Un rêve américain, par Norman Mailer

mailer.jpeg  « Un homme n’a jamais que du vide entre ses certitudes« .

Il était une fois à New-York, au début des années 60, un ancien héros de guerre reconverti en star du talk-show, marié depuis près de huit ans à la jolie fille d’un homme richissime… pour son plus grand malheur. Car ce n’est pas peu dire que Rojack et Déborah sont torturés. Ils ne se supportent plus, s’enivrent, s’insultent, se quittent, se retrouvent, jusqu’à la dispute de trop : Rojack la tue. Puis décide de déguiser son meurtre en suicide et d’appeler la police, avec laquelle il va jouer, non pas au mari éploré, mais au plus malin. Jusqu’à quand ?

Ainsi, Rojack, qui est aussi le narrateur, raconte, tout simplement, la dégénérescence de son mariage jusqu’au passage à l’acte fatal, et les nuits d’errance qui s’en suivent. Sans épargner personne – et surtout pas lui-même – il décrit de manière parfois abjecte sa descente aux enfers et ses tentatives pour se maintenir hors de l’eau, espérant trouver son salut dans les bras d’une chanteuse de Harlem.

Un rêve américain est un roman d’une noirceur extrême, tourmenté, douloureux, brutal. Certaines scènes prennent totalement aux tripes,  tandis que d’autres, plus lentes par comparaison, maintiennent dans un état de forte tension, malgré quelques longueurs. Aux interrogatoires de police se succèdent les mauvaises rencontres, des bas-fonds aux plus hautes tours de New-York, une New-York sombre, mafieuse, angoissante. 

L’écriture est sublime et le récit, aussi paradoxal que cela puisse paraître, aussi réaliste qu’onirique. Norman Mailer parvient à créer une ambiance cauchemardesque, du fait d’une violence quasi-permanente – mais le plus souvent contenue, latente, et toujours prête à exploser. Un monologue dont l’on ressort souvent secoué, et dans lequel je me replongeais avec autant d’appréhension que de plaisir.

« Tu m’aimes mon chou ? demanda-t-elle.

- Oui.

- Ca doit etre affreux. Parce que tu sais que je ne t’aime plus du tout. »

Elle le dit si tranquillement, avec un tel sens de l’irrévocable, que je repensai à la lune et à la promesse d’extinction qui était descendue sur moi. J’avais ouvert un vide – je n’avais désormais plus de centre. Comprenez-vous ? Je ne m’appartenais plus. Déborah avait occupé le centre.

« Oui, tu as de nouveau un air horrible, dit Déborah. Tu t’améliorais, à un moment, mais tu es redevenu affreux.

– Tu ne m’aimes pas.

- Oh ! Pas le moins du monde. ».

J’ai adoré cette lecture coup de poing, un bad trip à mi-chemin entre Blade Runner et Gang of New-York. Un Rêve américain, un livre (enfin !) exhumé de ma PAL grâce à une lecture commune avec Ingannmic !

Idéal pour préparer le Swap’in Follies de Manu et Amanda !

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Bonne plock à tous !

Un rêve américain (An American Dream), par Norman Mailer (1965), traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Alien, aux éditions Livre de poche (1967), 314 p., ISBN 2-253-01646-2. 



18 commentaires

  1. clara 16 juin

    oh, là, je passe mon tour… pas courageuse la bibi…

  2. Béné 16 juin

    Mais qu’est ce que je lis là….Je vais me l’acheter de ce pas. J’adore Norman Mailer. As tu lu Le Chant du Bourreau? Magnifique!

  3. Cynthia 16 juin

    Je le note mais pas pour moi ^^ Plutôt pour un futur cadeau à l’homme, en espérant que ça ne lui donne pas de mauvaises idées ;)

  4. Pickwick 16 juin

    @ Clara : il faut avoir le coeur bien accroché par moment – un JM Erre sous la main pour se détendre :)

    @ Béné : c’était mon tout premier N. Mailer et je m’empresse de noter Le Chant du Bourreau ! J’ai adoré cette lecture « inconfortable » comme le dit si bien Ingannmic !

    @ Cynthia : tu es bien sure de ton choix :D ? Blague à part, c’est un très beau cadeau pour les amateurs de romans noirs ! Et n’hésite pas à y jeter un coup d’oeil… sait-on jamais !

  5. Pickwick 16 juin

    @ Cynthia : j’oubliais : l’édition présentée ici est vieille et épuisée (tu trouveras celle d’Ingannmic en librairie je pense !)

  6. Manu 16 juin

    Je n’ai jamais osé noter cet auteur mais ce que tu dis de ce roman ne m’étonne pas après tout ce que j’ai lu sur cet écrivain.

