Fuck America, par Edgar Hilsenrath

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Âmes sensibles s’abstenir. Amateurs d’histoires fortes, d’histoires inspirées d’un vécu et d’histoires dans l’Histoire, ne surtout pas faire l’impasse !

Voilà un livre très difficile à résumer. Je m’en remets exceptionnellement au quatrième de couverture de mon édition (Points) qui est particulièrement bien fait. « Tout juste débarqué aux États-Unis, Jacob Bronsky erre dans le New York miteux des années 1950, parmi les clodos et les putes. L’American Way of Life ? Comprend pas. Le rêve américain ? Encore moins. Enchaînant les jobs minables, Jacob Bronsky n’a que deux obsessions : soulager son s*xe et écrire un roman sur son expérience des ghettos juifs. Un futur best-seller à coup sûr !« . Quant à l’auteur, Edgar Hilsenrath, il « a connu les ghettos pendant la guerre, avant de s’exiler à New York. Ses livres connaissent d’abord le succès aux États-Unis, avant de devenir des best-sellers en Allemagne« …

Voilà un livre très difficile à cerner. Trash, dérangeant, politiquement incorrect comme j’ai rarement vu. Bronsky avoue tout : les petits boulots qu’il méprise, et le système à travers eux ; le s*xe crade et les fantasmes de vi*l ; les minables escroqueries réalisées pour écrire en paix son livre, un livre sur les ghettos et la fuite d’Allemagne dont il n’arrive pas à se souvenir – ou à se départir ? 

Voilà un livre très difficile à raconter. Un livre trempé dans le glauque, rien ne nous est épargné. La plume est vive, tendue, dérangeante. Extraits.

« T’as un job ? - Non. - Pourquoi non ? - Parce que non. - T’as pas envie de bosser, hein ? - Pour une fois, t’as raison. - Pourquoi non ? - Parce que non. » (Chapitre 1)

« J’ai besoin d’un nouveau crayon. J’ai aussi besoin d’une femme. Plus j’écris, plus ma b*te me démange (…). Malheureusement, les putains s’en fichent pas mal, et les jeunes filles « privées » encore plus. Jacob Bronsky ne compte pas » (Chapitre 9)

Voilà un livre très difficile à oublier. Bronsky ne m’a finalement inspiré ni compassion, ni haine, ni pitié, ni même de la peine. Je lui ai simplement souhaité de parvenir à exorciser ses démons – et ce jusqu’à la fin, terrible, dans une dernière partie magistrale. 

Une lecture coup de poing, qui n’est pas passée loin du coup de coeur, et que je recommande donc vivement – en renouvellement mon avertissement.

D’autres avis chez Plaisir à cultiver, Papillon, Renaud, Aurélie, Aurore, Clara et Ingannnmic !

Bonne plock à tous !

A noter : mon édition contient également le premier chapitre de Le nazi et le Barbier, le dernier roman d’Edgar Hilsenrath, à paraître. Un premier chapitre troublant. Évidemment, ce titre est déjà noté sur mon petit carnet de lectures…

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Fuck America, les aveux de Bronsky (Fuck America, Bronsky Gestandnis), par Edgar Hilsenrath (1980), traduit de l’allemand par Jorg Stickan, aux éditions Points (2009), 281 p., ISBN 978-2-7578-1802-2.



Gatsby le magnifique, par Francis Scott Fitzgerald

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Gatsby - ou comment j’ai risqué de passer à côté du magnifique. 

Cela faisait un sacré bail que ce livre trônait dans ma bibliothèque – à me demander s’il n’avait pas le record d’ancienneté des livres non lus. Quelle conner… (oups, reprenons), quelle erreur donc d’avoir tant attendu pour découvrir ce roman. Il faut dire que la tentation avait été grande à plusieurs reprises, mais que le thème – la jeunesse dorée des années folles sur la côte Est des États-Unis – me butait un peu beaucoup quand même.

L’histoire, justement, la voici : Nick se souvient de l’été de ses trente ans passé dans la banlieue new-yorkaise. Il y retrouve une cousine éloignée, Daisy, son mari Tom et son amie Jordan. Ils le convient à dîner, un dîner plein de banalités, à peine réveillé par le coup de fil de la maîtresse de Tom. Le nom de son mystérieux voisin est cependant évoqué - ce mystérieux voisin qui donne party sur party dans son immense propriété, des réceptions dans lesquelles l’alcool coule à flot en dépit de la prohibition.

