Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, par Harper Lee

9782877065504.gif « Pour une fois, tâche de te battre avec ta tête. Elle est bonne, même si un peu dure« .

Scout passe son enfance à Maycomb dans les années 30, une bourgade de l’Alabama,  État alors ségrégationniste du Sud des États-Unis. Grâce à l’intelligence de son père Atticus, avocat et veuf, à sa complicité avec son frère Jem, de quelques années son aîné, et à la tendre autorité de Calpurnia, la gouvernante noire, elle grandit à l’écart de la dureté du monde qui l’entoure – mais non pas sans elle. Scout prend peu à peu conscience de la pauvreté et de la ségrégation qui sévit dans cette région, marquée par la défaite de la guerre de sécession, la crise de 1929 et un fondamentalisme chrétien particulièrement rigoureux.  

Voici un récit qui commence comme une paisible chronique et qui finit comme un puissant roman.

La première partie s’articule comme des tranches de vie, celles d’une petite fille blanche, instruite mais sauvageonne de l’Alabama de l’entre-deux-guerre. Entre autres activités, Scout, son frère et Dill, un garçon qui vient passer l’été à Maycomb, s’amusent à se faire peur en tentant d’apercevoir Boo Radley, un voisin qui ne sort jamais de chez lui.  

Et puis, survient un événement sur lequel le récit va se concentrer dans sa seconde partie. Atticus, le père, est chargé de défendre un Noir accusé du viol d’une Blanche – et puisqu’il n’est pas disposé à prendre sa tâche à la légère, comme le veut l’usage d’une justice expéditive dans ces circonstances, les ennuis commencent.

« - Attends, Billy ! intervint un troisième, tu sais que c’est le tribunal qui l’a commis d’office pour défendre ce nègre.

- Ouais, mais Atticus a réellement l’intention de le défendre, et c’est ça qui ne me plait pas« .

Une lecture que j’ai énormément apprécié pour le tableau qu’elle brosse des États-Unis. Un magnifique complément à la lecture d’Erskine Caldwell – dont les récits sont situés aux mêmes lieux et époques, mais du point de vue de paysans pauvres et sans instruction – et à celle de Richard Wright, du point de vue des Noirs, tant dans les États du Sud – Black Boy - qu’après l’immigration à Chicago dans les années 30 – Native Son.

Certes, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur n’est pas aussi cruel que le premier ou aussi poignant que le second. Pourtant, c’est une histoire que je n’oublierai pas, pour sa fraîcheur et pour son réalisme. Un récit sans demi-mesure, porté par un étrange regard d’enfant, à la fois naïf et intelligent, et qui donne à voir les pires bassesses comme le plus grand courage de l’être humain.    

C’était une lecture commune organisé par Anjelica et à laquelle s’est joint entre autres Manu, Choupynette, Evertkhorus, Liyah, Daniel Fattore, Frankie, Leylies, Mrs Pepys, Nathalie, Sybille, Calypso, Myteline, Elora, aBeiLLe et certainement d’autres encore… (je rajoute les liens dès que j’en trouve, n’hésitez pas à me le signaler en commentaire !).  Egalement les avis de Titine et Keisha.

Lu dans le cadre du challenge Littérature au féminin organisé par Littérama.

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Bonne plock à tous !

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur (To kill a mockingbird), par Harper Lee (1960), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Stoïanov, aux éditions de Fallois (2005), 337 p., ISBN 978-2-87706-550-4.



La Ville insoumise, par Jon Fasman

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Jim, américain à la trentaine bien sonnée, sent qu’il est en train de rater sa vie. Après un échec sentimental, il est rentré travailler dans le petit boui-boui de ses parents. Il boit trop, il joue trop, et, face à une importante dette de jeu, il prend le parti de s’expatrier en Russie – dont il connaît la langue et la culture par ses grands-parents qui ont fui, en leur temps, le régime soviétique. Désormais installé à Moscou, Jim va travailler pour la Fondation de la Mémoire qui s’attache à faire la lumière sur le sombre passé de ce pays.

