Mêlée ouverte au Zoulouland, par Tom Sharpe

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Mêlée ouverte au Zoulouland est certainement l’un des livres les plus explosifs qu’il m’ait été donné de lire. 

Tom Sharpe a choisi de dénoncer l’apartheid sur un mode tragi-comique, option trash. Un récit à l’image du système sud-africain que l’auteur a connu dans les années 60-70 : cru, cruel, violent, mais aussi totalement grotesque.

Dans la petite ville de Piemburg, il est des flics médiocres. Tout spécialement le kommandant van Heerden - précieux et ambitieux, certainement le seul boer du pays follement mordu des anglais – et le konstable Els, dit le Tueur-de-Caffre, une brutasse finie, doublé d’une crétinerie très avancée. Et il est aussi une notable d’origine britannique qui vient s’accuser du meurtre de son cuisinier zoulou…

« La loi dit qu’il est criminel de tuer des Caffres hors de chez soi. Mais la loi dit aussi qu’il est tout à fait admis et correct de les tuer à l’intérieur« . Or, impossible de convaincre cette vieille Miss Hazelstone, aussi autoritaire qu’excentrique, de déplacer le corps de l’homme qui gît, en mille morceaux, sur sa pelouse… mais ce ne sera pas l’ultime tocade de l’ancienne qui fera tourner en bourrique la police de la ville jusqu’à plus soif.

« Miss Hazelstone répondait au quart de tour à toutes les provocations. Elle se leva et pointa le fusil vers le parc. Le kommandant n’avait pas prévu qu’elle tirerait. Le konstable Els, pour une fois, fit preuve de plus de perspicacité et se jeta par terre. Que l’endroit qu’il choisit fût déjà occupé par un énorme doberman Pinscher ; que le chien en question choisit de refuser au konstable le droit de se vautrer sur lui (…) ; tout cela échappa au kommandant Van Heerden quand Miss Hazelstone, visant un coup en l’air, puis un coup au sol, appuya sur la gachette (…). La fin du monde n’était plus proche : elle venait d’avoir lieu (…). Au centre de la pelouse, le coup de fusil avait ouvert une tranchée (…) dont les bords en dents de scie laissaient échapper ce que le kommandant espérait de tout coeur n’être que de la vapeur« .

Une mêlée ? Un énorme capharnaüm oui ! Force est de reconnaître qu’il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Mais tout m’a semblé passablement brouillon. Les rebondissements s’enchainent à une vitesse prodigieuse, au point que l’action en soit parfois difficile à suivre. Il m’a parfois fallu revenir en arrière pour retrouver le fil des évènements… Et il est des quiproquos à gogo auxquels j’ai fini pas ne plus croire.

C’est d’autant plus dommage que l’on retrouve finalement tous les ingrédients qui constituent aujourd’hui la Sharpe‘s touch : la dérision loufoque dans le ton, l’imbroglio jouissif dans l’intrigue, la satire violente dans le propos.

« - Vous venez souvent par ici ? demanda-t-il.

- A la prison ?

- En Afrique du Sud. Encore que ce soit presque la même chose« .

Il me reste à espérer que la suite de ce premier roman, Outrage public à la pudeur, soit un peu mieux construite… mais tout aussi débridée !

 

Lu dans le cadre du Challenge Safari littéraire organisé par Tiphanya

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Challenge accompli !

Ce fut mon auteur non-africain pour une intrigue située en Afrique, après avoir chroniqué les Poèmes Perdus de Léopold Sédar Senghor comme auteur africain.

Et pour prolonger le plaisir, j’ai fait un tour le blog tenu par le journaliste Sebastien Hervieu installé dans ce pays : l’Afrique du Sud en couleurs. Vraiment très sympa.

Bonne plock à tous !

Mêlée ouverte au Zoulouland (Riotus Assembly), par Tom Sharpe (1971), traduit de l’anglais par Laurence, aux éditions 10-18, collection « domaine étranger », 310 p., ISBN 2-264-01406-7.



Duel en enfer – Sherlock Holmes contre Jack l’Eventreur, par Bob Garcia

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Ce fut un plaisir de recevoir le dernier livre de Bob Garcia, Duel en enfer, Sherlock Holmes contre Jack l’éventreur, pour mon premier partenariat organisé par Livraddict. Et ce fut également un plaisir à la lecture !