Nick, comme nombre de jeunes gens de la région, finit par s’y rendre régulièrement et fait la connaissance du fameux Gatsby. « J’avais causé avec lui une demi-douzaine de fois pendant le mois qui venait de s’écouler, et à mon vif désappointement, découvert qu’il n’avait pas grand chose à dire« . Ceci vaut même, à mon sens, de tout ce ballet de personnages pendant le premier tiers du roman. 

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Mais si je m’étais arrêtée là – et j’avoue, j’ai failli – j’aurai fait sans le savoir un fin loupé… La mise en place est certes longuette à mon goût, mais a rétrospectivement pris tout son sens.

Car ensuite,  la ronde des personnages s’enraye, la valse des futiles se grippe et les masques tombent. « Les invités étaient les mêmes, ou du moins, ils étaient du même genre, il y avait la même profusion de champagne, le même tumulte multicolore et polyphonique, mais je sentais dans l’air quelque chose de désagréable, une insidieuse âpreté qui n’existait pas auparavant« .

Les duos vont douloureusement se former et se déformer – un peu à la manière de la Règle du jeu de Renoir. Je ne peux pas en dire davantage sur l’intrigue (ou plutôt sur les intrigues) qui vont se jouer… elles sont simplement aussi terribles que savoureuses. Et ce final !

J’ai refermé Gatsby le magnifique totalement conquise, en me disant que ce roman mériterait presque, à l’instar de certains films, d’être lu une deuxième fois pour l’apprécier mieux encore.

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Et merci à Anjelica qui m’a permis cette lecture commune !

Bonne plock à tous !

Gatsby le magnifique (The great Gatsby), par Francis Scott Fitzgerald (1925), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Victor Liona, aux éditions Livre de Poche, 229 p.



C’est pas la plock

Jean Ferrat bien sûr.

Mais… poésie, amour, politique, nature, mémoire ?

Mémoire.

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*** 

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu’une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d’arrêts et de départs
Qui n’en finissent pas de distiller l’espoir

Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux
 

Ils n’arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d’oublier, étonnés qu’à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues
 Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n’ont plus cours
Qu’il vaut mieux ne chanter que des chansons d’amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire
Et qu’il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m’arrêter ?
L’ombre s’est faite humaine, aujourd’hui c’est l’été
Je twisterais les mots s’il fallait les twister
Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent

Paroles et musique de Jean Ferrat.
***

Mango, Schlabaya, Lystig, TinusiaLa plume et la page et George lui rendent aussi un bel hommage dans le cadre des dimanches poétiques de Celsmoon, tout comme Malika sur son joli blog.

Bon plock du dimanche quand même.



Tous en scène – Vincente Minnelli

Pour rester dans ma quinzaine américaine (des lectures passées et à venir sur les États-unis… concours de circonstance, envie soudaine, tirage au sort dans ma PAL… ne me demandez pas pourquoi en fait !), je me disais que je pouvais vous causer de ma dernière sortie ciné : Tous en scène (The Band wagon), de Vincente Minnelli, un comédie musicale qu’elle est vrai bon pour le moral.

Mais comme je ne sais pas parler des films (déjà que les lectures, bon, hein, voilà quoi), juste je vous mets l’eau à la bouche avec des extraits de ce coup de coeur. Encore que c’est peut-être pas très sympa parce qu’il ne passe pas dans les salles de ciné tradi… c’est vrai j’ai la chance d’habiter non loin d’une salle un peu spéciale – celle des inventeurs du cinéma, les frères Lumière – tenue par Thierry Frémaux. Mais si vous avez un quelconque moyen de pression sur le programmateur de votre cinéma de quartier, c’est le moment de sortir les infos compromettantes !

Je n’ai pas résisté à l’envie de vous présenter ‘Les triplets’, ma scène préférée que j’étais méchamment contente de la retrouver sur le net.