En dépit de ce qu’annonce le quatrième de couverture, nous ne sommes pas dans un thriller. J’étais pourtant prévenue, mais vu le temps qu’il m’a fallu pour rentrer dans le livre, et le peu de suspens qui s’en dégage, j’ai pu humblement le vérifier par moi-même. Nous sommes plutôt à mi-chemin entre le roman d’espionnage et le roman noir – pour ne pas dire complètement obscur.

L’intrigue m’a semblé gratuitement complexe. Il est d’un côté d’importantes longueurs, et même des chapitres entiers inutiles (et là encore, j’étais prévenue !). Il est de l’autre des explications de texte qui m’ont cruellement manqué. Et ce n’est pas faute d’apprécier les imbrogliami politico-mafieux - auxquels il fallait légitimement s’attendre pour une intrigue située dans la Russie actuelle.

L’auteur a pris le parti de laisser volontairement le lecteur dans le flou sur des personnages et des situations « clés ». Au début, c’est plutôt intriguant. A la longue, cela devient lassant. Et à la fin du roman, c’est carrément frustrant. 

Une lecture déroutante, que j’ai failli abandonner à plusieurs reprises, et malgré tout tenue par l’espoir d’une clarification et d’un dénouement salvateur. En vain. La considération portée aux liens entre générations (et par-delà l’hommage rendu aux aïeux), et la description de la Moscou d’aujourd’hui restent les seuls aspects positifs du récit à mes yeux.

La Ville insoumise est un livre-voyageur qui est passé par moi grâce à Keisha que je remercie vivement ! Vous pourrez lire son billet ici, ainsi que celui de Lapinoursinette, et les nombreux avis (pas très positifs !) recensés chez BOB.

Bonne plock à tous !

La ville insoumise (The Unpossessed City), par Jon Fasman (2008), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Madeleine Nasalik, aux éditions du Seuil (2010), 378 p., ISBN 978-2-02-097732-6.



Un mariage poids moyen, par John Irving

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Un mariage poids moyen, c’est essentiellement le récit d’un drôle de ménage à quatre. Le narrateur est marié à Utch, laquelle est attirée par Severin, lui-même marié à Edith, qui préfère la compagnie du narrateur. Des couples donc, mais qui ne sont peut-être pas ceux que l’on croit – et l’on est rapidement fixé sur la teneur de ces aléas conjugaux. Une idée de départ interessante sur les rapports entre altérité et singularité. « Nous sommes quatre. Il y a quatre versions de ce que nous sommes – et cela ne changera jamais« . 

Chic chic, un Irving ! J’ai ouvert ce livre avec enthousiasme, oui, mais aussi avec circonspection. L’auteur m’a habitué au très très bon (Le Monde selon Garp bien sûr, L’Hôtel New Hampshire, Une prière pour Owen et - mon gros chouchou - L’Oeuvre de Dieu, la part du diable) ou au pas terrible moins bon (Une veuve de papier, L’épopée du buveur d’eau et La quatrième main). 

Un mariage poids moyen vient salutairement bousculer mon manque de nuance. Un livre poids moyen (au sens propre et figuré), une lecture agréable, sans regret – mais non sans bémols.

Un mariage poids moyen, c’est du Irving pur jus sur nombre d’aspects : un campus américain, du sport (la lutte bien sûr), Vienne, et ces petites remarques bien senties sur les travers du genre humain ou du quotidien, dont je me suis régalée.

Mais ce sont surtout des familles étranges et des parcours hors-normes. Irving s’est encore décarcassé… mais ne s’est pas surpassé. Et c’est là mon premier bémol – je n’ai pas trouvé ces figures particulièrement réussies. Des personnages singuliers, mais sur qui il aurait pu tomber les 7 plaies d’Égypte que cela ne m’aurait fait ni chaud ni froid. Pas d’attaches, pas d’émotions.