Comme le veut l’usage, d’abord le résumé fourni par le quatrième de couverture : « Londres, été 1888. Sous le poids d’une chaleur suffocante, la ville est saisie d’horreur par les premiers meurtres de celui qu’on nommera bientôt « Jack l’Éventreur ». Pourtant, aucune enquête du célèbre Sherlock Holmes ne mentionne le plus fameuse affaire criminelle qui a agité ses contemporains. Bien des années plus tard, le docteur Watson confia à son éditeur le journal de l’investigation qu’il mena aux côtés du détective sur l’insaisissable tueur en série. Une terrible plongé dans l’enfer des bas-fonds londoniens, sur les pas du meurtrier le plus sanguinaire et le plus énigmatique que l’Angleterre ait connu« .

Ce n’est pas peu dire que j’attendais l’auteur au tournant. Mettre ses pas dans les pas de Conan Doyle, rien que ça ! D’autant que Bob Garcia reprend toutes les ficelles originelles, à commencer par le point de vue, puisque l’histoire nous est contée par ce fidèle Docteur Watson. L’entrée en matière est plutôt classique - un journal inédit concédé à un éditeur à la mort du détective - but why not ? Plus largement, l’auteur reprend l’essentiel des clés qui ont fait le succès de Sherlock Holmes. Si ce n’est pas toujours finement amené, je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’il ne pouvait que difficilement faire autrement…

J’avais donc placé haut mon degré d’exigence ; or, malgré certaines réserves, j’ai plongé dans l’intrigue sans me retourner et avalé ce polar d’une traite. Impossible de m’en décrocher avant de l’avoir terminé. Et de me demander alors : y’a-t-il un meilleur signe pour reconnaître un bon polar ?

Alors, soyons tout à fait honnête, il est certaines choses qui m’ont un peu dérangé. D’abord, le glauque à outrance : les bas fonds de Londres, la prostitution, la misère humaine… tout cela m’a semblé très racoleur. Ensuite, les angoisses existentielles et autres déboires sentimentaux de Watson, qui n’apportent pas grand chose au récit - voire qui le parasitent parfois.

Et surtout, l’impression d’une construction un poil bancale : l’enquête n’avance pas des masses pendant une bonne partie du récit, pour se précipiter ensuite. Les maigres indices et les pistes vagues ne permettaient pas de se faire la moindre idée du dénouement. Certains apprécieront peut-être… j’ai pour ma part vraiment regretté de ne pas pouvoir échaffauder le moindre début de commencement d’une petite hypothèse, ce que j’aime par dessus tout avec les polars !

Malgré tout, ça a bigrement bien marché. Pourquoi, comment ? Je me l’explique mal… A la réflexion, je crois que mon léger agacement a été très largement compensé. D’une part, par l’action : si l’enquête s’enlise, ce n’est pas faute, pour Holmes et Watson, de se démener. Les interrogatoires, les filatures, les poursuites, les confrontations… tout cela donne énormément de rythme au récit. D’autre part, par l’ambiance : Bob Garcia a su dépeindre une atmosphère et offre un récit très imagé. J’ai voyagé en fiacre, foulé le pavé humide, erré dans le brouillard londonien à la nuit tombée… 

Enfin, j’ai totalement adhéré au dénouement, surprenant mais convaincant. Et, cerise sur le gâteau : la postface de l’auteur, entre fiction et réalité, qui pourrait ne pas plaire à tout le monde… et c’est justement ce qui m’a plu !

Je remercie donc les éditions jailu.jpget la Team de 47286519 pour cette lecture très plaisante !

Alicia a partagé mon enthousiasme, La liseuse également, mais Matilda et Soukee beaucoup, beaucoup, moins !

A noter : Bob Garcia sera présent au festival Quais du polar !

Bonne plock à tous !

Duel en enfer – Sherlock Holmes contre Jack L’Eventreur, par Bob Garcia (2008), aux éditions J’ai Lu, 667 p., ISBN : 978-2-290-01888-0.



Les ballades du Haldur, par Jorn Riel

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Deux coups de coeur quasiment coup sur coup ! Après La solitude lumineuse de Pablo Neruda, voilà que j’ai totalement craqué sur Les ballades de Haldur et autres racontars de Jorn Riel.