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Avec en bonus une spéciale dédicace à toutes les grandes romantiques de la blogo : la scène de la danse dans la nuit… juste irrésistible (surtout la fin les filles !)

http://www.dailymotion.com/video/x38uox

Pour les lyonnais(e)s ou tout comme, ou pour celles et ceux qui feraient le déplacement dans la ville, sait-on jamais, jetez un oeil au reste de la programmation du moment !

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Site de l’institut Lumière 

Bonne plock à tous !



Mort à la Fenice, par Donna Leon

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C’est Chocolatée (SBF) qui m’a proposé cette lecture dans le cadre du Challenge Caprice et je l’en remercie ! Pas de (mauvaise) surprise dans son choix. Mort à la Fenice est un polar de bonne facture qui correspondait parfaitement à mes attentes du moment.

Une lecture vraiment sympa, en particulier grâce au cadre de l’intrigue - Venise, son brouillard impossible, ses  maisons introuvables dans ses ruelles étroites, ses bateaux-bus sur ses légendaires canaux (et sa non moins légendaire corruption), une belle matière dont Donna Leon a su tirer parti. De quoi entrevoir la Sérénissime sans s’ennuyer un instant.

Dès les premières pages, j’ai plongé très facilement. Nous sommes donc à la Fenice de Venise, et la représentation de La Traviata doit reprendre après l’entracte sur son troisième et dernier acte. Mais le chef d’orchestre ne réapparaîtra jamais : il est retrouvé mort dans sa loge.

L’enquête commence alors de manière presque trop conventionnelle. Elle est même un poil mécanique dans les 50 ou 60 premières pages. On suit, jour par jour, heure par heure, le commissaire Brunetti explorant les premières pistes, se penchant sur le noir passé du chef d’orchestre, temporisant la presse et sa hiérarchie.

Les interrogatoires sont même rendus par le détail : le moindre regard fuyant, la moindre hésitation dans une réponse, l’étonnement ou l’agacement du suspect, tout cela nous apparait avec précision, rendant le récit très « visuel ». Je ne serai pas étonnée de voir ce polar adapté à l’écran, tout est déjà présent !

Puis, passé la centaine de pages, Mort à la Fenice prend défintivement son envol. Les personnages prennent enfin de l’épaisseur : les suspects d’abord, le mort ensuite, le commissaire Brunetti enfin. Lui, qui m’apparaissait presque insipide jusqu’ici, gagne en profondeur à mesure que son enquête avance. Sa réserve, sa sobriété, sa perspicacité dans l’analyse des comportements humains en font un personnage bigrement intéressant.

Et surtout, les pistes, jusqu’ici savamment distillées, vont progressivement se resserrer. Pas de courses poursuites effrenées, tout est question d’observation, de déduction et de recoupement. Et le dénouement est juste parfait, convaincant et même si pas très surprenant pour qui a lu entre les lignes !

Encore une fois, un polar de bonne facture ; et il y a de fortes chances de me voir tourner de nouveau autour d’une enquête signée Donna Leon pour une lecture de détente !

Lu dans le cadre du challenge Caprice organisé par Cocola’s

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Bonne plock à tous !

Mort à la Fenice (Death at La Fenice), par Donna Leon (1992), traduit de l’anglais par William Olivier Desmond, aux éditions Points, 284 p., ISBN 2-02-034037-2. 



L’Histoire d’un mariage, par Andrew Sean Greer

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En ouvrant ce livre, j’ai rencontré Pearlie Cook. Cette femme m’a invité à m’assoir sur un banc et m’a raconté une histoire, l’histoire de son mariage, et par delà, l’histoire de sa vie.

Surtout ne pas s’arrêter au titre si, comme moi, le mot ‘mariage’ vous fait fuir. C’est une belle écriture, sans pathos, souvent sur le fil. J’ai pris plaisir à écouter Pearlie raconter sa vie. J’ai aimé la pudeur qu’elle a mis sur des thèmes délicats à manier (la solitude, le sentiment de rejet ou d’abandon).