  7. Ys 16 juin

    Chouette, deux billets sur Norman Mailer dans la journée ! Mais si je mets « Le chant du bourreau » à mon programme de l’été, je ne lirai rien d’autre… remarque, mon problème de cartons de livres pour les vacances serait ainsi résolu…

  8. Pickwick 16 juin

    @ Manu : tous ses romans sont du même acabit ? Génial :D ! Incroyable la tension que ce titre dégage. Et l’écriture, sublime, vaut certainement un petit détour… mais il faut aimer les romans noirs ou glauque, c’est certain.

    @ Ys : c’est un pavé ? Outch’, ma PAL ne va pas aimer ;) ! Je me rend compte que j’ai lu et pondu ce billet sans même jeter un oeil à une bio / biblio de Norman Mailer, ni même regarder d’autres billets sur ses titres… je m’en vais rattraper ça de ce pas !

  9. Ingannmic 17 juin

    Ta critique est très juste. J’ai l’impression que cette lecture nous a fait le même effet à toutes les deux…

    En réalité je l’ai lu dans la même édition que toi (je l’ai acheté d’occasion) mais je pioche mes images pour illustrer mes critiques sur le site de la Fnac…

    J’aimerais bien lire « Le chant du bourreau » aussi, mais il est vrai que jusqu’à présent j’ai été retenue par son format conséquent !
    Je me suis également noté « Les nus et les morts », qui n’a pas l’air mal.

  10. Leiloona 17 juin

    Euh je ne sais pas si je le note … j’hésite car je n’ai pas vraiment envie d’être secouée, mais une belle écriture est toujours tentante …

  11. Auguri 17 juin

    Arg, je suis vaincue. Toi, plus Ingannmic, comment puis-je résister?

  12. L’Ogresse 17 juin

    Lu un Mailer il y a longtemps, pas epatee plus que ca. Ce titre a l’air deprimant au possible.

    ‘Boudiou’ ??? Tu jures en berrichon maintenant !??

  13. Pickwick 17 juin

    @ Ingannmic : figure toi que, faisant le tour de mes copains aux étagères bien remplies, je viens d’apprendre que je vais récupérer les Rivages de Barbarie, je suis aux anges :) Et je vais aller voir le titre Les nus et les morts d’un peu plus près (je ne connais pas du tout).

    @ Leiloona : j’ai adoré le style de N. Mailer, mais même son écriture est assez… hum, « brutale », il n’y a pas que le sujet et l’ambiance qui soient violentes ! Toutefois, ce titre est assez court, c’est peut-etre le bon pour essayer ?

    @ Auguri : :D ! C’est un encouragement en bonne et due forme ;) !

    @ L’Ogresse : ah, déprimant, oui, il y a de ça :D ! J’ai bien aimé l’expérience NYC cauchemardesque, mais je ne lirai pas ça tous les jours :D !
    Oups, je suis démasquée ;)

  14. Amelie 17 juin

    Oh je note, je note!
    Merci pour ce billet ma foi très alléchant, ça m’a l’air complètement dans ce que j’aime. Je ne l’ai jamais lu et ça me donne bien envie.
    Et puis ça me rappelle une chanson que j’aime, peu connue mais superbe, « Santa Monica » de SAVAGE GARDEN, Norman Mailer est évoqué dans les paroles ;)
    x

  15. anjelica 17 juin

    je passe aussi…trop fatiguée pour lire ce genre en ce moment :(

  16. Nathalie 27 juin

    J’aime beaucoup l’aspect paradoxal dans ton commentaire ! Je parle d’ailleurs de ta critique dans mon dernier billet : http://nath-pageapage.blogspot.com/2010/06/mes-critiques-preferees-de-ces-derniers_27.html

  17. Pickwick 28 juin

    @ Amélie : tiens, je ne connais pas ce titre, je m’en vais écouter ça ! Très heureuse d’avoir découvert Norman Mailer, un sacré choc ! Je peux d’ailleurs te faire suivre mon exemplaire si tu veux. Et je vais récidiver avec Rivages de Barbarie que je viens de trouver d’occasion :D !

    @ Anjelica : tu as entièrement raison de choisir ton moment pour lire ce genre de titre, vraiment très noir!

    @ Nathalie : ton initiative me touche énormément ! Je pensais avoir eu un peu de mal à retranscrire mes sensations, je suis donc particulièrement heureuse que tu ais été sensible à ce billet. Merci beaucoup, je file voir ça !

  18. Belledenuit 2 juillet

    Bon ben tu m’as convaincue de lire ce titre de Mailer. Après « Le chant du bourreau », je verrai bien si j’accroche ou pas. Mais apparemment, tu as aimé et moi j’ai accroché à son autre ouvrage. Ca devrait le faire ! (sauf que ma médiathèque n’a pas ce titre là Grrrr !!!)

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