Madame Marguerite, par Roberto Athayde

Quitte à passer pour un bécasson (ça, c’est fait), je le dis tout net : je ne comprend pas l’intérêt de lire les pièces de théâtre sur papier. D’ailleurs, si l’auteur avait voulu que l’on lise son histoire, il aurait opté pour le mode de la prose, non ?

Mais voilà, l’ouverture de ce blog me fera décidément faire n’importe quoi, comme accepter le Défi de lire un livre que je n’imaginais pas lire lancé par Lexounet. Va pour lire du théâtre donc, et va donc pour Mme Marguerite qui m’a été proposé par Heclea pour ce challenge.

 agirardot.jpg  Annie Girardot ayant interprété Madame Marguerite (1975)

A l’ouverture de ma commande, je commence à compter les bons points : la pièce est courte, de un ; il s’agit essentiellement d’un monologue, donc pas de dialogues et d’échanges interminables qui rendent la lecture acrobatique, de deux.

J’ai dit monologue ? Oui, mais attention. Ici, monologue ne rime ni avec monotone ni avec monocorde. L’auteur a eu la brillante idée de faire des spectateurs la classe de Madame Marguerite, une enseignante hystérique aux propos totalement inconvenants. 

« Il y a trois grands principes en biologie (…). Le début, vous êtes tous nés, un jour ou l’autre sans qu’on vous demande si vous étiez volontaires (…).

Le milieu, c’est maintenant (…) c’est l’école, l’examen d’entrée en sixième, les devoirs, les leçons, la discipline, enfin tout ce qui compose le bonheur d’un enfant.

Le troisième principe, c’est le plus grave (…). Il est de mon devoir, en tant qu’éducateur, de vous annoncer une chose que vous ignorez puisque vous n’êtes que des enfants (…). Vous allez tous mourir. Tous sans exception. Madame Marguerite va vous l’écrire au tableau pour que vous ne risquiez pas de l’oublier.

Elle écrit : VOUS ALLEZ TOUS MOURIR.

Elle se retourne :

Demain, comme nous avons français, Madame Marguerite vous fera faire une petite rédaction : chaque élève devra décrire son propre enterrement avec ses petits mots à lui« .

C‘est drôle, vraiment drôle, incroyablement rythmé, parfois cru, et très vivant. D’où le hic. Mes démons me rattrapent rapidement. C’est dynamique, mais c’est une lecture qui ne  fait naître en mon petit esprit aucune image, aucune vision. Et comment le lui reprocher puisqu’elle n’a pas été écrite pour cela ?

En dépit des réelles qualités de l’oeuvre, la frustration prend le pas sur le plaisir. Que c’est rageant de ne pas se laisser conter la pièce ! Le discours ne fait plus effet, la lecture devient longuette, je fini par me lasser… et de me dire : la pièce sera certainement montée, un jour, non loin de chez moi. Ou de chez vous. Alors ce jour, courrez-y. Moi, j’en serai, soyez en sûrs !

Bonne plock à tous !

Madame Marguerite, par Roberto Athayde dans Derangeant llqyszoagk

Madame Marguerite (Apareceu a Margarida), Monologue tragi-comique, par Roberto Athayde, adapté par Jean-Loup Dabadie, Librairie théatrale, 1975, 43 p. (livret).



Un enfant du Pays, par Richard Wright

native20son20best203small.jpg    

Qu’il est difficile de parler de ce livre terminé il y a quelques jours déjà : ce roman est poignant – on croirait le mot inventé pour lui. La boule au ventre qui s’est formée à la lecture me reprend furieusement lorsqu’il s’agit de l’évoquer.

Et qu’il est difficile également d’en parler sans vendre l’intrigue ! Contentons nous d’une mise en bouche : Bigger a une vingtaine d’année dans les années 30, il est extrêmement pauvre, il vit à Chicago – à Bronzeville dans le South Side, quartier réservé de facto aux afro-américains - avec sa mère, sa petite soeur, son petit frère, dans une seule pièce infestée de rats à 8 $ la semaine.