Le livre m’a totalement séduit, et totalement surpris aussi : il est tout sauf ce qu’il parait de prime abord.

Le récit est situé dans le nord du Groenland, où tout – le temps, les distances, la force de la nature – est démesuré. Lorsque l’on rend visite à son voisin, ce sont non pas des heures, mais des jours de voyage ; il est un bateau qui vient à la rencontre des habitants peut-être deux fois par an ; la moindre chute (Le Corbeau), le moindre caprice du temps (Monsieur Gustavsen) peuvent être fatals. 

Tout est démesuré, et pourtant, dans ce cadre polaire, Jorn Riel nous offre des histoires, des « racontars«  chaleureux et intimistes. Il est question de l’oiseau recueilli par Lodvig (Le Corbeau) ou de l’escapade solitaire de Pedersen (Le grand Petit Pedersen). Une petite touche d’humour par-ci, un soupçon d’émotion par-là : l’écriture est douce, sans effet de manche, sans détours. 

C’est un recueil de nouvelles, mais qui fait davantage penser à des chroniques, avec ces personnages qui se croisent ou se retrouvent (Le Procès). Des personnages attachants et  accueillants, lorsque vient le croyant (Le Musulman), lorsque vient l’étudiant (L’imprévu), lorsque survient  l’amante qui éloigne l’ami (Cap Rumpel). Des hommes non pas renfermés sur eux-mêmes, mais profondément humanistes et tolérants.

C’est très réaliste, terre à terre. Voilà, par exemple, ce que nous donne à lire Jorn Riel :  »La veine d’un poète, c’est rien d’autre qu’une espèce d’intestin spirituel qui a besoin d’être bien rempli avant de pouvoir se vider. Anton est parti faire le plein, et tu verras, tôt ou tard, tout ressortira, sauf s’il nous fait une occlusion » (Les ballades de Haldur).

Et pourtant, c’est un véritable conte, avec sa part de magie, d’image et de poésie.

Une lecture toute simple, et tout simplement apaisante.

Bonne plock à tous !

PS : le premier chapitre est disponible en téléchargement libre sur le site de l’éditeur 10-18 (ici).

Les ballades de Haldur (Haldurs ballader og ander skroner), de Jorn Riel, traduit du danois par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet, aux éditions 10-18, 182 p., ISBN 978-2-264-04059-6.



La solitude lumineuse de Pablo Neruda

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Pablo Neruda s’est rappelé à mon bon souvenir grâce à aBeiLLe qui a eu la vraie bonne idée de choisir l’un de ses plus beaux poèmes le temps d’un dimanche poétique.

J’ai donc cherché à retrouver l’un de ses textes (assez court pour ne pas accabler ma PAL qui a bien dû entamer sa troisième boîte de prozac – à ma décharge, il était déjà sur mes étagères). La solitude Lumineuse s’est alors imposée comme une évidence.

Il s’agit d’un court récit écrit par un Neruda déjà célèbre – extrait de J’avoue que j’ai vécu, ses mémoires publiées à titre posthume. Le poète chilien se souvient ici de ses premières années d’écriture : jeune consul entre 1929 et 1932, il est installé, chichement, aux Indes, à Ceylan, en Indonésie. 

Il est seul. De cette solitude « dure comme le mur du prisonnier, contre lequel on peut s’ouvrir la tête sans que personne accoure, même si on crie, même si on pleure« .

Il est seul, notamment parce qu’il côtoie difficilement les occidentaux installés en Asie. Son propos sur le système colonial est particulièrement incisif. Comme à travers cet épisode dans lequel Neruda, se rendant à un dîner mondain, s’arrête un instant pour écouter une voix qui s’élève dans la rue. Il s’explique sur son retard devant ses hôtes anglais.  »Eux qui avaient vécu vingt-cinq ans à Ceylan montrèrent une surprise élégante. De la musique ? Ainsi les gens d’ici avaient leur musique ? Ils l’ignoraient. C’était la première nouvelle.«  

Il s’installe alors dans une « contemplation solitaire (…) [et] douloureuse« . Il la sait nécessaire, car « l’écrivain jeune ne peut écrire sans ce frisson de solitude« . Mais cette époque est, oui, incroyablement lumineuse. L’Asie, c’est un peu sa caverne, dont il sortira notamment par la musique et surtout en achevant son recueil Résidence sur la terre.

