Mais qui est donc Le Joueur d’échec ?

Une fois n’étant pas coutume (faudrait pas y prendre goût ! Remarquez ce serait étonnant…), Pickwick va tâcher de mobiliser le courant d’air frais qui gambade entre ses oreilles pour vous parler du Joueur d’échec de Stefan Zweig.

Il faut dire que pour qui aime confronter le titre d’une œuvre à cette dernière, il y a matière à gamberger. Zweig a choisi un titre, Le Joueur d’échec, au singulier. Or, nombre des protagonistes du récit (certes peu en définitive, mais ça fait toujours plus d’un) pourraient revendiquer ce p’tit nom.

D’où mon billet en forme d’enigme : mais qui est donc Le Joueur d’échec ?

Postulat de départ : le joueur d’échec est parmi nous – enfin, parmi les personnages du roman (peut-etre que non en fait… mais on va rester dans le littéraire, déjà que, hein, bon). Excluons également d’emblée ces faux joueurs constitués par le pédant écossais MacConnor et l’assemblée informe des joueurs lors de la partie commune. Observer (ni même s’agiter) n’est pas jouer. 

Premier suspect : il est bien évidemment tentant de considérer notre joueur en la personne de Czentovic. Champion d’échecs, il vit de sa pratique, et plus encore, sa vie se résume au jeu. Autrement dit, il n’est que joueur d’échec. Circonstance aggravante : alpha et omega de la trame, l’intrigue se noue autour de lui (sa présence sur le navire, son consentement à pratiquer, son dernier mot – la dernière phrase du récit). Bref, un coupable idéal. Trop peut-être ?

Deuxième suspect : le joueur d’échec, c’est peut-être aussi le vieillard anonyme, le Dr. B. Il est celui par qui le récit prend une dimension tragique, celui par qui l’on s’interroge sur les facultés de l’homme (la résistance, la raison) et ses limites (la folie). Son rôle est central, au sens propre (son irruption à la moitié du voyage) comme au sens figuré (son irruption fait basculer le récit). Mais…

Troisième et dernier suspect : le narrateur (et donc Zweig lui-même). Rien de surprenant en définitive. C’est l’artisan de toutes les parties d’échec qui auront lieu sur le navire : il distribue, anime et même interrompt le jeu. Les noirs ? Le champion, inculte, bourru, vénal. Les blancs ? Le vieil homme, érudit, exilé, victime. L’inné contre l’acquis. J’ai évidemment un penchant pour cette dernière hypothèse…

Et vous ?

Lu dans le cadre du challenge Ich liebe Zweig, organisé par Karine :)  et Caro[line]

Challenge Ich liebe Zweig

Bonne plock à tous !

 

Le Joueur d’échec, par Stefan Zweig (1943), traduction révisée par Brigitte Verge-Cain et Gérard Rudent, aux éditions Le livre de poche, 95 p., ISBN 2-253-05784-3.



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