Dirty Week-end, par Helen Zahavi

97828594067451.gif « Voici l’histoire de Bella qui se réveilla un matin et s’aperçut qu’elle n’en pouvait plus« .

Bella est une femme un peu paumée, c’est vrai, mais elle s’en sort plutôt bien. Jusqu’au jour où un homme se met à l’observer de sa fenêtre. Puis à l’appeler. Et à la suivre. Bella, qui jusqu’ici avait fermé le rideau et s’était terrée dans l’obscurité, va littéralement disjoncter. Et devenir, le temps d’un week-end, une formidable tueuse en série. Et « c’est ce jour là que débute son histoire« .

L’histoire de Bella est d’une cruauté et d’une violence inouïe. Bella a décidé de prendre son destin en main et de renverser les rôles. Elle va riposter. Répondre aux attaques des hommes, de ceux qui menacent ou qui parviennent à la viol*r, ceux qui ont commis l’erreur de la considérer comme un agneau sans voir qu’elle était en réalité le boucher.

« Pour Bella, la justice n’est pas la justice biblique. Jamais elle n’appliquera le principe oeil pour oeil, dent pour dent. Cette parité laxiste et molle lui donnerai presque envie de vomir. »

La plume d’Helen Zahavi est tout simplement renversante. Des phrases courtes, sèches,  envoyées comme un tir de mitraillette. Les évènements s’enchaînent à une vitesse prodigieuse, quelques digressions, quelques moments d’introspection laissant à peine le temps de reprendre son souffle.

« Elle songeait à quel point elle avait besoin d’une arme. N’importe laquelle. Un mousquet. Un fusil. Une carabine. Un file-moi-le-fric-et-tire-toi. Un rattrape-moi-si-tu-peux. Elle songeait à des explosifs. Elle songeait à des fusils à canon scié. Des lance-flamme, des canons et de la cordite. De la dynamite, du plastic, un pur plaisir. Elle pensait tactique. Elle pensait stratégie (…) Bella voyait remarquablement grand« .

Un premier roman qui en son temps avait fait l’objet d’une demande d’interdiction au Parlement de Londres pour cause d’immoralisme. Alors oui, Helen Zahavi ne nous épargne pas, avec des scènes d’une obscénité et d’une cruauté à faire frémir le lecteur le plus averti. Mais justement !

Et il faut dire que je savais où je mettais les palmes grâce à Amélie, qui l’avait  justement choisi comme héroïne (une héroïne qui se nomme Bella, si ce n’est pas un signe ça !) pour le challenge On veut de l’héroïne ! Une excellent source d’inspiration, merci à elle ! Parce que cette héroïne-là en surclasse plus d’une. Donnez un flingue à Bella-la-fadasse, elle en fera une crise de nerf ; donnez un flingue à cette Bella là, et elle vous fera un carnage à faire pâlir Charles Manson.

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Une lecture coup de poing dont on ne ressort pas indemne. Indispensable, infernal, magistral.

Bonne plock à tous !

PS : pour rester totalement dans le thème mais finir sur une touche joyeuse, je vous invite à jeter un oeil chez Canel qui nous propose aujourd’hui d’écouter une tueuse en série… bien plus sympathique !

 

Dirty week-end (Dirty week-end) d’Helen Zahavi (1991), traduit de l’anglais par Jean Esch, aux éditions Phébus (2000), 208 p., ISBN 978-2-859-40674-5.

 



Lecture commune autour de Nick Hornby

 

Et si l’on se dégustait un petit Nick Hornby ?

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Lou et moi avons très envie de partir à la (re)conquête de cet auteur anglais. On vous propose donc une lecture commune autour de Nick Hornby sur le roman de votre choix !

Le titre reste à votre entière disposition, en accord – ou pas ! – avec votre PAL. L’idée étant de publier nos billets le 1er aout, un peu à la manière d’un challenge instantané.

Une lecture rafraichissante, à savourer sur la plage, sur une terrasse, à l’ombre d’un arbre ou lors d’une douce soirée d’été… Il n’y a donc plus à hésiter ! 

Bonne plock à tous !

P.S. : un petit concours pour gagner le dernier roman de Nick Hornby, Juliet, naked, chez Esmeraldae (jusqu’à ce soir minuit), chez Choco (jusqu’au 15 mai 23h59 !), chez Liyah (jusqu’au 19 mai, 20h !) et chez Ankya (jusqu’au 19 mai à 18h !).