Pearlie et son mari se sont connu adolescents, dans le Kentucky. La guerre ne leur a pas laissé le temps de s’aimer davantage. Il est devenu soldat, elle est partie pour la Californie. Plusieurs années après, ils sont tous deux à San Francisco, ils se retrouvent par hasard, ils se marient, ils élèvent un garçon et un chien muet. En 1953, alors que les États-Unis sont empêtrés dans une nouvelle guerre, Charles « Buzz » Drumer sonne à leur porte et va bouleverser ce bonheur de surface.

 Il y a une vraie trame, du suspens même, dont on se demande s’il va tenir tout le roman pour être parti si vite. Et bien oui. Il monte même en puissance. Quatre chapitres dont chacun se termine sur une révélation qui fait permet à l’histoire de rebondir – les cliffhanger sont efficaces. Certes, les nombreux tête-à-tête entre Pearlie et Buzz ou ses réflexions convenues sur le mariage m’ont parfois lassé ; mais je l’ai laissé parler, car j’ai finalement trouvé que l’intérêt de cette histoire était ailleurs.

L’histoire de Pearlie n’est pas un roman d’amour, c’est un roman de guerre. Son récit est profondément imbriqué dans l’histoire américaine - côté verso. La vie de Pearlie s’est construite malgré, ou à cause, de l’intolérance et du bien-pensant des années 50 : la chasse aux sorcières, la ségrégation, la guerre de Corée et le souvenir de celle qui précède. Pearlie – enfin, je veux dire Andrew Sean Greer – maîtrise parfaitement le flash-back, technique périlleuse s’il en est et qui, ici, loin de perdre le lecteur, donne toute son épaisseur au récit.

« C’est ainsi que passait nos soirées : à table, avec de la bière et de vieilles histoires qui n’éclaircissaient rien. J’eu l’idée de confectionner un gâteau qui (…) devint une tradition, et ce qu’il y avait là de ridicule nous faisait rire. Nous avions tous trois grandi pendant la crise des années trente, sans gâteaux, survécu sans beurre à une guerre, voilà que nous mangions du gâteau chaque soir« .

Pearlie a raconté son histoire jusqu’au bout, elle ne m’a pas laissé sur ma faim. Puis elle est repartie, elle m’a laissé là, sur le banc, encore sous le coup de son histoire, face à l’océan et tournant le dos au reste de l’humanité.

Je ne peux que vous encourager à vous asseoir sur ce banc et sentir, vous aussi, monter une colère sourde, une mélancolie amère et un besoin urgent de tolérance. 

L’avis de Titine qui a aussi été emballée, et de Chaplum, positif, même si mitigé pour d’autres raisons !

Bonne plock à tous !

L’histoire d’un mariage (The Story of a Marriage), par Andrew Sean Greer, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Suzanne V. Mayoux, aux éditions Points, 264 p., ISBN : 978-2-7578-1648-6.

 



Mêlée ouverte au Zoulouland, par Tom Sharpe

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Mêlée ouverte au Zoulouland est certainement l’un des livres les plus explosifs qu’il m’ait été donné de lire. 

Tom Sharpe a choisi de dénoncer l’apartheid sur un mode tragi-comique, option trash. Un récit à l’image du système sud-africain que l’auteur a connu dans les années 60-70 : cru, cruel, violent, mais aussi totalement grotesque.

Dans la petite ville de Piemburg, il est des flics médiocres. Tout spécialement le kommandant van Heerden - précieux et ambitieux, certainement le seul boer du pays follement mordu des anglais – et le konstable Els, dit le Tueur-de-Caffre, une brutasse finie, doublé d’une crétinerie très avancée. Et il est aussi une notable d’origine britannique qui vient s’accuser du meurtre de son cuisinier zoulou…

« La loi dit qu’il est criminel de tuer des Caffres hors de chez soi. Mais la loi dit aussi qu’il est tout à fait admis et correct de les tuer à l’intérieur« . Or, impossible de convaincre cette vieille Miss Hazelstone, aussi autoritaire qu’excentrique, de déplacer le corps de l’homme qui gît, en mille morceaux, sur sa pelouse… mais ce ne sera pas l’ultime tocade de l’ancienne qui fera tourner en bourrique la police de la ville jusqu’à plus soif.