Ce matin là, c’est l’ordinaire, il mange peu, il erre avec deux-trois compères, ils projettent un énième braquage de magasin, Bigger est mort de trouille, à tel point qu’il manque de battre à mort l’un de ses comparses.

Ce soir là, il doit accepter un emploi de chauffeur dans une riche famille blanche de la ville, sur l’insistance de sa mère puisque l’expulsion les menace…

Le point de vue est terriblement intrusif : le roman n’est pas écrit à la première personne, mais le récit nous est livré à travers le regard de Bigger – et le procédé est diablement efficace. Un enfant du Pays peut d’ailleurs s’entendre d’un témoignage. Il n’est pas autobiographique (à la différence de Black Boy du même auteur), bien qu’il soit évident que l’auteur se soit inspiré de son vécu (le parcours de Richard Wright mérite certainement que l’on s’y arrête un instant, par exemple ici).

Ce n’est pas davantage un roman à thèse, ce n’est pas un manifeste, et pourtant il nous interpelle furieusement. Dans quelle mesure Bigger est-il responsable de ses actes ? Quelle est donc la part du déterminisme, et celle du libre arbitre, dans son terrible parcours ?

Bigger, un garçon « exclu de notre société et non assimilé par elle, aspirant cependant à satisfaire des impulsions similaires aux nôtres, mais privées de ces objectifs et des moyens d’y parvenir (…) chaque mouvement de son corps est une protestation inconsciente (…) chacun de ses regards est une menace« …

Voilà donc une histoire qui a de fortes résonances aujourd’hui encore… Certainement la marque d’un très grand livre.

Bonne plock à tous !

 

Un enfant du Pays (Native Son), par Richard Wright (1940), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Hélène Bokanowski et Marcel Duhamel, éditions Albin Michel, Livre de Poche, 499 p., ISBN 2-07-037855-1.

 



Michael Tolliver…, par Armistead Maupin

Que dire sur les Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin en général ?

Voilà une série pour ceux qui aiment les petites histoires qui font la grande. Ce qui s’est passé à San Francisco des années 1970 à nos jours, sa culture gay, son refus des convenances, ses petits drames et ses grandes convictions, bref, tout un pan de la société américaine underground, le tout enrobé dans une écriture agréable, délicate même, parfois trop fleur bleue pour moi, mais toujours élégante et passionnée.

Michael Tolliver est vivant, le dernier épisode, voilà donc un livre que j’ai attendu… J’aurai pu, j’aurai dû, vous conter l’ultime opus des Chroniques de San Francisco. Mais il est quelque chose de plus fort encore qui m’anime car il m’a gâché la lecture. Je veux parler du quatrième de couverture.

9782757812952.gif

Attention, ce qui suit révèle l’intrigue. C’est tout le problème que je vous soumets d’ailleurs. Pour les besoins de la démonstration, je n’ai d’autre choix que de reprendre le diabolique procédé que je tiens à dénoncer.

Accusé quatrième de couverture du livre « Michael Tolliver est vivant » (aux éditions « Points »), vous êtes coupable d’avoir gâché la lecture de ce brave Pickwick (et certainement de plein d’autres lecteurs), du dernier tome des Chroniques de San Francisco. L’arme du crime ? Je cite :  »La maladie ressurgit, et Michael doit choisir entre les deux femmes de sa vie : ira-t-il au chevet de sa mère biologique (…) ou choisira-t-il San Francisco et Anna, sa mère spirituelle (…) ?« .

Bien. Voilà qui peut sembler bien inoffensif de prime abord. Il s’agit d’un exposé du dilemme que devra traverser le personnage principal. Sauf que : le dit dilemme intervient à… la page 259. Sur 291 qu’en compte le récit. Je répète, 259e page sur 291. Là. vous avez bien lu : le dit dilemme constitue, à la vérité, la trame FINALE du roman. Arrrrgh…