P.P.S. : et bravo à Lou pour ce superbe logo !

Edit du 15/05 : j’en reviens pas… j’ai gagné ! Je vais recevoir Juliet, naked : beaucoup, d’avis positifs sur ce titre, j’ai très envie de le lire ! Merci mille fois à Esmeraldea !



Tête de Chien, par Morten Ramsland

folio021.jpg    « Ne te laisse pas envoûter par les esprits des arbres »

« Entre Norvège et Danemark, des années trente à nos jours, ce récit cocasse célèbre la famille, pour le meilleur comme pour le pire. De la rencontre d’Askild et de Bjork naît une ribambelle de personnages tous  plus loufoques les uns que les autres. Morten Ramsland réussit à conjuguer bonheurs et malheurs avec une impertinence et une légèreté toute enfantine, sans oublier l’amour« .

Bon, allons-y gaîment : ce livre n’est ni plus ni moins qu’un petit bijou capable, me semble-t-il, d’atteindre chacun dans son petit coeur. Si vous aimez les destins pas ordinaires racontés avec brio… foncez !

Plusieurs fois au cours de ma lecture, je me suis demandé à quoi ou à qui ce livre me faisait penser. Et puis la réponse m’est soudainement apparue dans toute son évidence…Voyons : une tragédie grecque racontée à la manière d’une farce ? Une traversée des époques, des lieux, des générations à faire pâlir un psychanalyste chevronné ? Une manière de raconter des choses graves avec légèreté – et inversement ? Une capacité à donner une dimension universelle aux personnages ? Bon sang mais c’est bien sur ! Il y a dans ce livre quelque chose de John-Irving-ien !

Puis, une fois cette lecture refermée, je me suis demandée ce qu’il m’en restait : je crois pouvoir parler d’un formidable tableau bigarré. Tout en couleurs vives nées d’une histoire passionnante, d’un humour pince-sans-rire très présent, d’une intrigue pleine de rebondissements, d’une touche de magie puisée dans les contes scandinaves, d’une fin éclairante – et qui arrache sa petite larme – et du style pétillant, sans longueurs, où l’on prend plaisir à lire chaque mot laissé par l’auteur.

« Bjork commençait à être écoeurée par son époux alcoolique. Des rêves piochés dans toutes sortes de romans sentimentaux de médecins venaient la hanter la nuit, et, dans la journée, ces mêmes romans s’imposaient dans sa vie. Askild n’avait que du mépris pour le nouvel intérêt littéraire de son épouse et il a essayé, sans succès, de lui faire partager sa passion pour les livres d’art et le jazz. Il est indéniable que Bjork était assez mal disposée envers ces enthousiasmes : dans le cubisme, elle ne voyait que la folie de son mari, dans le jazz, elle n’entendait que sa dépendance bruyante à la bouteille. Oui, derrière la lutte sans fin entre les goûts soi-disant cultivés d’Askild et ceux soi-disant populaires de Bjork se cachait un condensé complet de leur relation, et ce combat connut seulement une espèce de trêve lorsque Bjork, sur ses vieux jours, développa un certain goût pour les finesses et les joies des tripots clandestins« .

Un roman que j’ai même envie de relire – et ça c’est plutôt rare, pour ne pas dire exceptionnel pour moi ! 

Et ne loupez pas le très chouette billet de Choco qui en parle vraiment bien, tout comme Jérome !

Un grand merci à  51410427p.jpg et aux éditions Folio !

Bonne plock à tous !

Tête de Chien (HundeHoved), par Morten Ramsland, traduit du danois par Alain Gnaedig, aux éditions Gallimard, collection Folio (2010), 464 p., ISBN 978-2-07-041778-0.



Comment j’ai fêté la fin du monde, par Catalin Mitulescu

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Roumanie, 1989. Dans la banlieue de Bucarest, Eva devient adulte. Elle a 17 ans – mais tant l’actrice que le personnage en paraissent bien davantage. Elle vit avec ses parents et Lalalilu, son frère de 7 ans ; mais surtout, elle fréquente Alex, « fils de flic », fils de l’officier du parti du quartier. Un jour, alors qu’ils traînent dans les couloirs du lycée, ils renversent par accident un buste de Ceausescu. Et c’est Eva qui trinque, lâchée par Alex, lui-même protégé par son statut. Renvoyée, elle intègre un établissement entre lycée professionnel et maison de redressement. Et fait la connaissance d’Andreï, fils de dissident, qui rêve de quitter le pays.

