines restent tièdasses et sans saveur – suivez mon regard – l’héro, elle au moins, va à l’essentiel : détruire. Dont acte.

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Challenge On veut de l’héroïne ! organisé par Emma et ici même.

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Et c’est grâce à Tunisia, qui en fait un livre voyageur, que j’ai pu lire ce titre. Un grand merci ! Et je ne peux que vous encourager à rejoindre la chaîne. 

L’avis de Tinusia donc, de Soukee et d’Ankya qui ont eu le coup de coeur !

Bonne plock à tous !

Junk (Junk), par Melvin Burgess (1996), traduit de l’anglais par Laetitia Devaux, aux éditions Folio, 422 p., ISBN 978-2-07-039692-4.



Délicieuses pourritures, par Joyce Carol Oates

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Délicieuses pourritures, un livre court, lu d’une traite. Impossible de m’arrêter. Je l’ai juste dévoré. A moins que ce ne soit lui qui m’ait dévoré, et tout cru en plus. J’espère que vous excusez ce billet mal foutu, c’est pas mon genre de dénoncer, mais là, c’est clairement la faute de Joyce Carol Oates…

Gillian avait vingt ans. Elle était étudiante, dans un campus ravagé par de faux incendies et par de vraies souffrances. Des mois passés à désirer, comme tant d’autres, son professeur de littérature, qui pousse ses étudiantes dans leurs derniers retranchements.

« André Harrow était verbeux, tyrannique« .

« Son humour pouvait être cruel (il citait certains de nos vers pour souligner leur faiblesse) mais il n’était jamais méchant. Si nous essuyions une larme, si nous nous mordions les lèvres pour ne pas pleurer, nous étions aussi flattées« .

Les jeunes femmes entrent dans un jeu de séduction. Sauf Gillian.  »Dans l’amour de loin, on apprend les stratégies du détour« . Gillian, que son professeur surnomme Philomèle, le personnage d’Ovide : « Je ne m’étais pas rendue compte à quel point elle était horrible« . « Mais la muette Philomèle n’est pas une victime facile (…) elle se venge atrocement de son violeur (…) Une fin heureuse donc. Est-ce si sûr ?« .

Mais comment Joyce Carol Oates fait-elle pour concentrer tant de « bombes » en un si petit nombre de page ? L’amour n’est pas seulement destructeur, l’amitié pas uniquement pervertie, la folie plus que contagieuse…

Les jeunes femmes s’observent - mais ferment les yeux. Elles s’admirent – tout en se jalousant. Elles s’interrogent – mais ne veulent pas vraiment savoir, savoir pourquoi ce campus est ravagé par de faux incendies et par de vraies souffrances.

Une vraie claque littéraire, comme je les aime ! Une trame angoissante, superbement construite, une plume rythmée, épurée, et, au comble de mon enthousiasme, un final en apothéose (je souriais, je riais même – et pourtant !). 

Mon premier Oates, et selon moi un roman idéal pour découvrir cet auteur !

Les avis de Gabrielle, de Ys et de Liyah.

Bonne plock à tous !

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Lu dans le cadre du challenge Oates organisé par George !

Délicieuses pourritures (Beasts), par Joyce Carol Oates (2002), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude Seban, aux éditions J’ai Lu, 126 p., ISBN 978-2-290-34188-9.



Fuck America, par Edgar Hilsenrath

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Âmes sensibles s’abstenir. Amateurs d’histoires fortes, d’histoires inspirées d’un vécu et d’histoires dans l’Histoire, ne surtout pas faire l’impasse !

Voilà un livre très difficile à résumer. Je m’en remets exceptionnellement au quatrième de couverture de mon édition (Points) qui est particulièrement bien fait. « Tout juste débarqué aux États-Unis, Jacob Bronsky erre dans le New York miteux des années 1950, parmi les clodos et les putes. L’American Way of Life ? Comprend pas. Le rêve américain ? Encore moins. Enchaînant les jobs minables, Jacob Bronsky n’a que deux obsessions : soulager son s*xe et écrire un roman sur son expérience des ghettos juifs. Un futur best-seller à coup sûr !« . Quant à l’auteur, Edgar Hilsenrath, il « a connu les ghettos pendant la guerre, avant de s’exiler à New York. Ses livres connaissent d’abord le succès aux États-Unis, avant de devenir des best-sellers en Allemagne« …

Voilà un livre très difficile à cerner. Trash, dérangeant, politiquement incorrect comme j’ai rarement vu. Bronsky avoue tout : les petits boulots qu’il méprise, et le système à travers eux ; le s*xe crade et les fantasmes de vi*l ; les minables escroqueries réalisées pour écrire en paix son livre, un livre sur les ghettos et la fuite d’Allemagne dont il n’arrive pas à se souvenir – ou à se départir ? 