Voilà donc une lecture gâchée. Pendant 258 pages sur 291, on sait que l’état de santé d’Anna Madrigal va s’effondrer, alors qu’elle se porte jusqu’ici comme un charme. Pendant 258 pages sur 291, on sait que la mère de Michael, certes très malade, ne va pas encore mourir, puisque la dite Anna se porte toujours comme un charme. Pendant 258 pages sur 291, on est surtout dans une attente que l’auteur n’a pas voulu, puisqu’il amène, doucement, le digne au-revoir d’Anna…

Ce quatrième de couverture ne m’a pas permis d’apprécier le récit à sa juste valeur – quelle qu’elle soit d’ailleurs. La révélation d’une trame finale n’a ainsi rien à voir avec une simple amorce de l’intrigue. N’est pas Titanic qui veut ! C’est un crime de lèse-majesté pour les amateurs d’histoires, petites ou grandes, que nous sommes… et le préjudice est grand pour les amoureux des livres.

Bonne plock à tous !

 

Michael Tolliver est vivant (Michael Tolliver Lives), Chroniques de San Francisco, Episode 7, par Armistead Maupin (2007), aux éditions Points, 291 p., ISBN 978-2-7578-1295-2.



Wilt par Tom Sharpe, ou la loi des titres

Tom Sharpe étant jubilatoire à souhait, il a trouvé tout naturellement sa place dans le merveilleux monde de Pickwick. Une énorme farce sur fond de critique sociale, voilà qui ne pouvait mieux tomber.

Wilt est assez détestable comme type, à la base. Alors bien évidemment, on ne peux s’empêcher de l’apprécier. Pensez-vous, un anti-héros de premier choix : dégonflé, dépassé, un peu minable et totalement dévoué à sa sacro-sainte bibine. Doux-dingue donc, mais pas dénué de qualités ; non-conformiste, acerbe, flegmatique… et pas bête avec ça. Ou si peu.

Le style et surtout les évènements sont heureusement à la hauteur du personnage. Wilt est embarqué dans des histoires totalement improbables ? Tant mieux : plus c’est gros, plus on jubile. Mais où l’auteur est-il allé chercher des histoires pareilles ? Ce n’est plus de la trouvaille, c’est de la prospection de haut vol.

On pourra bien me souffler que je m’arrête à des détails… mais, une fois encore, les titres (oui bon sous-titres que ça chipote) en disent long sur ce qui vous attend ! La preuve par quatre.

11970941556487.jpg          10600123032858.jpg          9782264042453.jpg          9782264043689r1.gif         

Wilt 1 : Comment se sortir d’une poupée gonflable et de beaucoup d’autres ennuis encore. Attention, génie (de la poilade au moins). Wilt décide de tuer sa femme. Il faut dire que l’on a vu des envies de meurtre pour moins que ça. Pour répéter le crime parfait, une poupée gonflable fera bien l’affaire… Impossible d’en dire plus entre deux crises de rire.

Wlt 2 : Comment se débarrasser d’un crocodile, de terroristes et d’une jeune fille au pair.  Comme si cela ne suffisait pas que Wilt soit affublé d’un boulot impossible et d’une bonne femme ingérable, il hérite de quadruplés et d’une prise d’otage. Toujours très drôle, mais je reste un chouïa sur ma faim. Peut-être en attendais-je trop de ce bon Sharpe ?

Wilt 3 : Wilt prend son pied. Mouais…. auteur en légère panne d’inspiration ? Ce n’est pourtant pas faute d’intrigues totalement rocambolesques, à la limite de l’indigestion. Certes, je ne boude pas mon plaisir, les militaires en prennent pour leur grade, les « militants-moutons » aussi, les flics encore et toujours et mieux encore. Mais bon, comment dire… « pas inoubliable » fera l’affaire. 

Wilt 4 : Comment échapper à sa femme et à ses quadruplés en épousant une théorie marxiste. Toujours aussi loufoque. Le transport de l’intrigue dans l’Angleterre profonde et aux États-Unis a du bon. Notre non-héros remonte la pente… mais je n’atteindrais jamais le niveau de fous rires provoqué par le premier tome. Cela dit, la barre était placée très haut !

Oh, avant d’oublier : jetez un oeil sur Photo-folle, qui non seulement a écrit un excellent billet sur Wilt (1), mais qui nous offre en prime une superbe photo !