L’intrigue du film deviendra vite secondaire. Elle ressemble davantage à un prétexte pour donner à voir des tranches de vie sous un régime autoritaire qui vit ses dernières heures.

D’où l’impression d’un film brouillon et qui traîne en longueur… mais qui reste plaisant à voir.

D’abord et avant tout pour la qualité de l’image. Angle de vue, lumière, la caméra s’attarde, s’immisce, saisit de très belles choses et crée une atmosphère à la fois douillette et brutale.

Ensuite, pour les chroniques de vie dans un quartier de Bucarest. Un coin de banlieue qui s’apparente à un petit village, dans lequel il faut composer avec la résignation, la méfiance et les petits délires de chacun. Et un film rythmé par des scènettes souvent drôles, de cet humour du dernier recours, fragile et amer. 

Enfin et surtout, pour ses acteurs. Eva – Dorotheea Petre, prix d’interprétation féminine au festival de Cannes 2006 – qui, avec ses faux airs de Fanny Ardant, porte le film. Mais aussi Lalalilu – Timotei Duma – et même si je suis loin d’être la première à m’attendrir béatement devant la petite bouille du premier gosse qui passe, force est de reconnaître qu’il est juste sublime.

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Un extrait ici (impossible d’insérer la vidéo… vous ai-je déjà dit que j’étais une bille en informatique ?) ou ici  Comment J’Ai Fêté La Fin Du Monde.

Un film tragi-comique à l’esthétique tout simplement très belle, mais peut-être à réserver aux soirées d’humeur nostalgique et contemplative

Bonne plock à tous !

 

Comment j’ai fêté la fin du monde (2005), réalisé par Catalin Mitulescu, avec Dorotheea Petre, Timoti Duma… Sélection officielle Un certain regard – Festival de Cannes 2006 ; Prix d’interprétation féminine, 101 min.



Orages Ordinaires, par William Boyd

97820210010371.gif  « Ne te tape jamais ta voisine, il se souviendrait de ça dans une prochaine vie« .

Il est parfois des lectures paradoxales que l’on souhaite ne jamais voir finir tant le plaisir est grand, et que, dans le même temps, l’on ne peut s’empêcher de dévorer tant le suspens est insoutenable. Ce fût le cas du dernier roman de William Boyd, Orages ordinaires, que je peux annoncer immédiatement comme étant un grand coup de coeur.

Le plaisir commence dès le quatrième de couverture, avec une présentation comme on aimerait en voir plus souvent. « Par un pur hasard, Adam Kindred, jeune climatologue spécialiste des nuages, se retrouve dépouillé en quelques heures de tout ce qu’il tenait pour acquis : sa carrière, sa réputation, ses cartes de crédit, son passeport, son portable, et même ses vêtements, soit tous les signes extérieurs de son identité humaine. Une succession de terrifiantes coïncidences fait de lui l’auteur tout désigné d’un meurtre. Police et tueurs à gage lancés à ses trousses, sa seule issue est d’entrer dans la clandestinité et de rejoindre la multitude de ces disparus qui hantent les grandes capitales mais demeurent indétectables sous les rayons inquisiteurs des radars sociaux. Entre ses poursuivants multiformes et insaisissables et ses frères de misères, Adam fait l’apprentissage cruel et fascinant de l’art de la survie à l’intérieur d’un Londres hors normes, peuplé de personnages fort inventifs face aux vicissitudes existentielles« …

Si les toutes premières pages peuvent être un peu déconcertantes, l’on comprend  très rapidement que l’on tient dans les mains un vrai bijou.

D’abord et avant tout pour la qualité de l’intrigue. Une narration alternée (encore !), qui permet de suivre la chasse à l’homme lancée contre Adam, le témoin gênant, par cet ancien militaire devenu mercenaire et orchestrée par les barons de l’industrie pharmaceutique.