L’écrivain n’épargne personne, et surtout pas lui-même. Le regard de l’homme alors vieillissant n’est pas tendre avec le jeune homme qu’il était, et notamment sur son attitude envers les natives de ces pays.

Le récit s’achève sur un dialogue qui, rétrospectivement, fait froid dans le dos. Et c’est en définitive (et en dépit de scènes difficiles comme la chasse à l’éléphant), mon coup de coeur de ce début d’année 2010. Et je n’ai désormais qu’une envie, lire J’avoue que j’ai vécu dans son intégralité.

 

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C’était une superbe manière de préparer le voyage du challenge Bienvenue en Inde.  Ce n’était pas au programme – comme je l’explique plus haut. Mais ces généreux organisateurs que sont Soukee et Hilde m’ont permis de l’y intégrer puisqu’une partie du récit est situé en Inde.

Lu également par Soukee !

Bonne plock à tous !

La solitude Lumineuse, par Pablo Neruda (1973), extrait de J’avoue que j’ai vécu (Confesio que he vivido), aux éditions Gallimard, collection Folio (2€), 81 p., ISBN 978-2-070-31702-8.



Le brave soldat Chveik, par Jaroslav Hasek

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Le soldat Chvéïk est aujourd’hui célèbrissime en Europe centrale. Il est un peu à la République Tchèque ce que Mr Hulot est à la France, Mr Bean au Royaume Uni ou Pac Man aux jeux vidéo : un personnage emblématique et salutaire.

Prague, 1914. Un archiduc vient d’être assassiné à Sarajevo, et la guerre est inévitable. Le récit commence donc sur des évènements graves qui pourraient laisser augurer d’un roman bien sombre… Que nenni ! C’était sans compter sur ce brave Chvéïk, nigaud patenté et fervent patriote, qui va – à son insu - transformer le funèste épisode de l’entrée en guerre en une superbe bouffonnerie. Ses pérégrinations, dans un monde que Kafka n’aurait certainement pas renié, sont l’occasion de moquer à qui mieux mieux la police, les médecins, l’église et bien sûr l’armée.

Le grotesque et la satire (qui valent à ce personnage d’être éternellement comparé à Don Quichotte) naît certainement du décalage entre le comportement du bonhomme et la situation à laquelle il est confronté. Chvéïk veut à tout prix défendre l’honneur impérial ; pourtant, il va risquer successivement une condamnation pour haute trahison, l’internement, la prison, quand il n’est pas considéré comme un simulateur souhaitant être réformé !

La bêtise de Chvéïk en fait surtout un succulent pince-sans-rire. A l’épouse du cafetier emmené, il répond : « c’est la première fois que je vois condamner un homme innocent à dix ans de prison. Cinq ans passent encore, mais dix, c’est un peu fort de café » (chapitre VI). Et à l’aumônier déprimé par le manque de ferveur religieuse parmi les soldats, « il y avait dans le temps un curé doyen qui, après que sa vieille gouvernante a eu décampé en emportant leur gosse et leur argent, a pris seulement une femme de ménage » (chapitre XII). Un humour très efficace… un temps du moins.

La première partie m’a totalement enthousiasmé. Comme un mélange du Procès (à qui les premiers évènements – les arrestations arbitraires, l’asile, le centre de santé militaire - font indéniablement penser) et du Dîner de cons – sans le dîner.

Arrivé au milieu du récit, une certaine lassitude s’est cependant installée. Le propos de Jaroslav Hasek est toujours aussi acerbe, mais j’ai dû finir par m’accommoder d’un humour un poil redondant. Attention, cette réserve est sommes toute très anecdotique ! J’espère ne vous fera pas renoncer à plonger dans ce livre qui le mérite amplement…

D’ailleurs, une adaptation ciné est visible sur … mais seulement en langue allemande. Après, sans y être familiarisé, j’ai pris grand plaisir à regarder quelques séquences, qui ne sont pas sans rappeler Bourvil ou Charlie Chaplin… avis aux amateurs !