Un mariage poids moyen, ce sont aussi des choses plus étonnantes ou dérangeantes, c’est selon. Pas de « bondieuseries », et, bien au contraire, du s*xe presque cru. Pas d’intrigue loufoque et rocambolesque non plus ; plutôt une trame dont l’auteur ne s’est pas départi, sans vrais rebondissements. Le récit finit même par s’enliser par instants… et les flash-back sont distillés à un rythme dissonant, sublimes au départ, presque parasites à la fin. 

judith20gustav20klimt.jpg Etrange coïncidence : il est beaucoup question de peinture, et notamment de la Judith de Klimt présentée ici il y a peu ! (p. 130)

En définitive, un récit intéressant sur de nombreux aspects, mais un plaisir de lecture aléatoire. Bon, cela ne m’empêchera pas de me jeter sur d’autres titres d’Irving avec enthousiasme… mais encore et toujours avec circonspection !

C’était une lecture commune avec Kikine (qui elle l’a lu en VO ! Wow !).

Bonne plock à tous !

PS : je me targue de bien connaitre Irving et j’en prends pour mon grade : je découvre en préparant ce billet que ce roman est l’un de ses premiers, écrit bien avant Garp ! Outch’ !

Un mariage poids moyen (The 158-Pound Marriage), par John Irving (1973), traduit de l’américain par Françoise et Guy Casaril (1984), aux éditions Points (1995), 283 p., ISBN 2-02-0257777-7.



Frankie & Johnnie, de Meyer Levin

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Il faut que je vous explique en deux mots comment ce petit bijou est arrivé entre mes palmes. Prêt d’une amie, qui me dit : ma naaan, tu vas aimer, ouiiii, c’est une histoire d’amour, mais ouiiii, ce livre est fait pour toi. Tiens donc.

Un livre court ? Situé aux States dans les années 1920 ? Un auteur américain que l’on présente comme annonciateur de Salinger et, plus largement, de toute une littérature américaine « qui se refuse à tricher avec les mots comme avec les sentiments«  (quatrième de couverture) ? Allons bon, pas le moindre prétexte valable sous la main… va pour l’histoire d’amour…

Et rapidement je découvre que ce livre est effectivement fait pour moi. Dès la première phrase en fait. « La fois où Frankie [diminutif de Frances] et Johnnie se rencontrèrent, c’était ce jour où Steve, un bras passé sur les épaules de Johnnie et l’autre sur le dossier du fauteuil de Frankie, lui avait dit : – C’est ma frangine« . C’en est fait de Johnnie qui tombe sous le charme de la jeune fille. Qui à son tour le lui rend bien.

On sait peu de choses de Johnnie et Frankie. Ils sont presque hors du temps. Le récit se limite - en grossissant à peine le trait - au regard qu’ils portent l’un sur l’autre, et au regard qu’ils portent sur ceux qui les regardent. Car la bienséance les rattrape. Frankie ne veut pas mettre à mal sa respectabilité, alors Johnnie commence à voir loin, à penser mariage, à réfléchir au coût d’un foyer, à imaginer Frankie portant un tablier dans un pavillon de banlieue – tout ça avec son regard teinté d’idiotie amoureuse et de réalisme amer.

Voilà pour l’histoire au sens strict. C’est tout ? Mais c’est ça le plus fou ! Moi qui ai longtemps pensé qu’une histoire sans intrigue truculente ne vaut pas le coup d’être lue (j’ai mis de l’eau dans mon vin depuis – enfin, un peu), j’ai été littéralement bluffée, conquise, aspirée. Comment ?

L’écriture de Meyer Levin y est certainement pour beaucoup. Fraîche et moderne, elle alterne les petits mots délicieux et le retour à la réalité vulgaire, paragraphe après paragraphe. Dès que la pente de la tendre idylle s’engage, l’auteur vient secouer le lecteur.

« Elle entra dans sa chambre et il la vit se mettre du rouge à lèvres devant la glace. Elle aussi, elle achetait du Kissproof. Il en avait déjà croisé, qui en demandait dans les drugstores. C’étaient les marie-couche-toi-là qui se servaient de ça.

Il eut envie de rire à la voir s’appliquer, et elle savait qu’il la regardait. Elle avait tout du chat qui se caresse le museau avec ses petites pattes, s’arrête un instant pour vous regarder puis remet ça. Il se demanda pourquoi les garçons étaient toujours épatés en regardant les filles se mettre du rouge à lèvres. C’était drôle, cette façon qu’elle avait de remuer la bouche comme un lapin« .