Bonne plock à tous !

 

Wilt 1 (Wilt), par Tom Sharpe (1976), traduit de l’anglais par François Dupuigrenet-Desroussilles, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 289 p., ISBN 2-264-04243-5.

Wilt 2 (Wilt Alternative), par Tom Sharpe (1979), traduit de l’anglais par Christine Guérin, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 317 p., ISBN 2-264-04244-3.

Wilt 3 (Wilt on High), par Tom Sharpe (1984), traduit de l’anglais par Henri Loing, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 381 p., ISBN 2-264-04245-1.

Wilt 4 (Wilt in Nowhere), par Tom Sharpe (2004), traduit de l’anglais par Christiane et David Ellis, aux éditions 10-18, collection « Domaine étranger », 256 p., ISBN 2-264-04368-9.



Poèmes Perdus (et fort heureusement retrouvés), de Léopold Sédar Senghor

 

Quelle idée saugrenue j’ai eu ! Écrire un billet sur un recueil de poèmes, j’vous jure, faudrait sérieusement que je pense à me réactiver la tête un jour en passant.

« La poésie n’a pas d’autre but qu’elle même » qu’a dit un certain Baudelaire (bon mais qu’est-ce qu’il y connaissait, lui, en poésie, hein, d’abord ?). Allez, j’avoue, j’ai repris la citation sur la Toile, c’est lamentable… mais, parole à la défense, c’est parce que je n’arrivais pas à retrouver une satané phrase entendue un jour qui disait quelque chose du genre : quand le poète s’exprime, il n’y a plus rien à dire, on écoute, on se tait. Et pis c’est tout.

Alors, je ne vais pas vous parler de ces Poèmes Perdus de Senghor… Et on a même failli ne jamais en entendre parler d’ailleurs : il voulait les déchirer. Il le révèle dans l’introduction de ses Oeuvres Poétiques. Sa femme les a conservé, les lui a fait relire… et la suite, vous la connaissez, il a fallut que ça retombe sur Pickwick.

Donc, non, je ne vais pas vous parler des Poèmes Perdus. Il y en a quand même une bonne vingtaine, ça ferait un commentaire beaucoup trop long, il est tard, et n’oublie pas de dormir un peu, Pickwick, c’est bon pour ce que tu as. Sauf à les regrouper, parce qu’ils tournent autour de thèmes récurrents. Et pas joyeux avec ça. Blues, Spleen, Regrets, Nostalgie, Tristesse en mai… il était pas un tout petit peu dépressif, ce Léopold, dites donc ? Tenez, Blues, par exemple, commence ainsi :

Je suis envahi de brume

Et de solitude

Aujourd’hui,

Et je fuis.

Vous vouliez que je vous parle des Poèmes Perdus ? Impossible, je ne suis plus là… tant ils me donnent envie de m’évader : 

Je suis parti

Parti pour toujours

Sans pensée de retour

Vendez tous mes troupeaux

Mais pas les bergers avec.

Allons bon, n’insistez pas C’est trop difficile de vous parler de Poèmes Perdus.

J’en suis bien incapable.

Pourtant, j’aurai tellement aimé. Vous les donner, vous les glisser, vous les rendre, ces poèmes, heureusement retrouvés.

Parce que ce sont des regards. Parce que c’est empli de magie, de figures, de rythme, de langueurs et de soubresauts, d’amour et d’érotisme… Parce qu’ils sont beaux, très beaux – et pis c’est tout.

 

Lu dans le cadre du challenge Safari Littéraire organisé par Tiphanya

sanstitre.bmp

Bonne plock à tous !

 

Poèmes Perdus, septième recueil des Oeuvres Poétiques, par Léopold Sédar Senghor (1990), aux éditions du Seuil, Essai, collection Points, ISBN 2-02-012106-9.



Un p’tit gars de Géorgie (et Le petit arpent du bon Dieu aussi), par Caldwell

Tout bon dodo connaît la chanson : on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments, et vlan, et vlan, petit chenapan… A ce petit jeu, voilà, mesdames-mesdemoiselles-messieurs, de la bonne, mais alors, de la très très bonne, littérature.