Lu dans le cadre du Challenge Europe Centrale et Orientale

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organisé par La Plume et la Page

Bonne plock à tous !

Edit : je découvre que le récit est dit inachevé sur Wiki (attention au spoiler d’ailleurs). Je rassure, cela ne se sent pas vraiment à la lecture, le dernier chapitre s’intitulant d’ailleurs  »Catastrophe » et constituant, de facto, une très jolie chute !

Le brave soldat Chvéïk (Dobrý voják Švejk), par Jaroslav Hasek (1921-1923), traduit du tchèque par Henry Horejsi, aux éditions Gallimard (1932), 249 p.



Les Amours Singulières de W.Somerset Maugham

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Un livre avec le mot « amours » dans le titre ? Non, vous ne rêvez pas, vous êtes bien chez Pickwick ! Mais profitez-en quand même, parce qu’il en aura fallu, des arguments, pour me convaincre…

Tout d’abord, l‘adjectif  »singulières », amateur comme je le suis des choses un peu décalées, il n’en fallait pas moins. Ensuite, le quatrième de couverture, mentionnant que Somerset Maugham a été loué en son temps par ses pairs - George Orwell, Graham Greene ou Raymond Chandler… quand même.

Enfin et surtout les swats auxquels je suis convié  – mes premiers Swats ! Le Swat Holmes et le Lady Swat - pour lesquels j’ai décidé de me préparer comme il faut en me plongeant dans la littérature britannique « classique » (en tout cas, plus classique que Jasper Fforde ou Tom Sharpe, allons bon !). Autant dire que je reviens de loin, et que ce petit recueil de nouvelles, sept au total, est vraiment tombé à pic.

Somerset Maugham nous confie ici, sur le réjouissant mode de l’anecdote, les petits drames qui ont bousculé la haute société britannique au début du XXe siècle. 

Les personnages sont gentiment moqués pour leurs nostalgies des grandes heures victoriennes (Un chiffre rond, Le facteur humain) et leur hypocrisie sans faille (Jane, Vertu, Le pain de l’exil). L’auteur – et narrateur - semble tant railler que regretter cette époque révolue des salons rococos, des hôtels avec chasseurs et du respect des convenances à toute épreuve – ou presque.

L’écriture est travaillée. Dans le style d’abord : élégant, même un chouïa précieux ; dans le récit ensuite : la trame est finement tricotée et les « chutes » – nouvelle oblige – sont souvent savoureuses. 

Mon coup de coeur ? Les sublimes descriptions, des lieux, des personnages, des atmosphères… l’auteur a un vrai don pour faire naître une foultitude d’images ou de tableaux. J’ai été transporté, vraiment.

Mon coup de colère ? J‘ai parfois été exaspéré par le côté rétrograde, pour ne pas dire archaïque, du bonhomme. Les passages sur « le manque de réserve dont les femmes font preuve dans leur affaires de coeur » ou sur le fait que ce sont « en général les épouses qui créent les difficultés«  feront au mieux rire jaune… bien jaune.

Du charme donc, mais du charme désuet assurément. De quoi réjouir les amateurs du genre donc, mais pourquoi pas au-delà ?

Bonne plock à tous !

Amours singulières (First Person Singular) par W. Somerset Maugham, recueil de nouvelles comprenant : Jane (Jane), Un Chiffre rond (The Round Dozen), L’élan créateur (The Creative Impulse), Le Facteur humain (The Human Element), Vertu (Virtue), Le pain de l’exil (The Alien Corn), L’occasion manquée (The Door of Opportunity), traduites de l’anglais par Jean-Claude Amalric, Joseph Dobrinsky et Jacky Martin, aux éditions 10-18, 316 p., ISBN 2-264-02192-6.

 



Wilt par Tom Sharpe, ou la loi des titres

Tom Sharpe étant jubilatoire à souhait, il a trouvé tout naturellement sa place dans le merveilleux monde de Pickwick. Une énorme farce sur fond de critique sociale, voilà qui ne pouvait mieux tomber.

Wilt est assez détestable comme type, à la base. Alors bien évidemment, on ne peux s’empêcher de l’apprécier. Pensez-vous, un anti-héros de premier choix : dégonflé, dépassé, un peu minable et totalement dévoué à sa sacro-sainte bibine. Doux-dingue donc, mais pas dénué de qualités ; non-conformiste, acerbe, flegmatique… et pas bête avec ça. Ou si peu.