Une intrigue bien construite et qui n’a rien d’insurmontable ! William Boyd sait doser les zones d’ombres, les révéler en temps utile, et créer une traque à couper le souffle sans jamais perdre son lecteur. Tout a du sens et tout s’éclaire au moment opportun. Il n’est ni imbroglio gratuit, ni mélo facile, en particulier à la fin – une fin étonnamment apaisante.

Orages Ordinaires, c’est aussi une ambiance, des personnages terriblement crédibles (mention spéciale à Ly-on, « petits petits pois ») et un style – magistral. Et une réflexion tout en finesse sur les enjeux de l’identité, de l’anonymat, du pouvoir, de l’éthique, de l’échelle sociale… bref, du chaos de la société moderne.

« Il s’offrit une douche dans la suite de la gare Victoria et se lava les cheveux pour la première fois en un mois ou presque. Il examina l’étranger barbu aux traits tirés qui le fixait dans le miroir tandis qu’il se coiffait et fut frappé par la force des sentiments contraires qui l’habitaient : une vive fierté devant sa résilience et son ingéniosité, un amer apitoiement sur soi-même à l’idée qu’il avait pu en arriver là. Oui, je suis libre, songea-t-il, mais que suis-je devenu ?« .

Un thriller qui se déguste aisément tout en donnant à réfléchir sur le monde qui nous entoure. J’en redemande ! Merci à L’Ogresse, grâce à qui j’avais repéré ce titre !

Et je remercie bien sûr Alapage pour l’envoi du roman Orages Ordinaires de William Boyd, un auteur dont je ne vais certainement plus me passer ! 

Bonne plock à tous !

 

Orages Ordinaires (Ordinary Thunderstorms), par William Boyd (2009), traduit de l’anglais par Christiane Besse, aux éditions du Seuil (2010), 476 p., ISBN 978-2-02-100103-7.

 



Retour au bercail !

Vous pourrez retrouver ici les billets publiés sur mon blog de secours.

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The portrait of a Lady Swap : dénouement du Swap organisé par Lou et Titine ! Venez découvrir ce que ma swappeuse m’avait réservé…

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Une vie moins ordinaire, film réalisé par Danny Boyle, qui s’inscrit dans la challenge « Ewan vs Christopher » organisé par Chryssilda et Titine.

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Quand souffle le vent du nord, par Daniel Glattauer. Une très belle lecture, et je remercie encore Keisha pour ce livre-voyageur !

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Bonne plock à tous !



Un train pour Trieste, de Domnica Radulescu

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Un train pour Trieste, ou la vie de Mona, née à Bucarest sous la dictature, des années 60-70 jusqu’à nos jours. Bien que l’auteur s’en défende, difficile de ne pas y voir un fort caractère autobiographique, tant le récit respire le vécu et les parallèles sont nombreux.

Adolescente, Mona tombe dans les bras de Mihai ; il faut dire qu’elle a terriblement besoin de légèreté. Parce que Mona vit de plein fouet la chape qui plombe la Roumanie et qui s’accentue lorsque Ceaucescu arrive au pouvoir. Parce son quotidien, c’est parfois la faim et très souvent la peur – en particulier pour son père, intellectuel et résistant de l’ombre. Et puisqu’il faut se méfier de tout le monde, pourquoi pas de Mihai ?

Un jour qu’elle se moque du « Guide bien aimé », il la rabroue. « Dois-je l’embrasser ou le gifler ? Il plaisante, me dis-je avec fermeté. La preuve ? Il écoute Ella Fitzgerald et les Beatles. Je peux lui faire confiance. Je peux l’aimer. J’entends un train siffler« .

Il est question d’une histoire d’amour certes : mais elle est surtout (me semble-t-il) un prétexte. Pour raconter la terreur, l’angoisse, les démons qui nous poursuivent s’ils ne sont pas affrontés un jour ou l’autre. La romance est aussi ce par quoi la véritable trame du roman prend corps : le train pour Trieste, celui qui permettra de fuir, fuir la faim, fuir la peur, fuir les blousons noirs qui viennent tabasser votre famille à l’heure du coucher. Et de construire enfin sa vie, qui sait… mais sur quelles bases ?

En vérité, il y a longtemps que j’aurai du vous parler du récit de Domnica Radulescu. Mais ce livre a vraiment quelque chose de particulier. Il n’est même pas passé par la salle d’attente de ma bibliothèque : à peine ouvert pour le feuilleter que j’avais déjà avalé une cinquantaine de pages. C’est dire son pouvoir d’attraction et l’interêt que j’ai porté à cette histoire. Sans oublier la clarté de son style, simple et sans prétention.