Caldwell, Erskine de son doux prénom, vous fait avaler ses bouquins comme du petit lait. C’est limpide, bien écrit, bien traduit*. Mais ça vous laisse ensuite avec un sale goût en bouche… parce que c’est glauque, mais glauque, comme vous n’avez pas idée. A la fois délicieux et infect ; ça force le respect.

Illustration avec ces deux romans situés dans le fin fond des États-Unis des années 30, nourris de la misère, la bétise, du racisme,du sexe crade… deux farces tragiques qui se lisent vite mais vous restent sur l’estomac longtemps après.

images.jpg       Images choisies      images1.jpg

Un p’tit gars de Géorgie plaira certainement aux amateurs  d’histoires brèves mais intenses. Le roman est construit par chapitres quasi-indépendants, comme des tranches de vie de la famille Stroup.

L’une de mes scènes préférées est tirée du chapitre VIII. Le p’tit gars et ce qui lui tient lieu de père se rendent au cirque de passage en ville. Devant la tente annonçant des filles nues, le dit père n’y tient plus : il lui faut les dix cents que son gamin avait économisé pour voir du rodéo. Il finit par l’avoir en lui serrant le bras et en « tirant dessus de toute ses forces« … sans oublier bien sûr de garder la monnaie, le bougre.

Le Petit arpent du bon Dieu fut quant à lui poursuivi pour obscénité au moment de sa publication américaine. Le livre est construit comme une bouffonnerie, risible si elle n’était si cruelle. A ceux qui ont lu Les raisins de la colère : vous êtes vous déjà imaginé ce qu’aurait été la vie des Joad s’ils n’avaient point quitté la côte est ? Alors vous y êtes.

* Pour ne rien gâcher, regardez donc qui se cache derrière la traduction de ce dernier roman : un certain Maurice Coindreau, rien que ça. Vous qui pestez tant et bien sur les mauvaises VF (oui vous ! Et moi ! Et on a bien raison !), attendez de lire ce qu’en dit André Maurois dans sa préface : « Jamais transposition plus exacte d’un texte étranger ne fut donnée au lecteur français« . Ça vous pose un homme dites !

Bonne plock à tous !

 

Un p’tit gars de Géorgie (Georgia Boy), par Caldwell (1949), traduit de l’anglais (américain) par Louis-Marcel Raymond, aux éditions Gallimard, collection Folio, 183 p.

Le petit arpent du bon Dieu (God’s Little Acre), par Caldwell (1936), préface André Maurois, traduit de l’anglais (américain) par Maurice Coindreau, aux éditions Gallimard, collection Folio, 270 p.



Mais qui est donc Le Joueur d’échec ?

Une fois n’étant pas coutume (faudrait pas y prendre goût ! Remarquez ce serait étonnant…), Pickwick va tâcher de mobiliser le courant d’air frais qui gambade entre ses oreilles pour vous parler du Joueur d’échec de Stefan Zweig.

Il faut dire que pour qui aime confronter le titre d’une œuvre à cette dernière, il y a matière à gamberger. Zweig a choisi un titre, Le Joueur d’échec, au singulier. Or, nombre des protagonistes du récit (certes peu en définitive, mais ça fait toujours plus d’un) pourraient revendiquer ce p’tit nom.

D’où mon billet en forme d’enigme : mais qui est donc Le Joueur d’échec ?

Postulat de départ : le joueur d’échec est parmi nous – enfin, parmi les personnages du roman (peut-etre que non en fait… mais on va rester dans le littéraire, déjà que, hein, bon). Excluons également d’emblée ces faux joueurs constitués par le pédant écossais MacConnor et l’assemblée informe des joueurs lors de la partie commune. Observer (ni même s’agiter) n’est pas jouer. 

Premier suspect : il est bien évidemment tentant de considérer notre joueur en la personne de Czentovic. Champion d’échecs, il vit de sa pratique, et plus encore, sa vie se résume au jeu. Autrement dit, il n’est que joueur d’échec. Circonstance aggravante : alpha et omega de la trame, l’intrigue se noue autour de lui (sa présence sur le navire, son consentement à pratiquer, son dernier mot – la dernière phrase du récit). Bref, un coupable idéal. Trop peut-être ?