Le style et surtout les évènements sont heureusement à la hauteur du personnage. Wilt est embarqué dans des histoires totalement improbables ? Tant mieux : plus c’est gros, plus on jubile. Mais où l’auteur est-il allé chercher des histoires pareilles ? Ce n’est plus de la trouvaille, c’est de la prospection de haut vol.

On pourra bien me souffler que je m’arrête à des détails… mais, une fois encore, les titres (oui bon sous-titres que ça chipote) en disent long sur ce qui vous attend ! La preuve par quatre.

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Wilt 1 : Comment se sortir d’une poupée gonflable et de beaucoup d’autres ennuis encore. Attention, génie (de la poilade au moins). Wilt décide de tuer sa femme. Il faut dire que l’on a vu des envies de meurtre pour moins que ça. Pour répéter le crime parfait, une poupée gonflable fera bien l’affaire… Impossible d’en dire plus entre deux crises de rire.

Wlt 2 : Comment se débarrasser d’un crocodile, de terroristes et d’une jeune fille au pair.  Comme si cela ne suffisait pas que Wilt soit affublé d’un boulot impossible et d’une bonne femme ingérable, il hérite de quadruplés et d’une prise d’otage. Toujours très drôle, mais je reste un chouïa sur ma faim. Peut-être en attendais-je trop de ce bon Sharpe ?

Wilt 3 : Wilt prend son pied. Mouais…. auteur en légère panne d’inspiration ? Ce n’est pourtant pas faute d’intrigues totalement rocambolesques, à la limite de l’indigestion. Certes, je ne boude pas mon plaisir, les militaires en prennent pour leur grade, les « militants-moutons » aussi, les flics encore et toujours et mieux encore. Mais bon, comment dire… « pas inoubliable » fera l’affaire. 

Wilt 4 : Comment échapper à sa femme et à ses quadruplés en épousant une théorie marxiste. Toujours aussi loufoque. Le transport de l’intrigue dans l’Angleterre profonde et aux États-Unis a du bon. Notre non-héros remonte la pente… mais je n’atteindrais jamais le niveau de fous rires provoqué par le premier tome. Cela dit, la barre était placée très haut !

Oh, avant d’oublier : jetez un oeil sur Photo-folle, qui non seulement a écrit un excellent billet sur Wilt (1), mais qui nous offre en prime une superbe photo !

Bonne plock à tous !

 

Wilt 1 (Wilt), par Tom Sharpe (1976), traduit de l’anglais par François Dupuigrenet-Desroussilles, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 289 p., ISBN 2-264-04243-5.

Wilt 2 (Wilt Alternative), par Tom Sharpe (1979), traduit de l’anglais par Christine Guérin, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 317 p., ISBN 2-264-04244-3.

Wilt 3 (Wilt on High), par Tom Sharpe (1984), traduit de l’anglais par Henri Loing, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 381 p., ISBN 2-264-04245-1.

Wilt 4 (Wilt in Nowhere), par Tom Sharpe (2004), traduit de l’anglais par Christiane et David Ellis, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 256 p., ISBN 2-264-04368-9.



La Fugitive, par Herbjorg Wassmo

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Il m’arrive de donner de petits noms à des romans, comme d’intimes et tendres pseudonymes. Pour La Fugitive d’Herbjorg Wassmo, mon choix se porte sur « la déconfiture ».

Tout avait pourtant si bien commencé…

J’ai abordé la lecture en toute confiance. Je crois connaître un peu l’auteur : neuf romans (qui, eux, méritent vraiment le détour…), trois trilogies (Tora, Dina et Karna), trois histoires de femmes qui m’ont bouleversé. C’est donc peu dire que je me suis plongé dans La fugitive avec l’espoir d’un moment heureux.

Je suis alors surprise. Un roman écrit sur un mode très introspectif, situé en 2001, à travers l’Europe… Wassmo nous avait habitué à des lieux et des époques reculées, le cercle polaire, le XIXe siècle, et une écriture très distante. Allez, va pour le changement, je ne suis pas si psychorigide quand même… je reste confiant… jusqu’à la toute fin du premier chapitre : « Il disait souvent qu’il m’aimait. Mais comprenait-il ce que cela impliquait ?« . Aïe. Anna Gavalda, sors de ce blog !