D’où cette ambiance pertinemment sur le fil, qui oscille entre volupté et pincement, laissant évidemment présager que cette histoire n’est peut-être qu’une parenthèse dorée qui va dans le mur.

Petite originalité :  le récit contient deux fins. Au dénouement originel de 1930, Levin ajoute quelques pages à l’occasion de la réédition de 1952. Les deux m’ont semblé aussi emplies d’amertume, loin, très loin de ces finish à l’américaine capable d’aplatir les plus belles montagnes.

Meyer Levin, un auteur moins prolifique que Steinbeck, Faulkner ou Hemingway, mais qui fait une entrée fracassante dans mon panthéon des grands américains.

Ma ouiiiii j’ai méchamment aimé ce bouquin. Un gros coup de coeur même !

Bonne plock à tous !

Frankie & Johnnie (The Young Lovers, Frankie & Johnnie), par Meyer Levin (1930-1952), traduit de l’anglais  (Etats-Unis) par Muriel Goldrajch, aux éditions Phébus (2005), 169 p., ISBN 978-2-7529-0067-8. 



Un train pour Trieste, de Domnica Radulescu

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Un train pour Trieste, ou la vie de Mona, née à Bucarest sous la dictature, des années 60-70 jusqu’à nos jours. Bien que l’auteur s’en défende, difficile de ne pas y voir un fort caractère autobiographique, tant le récit respire le vécu et les parallèles sont nombreux.

Adolescente, Mona tombe dans les bras de Mihai ; il faut dire qu’elle a terriblement besoin de légèreté. Parce que Mona vit de plein fouet la chape qui plombe la Roumanie et qui s’accentue lorsque Ceaucescu arrive au pouvoir. Parce son quotidien, c’est parfois la faim et très souvent la peur – en particulier pour son père, intellectuel et résistant de l’ombre. Et puisqu’il faut se méfier de tout le monde, pourquoi pas de Mihai ?

Un jour qu’elle se moque du « Guide bien aimé », il la rabroue. « Dois-je l’embrasser ou le gifler ? Il plaisante, me dis-je avec fermeté. La preuve ? Il écoute Ella Fitzgerald et les Beatles. Je peux lui faire confiance. Je peux l’aimer. J’entends un train siffler« .

Il est question d’une histoire d’amour certes : mais elle est surtout (me semble-t-il) un prétexte. Pour raconter la terreur, l’angoisse, les démons qui nous poursuivent s’ils ne sont pas affrontés un jour ou l’autre. La romance est aussi ce par quoi la véritable trame du roman prend corps : le train pour Trieste, celui qui permettra de fuir, fuir la faim, fuir la peur, fuir les blousons noirs qui viennent tabasser votre famille à l’heure du coucher. Et de construire enfin sa vie, qui sait… mais sur quelles bases ?

En vérité, il y a longtemps que j’aurai du vous parler du récit de Domnica Radulescu. Mais ce livre a vraiment quelque chose de particulier. Il n’est même pas passé par la salle d’attente de ma bibliothèque : à peine ouvert pour le feuilleter que j’avais déjà avalé une cinquantaine de pages. C’est dire son pouvoir d’attraction et l’interêt que j’ai porté à cette histoire. Sans oublier la clarté de son style, simple et sans prétention.

Je m’aperçois que ma présentation n’est certainement pas des plus alléchantes – et pourtant ! Ce fut un immense plaisir de lecture. Et l’aveu me coûte, mais je tiens à être sincère jusqu’au bout : j’ai même versé quelques larmes sur la fin. Et je suis bien embêtée de ne pas pouvoir expliquer plus en avant ce moment d’égarement.

Une lecture recommandée les yeux fermés à ceux qui aiment les destins de femme, l’Histoire - en particulier des pays de l’Est -, les histoires d’amour impossible, les histoires de famille (un quasi-témoignage passionant pour ceux qui s’interessent à la psycho-généalogie), les bios même romancées, les récits de clandestinité ou de déracinés… bref, à tout le monde en fait !

Juste une chose : heureusement que je n’ai pas pris le temps de regarder le quatrième de couverture, qui révèle trop de choses selon moi. Ce n’est certes pas un livre à suspens, mais il mérite vraiment d’être approché au rythme voulu par l’auteur, ou du moins à sa manière.