« Miss Hazelstone répondait au quart de tour à toutes les provocations. Elle se leva et pointa le fusil vers le parc. Le kommandant n’avait pas prévu qu’elle tirerait. Le konstable Els, pour une fois, fit preuve de plus de perspicacité et se jeta par terre. Que l’endroit qu’il choisit fût déjà occupé par un énorme doberman Pinscher ; que le chien en question choisit de refuser au konstable le droit de se vautrer sur lui (…) ; tout cela échappa au kommandant Van Heerden quand Miss Hazelstone, visant un coup en l’air, puis un coup au sol, appuya sur la gachette (…). La fin du monde n’était plus proche : elle venait d’avoir lieu (…). Au centre de la pelouse, le coup de fusil avait ouvert une tranchée (…) dont les bords en dents de scie laissaient échapper ce que le kommandant espérait de tout coeur n’être que de la vapeur« .

Une mêlée ? Un énorme capharnaüm oui ! Force est de reconnaître qu’il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Mais tout m’a semblé passablement brouillon. Les rebondissements s’enchainent à une vitesse prodigieuse, au point que l’action en soit parfois difficile à suivre. Il m’a parfois fallu revenir en arrière pour retrouver le fil des évènements… Et il est des quiproquos à gogo auxquels j’ai fini pas ne plus croire.

C’est d’autant plus dommage que l’on retrouve finalement tous les ingrédients qui constituent aujourd’hui la Sharpe‘s touch : la dérision loufoque dans le ton, l’imbroglio jouissif dans l’intrigue, la satire violente dans le propos.

« - Vous venez souvent par ici ? demanda-t-il.

- A la prison ?

- En Afrique du Sud. Encore que ce soit presque la même chose« .

Il me reste à espérer que la suite de ce premier roman, Outrage public à la pudeur, soit un peu mieux construite… mais tout aussi débridée !

 

Lu dans le cadre du Challenge Safari littéraire organisé par Tiphanya

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Challenge accompli !

Ce fut mon auteur non-africain pour une intrigue située en Afrique, après avoir chroniqué les Poèmes Perdus de Léopold Sédar Senghor comme auteur africain.

Et pour prolonger le plaisir, j’ai fait un tour le blog tenu par le journaliste Sebastien Hervieu installé dans ce pays : l’Afrique du Sud en couleurs. Vraiment très sympa.

Bonne plock à tous !

Mêlée ouverte au Zoulouland (Riotus Assembly), par Tom Sharpe (1971), traduit de l’anglais par Laurence, aux éditions 10-18, collection « domaine étranger », 310 p., ISBN 2-264-01406-7.



Amateurs de polar… deux évènements annoncés !

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En pleine période de romans à suspens et d’enquêtes en tout genre, je ne pouvais manquer de faire un petit point actu sur le festival Quais du polar.

Deux évènements dévoilés.

D’abord, l’enquête entre jeu de piste et jeu de rôle dans la ville. Retrouver l’assassin de Simon Lepic, telle sera notre mission, armé pour cela d’un livret contenant les pièces à conviction… l’intrigue et les infos pour participer. J’ai hâte, et pas seulement pour les livres à gagner !

Ensuite, le streewars dont je vous laisse découvrir le site… J’ai moins hâte, parce que je sais déjà qu’à ce petit jeu là, je ne vais pas faire long feu !

Histoire de patienter avant l’annonce du programme, j’ai glané ici et là quelques billets sur les auteurs – français pour cette fois – qui seront présents au festival (juste, cette liste n’est pas exhaustive, donc si vous n’apparaissez pas, ne tapez pas, merci - ou alors si, mais juste sur votre clavier pour le signaler en commentaire).

- Maxime Chattam qui a semble-t-il conquis Madame Chalotte qui a publié de nombreux avis sur ses polars.

- Fabrice Humbert dont L’origine de la violence a reçu un bon accueil chez Papillon, Clarabel et Cécile, tandis que L’Ogresse a un avis plus mitigé.

- Jérôme Bucy, avec La Maison des enfants rouges (un « ovni » pour Fabien) ou La chambre d’ambre (un thriller très efficace pour Lily).

- Franck Thilliez, dont L’Anneau de Moebius a suscité l’enthousiasme de Calypso et d’aBeiLLe.

- Dominique Manotti, et son Bien connu des services de police, lu par Emeraude. Choco a un avis mitigé sur Nos fantastiques années fric.