Je ne reconnaît plus l’auteur, sa verve, ses contes noirs. Les métaphores sont filées à ne plus en finir, les descriptions sans consistance, les personnages quasi-fantasmagoriques… ou insipides, c’est selon. Où est passé le style épuré et percutant des premiers romans ?

Il me faut me rendre à l’évidence : je peine. Mais je m’oblige et persévère.

A la moitié ou presque, de manière quasi-miraculeuse, le récit commence à prendre vie. Il est même alors un ou deux chapitres qui se lisent de façon agréable. Mais c’est lent, presque paralysé, malgré (et c’est le plus terrible) le voyage, la « fuite » qui constitue la trame générale. Je dois finir par l’admettre : le charme est rompu.

Mais, en refermant le livre, je doute. Je me dis qu’il n’est pas possible que Wassmo ait pu me faire un coup pareil, me proposer une écriture affligeante et une histoire qui ne l’est pas moins. Je fini par me dire que je suis certainement passée à côté de quelque chose, que c’est - peut-être - un roman formidable que je n’ai pas su apprécier à sa juste valeur. Peut-être.

Bonne plock à tous !

 

La fugitive (Flukten fra Frank), par Herbjorg Wassmo (2003), traduit du norvégien par Luce Hinsch, aux éditions Gaïa (10-18), collection  »Domaine étranger », 409 p., ISBN 978-2-264-04322-1.



Délivrez-moi ! et autres aventures de Thursday Next

 

Oui, quand on aime, on aime vraiment.

Vous qui vous êtes à peine remis L’affaire Jane Eyre, souvenez-vous de cette dernière phrase :  

 » - Non, répliquai-je avec un sourire. A vrai dire, je ne fais que commencer… ! « 

Sur ce, Jasper Fforde a eu la brillante idée de poursuivre Thursday Next et son adorable dodo (plock plock !) dans leurs aventures.

Il y eu d’abord Délivrez-moi ! qui, soyons désespérément honnête, n’est certainement pas le meilleur de la série. Il n’est pas mauvais, loin de là. C’est peut-être même le plus barré de la série, parce qu’après lui… Comprenez : il est un peu ce que L’Empire contre-attaque est à Star Wars, Google aux moteurs de recherche, ou le bâtonnet de bois au rollmops : pas des plus savoureux, mais incontournable. Le Portail de la Prose s’ouvre, et l’on sait désormais ce qu’a ressenti Alice lorsqu’elle a plongé dans le tunnel à vouloir suivre un certain Monsieur Lapin blanc.

Il y eu ensuite Le Puits des Histoires perdues. Mon préféré. On en ressort pas indemne, car plus jamais, jamais, jamais, vous ne lirez un livre de la même manière. Ce troisième opus, c’est… tenez, regardez :

 » - Vous vous rappelez cet engouement, il y a quelques années de ça, pour les chaînes de lettres ? Vous receviez une lettre et vous deviez la renvoyer à dix de vos amis ? Eh bien, quelqu’un a du forcer sur la lettre « U ». J’ai ici le rapport de l’agence de protection de l’environnement de la Mer de Texte me signalant que les réserves de la lettre « U » ont atteint un niveau dangereusement bas : il va falloir restreindre la consommation jusqu’à ce que les stocks soient renfloués. Des suggestions ?

- On pourrait utiliser le n de bas de casse à l’envers« .

Il y eu aussi Sauvez Hamelet !, peut-être le plus riche en intrigue et en croquet (ce dernier point n’étant pas discutable). Thursday retrouve son homme et le Minotaure, fait la connaissance de son biographe, n’oublie pas de sauver le monde, et l’honneur des danois par la même occasion, malgré le contrat qu’on a mis sur sa tête. Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous, et vous aurez raison : il s’agit probablement du moins novateur de la série, mais pas le moins jouissif.

Il y eu enfin Le début de la fin. Une quinzaine d’années plus tard, Thursday a 52 ans, deux ou trois enfants, un dodo toujours, pose de la moquette, travaille à couvert pour les OpSpec en partie démantelés mais reconstitués en secret, alors même qu’en réalité exerce encore et toujours ses talents au sein de la Jurifiction…  toujours aussi intrépide. Malgré quelques longueurs, l’amateur d’intrigue burlesque se régale !