L’avis de Catherine que je remercie vivement pour m’avoir donné envie de lire ce livre.

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Lu dans le cadre du challenge Europe Centrale et Orientale organisé par La Plume et la page - La Roumanie est donc la deuxième étape de mon voyage après la République Tchèque.

Bonne plock à tous !

Un train pour Trieste (Train to Trieste), par Domnica Radulecu (2008), traduit de l’anglais par Karine Reignier, aux éditions Belfond (2010), 360 p., ISBN 978-2-7144-4460-8. 

 



Le Livre des morts, par Glenn Cooper

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« New-York, mai 2009. Six morts violentes se succèdent en quelques jours. Les modes opératoires sont différents, les victimes n’ont aucun point commun, hormis celui d’avoir reçu quelque temps plus tôt une carte postale de Las Vegas, avec une simple date, celle du jour de leur mort. Très vite, la presse s’empare de l’affaire et celui qu’elle surnomme le « tueur de l’Apocalypse » a tôt fait de semer la psychose dans la ville. Les autorités, désorientées par l’absence d’indices, se tournent vers Will Piper, ancien profileur d’élite dont la carrière a été brutalement interrompue… » (le quatrième de couverture en dit certainement trop selon moi, donc je coupe).

Le Livre des morts est un polar qui démarre vite – comme j’aime. Une victime (brrr…), deux victimes (rebrrr…), et un nouvel enquêteur que l’on met sur l’affaire.

Will Piper est un type bourru et séduisant - comme j’aime. Un caractère à prendre avec des pincettes et une carrière au FBI mise à mal par ses frasques d’homme à femme, un gros penchant pour l’alcool et un refus du politiquement correct. Affublé d’une prometteuse collègue, les voilà parti… Une enquête et des personnages intéressants, tout pour me lancer plus en avant avec envie.

Mais rapidement, je commence à être quelque peu décontenancée par la construction du récit. Chaque chapitre ou presque est un passage dans la porte temporelle… Là il faut que je m’explique. C’est une chose de revenir sur le passé universitaire de Will ou d’être transporté sur l’île de Wiht dans le haut Moyen-Age ; c’en est une autre de faire des allers-retours de quelques semaines dans le présent. Ils sont bien plus déstabilisants que les grands sauts de le temps… Ce n’est pas tant la répartition de l’intrigue sur trois grandes périodes qui m’a gêné – bien au contraire – mais plutôt le flottement dans le passé tout récent. Contrainte de repérer les dates (à quelques semaines près donc), de revenir en arrière pour vérifier le timming de l’intrigue, je suis – comment dire – un poil agacée, oui.

Bientôt d’ailleurs, le passé et le présent se rejoignent. Bientôt, on finit par faire facilement le lien. Mais bien trop tôt peut-être… une fois les rapports établis entre le Moyen-Âge et le XXIe siècle, c’est toute l’intrigue qui est percée à jour. Alors, oui, j’aime beaucoup deviner la fin et entrevoir la solution dans les polars. Oui, mais pas à la moitié du récit… surtout quand la fin ne réserve finalement pas de nouvelles surprises - ou trop peu. Après l’agacement, l’ennui…

Quand au fond mystique, j’ai encore beaucoup du mal à y croire (mais il est vrai que ce point là est sûrement très personnel ; toujours est-il qu’un polar pas convaincant, c’est vraiment balot).

Et que dire du final à l’américaine qui a fini de m’achever…

Dommage, vraiment dommage, parce c’est finalement assez bien écrit – ça se lit vite et certains chapitres sont vraiment très prenants – et que réflexion et action sont vraiment bien dosées.

Un grand merci quand même à l’équipe de blog_o_book et aux éditions Le Cherche-Midi !

Un avis plutôt positif chez Cryssilda et chez Cathulu, un avis très positif chez Neph et chez Gio, un avis très mitigé chez Amanda et chez Pimprenelle… décidement !

Bonne plock à tous ! 

 

Le Livre des morts (Library of the Death), par Glenn Cooper (2009), traduit de l’anglais (États-Unis) par Carine Chichereau, aux éditions Le Cherche-Midi (2010), 420 p., ISBN 978-2-7491-1665-5.



