Junk, par Melvin Burgess

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« C’est le problème de la plupart des gens. Ils rêvent d’être éternels. Alors, quand on leur annonce qu’on veut juste vivre sa vie, et que si ça signifie mourir dans trois ans, ce n’est pas grave, ça les rend fous. A partir du moment où on décide que ça n’a aucune importance de ne jamais avoir vingt ans, il n’y a plus rien à dire contre l’héroïne, non ?« . 

Nico et Gemma sont ados, amis, amants et fugueurs. Lui vit la fureur de ses parents alcooliques et violents, elle a la fureur de vivre loin de ses parents. Il fuit par désespoir, elle le rejoint par choix – et les voilà errant dans Bristol. Un premier squat, un peu d’aventure, un second squat, un peu d’héroïne - et les voilà junkies parmi les junkies.  

Junk n’est pas un livre prétentieux. Ni dans la forme - accessible – ni le fond – factuel. Il se lit donc très vite et sans s’ennuyer un instant. Les situations et les personnages sont crédibles à défaut d’être réels. Ce n’est pas un essai, ce n’est même pas un manifeste – Junk ressemble davantage à un témoignage-fiction non moralisateur.

Les chapitre sont des bribes de récit, vu à tour de rôle par les protagonistes, Nico, Gemma, les junkies et les non junkies qui les entourent. Et c’est cette alternance des points de vue qui a rendu cette lecture intéressante. Là où certains s’y seraient cassés la binette, Melvin Burgess a parfaitement réussi cet exercice du genre périlleux. La descente aux enfers apparaît tant dans sa dimension collective – l’effet de groupe – que dans sa dimension personnelle – le parcours individuel. Le tableau est à la fois général(isable) et intimiste, et là je me dis : chapeau.

Soyons honnête, c’est une lecture qui ne m’a pas procuré une foultitude d’émotions. Loin du « bouleversant » annoncé par le quatrième de couverture. Peut-être faut-il y voir la marque de mon insensibilité chronique, mais… je crois que c’est essentiellement lié à son caractère factuel. Et puis, finalement, il n’est pas certain que je le regrette. 

En revanche, il est un point sur lequel je mets un bémol sans concession : le dénouement. Il est peut-être peu crédible par certains aspects, mais il me semble surtout angélique et dangereux. Difficile d’en dire davantage sans vendre l’intrigue, mais le fait qu’aucun des personnages principaux… (je dois m’arrêter là, mais grrr). Difficile de ne pas penser au livre Christiane F. (spoiler - qui termine sur une fin heureuse, sans post-face pour indiquer que la jeune fille est décédée d’overdose quelques années plus tard – fin du spoiler).

J’allais oublier : c’est bien sûr un livre qui s’inscrit parfaitement dans le challenge On veut de l’héroïne ! L’héro n’est pas une addiction comme les autres… l’enthousiasme naïf des premiers temps cède vite la place à la détresse et à la rage. L’amour s’étiole, les coups bas se multiplient, la folie devient furieuse. Là où certaines restent tièdasses et sans saveur – suivez mon regard – l’héro, elle au moins, va à l’essentiel : détruire. Dont acte.

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Challenge On veut de l’héroïne ! organisé par Emma et ici même.

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Et c’est grâce à Tunisia, qui en fait un livre voyageur, que j’ai pu lire ce titre. Un grand merci ! Et je ne peux que vous encourager à rejoindre la chaîne. 

L’avis de Tinusia donc, de Soukee et d’Ankya qui ont eu le coup de coeur !

Bonne plock à tous !

Junk (Junk), par Melvin Burgess (1996), traduit de l’anglais par Laetitia Devaux, aux éditions Folio, 422 p., ISBN 978-2-07-039692-4.



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