Je m’aperçois que ma présentation n’est certainement pas des plus alléchantes – et pourtant ! Ce fut un immense plaisir de lecture. Et l’aveu me coûte, mais je tiens à être sincère jusqu’au bout : j’ai même versé quelques larmes sur la fin. Et je suis bien embêtée de ne pas pouvoir expliquer plus en avant ce moment d’égarement.

Une lecture recommandée les yeux fermés à ceux qui aiment les destins de femme, l’Histoire - en particulier des pays de l’Est -, les histoires d’amour impossible, les histoires de famille (un quasi-témoignage passionant pour ceux qui s’interessent à la psycho-généalogie), les bios même romancées, les récits de clandestinité ou de déracinés… bref, à tout le monde en fait !

Juste une chose : heureusement que je n’ai pas pris le temps de regarder le quatrième de couverture, qui révèle trop de choses selon moi. Ce n’est certes pas un livre à suspens, mais il mérite vraiment d’être approché au rythme voulu par l’auteur, ou du moins à sa manière.

L’avis de Catherine que je remercie vivement pour m’avoir donné envie de lire ce livre.

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Lu dans le cadre du challenge Europe Centrale et Orientale organisé par La Plume et la page - La Roumanie est donc la deuxième étape de mon voyage après la République Tchèque.

Bonne plock à tous !

Un train pour Trieste (Train to Trieste), par Domnica Radulecu (2008), traduit de l’anglais par Karine Reignier, aux éditions Belfond (2010), 360 p., ISBN 978-2-7144-4460-8. 

 



L’invisible, par Stella Rimington

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« Selon le jargon de la CIA, le terme «invisible» désigne un terroriste qui a la nationalité et l’ethnie du pays choisi pour cible. Liz Carlyle, de la section antiterroriste du MI5, apprend que la Grande-Bretagne va être infiltrée par un «invisible». Dans le même temps, un jeune indic pakistanais lui signale des mouvements suspects dans une librairie islamiste fondamentaliste de Londres. La menace existe assurément, mais Liz ignore le lieu, la date et la nature de l’attentat…
Dans la veine des classiques du roman d’espionnage, terrain privilégié du suspense, de l’angoisse et du double jeu,
L’Invisible détient une carte maîtresse : l’auteur domine mieux que quiconque le sujet, pour avoir occupé pendant cinq ans le poste de directeur général du MI5« .

La couverture et le quatrième de couverture ne rendent vraiment pas justice à ce polar très réussi. Du classique roman d’espionnage, il est évidemment question, mais pas seulement : ce livre a largement rempli son contrat en dépassant même mes attentes.

La construction du récit est exemplaire. L’intrigue, qui pourrait sembler complexe de prime abord, est riche sans être confuse. D’un côté, l’arrivée d’un Pakistanais sur le sol britannique. De l’autre, du rififi dans le milieu du banditisme. Le puzzle se met en place à une allure idéale, ni trop rapide (c’est précis, crédible, cohérent), ni trop lente (c’est prenant, rythmé, bien calibré). On va de surprise en surprise, et ce jusqu’à la fin. De quoi tirer un excellent film du genre, me suis-je d’ailleurs dit en passant.

Le monde des renseignements semble rendu tel qu’il est : des tensions entre les services, des intuitions, des recoupements ténus et même d’heureux hasards. Ses membres ne sont jamais présentés comme des machines froides ou des warriors à toute épreuve. Liz, par exemple, a un sacré caractère, un amant, des coups de génie et des coups de blues. Rien de plan-plan donc du côté des personnages, les caractères sont assez fouillés, notamment celui de l’Invisible qui se dévoile progressivement. 

Et l’ambiance n’est pas négligée, bien au contraire. L’atmosphère brumeuse de la campagne anglaise (puisque c’est le cadre principal du récit – contrairement à ce que la couverture pourrait laisser croire) est magnifiquement rendue. Ses pubs miteux, ses snobinards et ses paumés, ses plages et ses paysages à perte de vue… de quoi séduire au-delà des amateurs de polar.