- Antonin Varenne, auteur de Fakirs, lu par Flora.

- Et Bob Garcia, dont le Duel en enfer n’a certes pas du tout convaincu Matilda, mais plu à Alicia, à La liseuse et à votre serviteur.

Bonne plock à tous !

Edit du 9 mars : je n’avais pas évoqué Lalie Walker, pensant initialement faire un billet à part sur les lamentables poursuites judiciaires dont elle fait l’objet. Mais cette histoire consternante est très bien résumée par Mango notamment. J’espère que ses fans seront nombreux à lui apporter son soutien ! Je n’ai malheureusement jamais lu cet auteur… et je ne peux que vous encourager à jeter un oeil aux billets d’Eloah (qui a aimé Pour toutes les fois) et d’Anne-Sophie Demonchy (qui a eu un coup de coeur pour A l’ombre des humains).

  



Duel en enfer – Sherlock Holmes contre Jack l’Eventreur, par Bob Garcia

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Ce fut un plaisir de recevoir le dernier livre de Bob Garcia, Duel en enfer, Sherlock Holmes contre Jack l’éventreur, pour mon premier partenariat organisé par Livraddict. Et ce fut également un plaisir à la lecture !

Comme le veut l’usage, d’abord le résumé fourni par le quatrième de couverture : « Londres, été 1888. Sous le poids d’une chaleur suffocante, la ville est saisie d’horreur par les premiers meurtres de celui qu’on nommera bientôt « Jack l’Éventreur ». Pourtant, aucune enquête du célèbre Sherlock Holmes ne mentionne le plus fameuse affaire criminelle qui a agité ses contemporains. Bien des années plus tard, le docteur Watson confia à son éditeur le journal de l’investigation qu’il mena aux côtés du détective sur l’insaisissable tueur en série. Une terrible plongé dans l’enfer des bas-fonds londoniens, sur les pas du meurtrier le plus sanguinaire et le plus énigmatique que l’Angleterre ait connu« .

Ce n’est pas peu dire que j’attendais l’auteur au tournant. Mettre ses pas dans les pas de Conan Doyle, rien que ça ! D’autant que Bob Garcia reprend toutes les ficelles originelles, à commencer par le point de vue, puisque l’histoire nous est contée par ce fidèle Docteur Watson. L’entrée en matière est plutôt classique - un journal inédit concédé à un éditeur à la mort du détective - but why not ? Plus largement, l’auteur reprend l’essentiel des clés qui ont fait le succès de Sherlock Holmes. Si ce n’est pas toujours finement amené, je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’il ne pouvait que difficilement faire autrement…

J’avais donc placé haut mon degré d’exigence ; or, malgré certaines réserves, j’ai plongé dans l’intrigue sans me retourner et avalé ce polar d’une traite. Impossible de m’en décrocher avant de l’avoir terminé. Et de me demander alors : y’a-t-il un meilleur signe pour reconnaître un bon polar ?

Alors, soyons tout à fait honnête, il est certaines choses qui m’ont un peu dérangé. D’abord, le glauque à outrance : les bas fonds de Londres, la prostitution, la misère humaine… tout cela m’a semblé très racoleur. Ensuite, les angoisses existentielles et autres déboires sentimentaux de Watson, qui n’apportent pas grand chose au récit - voire qui le parasitent parfois.

Et surtout, l’impression d’une construction un poil bancale : l’enquête n’avance pas des masses pendant une bonne partie du récit, pour se précipiter ensuite. Les maigres indices et les pistes vagues ne permettaient pas de se faire la moindre idée du dénouement. Certains apprécieront peut-être… j’ai pour ma part vraiment regretté de ne pas pouvoir échaffauder le moindre début de commencement d’une petite hypothèse, ce que j’aime par dessus tout avec les polars !