Bonne plock à tous !

Délivrez moi ! (Lost in a good book), par Jasper Fforde (2002), traduit de l’anglais par Roxane Azimi, aux éditions 10-18, collection Fleuve Noir, « Domaine étranger », 444 p., ISBN 2-264-04390-3.

Le Puit des Histoires perdues (The Well of Lost Plots), par Jasper Fforde (2003), traduit de l’anglais par Roxane Azimi, aux éditions 10-18, collection Fleuve Noir, « Domaine étranger », 446 p., ISBN 978-2-264-04536-2.

Sauvez Hamelet ! (Something Rotten), par Jasper Fforde (2004), traduit de l’anglais par Roxane Azimi, aux éditions 10-18, collection Fleuve Noir, « Domaine étranger », 472 p., ISBN 978-2-264-04862-2.

Le début de la fin (First Among Sequels), par  Jasper Fforde (2007), traduit de l’anglais par Jean-François Merle, aux éditions 10-18, collection Fleuve Noir, « Domaine étranger », 499 p., ISBN 978-2-264-04993-3.



L’affaire Jane Eyre

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En voilà un titre pas bien affriolant. Car pour certains, dont moi !, Jane Eyre, ça sent la naphtaline et le mièvre comme on n’en fait plus… Heureusement que je n’avais rien d’autre à lire ce soir là. Sans la forte dose de résignation qui m’a alors envahi et conduit à me saisir du livre (tout en me maudissant d’avoir mis 1€ là-dedans et de l’avoir transporté pendant tout un après-midi de brocante), ce blog n’existerai pas. Vous tremblez ? Moi aussi. 

D’abord, L’affaire Jane Eyre, ça n’est pas Jane Eyre. D’ailleurs, on peut lire le premier sans avoir lu le second (ce qui est bien mon cas… aïe, pas sûr qu’avec cet aveu, vous me jugiez encore digne de tenir un blog littéraire ; mais j’ai lu – et aimé – Bel  Ami, alors, un partout balle au centre). Bon, du roman de l’aînée des soeurs Brontë, il est évidemment question, et je ne dis pas que parfois, on ne s’imagine pas qu’on rate certainement un truc. Mais ça reste extra-ordinairement savoureux. Foi de Pickwick, et avec ou sans l’aide de Charlotte, vous allez vous régaler.

Ensuite, dodo ne saurait mentir, il faut vous accrocher pendant, disons, les 10 premières pages.  10 pages, peut-être 15, pendant lesquelles on se demande franchement ce qu’on fait là nom de nom, s’il n’y a pas un autre roman qui nous attend patiemment sur l’étagère, et surtout mais quelle est donc cette nouvelle drogue dont l’auteur fait discrètement mais indiscutablement l’apologie.

Passé ce flottement, bref mais probable, c’est la révélation : ce bouquin est tout simplement épatant. 

C’est qu’il faut se faire à l’idée que ce roman n’est pas tout à fait comme les autres. Le Conseil des genres a d’ailleurs longuement hésité entre « thriller littéraire » et « conte fantastique ». J’ai moi-même suggéré la catégorie des romans d’enquètes littéraires dans un monde absurde – à moins que ce ne soit l’inverse - mais passons.

Thursday Next, c’est un peu la fille cachée de Lewis Caroll et d’Orson Wells. Pour employer une technique éculée, mais non moins efficace, imaginez la recette suivante : transportez le Pays des Merveilles en 1984 ; invitez Terry Gilliam, les 4 Fantastiques, et bien sur, une certaine Jane ; ajoutez un adorable dodo de compagnie (plock !), remuez, humez, dégustez, et vous comprendrez mon engouement pour le plus formidable des romans qui m’ait été donné d’ouvrir dernièrement.

Bonne plock à tous !

 

L’affaire Jane Eyre (The Eyre Affair), par Jasper Fforde (2001), traduit de l’anglais par Roxane Azimi, aux éditions 10-18, collection Fleuve Noir, « Domaine étranger », 410 p., ISBN 2-264-04207-9).



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