A lire absolument pour les adeptes du genre donc, mais pas seulement ! C’est même certainement le livre que je conseillerais pour (re)découvrir les romans d’espionnage. Une enquête très actuelle, qui sonne terriblement juste et sans une once de manichéisme. Et le fait que le personnage principal soit une femme ne gâche rien au plaisir bien sûr ! Bref, un très bon polar comme j’aimerai tellement en lire plus souvent !

Un grand merci à la Team de 47286519 et aux éditions Le livre de poche !

D’autres avis très positifs chez Nathalie, Flof13 et Lagrandestef, un peu plus mitigé chez Véro.

Bonne plock à tous !

PS : mon billet enthousiaste ne doit rien au fait qu’il s’agisse d’un partenariat – j’ai d’ailleurs lu le livre avant les derniers évènements blogosphériques. Précision certainement inutile (je ne me suis pas gênée pour indiquer que certains livres reçus m’ont déçu ici ou ) et justification que je déplore dans le principe… mais autant le faire une fois pour toute. 

L’invisible (At Risk), par Stella Rimington (2004), traduit de l’anglais par Johan-Frederik Hel Guedj, aux éditions Le livre de poche, collection Thriller, 472 p., ISBN : 978-2-253-11615-8.



Junk, par Melvin Burgess

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« C’est le problème de la plupart des gens. Ils rêvent d’être éternels. Alors, quand on leur annonce qu’on veut juste vivre sa vie, et que si ça signifie mourir dans trois ans, ce n’est pas grave, ça les rend fous. A partir du moment où on décide que ça n’a aucune importance de ne jamais avoir vingt ans, il n’y a plus rien à dire contre l’héroïne, non ?« . 

Nico et Gemma sont ados, amis, amants et fugueurs. Lui vit la fureur de ses parents alcooliques et violents, elle a la fureur de vivre loin de ses parents. Il fuit par désespoir, elle le rejoint par choix – et les voilà errant dans Bristol. Un premier squat, un peu d’aventure, un second squat, un peu d’héroïne - et les voilà junkies parmi les junkies.  

Junk n’est pas un livre prétentieux. Ni dans la forme - accessible – ni le fond – factuel. Il se lit donc très vite et sans s’ennuyer un instant. Les situations et les personnages sont crédibles à défaut d’être réels. Ce n’est pas un essai, ce n’est même pas un manifeste – Junk ressemble davantage à un témoignage-fiction non moralisateur.

Les chapitre sont des bribes de récit, vu à tour de rôle par les protagonistes, Nico, Gemma, les junkies et les non junkies qui les entourent. Et c’est cette alternance des points de vue qui a rendu cette lecture intéressante. Là où certains s’y seraient cassés la binette, Melvin Burgess a parfaitement réussi cet exercice du genre périlleux. La descente aux enfers apparaît tant dans sa dimension collective – l’effet de groupe – que dans sa dimension personnelle – le parcours individuel. Le tableau est à la fois général(isable) et intimiste, et là je me dis : chapeau.

Soyons honnête, c’est une lecture qui ne m’a pas procuré une foultitude d’émotions. Loin du « bouleversant » annoncé par le quatrième de couverture. Peut-être faut-il y voir la marque de mon insensibilité chronique, mais… je crois que c’est essentiellement lié à son caractère factuel. Et puis, finalement, il n’est pas certain que je le regrette. 

En revanche, il est un point sur lequel je mets un bémol sans concession : le dénouement. Il est peut-être peu crédible par certains aspects, mais il me semble surtout angélique et dangereux. Difficile d’en dire davantage sans vendre l’intrigue, mais le fait qu’aucun des personnages principaux… (je dois m’arrêter là, mais grrr). Difficile de ne pas penser au livre Christiane F. (spoiler - qui termine sur une fin heureuse, sans post-face pour indiquer que la jeune fille est décédée d’overdose quelques années plus tard – fin du spoiler).

J’allais oublier : c’est bien sûr un livre qui s’inscrit parfaitement dans le challenge On veut de l’héroïne ! L’héro n’est pas une addiction comme les autres… l’enthousiasme naïf des premiers temps cède vite la place à la détresse et à la rage. L’amour s’étiole, les coups bas se multiplient, la folie devient furieuse. Là où certaines restent tièdasses et sans saveur – suivez mon regard – l’héro, elle au moins, va à l’essentiel : détruire. Dont acte.