Voilà un livre très difficile à raconter. Un livre trempé dans le glauque, rien ne nous est épargné. La plume est vive, tendue, dérangeante. Extraits.

« T’as un job ? - Non. - Pourquoi non ? - Parce que non. - T’as pas envie de bosser, hein ? - Pour une fois, t’as raison. - Pourquoi non ? - Parce que non. » (Chapitre 1)

« J’ai besoin d’un nouveau crayon. J’ai aussi besoin d’une femme. Plus j’écris, plus ma b*te me démange (…). Malheureusement, les putains s’en fichent pas mal, et les jeunes filles « privées » encore plus. Jacob Bronsky ne compte pas » (Chapitre 9)

Voilà un livre très difficile à oublier. Bronsky ne m’a finalement inspiré ni compassion, ni haine, ni pitié, ni même de la peine. Je lui ai simplement souhaité de parvenir à exorciser ses démons – et ce jusqu’à la fin, terrible, dans une dernière partie magistrale. 

Une lecture coup de poing, qui n’est pas passée loin du coup de coeur, et que je recommande donc vivement – en renouvellement mon avertissement.

D’autres avis chez Plaisir à cultiver, Papillon, Renaud, Aurélie, Aurore, Clara et Ingannnmic !

Bonne plock à tous !

A noter : mon édition contient également le premier chapitre de Le nazi et le Barbier, le dernier roman d’Edgar Hilsenrath, à paraître. Un premier chapitre troublant. Évidemment, ce titre est déjà noté sur mon petit carnet de lectures…

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Fuck America, les aveux de Bronsky (Fuck America, Bronsky Gestandnis), par Edgar Hilsenrath (1980), traduit de l’allemand par Jorg Stickan, aux éditions Points (2009), 281 p., ISBN 978-2-7578-1802-2.



Une parfaite journée parfaite de Martin Page

Devinette : quelle auteur française contemporaine bien connue est classée parmi la littérature chick-lit au Royaume-Uni ? Réponse chez L’Ogresse ! C’est avec un plaisir non dissimulé que je vous invite à découvrir son billet qui interpelle sur la perception d’une certaine littérature française contemporaine à l’étranger.

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Le hasard fait bien les choses donc, puisque L’Ogresse venait de publier ce billet que  j’entamais la lecture d’Une parfaite journée parfaite de Martin Page.

Le narrateur y décrit son quotidien parisien. Un quotidien qu’il ne ressent pas – ou qu’au contraire il ne ressent que trop bien. Un quotidien fait de vacances en ascenseurs, de suicides fantasmés, d’orchestres mexicains et de multiples dysfonctionnements liés à la vacuité des rapports sociaux.

Il est des petites phrases, qui, l’air de rien, au détour d’une page, m’ont touché coulé, et que j’ai lu et relu et noté volontiers. Genre : « Je m’emballe dans mon costume de travail. La cravate est le ruban du paquet cadeau que j’offre chaque jour au capitalisme mondial. C’est très frustrant parce que je suis un cadeau que personne ne déballe. Ils voient l’emballage, ça leur suffit ; qui je suis, ils n’en ont rien à faire« .

Mais j’y ai également trouvé des choses plus convenues, plus faciles, moins séduisantes. Et surtout, surtout, un manque d’intrigue, d’évènements, de ligne conductrice. L’ennui m’a gagné à mi-chemin ; mais il est vrai aussi que l’auteur gardait ses meilleures cartouches pour les derniers chapitres.

Bref, un délirium que ce livre. S’il est parfois difficile à suivre, et s’il n’est pas toujours communicatif, il n’en reste pas moins dérangeant, superbement dérangeant, et poétique avec ça.

En définitive, cette lecture garantit un embarquement immédiat pour des montagnes russes : le très bon succède au moins bon. Mais, ne serait-ce que pour les sommets qu’il peut atteindre, ce livre vaut bien un petit détour. Et laissons à Martin Page le mot de la fin (extrait de la postface) : « Un roman sur le désespoir; mais aussi sur les mécanismes compensatoires à mettre en oeuvre pour ne pas sombrer« .

L’avis de Lou (qui organise un concours avec ce livre à gagner !)

Bonne plock à tous !

Une parfaite journée parfaite, de Martin Page (2002), aux éditions Points (2010 – avec une postface inédite de l’auteur), 112 p., ISBN 978-2-77-81389-8.



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