Deuxième suspect : le joueur d’échec, c’est peut-être aussi le vieillard anonyme, le Dr. B. Il est celui par qui le récit prend une dimension tragique, celui par qui l’on s’interroge sur les facultés de l’homme (la résistance, la raison) et ses limites (la folie). Son rôle est central, au sens propre (son irruption à la moitié du voyage) comme au sens figuré (son irruption fait basculer le récit). Mais…

Troisième et dernier suspect : le narrateur (et donc Zweig lui-même). Rien de surprenant en définitive. C’est l’artisan de toutes les parties d’échec qui auront lieu sur le navire : il distribue, anime et même interrompt le jeu. Les noirs ? Le champion, inculte, bourru, vénal. Les blancs ? Le vieil homme, érudit, exilé, victime. L’inné contre l’acquis. J’ai évidemment un penchant pour cette dernière hypothèse…

Et vous ?

Lu dans le cadre du challenge Ich liebe Zweig, organisé par Karine :)  et Caro[line]

Challenge Ich liebe Zweig

Bonne plock à tous !

 

Le Joueur d’échec, par Stefan Zweig (1943), traduction révisée par Brigitte Verge-Cain et Gérard Rudent, aux éditions Le livre de poche, 95 p., ISBN 2-253-05784-3.



La Fugitive, par Herbjorg Wassmo

9782264043221.jpg

Il m’arrive de donner de petits noms à des romans, comme d’intimes et tendres pseudonymes. Pour La Fugitive d’Herbjorg Wassmo, mon choix se porte sur « la déconfiture ».

Tout avait pourtant si bien commencé…

J’ai abordé la lecture en toute confiance. Je crois connaître un peu l’auteur : neuf romans (qui, eux, méritent vraiment le détour…), trois trilogies (Tora, Dina et Karna), trois histoires de femmes qui m’ont bouleversé. C’est donc peu dire que je me suis plongé dans La fugitive avec l’espoir d’un moment heureux.

Je suis alors surprise. Un roman écrit sur un mode très introspectif, situé en 2001, à travers l’Europe… Wassmo nous avait habitué à des lieux et des époques reculées, le cercle polaire, le XIXe siècle, et une écriture très distante. Allez, va pour le changement, je ne suis pas si psychorigide quand même… je reste confiant… jusqu’à la toute fin du premier chapitre : « Il disait souvent qu’il m’aimait. Mais comprenait-il ce que cela impliquait ?« . Aïe. Anna Gavalda, sors de ce blog !

Je ne reconnaît plus l’auteur, sa verve, ses contes noirs. Les métaphores sont filées à ne plus en finir, les descriptions sans consistance, les personnages quasi-fantasmagoriques… ou insipides, c’est selon. Où est passé le style épuré et percutant des premiers romans ?

Il me faut me rendre à l’évidence : je peine. Mais je m’oblige et persévère.

A la moitié ou presque, de manière quasi-miraculeuse, le récit commence à prendre vie. Il est même alors un ou deux chapitres qui se lisent de façon agréable. Mais c’est lent, presque paralysé, malgré (et c’est le plus terrible) le voyage, la « fuite » qui constitue la trame générale. Je dois finir par l’admettre : le charme est rompu.

Mais, en refermant le livre, je doute. Je me dis qu’il n’est pas possible que Wassmo ait pu me faire un coup pareil, me proposer une écriture affligeante et une histoire qui ne l’est pas moins. Je fini par me dire que je suis certainement passée à côté de quelque chose, que c’est - peut-être - un roman formidable que je n’ai pas su apprécier à sa juste valeur. Peut-être.

Bonne plock à tous !

 

La fugitive (Flukten fra Frank), par Herbjorg Wassmo (2003), traduit du norvégien par Luce Hinsch, aux éditions Gaïa (10-18), collection  »Domaine étranger », 409 p., ISBN 978-2-264-04322-1.



