Madame Marguerite, par Roberto Athayde

Quitte à passer pour un bécasson (ça, c’est fait), je le dis tout net : je ne comprend pas l’intérêt de lire les pièces de théâtre sur papier. D’ailleurs, si l’auteur avait voulu que l’on lise son histoire, il aurait opté pour le mode de la prose, non ?

Mais voilà, l’ouverture de ce blog me fera décidément faire n’importe quoi, comme accepter le Défi de lire un livre que je n’imaginais pas lire lancé par Lexounet. Va pour lire du théâtre donc, et va donc pour Mme Marguerite qui m’a été proposé par Heclea pour ce challenge.

 agirardot.jpg  Annie Girardot ayant interprété Madame Marguerite (1975)

A l’ouverture de ma commande, je commence à compter les bons points : la pièce est courte, de un ; il s’agit essentiellement d’un monologue, donc pas de dialogues et d’échanges interminables qui rendent la lecture acrobatique, de deux.

J’ai dit monologue ? Oui, mais attention. Ici, monologue ne rime ni avec monotone ni avec monocorde. L’auteur a eu la brillante idée de faire des spectateurs la classe de Madame Marguerite, une enseignante hystérique aux propos totalement inconvenants. 

« Il y a trois grands principes en biologie (…). Le début, vous êtes tous nés, un jour ou l’autre sans qu’on vous demande si vous étiez volontaires (…).

Le milieu, c’est maintenant (…) c’est l’école, l’examen d’entrée en sixième, les devoirs, les leçons, la discipline, enfin tout ce qui compose le bonheur d’un enfant.

Le troisième principe, c’est le plus grave (…). Il est de mon devoir, en tant qu’éducateur, de vous annoncer une chose que vous ignorez puisque vous n’êtes que des enfants (…). Vous allez tous mourir. Tous sans exception. Madame Marguerite va vous l’écrire au tableau pour que vous ne risquiez pas de l’oublier.

Elle écrit : VOUS ALLEZ TOUS MOURIR.

Elle se retourne :

Demain, comme nous avons français, Madame Marguerite vous fera faire une petite rédaction : chaque élève devra décrire son propre enterrement avec ses petits mots à lui« .

C‘est drôle, vraiment drôle, incroyablement rythmé, parfois cru, et très vivant. D’où le hic. Mes démons me rattrapent rapidement. C’est dynamique, mais c’est une lecture qui ne  fait naître en mon petit esprit aucune image, aucune vision. Et comment le lui reprocher puisqu’elle n’a pas été écrite pour cela ?

En dépit des réelles qualités de l’oeuvre, la frustration prend le pas sur le plaisir. Que c’est rageant de ne pas se laisser conter la pièce ! Le discours ne fait plus effet, la lecture devient longuette, je fini par me lasser… et de me dire : la pièce sera certainement montée, un jour, non loin de chez moi. Ou de chez vous. Alors ce jour, courrez-y. Moi, j’en serai, soyez en sûrs !

Bonne plock à tous !

Madame Marguerite, par Roberto Athayde dans Derangeant llqyszoagk

Madame Marguerite (Apareceu a Margarida), Monologue tragi-comique, par Roberto Athayde, adapté par Jean-Loup Dabadie, Librairie théatrale, 1975, 43 p. (livret).



8 commentaires

  1. heclea 13 février

    Tu as été rapide ;)
    La scène que tu as cité est ma préférée, je l’ai travaillé plus d’une fois et j’adore cette Mme Marguerite !
    J’espère que tu auras l’occasion de la voir sur scène, car je conçois que c’est tout de même beaucoup plus agréable :D

  2. Pickwick 13 février

    Les challenges me motivent, et celui-ci tout particulièrement ! Et le jour où la pièce sera montée, il y a de fortes chances pour que je passe un très bon moment !
    Merci encore pour cette découverte !

  3. Carine 13 février

    Rien que l’extrait me donne envie de plonger dans cette lecture :)

  4. Pickwick 15 février

    Oui, c’est un passage qui m’a vraiment interpellé… et je le trouve assez révélateur du ton de la pièce, à la fois drole et très amer ! Et si vous etes sages, il y en aura d’autres ;)

  5. Nadège 15 février

    Bravo pour ce défi!
    C’est très motivant, je trouve, pour lire des choses qui ne nous attirent pas ;)
    Personnellement, j’ai beaucoup aimé les pièces de théâtre quand j’étais au collège: Molière n’a plus de secret pour moi! lol
    Aujourd’hui, ma pièce préférée reste « Beaucoup de Bruit pour Rien » de Shakespeare (que tu peux voir en film ^^).
    A bientôt!

  6. Pickwick 16 février

    Oui, c’est une très bonne idée ce défi ! Le théatre à lire, c’est parfois fascinant sur le fond – comme ici, mais j’ai le meme souvenir scolaire sur Giraudoux – mais fatigant sur la forme… mais je retenterais l’aventure un jour, promis, en pourquoi pas avec Shakspeare tiens !
    Et merci pour le film, pas vu, donc je note !

  7. geneviève 4 avril

    Je ne sais où est votre « coin » mais moi, je joue Madame Marguerite depuis quelque temps avec un succés grandissant et avec la bénédiction de Roberto Athayde lui-même, alors si vous passez à Rouen, du côté de St Saens le 24 avril 2010 et trés bientôt, d’autres dates, venez découvrir cette version qui me vaut chaque soir,l’émotion retenue du Public puis les applaudissements!

  8. lucie 26 septembre

    Bonjour tout le monde,
    je souhaite vivement travailler cette pièce mais je ne parviens pas à la trouver dans les librairies.
    Savez-vous où je peux me procurer cette version de JL Dabadie?
    Merci!

Laisser un commentaire

ARCHIMONDAIN |
Des mots, ici et là |
Voyage au coeur du vide... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | the dead rose poet creations
| Ce que j'aime!
| Il mondo della poesia