Délicieuses pourritures, par Joyce Carol Oates

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Délicieuses pourritures, un livre court, lu d’une traite. Impossible de m’arrêter. Je l’ai juste dévoré. A moins que ce ne soit lui qui m’ait dévoré, et tout cru en plus. J’espère que vous excusez ce billet mal foutu, c’est pas mon genre de dénoncer, mais là, c’est clairement la faute de Joyce Carol Oates…

Gillian avait vingt ans. Elle était étudiante, dans un campus ravagé par de faux incendies et par de vraies souffrances. Des mois passés à désirer, comme tant d’autres, son professeur de littérature, qui pousse ses étudiantes dans leurs derniers retranchements.

« André Harrow était verbeux, tyrannique« .

« Son humour pouvait être cruel (il citait certains de nos vers pour souligner leur faiblesse) mais il n’était jamais méchant. Si nous essuyions une larme, si nous nous mordions les lèvres pour ne pas pleurer, nous étions aussi flattées« .

Les jeunes femmes entrent dans un jeu de séduction. Sauf Gillian.  »Dans l’amour de loin, on apprend les stratégies du détour« . Gillian, que son professeur surnomme Philomèle, le personnage d’Ovide : « Je ne m’étais pas rendue compte à quel point elle était horrible« . « Mais la muette Philomèle n’est pas une victime facile (…) elle se venge atrocement de son violeur (…) Une fin heureuse donc. Est-ce si sûr ?« .

Mais comment Joyce Carol Oates fait-elle pour concentrer tant de « bombes » en un si petit nombre de page ? L’amour n’est pas seulement destructeur, l’amitié pas uniquement pervertie, la folie plus que contagieuse…

Les jeunes femmes s’observent - mais ferment les yeux. Elles s’admirent – tout en se jalousant. Elles s’interrogent – mais ne veulent pas vraiment savoir, savoir pourquoi ce campus est ravagé par de faux incendies et par de vraies souffrances.

Une vraie claque littéraire, comme je les aime ! Une trame angoissante, superbement construite, une plume rythmée, épurée, et, au comble de mon enthousiasme, un final en apothéose (je souriais, je riais même – et pourtant !). 

Mon premier Oates, et selon moi un roman idéal pour découvrir cet auteur !

Les avis de Gabrielle, de Ys et de Liyah.

Bonne plock à tous !

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Lu dans le cadre du challenge Oates organisé par George !

Délicieuses pourritures (Beasts), par Joyce Carol Oates (2002), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude Seban, aux éditions J’ai Lu, 126 p., ISBN 978-2-290-34188-9.



Fuck America, par Edgar Hilsenrath

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Âmes sensibles s’abstenir. Amateurs d’histoires fortes, d’histoires inspirées d’un vécu et d’histoires dans l’Histoire, ne surtout pas faire l’impasse !

Voilà un livre très difficile à résumer. Je m’en remets exceptionnellement au quatrième de couverture de mon édition (Points) qui est particulièrement bien fait. « Tout juste débarqué aux États-Unis, Jacob Bronsky erre dans le New York miteux des années 1950, parmi les clodos et les putes. L’American Way of Life ? Comprend pas. Le rêve américain ? Encore moins. Enchaînant les jobs minables, Jacob Bronsky n’a que deux obsessions : soulager son s*xe et écrire un roman sur son expérience des ghettos juifs. Un futur best-seller à coup sûr !« . Quant à l’auteur, Edgar Hilsenrath, il « a connu les ghettos pendant la guerre, avant de s’exiler à New York. Ses livres connaissent d’abord le succès aux États-Unis, avant de devenir des best-sellers en Allemagne« …

Voilà un livre très difficile à cerner. Trash, dérangeant, politiquement incorrect comme j’ai rarement vu. Bronsky avoue tout : les petits boulots qu’il méprise, et le système à travers eux ; le s*xe crade et les fantasmes de vi*l ; les minables escroqueries réalisées pour écrire en paix son livre, un livre sur les ghettos et la fuite d’Allemagne dont il n’arrive pas à se souvenir – ou à se départir ? 

