La solitude lumineuse de Pablo Neruda

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Pablo Neruda s’est rappelé à mon bon souvenir grâce à aBeiLLe qui a eu la vraie bonne idée de choisir l’un de ses plus beaux poèmes le temps d’un dimanche poétique.

J’ai donc cherché à retrouver l’un de ses textes (assez court pour ne pas accabler ma PAL qui a bien dû entamer sa troisième boîte de prozac – à ma décharge, il était déjà sur mes étagères). La solitude Lumineuse s’est alors imposée comme une évidence.

Il s’agit d’un court récit écrit par un Neruda déjà célèbre – extrait de J’avoue que j’ai vécu, ses mémoires publiées à titre posthume. Le poète chilien se souvient ici de ses premières années d’écriture : jeune consul entre 1929 et 1932, il est installé, chichement, aux Indes, à Ceylan, en Indonésie. 

Il est seul. De cette solitude « dure comme le mur du prisonnier, contre lequel on peut s’ouvrir la tête sans que personne accoure, même si on crie, même si on pleure« .

Il est seul, notamment parce qu’il côtoie difficilement les occidentaux installés en Asie. Son propos sur le système colonial est particulièrement incisif. Comme à travers cet épisode dans lequel Neruda, se rendant à un dîner mondain, s’arrête un instant pour écouter une voix qui s’élève dans la rue. Il s’explique sur son retard devant ses hôtes anglais.  »Eux qui avaient vécu vingt-cinq ans à Ceylan montrèrent une surprise élégante. De la musique ? Ainsi les gens d’ici avaient leur musique ? Ils l’ignoraient. C’était la première nouvelle.«  

Il s’installe alors dans une « contemplation solitaire (…) [et] douloureuse« . Il la sait nécessaire, car « l’écrivain jeune ne peut écrire sans ce frisson de solitude« . Mais cette époque est, oui, incroyablement lumineuse. L’Asie, c’est un peu sa caverne, dont il sortira notamment par la musique et surtout en achevant son recueil Résidence sur la terre.

L’écrivain n’épargne personne, et surtout pas lui-même. Le regard de l’homme alors vieillissant n’est pas tendre avec le jeune homme qu’il était, et notamment sur son attitude envers les natives de ces pays.

Le récit s’achève sur un dialogue qui, rétrospectivement, fait froid dans le dos. Et c’est en définitive (et en dépit de scènes difficiles comme la chasse à l’éléphant), mon coup de coeur de ce début d’année 2010. Et je n’ai désormais qu’une envie, lire J’avoue que j’ai vécu dans son intégralité.

 

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C’était une superbe manière de préparer le voyage du challenge Bienvenue en Inde.  Ce n’était pas au programme – comme je l’explique plus haut. Mais ces généreux organisateurs que sont Soukee et Hilde m’ont permis de l’y intégrer puisqu’une partie du récit est situé en Inde.

Lu également par Soukee !

Bonne plock à tous !

La solitude Lumineuse, par Pablo Neruda (1973), extrait de J’avoue que j’ai vécu (Confesio que he vivido), aux éditions Gallimard, collection Folio (2€), 81 p., ISBN 978-2-070-31702-8.



16 commentaires

  1. Alice 21 février

    Je ne suis pas trop branchée poésie, ça doit expliquer pourquoi je n’avais jamais entendu parler de cet auteur. Mais la citation sur la solitude… Who ! Ca me donne bien envie ^^
    Il est classé dans « littérature américaine > théâtre  » chez amazon mais c’est romancé non Ôo ?

  2. Pickwick 21 février

    Ah, Neruda… je ne remercierai jamais assez une prof d’espagnol qui en était complètement dingue pour mon plus grand bonheur. Et n’hésite pas à aller lire le poème chez aBeiLLe, de l’or en barre ! Quant au classement, bien vu : c’est bien de la prose (mémoires plus qu’autobiographie d’ailleurs).

  3. soukee 21 février

    Merci pour ce billet Pickwick !! Je ne connais pas Neruda, et je crois que c’est l’occasion de me lancer !
    Je note donc ce titre, dans le cadre du challenge aussi ! ;)
    Bon dimanche !!

  4. La plume et la page 21 février

    Je ne connais quasiment pas cet auteur et ton billet ne donne envie de le découvrir!

  5. Pickwick 22 février

    @ Soukee : de rien, tout le plaisir était pour moi :)

    @ La plume et la page : ça me fait tout plaisir de faire découvrir un auteur, surtout lui :S

    En plus, à la relecture, ce n’est vraiment pas un bon billet me semble-t-il ; peut-etre parce que coup de coeur justement, subjuguée comme je l’étais !

    Mais je crois que vous ne regretterez vraiment pas cette lecture… enfin, j’espère, mais je ne mouille pas trop avec Neruda !

  6. Hilde 22 février

    Ton billet me donne envie aussi. Merci pour cette découverte :-)

  7. céline 22 février

    Ta note me donne très envie de parcourir les poèmes de Neruda, je n’en ai lu que très peu et il y a longtemps… Merci !

  8. Pickwick 22 février

    @Hilde : merci à vous d’organiser ce challenge !

    @Céline : j’ai très envie de relire davantage de Neruda aussi !

  9. Géraldine 24 février

    Ah, j’ai ce livre dans ma PAL. Je l’ai même mis dans mon challenge ABC. Donc sa lecture n’est plus qu’une question de quelques mois.

  10. Pickwick 25 février

    @Géraldine : j’espère sincèrement que tu vas te régaler autant que moi !

  11. aBeiLLe 25 février

    Je suis tellement contente d’être à l’origine de cette lecture! Neruda Forever !!! Je craque littéralement pour ce poète! :o )

  12. Pickwick 26 février

    Encore merci à toi !

  13. Alice 26 février

    J’ai cherché à la bibliothèque… et j’ai pas trouvé >

  14. Pickwick 27 février

    Zut ! Ben alors ! Ils n’ont peut-etre pas de folio à 2€… A moins qu’ils n’aient en réserve les mémoires de Neruda (J’avoue que j’ai vécu) dans leur intégralité ? La solitude lumineuse en est un extrait. Sinon, je te l’envoie sans problème (envoie moi un mail).

  15. Alice 1 mars

    Ca m’apprendra à mettre des smileys, il m’a coupé la fin de mon message.
    Je disais donc que je n’avais pas super bien eu le temps de fouiller non plus. Si j’y passe en semaine (ce qui est probable), j’essayerai de prendre une bonne tranche horaire pour fouiller leurs rayons. Si je ne le chope pas je te contacte :)

  16. Pickwick 2 mars

    :) Ca marche !

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