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Challenge On veut de l’héroïne ! organisé par Emma et ici même.

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Et c’est grâce à Tunisia, qui en fait un livre voyageur, que j’ai pu lire ce titre. Un grand merci ! Et je ne peux que vous encourager à rejoindre la chaîne. 

L’avis de Tinusia donc, de Soukee et d’Ankya qui ont eu le coup de coeur !

Bonne plock à tous !

Junk (Junk), par Melvin Burgess (1996), traduit de l’anglais par Laetitia Devaux, aux éditions Folio, 422 p., ISBN 978-2-07-039692-4.



Bienvenue à Egypt Farm, par Rachel Cusk

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« Egypt Farm est un lieu magique, hors du temps. Depuis l’adolescence, Michael est habité par l’atmosphère enchanteresse du cette famille loufoque et bohème. Le jour où il manque de perdre la vie, il décide de retourner à Egypt Farm, fuyant son existence morose et sa femme dépressive. Mais les années ont passé et, derrière ses illusions de jeunesse, Michael découvre une noirceur insoupçonnée… » (Quatrième de couverture).

N’y allons pas par chemins détournés : cette lecture fût une vraie déception, notamment parce que le menu annoncé par le résumé n’était définitivement pas au rendez-vous.

« Un lieu magique » ? Il ne suffira pas à Rachel Cusk de décréter que Michael conserve une merveilleuse impression de son passage à Egypt Farm pour créer une « atmosphère enchanteresse » censée poursuivre le lecteur… Dans ce premier chapitre de souvenirs, les évocations m’ont semblées fuyantes. A tel point que j’ai attendu d’autres flash-back : je n’envisageais pas une seconde que cette entame allait suffire à mettre en place la trame sur laquelle tout le roman repose. Une attente vaine ; mais ce n’était pas la dernière…

« Une famille loufoque et bohème » ? La famille Hanbury m’a surtout semblé par de nombreux aspects assez ordinaire. Et ses quelques travers bien peu consistants. Une famille recomposée, dans laquelle l’ex et la nouvelle femme s’entendent ou font semblant ? Une famille qui organise des soirées jusqu’au petit jour et qui accueille le tout venant ? Hum… ? Oh, l’adolescente (18 ans quand même) que l’on laisse se faire peindre nue par un artiste de passage ? So what ? Bref, si Michael a trouvé cette famille « très inhabituelle« , de mon côté, je cherche encore.

Rapidement, le roman m’a donc paru assez bancal, car, l’intrigue – si tant est que l’on puisse parler d’intrigue – est construite sur la fuite des illusions. Or, comment ressentir cette rupture entre le souvenir et la réalité, entre l’ordinaire et le particulier, dès lors que les premiers ont été négligés ?

Quant à la « noirceur insoupçonnée« , je ne peux pas expliquer à quel point la déception fut grande sans vendre la fin – décevante donc, mais je radote. Les personnages féminins, plutôt intéressants au départ, tournent à la caricature : Rebecca, la femme rebelle et tourmentée ; Lisa, la femme conformiste et dirigiste ; Caris, la femme assumée et fantasmée…

Plus généralement, la volonté de Rachel Cusk de construire une histoire sur des oppositions m’a semblé virer au manichéisme primaire : gens de la ville contre gens de la campagne, élan artistique contre besoin de normalité, mère envahissante contre mère (ultra) distante, et – ma préférée – amateurs de maisons anciennes contre partisans de constructions récentes. Hum.

Quant au style… pourquoi faire simple lorsque l’on peut faire compliqué ? Des phrases alambiquées mais vides de substance – et difficile de n’y voir qu’une simple maladresse de traduction. Il est certes quelques dialogues (en particulier les affrontements entre les personnages) qui se lisent avec plaisir, mais cela n’a pas suffit à me faire adhérer à une histoire sur laquelle j’ai glissé, j’ai peiné et désespéré de trouver de l’intérêt.

Merci à  47286519 et aux éditions 084e7cdd5e2d0eafdeff599084837.jpgpour ce partenariat !

Bonne plock à tous !

Bienvenue à Egypt Farm (In the Fold), par Rachel Cusk (2005), traduit de l’anglais par Justine de Mazères, aux éditions Points (2010), 287 p., ISBN 978-2-7578-1512-0.



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