Livres à lire : libres propos et propositions libres

A peu près à jour ! PAL – 2 1/2… mais plus tous ceux qui s’y rajoutent !

Quand je me prom prom sur les blogs littéraires, j’aime à consulter les listes de « livres à lire ».

Je les découvre souvent avec ravissement, quelquefois avec envie ou scepticisme ; je note consciencieusement certaines références dans mes petits carnets ; et je finis toujours par remarquer un bouquin au titre superbement racoleur.

Je suis tout particulièrement fasciné par le phénomène des lectures communes. La parution d’une liste peut en effet donner lieu l’éclosion de multiples unions libres, certes passagères, mais que j’imagine toujours dotées d’une charge émotionnelle puissante - du moins à proportion de celle dégagée par l’heureux (livre) élu. 

Mais, sauf exception – et à moins d’avoir, sans le savoir encore, un besoin urgent de faire renouveler mes lunettes - j’avais fini par me résigner : rares sont les listes devant lesquelles ma bibliothèque réponde favorablement. Et puis je me suis souvenu de quelque chose… n’ai-je pas désormais un blog dédié à la lecture ? Pickwick, où as-tu donc la tête ? Oui, ça y est, je peux sortir du placard pour vous faire grimper (respectueusement, allons bon !) dans mes étagères. 

Je dois vous avouer que je tremble à l’idée de faire mon coming-out littéraire… une telle démarche n’est-elle pas prématurée ? Mes propositions seront-elles à la hauteur ? Je m’interroge et me consulte intensément quelques secondes avant de me résoudre : je dois me lancer dans cette folle aventure. 

Voici donc la liste de « livres à lire » de Pickwick  – et je prie très fort pour que vous vous y retrouviez.

Sur mes étagères, il y a…

… du Tom Sharpe ! Dès que j’ai fini les Wilt (Ayé !), je vais lorgner sur Fumier et CiePorterhouseQuelle famille !, Mêlée ouverte au Zoulouland et Outrage public à la pudeur.

… de la littérature britannique en général, comme Eureka Street de Robert McLiam, ou Haute fidélité de Nick Hornby.

… de (grandes) trilogies : celle d’Agota Kristof (Le grand cahier, La preuve et Le troisième mensonge – intégrée dans le challenge Europe centrale et orientale) et surtout USA de Dos Passos (42e parallèle, L’an premier du siècle et La grosse galette).

… des livres reçus à Noël dernier : Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, d’Harper Lee (lecture avec Anjelica, ABeiLLe, Manu, Calypso, Evertkhorus, Choupynette, Nane, Nelfe, Sybille, Clara et Alexielle : Wouaouh !), Le Scandale de Jean-Marie Rouart et Trois jours chez ma mère de François Weyergans (lecture commune avec Maijo) 

… de la littérature scandinave, avec Doppler d’Erlend Loe (et j’espère trouver Volvo Trucks dans la foulée – c’est fait !), et Les Ballades de Haldur de Jorn Riel.

… des polars : L’assassin aux fleurs de Ngaio Marsh ; la trilogie de Fabio Montale, par Jean-Claude Izzo ; A chacun sa mort par Ross McDonald. 

… des grands classiques de la littérature américaine : Gatsby le Magnifique de Fitzgerald (lecture avec Anjelica) ; Le Troisième homme, de Graham Greene ; Le rêve américain de Norman Mailer (lecture commune avec Inganmic!); Pylône de William Faulkner ; Un enfant du pays de Richard Wright (Ayé aussi !).

… des classiques parmi les classiques que, promis juré, je lirai en 2010 : Le docteur Jivago de Pasternak (lecture avec Lou) et Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez (lecture avec Karine:)).

Bingo, vous avez dit bingo ? Nous avons au moins un livre en commun sur nos étagères ? Faites moi un petit ou même de grands signes ! On pourra se programmer ça tranquillement.

Bonne plock à tous !

 



12

ARCHIMONDAIN |
Des mots, ici et là |
Voyage au coeur du vide... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | the dead rose poet creations
| Ce que j'aime!
| Il mondo della poesia