Voilà un livre très difficile à raconter. Un livre trempé dans le glauque, rien ne nous est épargné. La plume est vive, tendue, dérangeante. Extraits.

« T’as un job ? - Non. - Pourquoi non ? - Parce que non. - T’as pas envie de bosser, hein ? - Pour une fois, t’as raison. - Pourquoi non ? - Parce que non. » (Chapitre 1)

« J’ai besoin d’un nouveau crayon. J’ai aussi besoin d’une femme. Plus j’écris, plus ma b*te me démange (…). Malheureusement, les putains s’en fichent pas mal, et les jeunes filles « privées » encore plus. Jacob Bronsky ne compte pas » (Chapitre 9)

Voilà un livre très difficile à oublier. Bronsky ne m’a finalement inspiré ni compassion, ni haine, ni pitié, ni même de la peine. Je lui ai simplement souhaité de parvenir à exorciser ses démons – et ce jusqu’à la fin, terrible, dans une dernière partie magistrale. 

Une lecture coup de poing, qui n’est pas passée loin du coup de coeur, et que je recommande donc vivement – en renouvellement mon avertissement.

D’autres avis chez Plaisir à cultiver, Papillon, Renaud, Aurélie, Aurore, Clara et Ingannnmic !

Bonne plock à tous !

A noter : mon édition contient également le premier chapitre de Le nazi et le Barbier, le dernier roman d’Edgar Hilsenrath, à paraître. Un premier chapitre troublant. Évidemment, ce titre est déjà noté sur mon petit carnet de lectures…

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Fuck America, les aveux de Bronsky (Fuck America, Bronsky Gestandnis), par Edgar Hilsenrath (1980), traduit de l’allemand par Jorg Stickan, aux éditions Points (2009), 281 p., ISBN 978-2-7578-1802-2.



Gatsby le magnifique, par Francis Scott Fitzgerald

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Gatsby - ou comment j’ai risqué de passer à côté du magnifique. 

Cela faisait un sacré bail que ce livre trônait dans ma bibliothèque – à me demander s’il n’avait pas le record d’ancienneté des livres non lus. Quelle conner… (oups, reprenons), quelle erreur donc d’avoir tant attendu pour découvrir ce roman. Il faut dire que la tentation avait été grande à plusieurs reprises, mais que le thème – la jeunesse dorée des années folles sur la côte Est des États-Unis – me butait un peu beaucoup quand même.

L’histoire, justement, la voici : Nick se souvient de l’été de ses trente ans passé dans la banlieue new-yorkaise. Il y retrouve une cousine éloignée, Daisy, son mari Tom et son amie Jordan. Ils le convient à dîner, un dîner plein de banalités, à peine réveillé par le coup de fil de la maîtresse de Tom. Le nom de son mystérieux voisin est cependant évoqué - ce mystérieux voisin qui donne party sur party dans son immense propriété, des réceptions dans lesquelles l’alcool coule à flot en dépit de la prohibition.

Nick, comme nombre de jeunes gens de la région, finit par s’y rendre régulièrement et fait la connaissance du fameux Gatsby. « J’avais causé avec lui une demi-douzaine de fois pendant le mois qui venait de s’écouler, et à mon vif désappointement, découvert qu’il n’avait pas grand chose à dire« . Ceci vaut même, à mon sens, de tout ce ballet de personnages pendant le premier tiers du roman. 

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Mais si je m’étais arrêtée là – et j’avoue, j’ai failli – j’aurai fait sans le savoir un fin loupé… La mise en place est certes longuette à mon goût, mais a rétrospectivement pris tout son sens.

Car ensuite,  la ronde des personnages s’enraye, la valse des futiles se grippe et les masques tombent. « Les invités étaient les mêmes, ou du moins, ils étaient du même genre, il y avait la même profusion de champagne, le même tumulte multicolore et polyphonique, mais je sentais dans l’air quelque chose de désagréable, une insidieuse âpreté qui n’existait pas auparavant« .

Les duos vont douloureusement se former et se déformer – un peu à la manière de la Règle du jeu de Renoir. Je ne peux pas en dire davantage sur l’intrigue (ou plutôt sur les intrigues) qui vont se jouer… elles sont simplement aussi terribles que savoureuses. Et ce final !