Malgré tout, ça a bigrement bien marché. Pourquoi, comment ? Je me l’explique mal… A la réflexion, je crois que mon léger agacement a été très largement compensé. D’une part, par l’action : si l’enquête s’enlise, ce n’est pas faute, pour Holmes et Watson, de se démener. Les interrogatoires, les filatures, les poursuites, les confrontations… tout cela donne énormément de rythme au récit. D’autre part, par l’ambiance : Bob Garcia a su dépeindre une atmosphère et offre un récit très imagé. J’ai voyagé en fiacre, foulé le pavé humide, erré dans le brouillard londonien à la nuit tombée… 

Enfin, j’ai totalement adhéré au dénouement, surprenant mais convaincant. Et, cerise sur le gâteau : la postface de l’auteur, entre fiction et réalité, qui pourrait ne pas plaire à tout le monde… et c’est justement ce qui m’a plu !

Je remercie donc les éditions jailu.jpget la Team de 47286519 pour cette lecture très plaisante !

Alicia a partagé mon enthousiasme, La liseuse également, mais Matilda et Soukee beaucoup, beaucoup, moins !

A noter : Bob Garcia sera présent au festival Quais du polar !

Bonne plock à tous !

Duel en enfer – Sherlock Holmes contre Jack L’Eventreur, par Bob Garcia (2008), aux éditions J’ai Lu, 667 p., ISBN : 978-2-290-01888-0.



Balzac, le roman de sa vie, par Stefan Zweig

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En voilà un bouquin passionnant.

N’étant pas addict des classiques français du XIXe (et c’est le moins que l’on puisse dire), je l’ai choisi, avant tout, pour l’auteur. Restait le sujet. Alors, un partout, balle au centre ? Non non non ! Croyez-le, ce livre, c’est un plaisir deux-en-un, une double ration, un oeuf en chocolat avec une jolie surprise à l’intérieur. On gagne au grattage et au tirage - démonstration.

Bien sûr, d’abord, c’est Zweig. Est-il encore besoin d’évoquer son écriture fluide et moderne ? Elle se révèle également ici doublée d’une redoutable finesse d’esprit. Démêlant et expliquant à sa manière les comportements et les écrits, publics ou privés, de Balzac, il en fait un récit, sans grande atmosphère certes, mais certainement facile d’accès. Comme s’il avait totalement percé le bonhomme – et même si cela ne se sent pas à la lecture, l’on comprend, rétrospectivement, que ce n’était pas une mince affaire.

Mais ensuite, c’est aussi Balzac, et sa vie faite de coups de force et de coups du sort. Ce « gras plébéien » pour qui rien ne compte plus que la réussite, puis la gloire, puis l’élévation sociale au plus haut rang. A n’importe quel prix. J’ai été littéralement scotché par tant de puissance, d’abnégation et d’ambition réunies en un seul homme. 

Non, Zweig ne s’est pas trompé de sujet ! Balzac ? Un écrivain prodigieux, un homme « trop grand pour haïr« , un personnage dont « les folies (…) ont une particularité typique : en leurs débuts elles sont parfaitement raisonnables« …  

Et plus que tout, chose dingue : je n’ai pas résisté aux « étranges épousailles » entre Balzac et Eva Hanska. Oui, j’avoue, j’ai trouvé tout cela sublime, et sublimement raconté.

Certes, il est des répétitions dans le texte. Mais force est de constater qu’elles sont, le plus souvent, le fait de Balzac lui-même. Ses échecs et ses conquêtes se ressemblent. Le cercle vicieux dans lequel il s’engouffre devient finalement une trame passionnante. Va-t-il en sortir, va-t-il se faire manger, lui, le  »Rabelais moderne » ? 

Puis vient la mort – tout va très vite, trop vite, comme si Zweig ne s’était pas remis de cette fin précipitée, la cinquantaine à peine passée. Et de me dire : déjà ? C’est déjà la fin ? Mince alors ! Heureusement, il me reste à lire du Zweig… et, oui, peut-être, certainement même, du Balzac.

L’avis de Keisha !

Lu dans le cadre du challenge Ich liebe Zweig organisé par Caro[line] et Karine:)

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Je finis ainsi mon premier challenge ! Et même que je ne serai pas contre un peu de rab’ !

Bonne plock à tous !

Balzac, Le roman de sa vie, par Stefan Zweig (1946 – publication posthume), traduit de l’allemand par Fernand Delmas, aux éditions Albin Michel, collection Livre de poche, 495 p., ISBN 978-2-253-13925-6.



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