J’ai refermé Gatsby le magnifique totalement conquise, en me disant que ce roman mériterait presque, à l’instar de certains films, d’être lu une deuxième fois pour l’apprécier mieux encore.

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Et merci à Anjelica qui m’a permis cette lecture commune !

Bonne plock à tous !

Gatsby le magnifique (The great Gatsby), par Francis Scott Fitzgerald (1925), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Victor Liona, aux éditions Livre de Poche, 229 p.



L’Histoire d’un mariage, par Andrew Sean Greer

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En ouvrant ce livre, j’ai rencontré Pearlie Cook. Cette femme m’a invité à m’assoir sur un banc et m’a raconté une histoire, l’histoire de son mariage, et par delà, l’histoire de sa vie.

Surtout ne pas s’arrêter au titre si, comme moi, le mot ‘mariage’ vous fait fuir. C’est une belle écriture, sans pathos, souvent sur le fil. J’ai pris plaisir à écouter Pearlie raconter sa vie. J’ai aimé la pudeur qu’elle a mis sur des thèmes délicats à manier (la solitude, le sentiment de rejet ou d’abandon).

Pearlie et son mari se sont connu adolescents, dans le Kentucky. La guerre ne leur a pas laissé le temps de s’aimer davantage. Il est devenu soldat, elle est partie pour la Californie. Plusieurs années après, ils sont tous deux à San Francisco, ils se retrouvent par hasard, ils se marient, ils élèvent un garçon et un chien muet. En 1953, alors que les États-Unis sont empêtrés dans une nouvelle guerre, Charles « Buzz » Drumer sonne à leur porte et va bouleverser ce bonheur de surface.

 Il y a une vraie trame, du suspens même, dont on se demande s’il va tenir tout le roman pour être parti si vite. Et bien oui. Il monte même en puissance. Quatre chapitres dont chacun se termine sur une révélation qui fait permet à l’histoire de rebondir – les cliffhanger sont efficaces. Certes, les nombreux tête-à-tête entre Pearlie et Buzz ou ses réflexions convenues sur le mariage m’ont parfois lassé ; mais je l’ai laissé parler, car j’ai finalement trouvé que l’intérêt de cette histoire était ailleurs.

L’histoire de Pearlie n’est pas un roman d’amour, c’est un roman de guerre. Son récit est profondément imbriqué dans l’histoire américaine - côté verso. La vie de Pearlie s’est construite malgré, ou à cause, de l’intolérance et du bien-pensant des années 50 : la chasse aux sorcières, la ségrégation, la guerre de Corée et le souvenir de celle qui précède. Pearlie – enfin, je veux dire Andrew Sean Greer – maîtrise parfaitement le flash-back, technique périlleuse s’il en est et qui, ici, loin de perdre le lecteur, donne toute son épaisseur au récit.

« C’est ainsi que passait nos soirées : à table, avec de la bière et de vieilles histoires qui n’éclaircissaient rien. J’eu l’idée de confectionner un gâteau qui (…) devint une tradition, et ce qu’il y avait là de ridicule nous faisait rire. Nous avions tous trois grandi pendant la crise des années trente, sans gâteaux, survécu sans beurre à une guerre, voilà que nous mangions du gâteau chaque soir« .

Pearlie a raconté son histoire jusqu’au bout, elle ne m’a pas laissé sur ma faim. Puis elle est repartie, elle m’a laissé là, sur le banc, encore sous le coup de son histoire, face à l’océan et tournant le dos au reste de l’humanité.

Je ne peux que vous encourager à vous asseoir sur ce banc et sentir, vous aussi, monter une colère sourde, une mélancolie amère et un besoin urgent de tolérance. 

L’avis de Titine qui a aussi été emballée, et de Chaplum, positif, même si mitigé pour d’autres raisons !

Bonne plock à tous !

L’histoire d’un mariage (The Story of a Marriage), par Andrew Sean Greer, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Suzanne V. Mayoux, aux éditions Points, 264 p., ISBN : 978-2-7578-1648-6.

 



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